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* Oui, on sait que les groupes ont changé et n’étaient pas ceux du flyer! (NDLR)

Ce qui est cool avec les shows intimes, c’est la vibe crissement oldschool. Je m’explique. Quand le public est restreint à une quinzaine de personnes en fin de soirée, la grosse majorité impliquée directement dans les bands ou des médias quelconques, t’as l’impression d’être dans un genre de party VIP dans lequel t’as soudainement l’occase de rencontrer ta famille éloignée. Les problèmes de la vie quotidienne prennent un backseat et y’a rien d’autre qui compte que te garrocher à terre à moitié sur le son endiablé d’une musique authentique qui te rentre dans le système comme une tonne de briques; ce feeling est la plus splendide drogue qui existe et mon fix est jamais assez fort. Je suis effectivement une fille salement difficile et sélective en termes de c’que je trouve écoutable, en passant par c’que je juge être prometteur, jusqu’aux rares cas ou j’suis complètement prise au dépourvu par à quel point le son d’un band peut me faire devenir fan de leur stuff après un seul set. J’avais aucune idée à quoi m’attendre en me préparant mentalement pour cette soirée sous le toit du Woodstock à explorer les goûts (que j’estimais correctement comme étant sans doute très éclectiques) de Mr. Raphaël Parent, propriétaire de Wolf Productions, sa business indépendante qui portera un fruit savoureusement rafraîchissant dans les mois qui viennent s’il continue d’emblée à pousser bravement sa luck en introduisant le public à des bands qui essayent pas de sonner comme personne d’autres qu’eux-mêmes et qui prennent un plaisir coquin à mélanger plusieurs sous-styles de métal de mille et une façons auxquelles je ne pouvais vraiment pas m’attendre même en essayant de deviner à quoi j’aurais affaire en me basant sur le son du band de Raph, INFECTED KARMA (que j’ai pu apprécier avec un enthousiasme bien avoué dans ma dernière critique pour le show de HOLLOW au Magog, début Mars).

À mon entrée au bar vers 18h45 (j’étais arrivée en avance surtout pour gauger la vibe et le type de public qui caractériserait ce show, et j’dois avouer que je trouve les soundchecks intéressants et révélateurs à regarder, blâmez ma passion pour les détails; on parle de musique, après tout) j’ai été assez ahurie de voir que l’endroit était loin d’être bondé. Le band était dans la grande salle de show et le côté pub était absolument désertique. Le show devait normalement débuter à 19h – ce que j’ai trouvé sensass dans tout ça, c’est que le staff impliqué dans cette soirée (du booker en passant par les membres de CHARIOTS) avaient beau sembler stressés par le côté loufoque de la situation (dur à croire qu’une salle peut être vide avant un show de cette envergure; écoutez le dernier album de CotG,  »Tides of War », et vous allez saisir mon point de vue et admettre qu’il n’est pas d’un enthousiasme exagéré voire cheesy) ils réussissaient à bien compartimenter l’utilisation du temps qu’ils avaient sur les bras et n’ont pas semblé excessivement frustrés par l’anicroche. J’ai eu l’occase de jaser un peu avec un de leurs deux guitaristes, Dimitri Gervais. J’ai pas hésité pour lui sortir que je suis normalement très difficile à impressionner et que même avec mon esprit de tête dure complètement inégalé, j’ai été complètement foudroyée par l’intensité de  »Tides of War ». Il a pris le compliment avec une appréciation humble et terre-à-terre; il me semble être un dude très professionnel et son approche est bien plaisante. Jasette à part, malgré le fait que la bâtisse dénombrait probablement un gros max de dix personnes sur les lieux même autour de 19h, je savais que le show serait quelque chose de mauditement cru et hallucinant et j’ai pas manqué de passer cette remarque à ma tendre moitié qui m’accompagnait pour la soirée – il n’avait jamais entendu CHARIOTS avant et je lui ai assuré que ce qu’il verrait sur scène le ferait devenir fan. J’reste sur mon feeling qu’il a largement vu que je suis loin de pas savoir de quoi je parle.

