Décapiteuse Marryah Noch

 

La Décapiteuse #19

 

 

Band: MERCENARY

Album: “Through our Darkest Days”

Label: Prosthetic Records

Date de sortie: 30 Juillet

 

Règle générale, si t’es pas SOILWORK ou SCAR SYMMETRY, tu risques de rusher à me faire capoter en entendant ton album de death métal mélodique aux nombreux éléments industriels et électroniques à l’appui. MERCENARY ont beau être un gros nom qui se fait qualifier de tout à fait divin, j’embarque plus ou moins dans la nature très accessible et poppy de cet album-ci. Ce que je déplore surtout est le nombre de cues et le fait qu’elles se retrouvent aux mêmes moments dans toutes les tounes; celles-ci sont calquées sur un pattern de verse chorus verse chorus bridge solo chorus qui dévie pas de la formule en aucun cas – ce qui est considérablement évident quand on observe le vocal qui utilise un range clean seulement que dans les refrains et un growl un peu trop semblable à celui du frontman de SOILWORK sur leur dernier album double dans les couplets. Les chorus sont “flat” et plutôt répétitifs. Reste que, j’accorde à ce band le bénéfice du doute vu leur force inégalée et tout à fait indéniable présente dans les tracks les plus sophistiquées qu’on a ici (y’en a peu mais elles sont notables); écrire des passages de tounes définies par un riffage progressif et complexe et mélanger ça avec des mélodies beaucoup plus simples et hooky en gardant un oeil braqué sur la ligne directrice de la toune au point de pouvoir qualifier ce type de songwriting de “song-oriented” au lieu de se contenter d’y voir qu’une collection de riffs emboîtés l’un dans l’autre. C’est le genre de band que t’aimes ou que tu trouves complètement gossant, y’a pas tellement place à un entre deux avec “Through our Darkest Days”. Selon moi, y’a davantage d’espace pour un focus plus élaboré sur le progressif que sur les refrains doucereux, mais les opinions risquent d’être assez divisées là-dessus, entre la nouvelle et vieille génération du public.

VERDICT: 6.5/10 (Entre BON et TRÈS BON)

 

 

 

Band: SINISTER REALM

Album: “World of Evil”

Label: Shadow Kingdom Records

Date de sortie: 6 Août

 

Comme je l’ai mentionné à plusieurs reprises au point d’en faire choker les newschoolers qui se la jouent un peu trop ti-kings, j’suis assez ravie que 2013 apporte avec elle son lot de bands qui emmènent une bonne dose de passé dans le présent soniquement parlant. Au niveau de la production, ça recommence à être vrai que le côté organique est absolument bien manié – sur “World of Evil”, on entend clairement la bass, la guitare, le drum, et le vocal, et y’a pas un élément qui enterre l’autre; le tout est absolument bien balancé sans être étouffé par un ramassis d’FX qui tuent l’âme de la performance de chacun des musiciens ici présents, et cet exploit (de nos jours qualifié de tel, allez comprendre en écoutant tout ce qui est over-processed dans le métal moderne aujourd’hui) est, pour une fois, pas complètement saoûlé par le besoin absolu d’être en train de pourrir sous une centaine de couches de vernis. On a pas non plus droit à un album qui sonne comme une cassette qui fond dans un vieux système de son mono qui griche à peu près autant qu’une tv qui a jamais vraiment marché. On a un équilibre raisonnable entre le son démo garage et le surgical, clinical filter, ce qui colle très bien à la nature début années 80 du songwriting des gars de SINISTER REALM qui est largement inspiré des meilleures années de Ronnie James Dio avec une bonne dose de dynamisme signées IRON MAIDEN; ce qui est cool ici surtout est que cette approche est entrecoupée de sections très doom à la CANDLEMASS qui sont fortement reconnaissables. Ce qui est décevant est assez prenant ici tout de même; la répétition des riffs est un tantinet excessive et si chacune des pièces avait été écourtée, ce problème aurait pu être évité. Il y a aussi place à des riffs beaucoup plus étoffés car on a droit ici à des combines plutôt simplettes (néanmoins efficaces) qui auraient pu s’épanouir davantage avec un meilleur vieillissement (nettement plus prolongé également) en cave, une évolution naturelle qui suit l’inspiration du mood qu’on a ici. Peut être la prochaine fois; ces gars-là sont dans la scène pour rester et j’entends de très bons commentaires sur leur approche malgré mon scepticisme face à ces tounes-là en particulier, à quelques exceptions près.

