Mercredi le 30 octobre, nous avions rendez-vous au Cabaret Underworld de Montréal pour le seul spectacle en terres québécoises du groupe de folk/pagan russe, Arkona, lors de leur tournée mondiale. Ce spectacle, organisé par Apocalypse Metal, s’adonnait à être le raincheck de celui de l’an dernier qui avait dû être annulé. C’est dès lors que Francis, grand manitou chez Apocalypse Metal, s’était remis à la tâche afin de s’assurer que cette fois-ci serait bonne et ce fut le cas.
Bon, il y a bien eu quelques pépins j’imagine, outre le désistement à la dernière minute du groupe Ogmios qui devait ouvrir la soirée, mais le soir du spectacle, ceux qui y étaient, autant les groupes que la foule, ont donné tout ce qu’ils avaient pour faire en sorte que la soirée soit de celle qu’on se souvient.
Maintenant que Ogmios ne participait plus à la soirée, c’était à WarCall de s’acquitter de réchauffer cette salle qui, déjà dès le début du spectacle, montrait les signes d’une place qui allait se remplir. Bien que WarCall ne fait pas dans le folk/pagan, leur death metal mélodique, dont le vocal est souvent basé sur les warchant en choeur, installe tout de même une atmosphère épique propice et d’adon pour le début de cette soirée. Un set puissant qui a permis à Mat de faire son show à la guitare devant ses chums à Montréal. Depuis le départ de Yann, Mathieu a déménagé du drum à la guitare et c’est maintenant Phil Macht, aussi drummeur de Alcoholator, qui a repris le rôle, Mathieu voulant retourner à son vrai amour, la guitare. Le set a donc été légèrement adapté à ses nouveaux changements mais comme Mat s’occupe pas mal plus de la guitare rythmique et JC des solos, y’a moyen de donner un bon show pareil en attendant de bien maîtriser sa nouvelle position dans le groupe. Et – là c’est Mathieu lui-même qui me l’a dit après leur show – l’addition de Phil à la batterie va augmenter la puissance de WarCall parce qu’il réussit à faire les passes à la batterie en punchant plus fort que lui. Et comme Mathieu, guitariste à la base, avait pris le drum pour s’assurer d’avoir ce qu’il voulait, maintenant, il considère que ce changement à la batterie est un gros plus et est très content de switcher. Ce plaisir s’est d’ailleurs reflété dans leur façon de s’exécuter, les sourires étant au rendez-vous. C’est sûr que jouer en 1ère partie de Arkona a de quoi faire sourire, et faut aussi souligner que c’était l’anniversaire de Gord, leur chanteur/bassiste. Une conjonction d’événements qui est toujours plaisante quand les choses vont bien et en plus, leurs fans s’étaient donnés rendez-vous pour tripper avec le groupe et les headbangers avaient déjà pris leur place au devant de la scène. Une demi-heure solide qui s’est terminée avec une touche de rock ‘n’ roll avec Blood for the sun de leur 1er album, Demonarchy.
Lorsque je suis remonté dans la salle après la pause de rééquilibrage des substances, sur le trottoir à l’extérieur, les membres de Valfreya étaient déjà sur scène mais ils ne semblaient pas vraiment prêts à lancer leur spectacle. Prévu pour débuter à 21h00, et habituellement toujours selon l’horaire lors des spectacles de Apocalypse Metal, il était évident qu’il y avait un problème lorsque les secondes de retard se sont étirées en minutes et que l’attention semblaient se concentrer sur le portable responsable de diffuser la track qui accompagne leur prestation et également indispensable pour faire jouer le clavier à ce que j’ai cru comprendre des explications de Mat the Pinch après leur spectacle. En tout cas, Shark, le claviériste de Valfreya essayait de démarrer leur portable qui s’éteignait dès qu’il le déposait. C’est finalement lorsque quelqu’un a mentionné que ce n’était peut-être pas une bonne idée de mettre le portable sur les amplis que Shark l’a déposé par terre et hourra celui-ci a fonctionné. Cette mésaventure a tout de même fait perdre 15 minutes à Valfreya qui n’ont pu étirer leur spectacle au delà du temps prévu.
