Il y avait déjà deux ou trois semaines que votre fidèle serviteur attendait l’occasion de faire un retour dans les salles de spectacle de la vieille capitale pour une représentation métallique déjantée, quand se présenta enfin à l’horizon une fin de semaine métallisée. Bien sûr, il y avait eu auparavant le passage de Dark Tranquillity à la Salle Multi en compagnie de Insomnium et May Catch Fire, mais il y a parfois des moments dans la vie de chroniqueur où d’autres rôles doivent prendre le dessus et c’est ainsi que mon appétit pour de nouveaux spectacles n’avait pas pu être comblé cette fois-là. C’est donc avec enthousiasme que j’accueillis la nouvelle de deux spectacles à teneurs locales et interprovinciales qui meubleraient la fin de semaine passée. Ma fidèle succube et moi nous équipâmes donc pour affronter le froid sibérien du vendredi 16 janvier, pour ensuite nous diriger vers Le Cercle sur la rue Saint-Joseph et assister à une représentation musicale au contenu dangereusement varié, comprenant du Mathcore, du Rock /Métal progressif et du Death Metal mélodique.

 

16 janvier Flyers show Aeternam

 

Peu après notre arrivée à l’intérieur de la chaleureuse salle de spectacle et un arrêt aux puits de sagesse de l’endroit, les quatre membres de Witness the Calling prirent place sur la scène pour entamer les hostilités. Tout d’abord, allons-y de quelques présentations d’usage. Witness the Calling est un tout nouveau projet comprenant trois des quatre membres de The Babyface Nelsons, soit: Julien Rhéaume (chant), Dominic Simard (basse) et Gabriel Savard (batterie) accompagnés du guitariste Sébastien Racine. Ce nouveau projet se situe dans une mouvance Mathcore qui laisse de côté la tendance progressive et expérimentale de The Babyface Nelsons pour une approche plus agressive et directe tout en étant aussi déjantée. Sur scène, le résultat fut celui d’une prestation remplie de rebondissements musicaux témoignant d’un potentiel d’idéation musicale impressionnant. Effectivement, le quatuor nous proposa une pléthore de motifs tantôt agressifs et teintés de Death Metal, tantôt introspectifs et jazzés, tantôt déstructurés et tirants sur le «Noise», tous livrés avec conviction et assurance. L’ensemble fut très bien accompagné des voix très compétentes du chanteur, qu’elles soient claires ou hurlées. Mes seules réserves se situèrent du côté des arrangements, principalement dans les transitions entre les motifs semblant parfois se succéder de façon un brin trop décousue. De plus, j’aurais parfois aimé que le groupe développe plus longuement ses idées de motifs au lieu de sauter sans cesse à une autre idée. Qu’à cela ne tienne, la représentation fut une excellente entrée en matière pour la nouvelle formation qui possède un potentiel indéniable de création.

La seconde formation à prendre les planches du Cercle d’assaut était Southern Cross, une formation à la carrière déjà très étoffée et d’une longévité impressionnante sur la scène locale. En effet, avec plus de 14 ans d’évolution et trois albums à son actif, le quintette comprenant certains des meilleurs musiciens de la scène locale s’est imposé comme l’un des meilleurs groupes de Métal progressif de la Province. Sans se faire prier, le groupe entama donc sa performance avec deux nouvelles pièces confirmant leur évolution déjà bien entamée vers un son de plus en plus près du rock progressif de formations telles que Porcupine Tree par opposition au Power/Progressive Metal de leur début. Avec une aisance et un professionnalisme proportionnels à son expérience, la troupe menée par David Lizotte (guitare/chant) nous démontra tout son savoir-faire musical avec de superbes compositions interprétées avec une énorme assurance. Le public présent fut à l’évidence ravi de cette belle performance et marqua son appréciation de façon très chaleureuse. Ma seule critique négative sera reliée au chant de David Lizotte qui semblait parfois laborieux et pas toujours juste dans les tonalités plus élevées. Celui-ci paraissait beaucoup plus à l’aise dans les tonalités moyennes et basses avec un timbre rappelant celui de Steven Wilson. En somme, le groupe se révéla encore une fois d’une solidité impressionnante sur scène, reposant fermement sur les structures rythmiques impeccables d’Antoine Guertin (batterie) et Jean-François Boudreault (basse), sans rien enlever aux guitares d’Olivier Perrier-Maurel et du chanteur-guitariste.

La soirée était maintenant bien avancée et arrosée lorsque ce fut au tour aux vedettes locales d’Aeternam de prendre d’assaut la scène pour la première fois en 2015. Avec son Death Metal mélodique infusé de sonorités moyen-orientales et d’imagerie des peuples du désert, Aeternam a déjà fait son empreinte indélébile sur la scène provinciale. Effectivement, grâce à la parution de deux albums acclamés par la critique en à peu près 8 ans d’existence et à l’aide de nombreux spectacles faisant preuve d’une solidité à toute épreuve, le quatuor s’est taillé une place enviable parmi les formations de pointe de la Capitale. C’est donc suivant cette tradition de performance musicalement impeccable que la troupe menée par Achraf Loudiy (guitares, vocal) entama sa prestation sous les cris enthousiastes du public. Comme toujours d’une précision métronomique, Aeternam parvint tout de même à surprendre votre scribe par l’énergie affamée de sa trop courte prestation qui fut certainement l’une de ses meilleures en terme de chimie de groupe et de sens du spectacle. Ayant vu le groupe sur scène à de très nombreuses reprises depuis quelques années je fus ravi de voir que son énergie de scène ne fait que grandir de prestation en prestation. Le public répondit d’ailleurs extrêmement bien à la performance en déclenchant les premières vraies escarmouches physiques de la soirée et en marquant son appréciation entre chaque pièce. Je ne peux donc que lever mon chapeau imaginaire à Antoine Guertin (batterie) (qui faisait un quart de travail double ce soir-là), Maxime Boucher (basse, chœur), Matthew Sweeney (guitares) et Achraf pour leur prestation époustouflante.