VERDICT: 6.5/10 (Entre BON et TRÈS BON)

 

 

 

Band: REVOCATION

Album: “Revocation”

Label: Relapse Records

Date de sortie: 6 Août

 

La plupart des gros médias sont en train de virer à moitié fous en jasant REVOCATION dernièrement. Je suis pas de cette foulée d’enthousiastes qui s’exclament à en fendre l’air et à en faire crouler des bâtisses New-Yorkaises; n’empêche que je me dois d’avouer que ces gars-là ont pas peur du risque. Leur nouveau self-titled est tout simplement débordant de variantes sur leur approche de base (qui est en elle-même difficile à identifier à l’oeil nu quand on regarde le chaos en pleine face). Ils imbriquent le death métal brutal, le thrash métal catchy et accessible, le jazz fusion, certains éléments black, et le progressif à proprement parler dans un édifice à la construction intimidante, et franchement à couper le souffle. C’est facile de se ramasser plutôt étourdi après deux tounes et c’est la preuve que y’a de quoi lâcher un sifflottement admiratif face à la réelle créativité qu’on a ici. La complexité et la mélodie accrocheuse, c’est deux cours séparés dans l’art de l’épanouissement d’un guitariste et REVOCATION savent démontrer qu’ils connaissent le meilleur des deux mondes de manière surprenante et fortement difficile à prédire d’une seconde à l’autre et c’est ce qui fait la force principale de ce qu’ils emmènent sur Relapse cette année. Parfois, less is more, et je prendrais une ride avec ces gars-là une fois de temps à autre, sans me claquer ça aux 2 jours. Du Picasso c’est cool à regarder mais ça en prend plus pour connaître vraiment son propre éventail de goûts. Se casser la tête ça peut être le fun – à un moment donné c’est carrément vannant, et un ramassis d’expérimentations soniques, ça a exactement le même effet quand c’est abusé sans modération. Je conseille cet album à ceux qui aiment regarder les roues spinner à fond la caisse 24 heures sur 24 sans avoir nécessairement besoin d’un changement de disque.

VERDICT: 7.5/10 (Entre TRÈS BON et EXCELLENT)

 

 

 

Band: HIDDEN MASTERS

Album: “Of This & Other Worlds”

Label: Metal Blade/Rise Above

Date de sortie: 6 Août

 

Un voyage vers le milieu des années 60, c’est pas mal éducatif pour la personne qui veut catcher d’où vient le rock à proprement parler; HIDDEN MASTERS ont une leçon à livrer à ces enthousiastes qui savent apprécier ce que JIMMY PAGE avait comme procédé stylistique bien avant LED ZEPPELIN et je pourrais tout aussi dire que les BEATLES, dans leur temps complet-cravate à Top of the Pops, avaient une approche similaire. “Of This & Other Worlds” intègre ces modes de pensée après s’être claqué une bonne gorgée de vieux matos de l’univers à part d’ALICE COOPER pour ensuite se pencher sur le rock psychédélique typique de Rise Above qui nous initie au vintage doom dans un format plus hallucinogène qu’overpolished. Ces gars-là sont très glamour dans leur éventail d’influences dans le sens où ils se permettent de s’étendre sur la question de l’évolution historique de la lourdeur du son d’une guitare du tout début de son apparition sur scène jusqu’à nos jours bruyants et psychotiques à profusion en termes de possibilités en songwriting. Chacune de leurs pièces évolue au coeur de la timetable de manière imprévisible, inspirée, et honnêtement tout simplement entraînante. La prétention est même pas un trait auquel ces gars-là songent pour une seule seconde et ils réussissent à quand même exploiter leur marginalité au point de me faire penser à QUEEN à plus d’un tournant. Réussir ce genre de feat en 2013 provoque un beau gros soupir de soulagement pour une personne comme moi qui se demandait quand est-ce qu’un rock de ce genre reviendrait en force sur les planches.

VERDICT: 8.5/10 (Entre EXCELLENT et GÉANT)

 

 

-Noch