Donc, finalement vers 21h15, l’éclairage s’est tamisé (on pourrait dire éteint quasiment) et Shark a pu envoyer la track d’intro et l’atmosphère propice aux récits de voyages, batailles et légendes que nous propose Crook, s’est tranquillement installée alors que Odin – personnifié par Phil, aussi chanteur de Bookakee et dont les maquillages de scène sont toujours superbes – s’est avancé sur scène pour l’interprétation de Odin’s fury pour laquelle Valfreya viennent de sortir un vidéo. Remarquez que c’est pas mal parce que je reste au courant de ce que fait Valfreya que je peux me prononcer ainsi car pour le non-initié, ça pouvait ressembler à un remake de la Belle et la Bête.
Après cette 1ère pièce, pendant qu’elle nous remerciait d’être présent, Crook avouait le stress qu’elle avait vécu avant le spectacle pendant le problème technique. Pas de trouble, ma belle! La suite s’est très bien déroulée. Ils ont enchaîné avec la pièce qui m’a fait découvrir le groupe, Beyond illusions, que j’aime beaucoup à cause de son petit côté rigodon. On a ainsi eu droit à 30 minutes (au lieu de 45 minutes) où Crook s’est déchaînée sur scène, Shark a décompressé, Karhu a fait le fou, Graz’zt est resté aussi taciturne qu’à l’accoutumée, Mat the Pinch avec sa soutane de moine est resté caché et mystérieux sous son capuchon alors que JôTunn l’hyperactif, à l’abri des regards derrière la cage de la batterie, nous garde tout ça dans le rythme. La foule ne s’est pas fait prier pour embarquer dans leur trip et un moshpit bien actif a accompagné leur performance, culminant avec leur wall of death où ils distribuent des épées dans la foule. Quel moment épique et en même temps, tellement bon enfant. Impressionnant de voir tous ces métalleux cesser de se rentrer dedans pour se mettre à escarmoucher, bretter et s’escrimer à qui mieux mieux. Un moment de plaisir bien prisé par la foule. Malheureusement, cette bataille a sonné la fin de leur spectacle et la prestation écourtée de Valfreya nous a laissé sur notre appétit. Plusieurs en auraient pris encore et encore. Il ne nous reste donc qu’à cocher notre agenda pour leur prochain spectacle qui aura lieu aux Foufounes Électriques de Montréal le 13 novembre avec le groupe Nekrogoblikon, dès que Valfreya reviendront de leur tournée canadienne avec Arkona. Pour ceux à l’extérieur de Montréal, ils seront également à Saint-Georges-de-Beauce le 7 décembre avec, entres autres, Morgue de Québec.
Après cette demi-heure endiablée, c’est là, une fois les instruments de Valfreya enlevés de scène et rangés que j’ai eu une conversation avec Mat Paré concernant le problème d’avant spectacle. Au travers de l’explication, il me soulignait qu’il avait justement passé la réflexion avant le spectacle qu’ils seraient dans la schnoutte si le portable rendait l’âme à un spectacle. Et bien, il a vu ce que ça pourrait avoir l’air…
Après cette explication, il était maintenant temps de remonter et prendre place pour accueillir Arkona. C’est un peu après 22h15 que la track d’intro de leur performance s’est faite entendre puis elle a été rejointe par une mélodie de cornemuse alors qu’un des musiciens s’est avancé. Je croyais naturellement que c’était Vladimir Volk, responsable des instruments à vent au sein de la formation, mais malgré la noirceur, j’ai réussi à voir que c’était plutôt leur drummeur, Vlad Artist, qui prenait place sur scène bientôt rejoint par Masha Scream qui rythmait le tout sur une tambourine de peaux de rennes(!?). Après nous avoir envoyé cette intro, les autres membres de Arkona sont arrivés sur scène, Vlad a remis la cornemuse à Vladimir puis a pris sa place derrière la batterie et en avant la musique!
On pouvait sentir, pendant l’intro, la fébrilité gagnée la foule maintenant nombreuse et compacte au devant de la scène et dès le début, les cris ARKONA! ARKONA! ont résonné dans la salle. La foule voulait participer, c’était palpable et ils ont martelé les rythmes dans leurs mains une bonne partie du spectacle. Plusieurs, à la demande de Masha dans son anglais hésitant et restreint mais qui partageait l’essentiel, ont entonné en choeur certains refrains lorsqu’elle tendait le micro au dessus de la foule. MALADE!! Bon, certains vont me dire de me calmer le ponpon, ce n’est pas la fin du monde, une foule qui chante des lyrics. Euh… les lyrics sont en RUSSE.
Un fait intéressant dans leur musique – et que je considère un crowd catcher instantané est que bien que leur musique est incontestablement d’inspiration folklorique russe, plusieurs éléments m’ont rappelé notre folklore québécois. Faut dire que notre propre folklore, bien qu’il soit principalement d’origine celtique, incorpore beaucoup d’influences arméniennes – et de d’autres pays de l’est de l’Europe du fait même – suite aux diverses vagues d’immigration du début de la colonisation de la Nouvelle-France puis du Haut et Bas-Canada et finalement lors du peuplement des provinces de l’Ouest lors de la création du Dominion. Le cours de folklore sera pour une autre fois mais je veux quand même ajouter qu’ils avaient aussi des beats dans leurs pièces qui parfois me rappelaient la musique amérindienne. Doit-on y voir des influences de la musique des autochtones des contrées nordiques de l’Eurasie d’où seraient venues les 1ères vagues de peuplement de l’Amérique? Ma fibre anthropologique vient d’être titillée encore une fois. Je devrai creuser cette question de la musique autochtone!!
Bon pour revenir à leur prestation, ils ont donné un set intense de pièces choisies de leurs divers albums pendant près d’une heure puis ont quitté laissant seule la trame de clavier enregistrée nous porter vers… le retour de Vladimir qui est venu nous faire un solo de cornemuse bientôt rejoint par Vlad à la batterie pour ce qui m’a paru un jam cornemuse/batterie plus qu’un truc pratiqué. Enfin, on s’en fout parce que c’était cool, différent, surtout bien exécuté et définitivement apprécié par la foule. Alors qu’il aurait pu être normal que le spectacle se termine ainsi après plus d’une heure de prestation, les autres membres sont revenus pour nous entonner quelques pièces additionnelles, ajoutant une autre demi-heure à ce spectacle. Lorsque vint le temps de finalement ranger leurs instruments à leur tour, Arkona n’ont pu résister à l’envie de satisfaire leurs fans qui ne bougeaient pas de leur place devant la scène et demandaient pour plus. Ils ont donc généreusement offert une dernière pièce avant de devoir finalement saluer et quitter la scène après une performance qui m’a vraiment charmé et fait tripper. J’avais déjà pu apprécier la qualité de leur composition et maintenant, je peux dire que leur présence sur scène est du même calibre. Arkona savent mettre un party dans une place.
La foule s’est faite accrocher un sourire dans la face par un spectacle haut en couleurs et débordant d’énergie positive. Elle a tapé des mains, chanté, dansé et surtout elle a pu apprécier la générosité de groupes qui étaient content de nous faire plaisir et d’en profiter également.
Pour terminer, je voudrais remercier Apocalypse Metal qui nous a offert l’accès au spectacle à ma photographe et moi. Et aussi à Marie-Noëlle qui a dû se débrouiller pour prendre ses photos avec l’éclairage déficient et peut-être un peu trop de boucane par bout.
Cheers!
Lex
























