Six-Feet-Under-Unborn

 

Six Feet Under

« Unborn »

2012

 

Fondé en 1993 par le vénérable grogneur qu’est Chris Barnes, Six Feet Under à fait ses marques (surtout avec l’album « Ultimate Violence » qui s’est vendu à plus de 100 000 copies en 1998, chose insolite pour un groupe de ce style à l’époque) avec un death metal classique et familier, mais terriblement éfficace, exposant des thèmes de films d’horreur, de maniacs, de zombies, de lychantropie et autres textes gores sur fond de terreur sanglante et d’ambiances putrides. Le vocal de Barnes est puissant et gutural, linéaire et forcené. Ils ont enchaîné les albums presque coup sur coup (si on écarte le fossé entre  »Death Rituals » et  »Undead », tout de même comblé par la sortie d’un troisième album de reprises, un DVD et une longue tournée), répendant leur fiel à tout vent, laissant une traîné fétide dans les ténèbres morribondes d’un cimetière brumeux ou dans les couloirs souillés d’un sanatorium reculé.

Le but avoué de Barnes et de ses accolytes est simple: écrire des pièces accrocheuses qui tuent! Chris se laisse guider par l’intuition et l’inspiration et une fois le produit final livré, ne garde aucune emprise. Avec l’engouement du mathcore et la haute qualité de formations de death metal mélodique telles que Eternal Tears of Sorrow et Dark Tranquility, SFU n’a pas cherché à prendre ce chemin qui l’aurait probablement dénaturer, mais à plutôt gardé le cap comme un cargo aux cales chargées de produits toxiques.

Il y a eut de récents changements au sein de SFU, et ce renouveau semble l’avoir enthousiasmé. En effet, il en ressortit un concept d’albums jumeaux, composés durant la même période en collaboration avec Jari Laine (Torture Killer) pour les paroles, Chris ayant collaboré avec Jari pour l’album SWARM du quintette finnois en 2006, et de Ben Savage (Withechapel) qui vint apposé sa marque au fer chaud. Ce qui engendra les créatures sans pitié que sont  »Undead » paru l’an dernier, et  »Unborn », qui sera disponible le 19 mars prochain et qui est le sujet principal de cette rubrique.

 »Unborn » alterne des titres qui frétillent comme un foetus de vingt-quatre semaines (avec un groove thrashy et des changements de tempo en exutoire) et des pièces pesantes comme un golem et hypnotiques comme une momie. L’illustration de l’album représente cette dualité avec des squelettes rouges et bleus qui s’entremêlent dans un crâne torturé. Chris confie ne pas analyser sa musique, mais cela demeure frappant à l’écoute, et la démence reigne comme une matrone sadique et mystificatrice.

Les deux première pièces de l’album sont plutôt mortuaires, surtout « Neuro Osmosis » qui nous offre une intro sous forme d’invitation sombre au massacre qui se prépare (une offrande schyzophrénique qui a plus que sa place, considérant le reste des compos et qui saura montrer un autre côté de SFU). Puis il y a la pièce  »Zombie Blood Curse » qui se déclanche et vient allèger un peu le tout avec son début groovy, suivi par  »Decapitate » qui fait office de broyeuse. J’ai aussi apprécié « Alive to Kill You » qui est plutôt déchainée et qui pue la rage meurtrière.

J’ai oublié de parler de la contribution de Rob Arnold et Kevin Talley, deux anciens membres de Chimaira.  Ils amènent une sonorité qui s’y rattache. On se penserait parfois dans l’univers du band de Cleveland, mais avec un vocal détaché de sa structure, tout en apportant quand même la touche que les fans recherchent.

SFU est une formation qui évolue lentement, prennant parfois les fans de métal par surprise. Sauf que dans ce cas-ci, la surprise n’est pas de la partie, mais laisse place à une exécution professionnel et décapante. Au final, après avoir écouté plusieur fois « Unborn », il me vient cette question: est-ce que le band est encore la propriété de Chris ou est-ce que Rob aurait pris les commandes, laissant à  Chris un rôle de figurant? Pour ceux qui recherchent du nouveau suite à « Undead » (qui était plus inovateur avec des solos éclatés et des riffs percuttants), vous ne l’aurez pas, mais si vous voulez une valeur sûre, des riffs accrocheurs et un ensemble rythmique au top de sa forme, « Unborn » sera là pour vous satisfaire.

Bref, malgrés le côté récurent des mélodies, la passion se ressent et l’éfficacité est au rendez-vous.

 

7.5/10

Ici le 2e single de l’album,  »Prophecy »