 

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Le lendemain, après un bon souper de famille, nous affrontâmes le froid à nouveau pour nous rendre cette fois au Scanner où se déroulerait tardivement une soirée à saveur Stoner et Heavy Rock accueillant la jeune formation locale Iron Trap, les drogués instrumentaux originaires d’Ottawa de Monobrow et les légendes locales de Grand Morne.

 

17 jan - flyer show Grand Morne

 

Quelques minutes seulement après notre arrivée dans le débit de boissons, le trio du nom d’Iron Trap monta sur la minuscule scène du Scanner pour nous introduire à son Heavy Rock à l’ancienne, qu’ils qualifient de forestier et de mystique. Jeune formation composée de Maxime Boucher (Basse, chant), Alexandre Loignon (guitare) et Fanny Grenier (batterie), le groupe nous présenta son EP en cours d’enregistrement dans son entièreté avec un bel aplomb et un flair indéniable pour les «grooves» pesants qui rappellent les racines du Métal que sont des groupes comme Blue Cheer, Black Sabbath et Led Zeppelin par exemple. La jeune batteuse du groupe fut assez impressionnante avec sa force de frappe nécessaire au genre et les deux autres membres démontrèrent un plaisir contagieux à se produire brièvement sous nos yeux. Leur prestation comprit aussi une reprise de Queens of the Stone Age qui eut un bel effet dans le public. La formation est donc à surveiller et démontre un très beau potentiel. On attend leur EP avec impatience!

Le second groupe à venir s’exécuter pour notre plaisir fut Monobrow qui en était à sa première visite dans la forteresse nordique de Québec pour nous présenter son Stoner Rock instrumental à saveur psychédélique. Le trio, provenant d’Ottawa, est né en 2009 et est composé de Paul Slater (guitare), Brian Ahopelto (batterie) et Sam Beydoun (basse). Dès les premières secondes de son entrée en scène, la troupe dut se débrouiller avec un problème technique affectant le kit de pédales de distorsion du guitariste, ce qui retarda leur prestation de plusieurs minutes. Heureusement, une solution de rechange fut trouvée de façon relativement rapide et Monobrow se lança dans une sélection fort agréable de pièces interprétée de façon assez relâchée pour que l’instant paraisse unique, tout en étant d’une précision démontrant l’expérience de ses membres. Ainsi, on avait parfois l’impression d’assister à un jam plutôt qu’à un spectacle, ce qui renforça le sentiment d’intimité nécessaire à la musique psychédélique, lourde et chaleureuse développée par le trio. Cependant, puisque la musique du groupe est entièrement instrumentale, je me serais attendu à ce que celui-ci profite des interruptions entre les pièces pour interagir de façon plus soutenue avec le public présent et ainsi faire monter l’intensité de l’ambiance. Malgré cette réserve mineure, ce fut un premier passage à Québec très réussi pour le trio comme en témoignèrent les réactions chaleureuses du public à la fin de leur spectacle.

La soirée était maintenant devenue matinée lorsque Grand Morne se hissa de quelques centimètres pour s’installer sur la scène lilliputienne du Scanner. Troisième trio de la soirée, Grand Morne est une formation de Québec œuvrant lui aussi dans le Heavy Rock instrumental avec quelques passages frôlant le Metal plus lourd. Ayant un album à son actif, la troupe se compose de Maxime R. Routhier à la basse, Nicolas Girard à la batterie et Louis-Alexandre Jacques à la guitare. Accompagnés d’un écran sur lequel étaient projetées des peintures abstraites animées pour un effet lysergique, ceux-ci se lancèrent dans une interprétation de leurs petits bijoux instrumentaux. La magie de leur musique euphorisante interprétée avec charisme et enthousiasme nous fit presque oublier quelques petits passages semblant manquer de précision, notamment lors de la finale de l’unique pièce du rappel. De plus, leur prestation sembla un brin courte comparativement à celle de Monobrow, ce qui est probablement bon signe d’une certaine façon puisque votre humble serviteur en aurait pris beaucoup plus. Malgré ces petites réserves, le passage de Grand Morne fut extrêmement plaisant et visiblement fortement apprécié par les spectateurs qui exigèrent un rappel.

En conclusion, ce fut une forte belle fin de semaine à teneur principalement locale pour commencer mon année métallique en beauté. Avec deux spectacles de grande qualité et de genres variés en deux soirs, cette fin de semaine prouva une fois de plus la profondeur de notre scène locale. Chapeau et merci à tous les artistes impliqués dans ces deux spectacles et aux organisateurs de ces évènements.

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas