Critique de vidéo: Nightwish – « Showtime, Storytime », une étourdissante transition
Le 3 août dernier au célèbre festival de Wacken en Allemagne devant plus de 80 000 spectateurs, Nightwish jouait l’un des derniers concerts de la longue tournée de promotion de son dernier opus, Imaginaerum. Afin d’immortaliser ce long marathon de 104 représentations, le groupe finlandais a décidé de nous offrir Showtime, Storytime, un Blu Ray/DVD qui nous permet de découvrir la nouvelle mouture de la formation.
Mouture légèrement modifiée, aurais-je dû dire, car pour la deuxième fois de son histoire, le groupe s’est séparé de sa chanteuse. Après l’éviction dramatique de Tarja Turunen suite au dernier concert de la tournée de Once en 2005, le groupe a récidivé à la fin de septembre 2012 en effectuant un autre changement au micro, cette fois en pleine tournée! C’est ainsi qu’à 48 heures de préavis, Floor Jansen s’amenait dans le décor pour remplacer Anette Olzon, renvoyée chez elle dans des circonstances nébuleuses. Le changement fut toutefois bien reçu par les fans, eux qui connaissaient déjà bien la nouvelle venue grâce à son travail avec After Forever, ReVamp et Arjen Anthony Lucussen (Ayreon et Star One). Le groupe a aussi officiellement introduit dans ses rangs le multi-instrumentiste (cornemuse et autres instruments à vent) Troy Donockley, qui est un habitué des cuisines « nightwishiennes » pour avoir apporté sa contribution sur les deux derniers albums de la formation.
Un achat un peu dispendieux
Ce rattrapage historique étant fait, passons aux choses plus actuelles… Showtime, Storytime est offert en emballage 2 Blu Ray/2 CD ou 2 DVD/2 CD. Dommage, car l’amateur est obligé de se procurer les CD, ceci augmentant inutilement le coût du produit, surtout que lorsque l’on a sous la main le document visuel, la possession des disques devient un peu superflue. De plus, il est possible d’acheter seulement les CD sans l’apport visuel, mais pas l’inverse. J’imagine donc que le groupe a conclu que le bon fan serait prêt à débourser les dollars de plus pour avoir la « totale entre les mains, ce qui est vrai dans certains cas. Opération un peu mercantile? Peut-être…
Le premier Blu Ray, Showtime, nous offre le concert en tant que tel. Le groupe aura su plaire aux fans de toutes les époques du groupe en offrant sept pièces de l’ère Turunen et huit (incluant l’instrumentale Last of the Wilds) de l’ère Olzon. Bref, tout le monde est gagnant et content. Showtime contient aussi deux pièces en boni: I Want my Tears Back, filmée à Helsinki, et la magistrale Ghost Love Score (à mon avis la meilleure chanson du groupe), filmée à Buenos Aires. La qualité de ces deux extraits est plus qu’acceptable, mais cet ajout perd un peu de son intérêt car ces deux pièces nous sont aussi présentées sur le spectacle filmé à Wacken.
Quant au deuxième Blu Ray, la partie nommée Storytime, il nous offre l’incontournable documentaire de tournée qui accompagne immanquablement un spectacle en vidéo. Si je considère souvent ces « extras » comme un peu inutiles, force est d’avouer que j’ai trouvé celui-ci plus intéressant qu’à l’habitude. Le documentaire Please Learn the Setlist in 48 Hours nous permet, en deux heures, de suivre le groupe pendant les 572 jours qu’ont duré la tournée. Les moments les plus intéressants sont ceux qui évoquent le changement de chanteuse en pleine tournée. En effet, c’est à 2 jours d’avis que Floor Jansen a reçu l’appel lui demandant de rejoindre le groupe dans les plus brefs délais. Floor a donc eu peu de temps pour apprendre les chansons, faire ses bagages et prendre l’avion des Pays-Bas pour se rendre à… Salt Lake City, pour ensuite vivre son premier concert avec Nightwish deux jours plus tard à Seattle après un long périple en autobus. Même si l’on a appris par la suite que le remplacement de Anette Olzon avait été prévu de plus longue date (le documentaire se fait bien sûr silencieux sur ce fait…), il faut quand même reconnaître que c’était tout un défi, à 48 heures d’avis, de tout mettre en place et de poursuivre la tournée comme si rien ne s’était passé. Dans ce sens, le documentaire amène donc un certain éclairage – bien que volontairement incomplet – sur la chose.
Une chanteuse polyvalente, un producteur hyperactif
Ceci dit, permettons-nous de revenir à ce qui représente le plus d’intérêt, le spectacle. Musicalement, le groupe se montre comme d’habitude en bonne forme, la musique complexe et théâtrale des Finlandais nous est livrée de manière impeccable. La qualité sonore de l’objet n’est pas à discuter bien que le mixage m’a un peu pris par surprise: en effet, les claviers et l’orchestration, généralement très en avant dans le son Nightwish, se retrouvent un peu relégués derrière aux profits des guitares. La perte des uns étant souvent le gain des autres, ceci nous permet d’apprécier davantage le travail de Emppu Vuorinen à la guitare, lui qui s’est fait plus discret sur les deux derniers albums du groupe. Au niveau du choix des pièces, c’est avec plaisir que l’on redécouvre certaines chansons que le groupe n’avait pas joué depuis très longtemps, telles que Bless the Child, Romanticide ou She is my Sin. Le fan de longue date retrouvera aussi des incontournables du groupe comme Wish I Had an Angel et Nemo. Bien sûr, pour faire honneur à l’album que le groupe promouvait en tournée, c’est la sélection de pièces (six) tirées de l’excellent Imaginearum qui est mis en vedette.
Les changements de chanteuses ayant tellement fait parler au fil des ans, c’est évidemment la performance de Floor Jansen qui constitue la pièce de résistance du Blu Ray. N’ayant jamais endisqué avec ses nouveaux acolytes, la Néerlandaise avait donc le défi de transporter sur scène non pas le matériel écrit pour une chanteuse, mais bien pour deux chanteuses fort différentes! Étant très polyvalente au niveau vocal, la dame réussit à se glisser parfaitement dans le rôle de ses prédécesseures en offrant une prestation sans bavure tout en y amenant ses propres couleurs, sans livrer une pâle imitation de Tarja ou de Anette, ce qui aurait été relativement facile pour elle. On peut donc se régaler de l’entendre magnifier à sa façon des pièces comme Ever Dream ou Amaranth. Dans ce contexte où le groupe devait retrouver ses marques tout en couvrant une période discographique de sept albums s’étalant sur près quatorze ans, on peut dire mission accomplie pour la nouvelle frontwoman qui a réussi haut-la-main le pari de stabiliser la formation et de contenter les nombreux fans du groupe.
Au niveau visuel, le contenu s’avère tout de fois un peu moins enthousiasmant que son pendant sonore. Au niveau qualitatif, le tout est bien clair et on oublie même très rapidement que l’on visionne un concert extérieur, ce qui est toujours différent d’un spectacle intérieur, même lorsque vu sur un téléviseur. Ce n’est donc pas la qualité de l’image qui est en cause ici, mais bien la façon de les tourner et le choix des images. Je me suis posé une question: est-ce que le producteur Ville Lipiainen est un gars nerveux ou simplement un hyperactif? En effet, nos yeux sont toujours très sollicités car aucun plan de plus de trois secondes ne persiste pendant l’heure et trente-cinq que dure la prestation. Il aurait été bien sûr malsain de fixer le même musicien ou la chanteuse pendant 30 secondes ou plus, mais un juste équilibre aurait été préférable afin de nous permettre d’apprécier davantage le travail de tous sur scène. Le choix de filmer les musiciens sous plusieurs angles n’est pas mauvais en soi, mais il aurait aussi été plaisant de pouvoir avoir plus fréquemment une vue d’ensemble sur la scène ou sur certains éléments visuels qui accompagnent la musique. Bref, à vouloir tout montrer en même temps, le producteur fini par ne rien montrer du tout.
Autre aspect qui s’est aussi avéré un élément irritant: la fixation que le producteur semble faire sur le bodysurfing. Je suis bien conscient que ce dernier élément fait partie de la culture metal et que pour plusieurs fans, le fait de se promener de l’arrière à l’avant de la scène en se faisant transporter peut être extrêmement grisant. Par contre, en voir continuellement dans sa télé, dans son salon, peut devenir fort lassant. Je ne crois pas que c’était nécessaire de nous montrer environ quatre bodysurfeurs à la minute (et j’exagère à peine) pour ensuite voir la moitié de ceux-ci atterrir dans les bras des gardiens de sécurité à l’avant de la scène. Il aurait été tout à fait sympathique et approprié de nous montrer quelques-uns de ces joyeux individus, car ils font partie intégrante d’un gigantesque parterre metal de 80 000 personnes; cette critique ne se justifie pas dans la pertinence, mais dans la quantité. L’expression « trop, c’est comme pas assez » trouve donc tout son sens ici. En plus de ces images de foule plutôt redondantes, les plans rapides évoqués auparavant ajoutent un côté plutôt étourdissant à l’expérience d’écoute.
En conclusion, malgré mes petites irritations liées au côté visuel, on tient entre nos mains un produit de grande qualité, très professionnel. Showtime, Storytime nous montre, autant sur scène que derrière celle-ci, tous les aspects de cette grosse machine qu’est devenu Nightwish. Le groupe est bien huilé et l’on peut constater sur ce document qu’il a su traverser les tempêtes pour devenir plus fort que jamais. Floor Jansen étant maintenant membre officiel du groupe, il est extrêmement intéressant de tenter d’anticiper ce qui sortira du cerveau du claviériste/compositeur Tuomas Holopainen, lui qui pourra compter sur l’une des plus polyvalentes chanteuses du métier. Ce précieux Blu Ray de transition ne peut que nous faire rêver au futur.
Stéphan






