Étant quelqu’un qui, auparavant, allait voir moins de quatre shows par année, étant plus du genre à me concentrer sur la critique d’albums que de prestations live, j’admets à prime à bord que hier soir (le 27 Avril) était non seulement la première fois que j’allais au Club Soda, mais aussi ma première veillée avec les quatre bands sur le bill. J’ai déjà pu apprécier, en tant que fan et non journaliste back in the day, un set d’Exhumed au dernier Heavy MTL. Les gars rushent à traverser les douanes depuis l’automne passé, et j’avais une impression assez forte que le problème se remontrerait la face. J’peux dire que ces gars-là donnent un osti de show d’la mort et que leur présence aurait ajouté une bonne balance au line-up du show que j’ai vu hier, et ce, de plusieurs manières différentes. Les commentaires que j’ai entendu entre les sets (en allant fumer mes Peter Jackson menthols et savourer la température instable typique du Québec en regardant une mascotte d’Eddie sacrer le bordel dans la rue – c’était assez distrayant à voir merci – les promoteurs du show d’hommage à Maiden ont réussi leur stepette de pub avec un brio remarquable) en témoignent; le problème ici étant principalement la longueur du set de JUNGLE ROT. Mais je m’attarderai à ce détail notable au bon paragraphe.

ADIMIRON m’ont tout de suite donné l’impression, grâce à leur logo un peu ‘space’, qu’ils seraient d’une nature prog assez prononcée et haute en couleurs. Le nom, par contre, me disait rien du tout – je ressentais pas un attrait particulier pour sa sonorité et j’avais entendu ce nom mentionné nulle part, ce qui me donnais une clean slate assez évidente avant de les voir jouer; je laisse toujours la chance au coureur – ma philosophie c’est « don’t judge a book by its cover ». Leur set a commencé à s’épanouir assez fast avec une introduction à saveur Égyptienne qui me faisait penser à NILE et MELECHESH, ce qui m’a donné un brin d’optimisme en partant, sauf que cette touche stylistique s’est effritée assez rapidement et n’a pas refait surface dans aucune des pièces par après. Je dois dire aussi que la sono était assez cacophonique, ce qui n’était pas du tout le cas pour les prestations des trois autres bands, heureusement. Ça n’aidait pas du tout à cerner l’intention de l’approche du groupe en termes de songwriting; c’était même assez difficile à suivre comme structures de tounes, et les deux personnes qui m’accompagnaient avaient la même opinion. La foule embarquait pas du tout non plus, et l’attitude du frontman était pitoyable à la mi-set. J’ai pas mal de misère avec ceux qui se font la parade « tough guy » juste pour se donner un genre. Un chanteur qui qualifie la foule de « fucking lazy » me donne pas tellement envie d’headbanger en son honneur. D’autant plus que musicalement, j’avais l’impression claire que leur musique allait nulle part. Peut être que sur CD, après quelques écoutes attentives et fortement cafféinées, j’aurais réussi à mettre le doigt sur un potentiel qui m’a clairement échappé hier soir. Disons qu’après avoir entendu le frontman crier maintes et maintes fois « you MOTHERFUCKERS » j’ai réussi à tomber dans un zone-out. L’importance d’un set est centrée sur le contenu musical et le bashage de foule a tendance à la rendre écoeurée et moqueuse. Voir un circle pit à la fin m’a donné l’impression que les gens qui étaient en avant se claquaient une B.A. Une attitude plus courtoise du groupe, une meilleure énergie, et une meilleure qualité de son auraient été trois facteurs qui auraient pu sauver les meubles, j’ose l’espérer.

