«The grand experiment»
2015
Depuis près d’une décennie, les années impaires sont les meilleures en ce qui concerne les sorties d’albums rock/métal progressif. Neal Morse avait la chance (ou la tâche ingrate?) d’ouvrir le bal progressif pour l’année 2015 (oui je sais, je suis sûr que le band de rock/métal progressif XYZ a sorti un album en janvier) avec son album «The Grand Experiment».
Avant de procéder à la critique de cet album, un peu de background! Pour la composition, Neal a décidé d’opter pour un processus différent. Pour ses précédents albums solos, il arrivait déjà avec la majorité du stock et le présentait aux autres membres de son groupe, qui agissaient surtout à titre de musiciens engagés. Sauf Mike Portnoy, bien sûr, qui lui était beaucoup plus impliqué dans le processus. Neal composait, Neal et Mike arrangeaient. Pour «The Grand Experiment», Neal a décidé d’arriver en studio avec aucun stock de préparé et que l’album serait composé en gang de A à Z. Après tout, le groupe formé par Neal pour la tournée «Momentum» en 2012 est resté le même, et avec la chimie qui s’est créée depuis, le moment était bien choisi pour essayer la composition en groupe! Et avec l’année de fou que Neal a connu, peut-être que l’inspiration n’était pas assez au rendez-vous pour lui (mais ça, nous y reviendrons).
L’album commence donc avec «The Call», une des deux pièces épiques de l’album (qui n’en compte que cinq au total, si on exclut le disque bonus). Je dois dire que son intro A Capella m’a tout de suite accroché. Les autres membres (en particulier Eric Gillette) contribuent beaucoup plus au chant, autant en back qu’en lead vocal, et «The Call» en est une excellente démonstration. C’est probablement la chanson la plus «classiquement Neal Morse» de l’album.
«The Grand Experiment», la chanson titre, est d’une simplicité et d’une longueur efficace. Elle me rappelle par moment du bon vieux Styx avec un extra rock, et assaisonnée à la Neal Morse. C’est d’ailleurs le premier extrait qui est paru il y a quelques semaines, que vous pouvez écouter ci-dessous:
«Waterfall» vient ralentir considérablement le rythme de l’album. C’est une chanson acoustique, un peu dans le même style que «Smoke and Mirrors» sur l’album précédent. C’est encore une excellente utilisation des multiples vocalistes dans le groupe.
«Agenda» c’est vraiment de la marde. Par contre, le vidéoclip lui permet de se racheter un peu. Un peu…
«Alive Again» est la dernière chanson (et non la moindre) de l’album. Faisant presque 27 minutes en longueur, c’est la pièce épique que tous les fans de Neal Morse ont hâte d’entendre depuis que le tracklist de l’album est sorti un peu avant les fêtes. C’est sur cette chanson qu’on peut entendre le plus la contribution de composition des autres membres du groupe. En particulier le refrain principal, contribué et chanté par Eric Gillette. L’interlude du milieu (qui dure plus de dix minutes) est pour moi la section la plus intéressante de l’album, et fait parfaitement le pont entre la section du début et de la fin, qui elle reprend habilement les thèmes de la section du début. Eric Gillette nous démontre clairement ses talents de guitariste soliste avec un solo de deux minutes sur laquelle se termine la chanson en fade out.
Je ne m’étendrai pas trop longtemps sur le disque bonus, mais disons simplement qu’il comporte trois chansons originales («New Jerusalem», «Doomsday Destiny» et «MacArthur Park») assez intéressantes, ainsi que deux chansons live («The Creation» et «Reunion») enregistrées au «MorseFest» en novembre dernier.
La sortie de cet album est la quatrième sur une période d’environ un an pour Neal Morse. Avec Transatlantic – «Kaleidoscope» (fin janvier 2014), Flying Colors – «Second Nature» (septembre 2014) et Neal Morse – «Songs from November» (novembre 2014), cette «grande expérience» fut peut-être un peu forcée par le fait que Neal manquait d’inspiration, après avoir pressé la poire un peu trop dans la dernière année. Les fans finis comme moi qui ont écouté les démos de Neal pour le dernier album de Transatlantic (je devrais peut-être en faire une critique un moment donné, mais ça c’est une autre histoire) ont pu réaliser que c’est Neal qui a pratiquement composé tout l’album, ou du moins toutes les structures principales.
En comparaison au reste du catalogue de Neal Morse, l’album est relativement court, faisant «à peine» plus de 52 minutes. En particulier si on compte la chanson «Agenda», qui n’est tout simplement pas écoutable (d’autant plus que son air fatiguant nous reste dans la tête). Personnellement, j’aurais pris une des chansons originales sur le disque bonus (fort probablement «Doomsday Destiny»), et je l’aurais mise sur le disque régulier.
«The Grand Experiment» porte malgré tout très bien son titre. Et je lève mon chapeau à Neal Morse d’avoir eu l’audace de brasser les cartes. Est-ce que ce test se révèlera concluant ou est-ce qu’un retour à la formule originale avec un Neal bien reposé serait plus souhaitable? Probablement que la réponse se trouve à quelque part à mi-chemin entre les deux. Un deuxième effort collectif avec un Neal Morse bien rechargé comme capitaine de navire sera redoutable, qu’on se le tienne pour dit!
Note: 8/10 (là-dessus, il faut compter un bonus de 0.5 parce que je suis un fan fini).
L’album parait le 10 février 2015.
Mathieu Audet