En suivant le conseil bien placé de Dim, j’ai éventuellement décidé d’aller casser la croûte et me claquer un (soit-dit-en-passant excellent, essayez-le) Gin Tonic au chic et paisible pub Liverpool à quelques pas de la salle de show après avoir appris que finalement, le premier band serait prêt pour 21h et quart. À cette heure, j’ai effectivement pu découvrir que la cue était bien placée; j’entrais au vestiaire pour y laisser mon coat de fourrure et j’entendais déjà la foule s’enthousiasmer pour le set de BLACK ABSINTHE qui a commencé avec une énergie qui a pas manqué de me rentrer dedans même en étant encore sur le bord de la porte. J’ai judicieusement évité de m’acheter un pichet en rentrant – j’étais déjà sur un feeling assez fêtard mais toujours assez frais pour avoir un esprit critique et non pas seulement hyperactif et distrait par un rush d’alcool, et je me suis avancée au devant du stage en arborant une expression que je savais être assez facile à lire: des yeux curieux, peut être un peu rieurs, et un scepticisme marqué, mais j’avais quand même un sourire en coin et je tâchais, avec un succès progressif, de me laisser absorber par ce que j’avais devant moi: je n’en avais aucune idée même en organisant ma participation au coverage médiatique de ce show et j’ai pu apprécier la surprise de constater que ces gars-là ont un son qui mélange pas mal d’influences que j’aurais jamais cru entendre dans un seul et même contexte en termes de songwriting. BLACK ABSINTHE sont une formation de Toronto qui semble se faire progressivement un nom assez respecté à force de faire des shows et j’ai pu comprendre le pourquoi du comment de tout cet engouement en ne manquant pas de noter tout ceci et rien de moins: ils mélangent une vibe extrêmement punk à la base avec des touches oldschool grunge (à la Bleach-era NIRVANA) et gardent ce background comme base assez régulière de toune en toune. Ils ajoutent à cela une bonne couche très évidente (en tout cas, selon moi) d’influence New Wave of British Heavy Metal, se concentrant surtout sur l’aspect plus rock and roll de ce sous-style – je me dis qu’ils sont sans doute de très grands fans de bands underground comme ZUUL en se rendant jusqu’au top du totem avec des bands comme MAIDEN et JUDAS PRIEST (dont ils ont fait un cover assez dynamique –  »Breaking the Law » est toujours le fun à voir en show et à écouter, essayez de me dire le contraire et de vous trouver convaincants – vous réussirez pas). À cela, des blastbeats occasionnels et des petites exploitations du côté plus smooth du progressif (à la OPETH tranquille) se marient promptement et sans trace d’un manque de structure concise; j’étais, au début, estomaquée par le nombre d’expérimentations que j’avais devant les yeux et de l’agencement avec l’énergie des trois gars qui jouaient leur stock comme s’ils étaient nés sur un stage à le shredder avec à peu près autant de brio. C’était comme si c’était aussi naturel pour eux que se lever le matin et se faire un café – et aussi exactement aussi simple que ça – ceci m’a assez marquée pour que je considère sérieusement l’option de travailler avec eux sous le toit du label dont je suis co-propriétaire, Mulligore Production. Je vais citer Jack Black brièvement pour illustrer mon point de vue: il a déjà dit, en entrevue, que les bands qui ont le  »magma » créatif et scénique existaient dans les années 80 et 90, mais qu’aujourd’hui, ils sont aussi absents de la planète que les dinosaures, Godzilla, Monsieur Quaker, Donald Duck, Jésus Christ, et le fucking Santa Claus. Je lui réponds qu’en scrutant l’underground, tu peux facilement découvrir des bands qui ONT le magma dont il parle et BLACK ABSINTHE en est un. Ils sont Canadiens, et ont l’aptitude de mélanger des influences provenant de tous les recoins de la planète en une seule et unique approche qui est très bien traduite sur scène, même en étant victime d’un traitement sono qui laissait à désirer (les micros étaient placés un peu trop proche des amplis, et ce qui s’en résultait était un son tantôt trop fort et imprécis, tantôt plus discernable mais quand même assez difficile à écouter; c’est la seule chose que je déplore de ma soirée, le stage set-up aurait pu être fait autrement). J’ai donc conclu que j’allais passer du temps avec le EP de ces gars-là pour me faire une idée encore plus nette et précise sur leurs outils d’attaque. Un certain temps plus tard, j’ai lancé un sourire complice à Jack, le chanteur et guitariste du groupe qui est soit dit en passant un bon vivant, que ce soit sur scène ou hors-scène. Il est venu me piquer une jasette en me soulignant qu’il a bien apprécié de me voir headbanger autant durant leur set et que ça l’avait vraiment mis dedans et contenté. Il était d’un enthousiasme débordant avec  »YOU ROCK » par-ci et autres qualificatifs positifs par-là; il a bien cerné le fait que j’avais été impressionnée par ce que j’ai vu. J’en ai donc profité pour lui lancer la balle et lui demander s’il était en discussion avec des labels présentement – après avoir eu quelques révélations intéressantes sur le stock sur lequel le band travaillera prochainement en studio, nous avons échangé des p’tites cartes ( »we’re trading effin’ caaaaards, mannnn, how cool is that?? », lance Jack, le trippeux visiblement oldschool jusqu’à l’os) et je lui ai promis que je garderais contact. Il est largement possible qu’on travaille ensemble prochainement et je trouvais vraiment cool d’avoir une chance de découvrir un band que j’aimerais signer par le biais d’un show local; les surprises en finissent pas.