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RINGS OF SATURN étaient, quant à eux, beaucoup plus professionels et, je dois dire, soniquement pertinents. La vague prog de 2013 a pris le dessus sur la moitié de la soirée et j’dois admettre que c’est un sous-style de métal qui est très hit and miss et dans la plupart des cas, quand t’entends un album, un set, ou même une seule toune prog, c’est soit t’adores, soit tu détestes. Le set de RoS descendait tout aussi bien que ma Boréale. La texture de leur musique est d’un luxe comparable à une sauce italienne dispendieuse, ou un grand vin. Leur songwriting est riche en rebondissements et j’irais même jusqu’à dire qu’il est empreint d’une bravoure admirable. Leur don pour l’expérimentation était extrêmement bien calculé – ces gars-là avaient l’air de sortir tout droit d’une école de musique de renom. Les licks avaient une atonalité qui se marriait très bien avec l’émotion communicative des mélodies à l’appui, plutôt que d’exister avec pour seul but d’ajouter une touche abstraite sans signification. Les riffs de bass étaient contemplatifs et tout simplement captivants. Le vocal, quant à lui, avait de la variété; ce frontman est capable de couvrir son range au complet en sachant exactement quels sont les meilleurs moments pour adopter une tonalité plus aigue ou plus grave; il assurait à 100% dans les deux cas. Malencontreusement toutefois, j’ai eu un 2e soupir d’exaspération pour l’attitude plutôt crass de ce frontman lorsqu’il s’est écrié « you people in the back – you’re fucking pussies ». Ce qu’il sait pas, c’est que les gens qui se garrochent pas dans le pit restent souvent à l’écart pour pouvoir mieux observer la prestation – avec un oeil scrutateur à mémoire photographique pour les détails. Ça démontre un intérêt d’une pertinence notable qui devrait être appréciée par les musiciens sur scène, et également respectée. Ceux, comme moi, qui prennent la peine de rédiger une critique détaillée sur leur perfo, ont tendance à pouffer d’un rire assez blasé en entendant une insulte pareille venant d’un frontman qui aurait tout à fait pu avoir une approche plus conviviale; ce que les membres de JUNGLE ROT et SUFFOCATION avaient tout à fait – et ces deux groupes sont des légendes pour deux raisons; ils sont talentueux et ont une approche modeste et courtoise avec les gens qui les encouragent, ce qui est tout aussi important que leur degré de skill musical.

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JUNGLE ROT, malgré leur set plutôt interminable (faut se le dire – EXHUMED devait être là et assurer la moitié de la longueur de leur temps sur scène, donc JR a dû faire du coup sur coup pour garder la foule réchauffée et satisfaite), m’ont complètement impressionnée. Ils étaient tight, mauditement énergisants, même dignes d’un statut légendaire complètement ahurissant dans leur presence et leur don pour assurer une prestation sans trace d’un défaut. Ils ont mentionné qu’ils étaient très contents de se repointer à Montréal, et n’ont pas manqué de driver la foule de manière très unificatrice, nous parlant à tous comme si nous étions une gang d’amis ou une famille élargie. That’s the spirit – the oldschool spirit. Le fait que leur musique soit bien balancée, avec des hooks à perte de vue, des changements de tempo très bien placés, et une structure qui rend complètement accro – c’est facile de voir le pourquoi du comment de leur gloire au sein de la scene death metal. Ils sont pas redondants, leur approche n’a pas l’air forcée ou fausse, ils adorent ce qu’ils font, et donnent un show tout à fait recommandable.

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SUFFOCATION, comme je m’y attendais, ont donné une prestation explosive. Ces gars-là sont pas stressés car ils savent tout simplement qu’ils sont des machines de guerre pas arrêtables. Ils étaient eux aussi très emballés à l’idée d’être en ville, et ont même qualifié leur virée à Montréal comme étant le meilleur show de leur tournée au grand complet, ce que j’ai trouvé sweet, malgré la très réelle possibilité qu’ils sortent ça à chacune des foules d’un bord à l’autre de la planète. Néanmoins, leur perfo était un staple monumental en termes de précision bien aiguisée. Le drummer avait l’air d’être complètement possédé par ce qu’il avait à faire et tellement concentré qu’il était pratiquement en transe; l’arsenal de guitare et bass était bien tissé; j’avais l’impression de regarder un vidéoclip tellement le son était similaire à la qualité studio CD, et que l’énergie du groupe était telle qu’on aurait dit que la musique est LA chose qui les rend heureux. Une joie de vivre émanait d’eux, ce qui est très comprenable – « Pinnacle of Bedlam » est un album à plusieurs facettes bien travaillées qui sont un reflet très fidèle du nombre d’années d’expérimentation et de refinement dont ce groupe témoigne. Je savais parfaitement que ce que je verrais ne manquerait pas de me démontrer qu’ils feraient de la venue au complet leur genre de backyard party – et qu’ils nous feraient sentir, à tous, qu’on est chez nous à chiller en écoutant du death metal bien pensé et d’une force libératrice rafraîchissante.

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J’ai fait une découverte qui m’a particulièrement emballée et intriguée avec RoS, je suis devenue pas mal plus fan de JUNGLE ROT que je l’étais, et j’ai pu vérifier et apprécier, par moi-même, le fait que SUFFOCATION sont pas épuisables. Ça s’apelle un show éducatif qui montre aux aspiring musicians ce qui doit être fait pour assurer un bon show et une carrière constructive (et également ce qui doit absolument être évité, tout autant). Il est bon d’avoir un oeil ouvert sur cette tournée et d’en parler à vos amis; c’est une expérience enrichissante.

 

-Noch