Le groupe BEYOND THESE WALLS, et ils l’avouaient sur la page d’événement du show sur Facebook bien avant la date de show, sont un nouveau band qui n’avait jamais monté sur scène avant. Le propriétaire de Wolf Productions (Raph) m’a informée (entre les sets) du fait que la plupart des gens dans la foule étaient des amis proches des membres du groupe. J’ai pu noter que même à mi-soundcheck, cette trolée de personnes vraiment très enthousiastes s’est rassemblée sur le devant du stage comme si le show était déjà commencé, ce qui a un peu déboussolé les gars du band temporairement, alors qu’ils se demandaient s’ils finissaient le soundcheck ou pouvaient se lancer tout de suite dans la première track – ce qu’ils ont fait d’emblée, et j’ai senti le stress s’évaporer d’un coup de vent monumental à partir du moment où la musique partait en malade; ils étaient tous concentrés, à 500%, sur la performance. Y’a pas à dire, ils assuraient. Les deux guitaristes avaient une sept cordes, ce que je trouvais ambitieux en partant, et j’ai cru, en écoutant leur soundcheck, que j’aurais affaire à un band de death metal pesant, mais leur approche était plutôt un certain mélange de deathcore et de hardcore pur, et traditionnel avec du dual-guitar-work qui est pas mal plus élaboré et recherché que les stop-start riffs que j’entends dans beaucoup trop de matos hardcore qui sort sur des trop gros labels dernièrement. Le frontman donnait pas sa place, ses vocals étaient puissants et constamment dans le registre aigu, et sa présence scénique était prenante. Je souligne aussi que le drummer avait une énergie qui déplaçait de l’air – il vargait sur son kit comme si sa survie en dépendait. Il mettait du sérieux dans la qualité de sa performance mais avait aussi l’air d’avoir un fun noir et c’était pareil pour le reste du band, et assez palpable pour me faire bouger et headbanger en sirotant ma Boréale Rousse tranquillement. Fait assez insolite, quand le public a demandé (avec une motivation étourdissante mais touchante à voir) un rappel, ils ont bravement abordé une pièce qui était pas complètement finalisée. Max, le chanteur, a précisé que les lyrics étaient pas finis. Un de ses chummey a pris une thématique au hasard, composé quelques lignes sur son cell, et l’a refilé au frontman. Assez incroyablement, le band s’est mis à jouer ladite toune, alors que Max improvisait des patterns vocals en lisant les paroles composées par l’ami dans la foule, cellulaire à la main. Le résultat était fracassant et je vous mens pas. Chapeau pour avoir relevé un défi qui avait presque l’air d’un dare. J’ai hâte d’entendre du stock de ces gars-là sur CD – même si je suis pas fanatique de deathcore en général, j’ai trouvé leur approche différente de celle du reste de la foulée provenant de cette section de la scène, et ils ont l’air déterminé à se jeter à l’eau et forcer la note pour trouver leur blueprint et ça j’trouve que c’est respectable, point final. Que vous aimez le style ou pas, avouez au moins qu’il se développe rapidement et aisément et que ça pique votre curiosité. Ça mettait de l’action dans le minuscule (mais joli) pit qui dénombrait beaucoup de fans authentiques de ce son qui faisaient du hardcore dancing à en plus finir, ce qui était sweet à voir. Le band a terminé son set en ayant l’air satisfaits de leur première expérience sur scène et je trouve qu’ils ont fait de la saprée bonne job, opinion visiblement partagée par la gang de trippeux sur le devant du stage (et sur le côté pour ce set, dans mon cas, ce qui me donnait une vue diagonale qui me permettait d’observer plus efficacement).

J’ai trouvé une chose un peu nowhere après ce set; la salle s’est pratiquement vidée. J’ai commencé à scruter les recoins de la pièce en pointant quinze personnes du doigt; je les comptais mentalement. Presque tout le beau monde qui était là pour les deux premiers bands avait quitté pour aller du côté pub ou ailleurs qu’au Woodstock tout simplement. J’en revenais pas, surtout que le headliner, CHARIOTS OF THE GODS, est complètement colossal. Ça empêche pas qu’après un bref soundcheck qui s’est déroulé avec un professionnalisme marqué et une souplesse qui en dit long sur leur expérience, ils ont complètement dominé la petite bulle un peu surreal que nous, gens accros au sein de ce petit public, avions forgée. En me tournant la tête je voyais que les gens qui étaient encore là étaient le booker de la soirée, des membres de BLACK ABSINTHE et BEYOND THESE WALLS, et autres représentants de médias, ainsi que photographes, et quelques autres personnes qui comprennent le concept qu’aller à un show implique d’être là jusqu’à la fin. Chapeau à ces trippeux qui savaient sans doute pertinemment que CHARIOTS leur arracheraient métaphoriquement la face sans préambule. J’ai apprécié l’album, et je savais que le show serait haut en couleurs, et croyez-moi; je me trompais pas. St-Amour, le guitariste soliste, est un virtuose. Je le regardais aller juste en face de moi (je m’étais déplacée pour voir de plus près, après tout, je suis déjà complètement vendue à ce band) et je rushais. Les gars dans le public faisaient du air-shred devant lui comme s’il était une de leurs idoles d’enfance et il avait cet impact un peu space sur toute la salle; ça se sentait. Dimitri avait une présence scénique élégante, avec un feel communicatif, une émotion qui se voyait sur son visage alors qu’il laissait les notes nous enivrer tous, le chanteur était dynamique, énergique, et sur la coche, et le drummer roulait quelque chose de rare (même lui avait une presence vraiment notable, même en étant aussi draconiennement occupé à défoncer son kit). Et que dire du bassiste; bordel que ce gars-là shred. Vous vous rappelez de ce que Lemmy a dit dans son film?  »J’essaye d’avoir l’approche d’un guitariste avec ma bass. » C’est un concept que peu appliquent avec un réel talent – le bassiste de CoTG relevait ce défi, in my book. J’ai pas été déçue – j’ai croisé Dimitri alors que touts les bands sortaient leur gear du bar vers minuit et demi, et lui ai sorti que leur set était  »complètement fucking nice » (je manquais de mots pour décrire à quel point j’tais frappée par ce que je venais de voir) et il m’a répondu très modestement qu’il avait remarqué que moi et mon fiancé Jonathan garrochaient des horns et headbangaient comme des perdus tout le long du set.  »Ça doit être bon signe. » C’est ce qu’il nous a répondu. Effectivement bro, le fait que la foule brassait autant, c’est un encouragement que vous méritez et pas à peu près.

Cette soirée très remplie me donnait l’impression d’avoir vécu un trip qui est pas aussi accessible qu’on le pense – faut en profiter quand ça passe. L’ambiance me donnait l’impression qu’on était au début des années 80, dans le temps où le métal c’était quelque chose de nouveau et que peu de personnes voulaient réellement comprendre la raison de son existence. Y’avait pas beaucoup de trippeux mais ces gens-là étaient des VRAIS guerriers. Ils existent encore en 2013; eh oui, les amis, les gangs d’accros qui rateraient pas un show underground pour rien au monde, y’en a partout au Québec et le mouvement est immortel. Nombre d’entre eux étaient au Woodstock hier soir – des musiciens, des promoteurs, des fans. Le public faisait le show autant que les bands, c’est aussi simple que ça. Merci à Wolf Productions pour une soirée mémorablement agréable.

-Noch