by Coeur Noir | Juil 29, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

The Tidal Sleep
« Vorstellungskraft«
This Charming Man Records
2014
Un jeune groupe de post-hardcore qui avait retenu mon attention en 2012 était sans contredit The Tidal Sleep. Arrivé un peu de nulle part avec un solide premier long jeu, ils avaient su s’imposer brillamment en proposant une musique extrêmement bien ficelée, chargée d’une dose d’émotivité poignante et d’une énergie enivrante qui m’avait captivé aussitôt. J’ai écouté nombre et nombre de fois ce LP de 7 titres ainsi que le EP de 4 pièces qui suivit quelques mois plus tard et même s’il ne s’agît pas de faire la revue de ceux-ci, ici, je vous encourage fortement à aller voir de quoi il en retourne sur le Bandcamp du groupe puisque ça en vaut vraiment le détour.
Ceci étant dit le 25 juillet que paraissait sur This Charming Man Records, « Vorstellungskraft« , leur deuxième album et Dieu que c’est bon. Ce quintet Allemand frappe, à mon sens, en plein centre de la mire avec ce disque d’une qualité irréprochable.
« Vorstellungskraft » est sans aucun doute la suite logique qui s’imposait face à leur toute première frasque. The Tidal Sleep continue certainement sur leur trajectoire initiale, mais je ne sais pas, cette fois, on dirait qu’il y a ce petit quelque chose qui vous fait dire: «Wow!» Bien entendu, il est toujours question d’une musique poignante et émotive aux mélodies hyper prenantes, mais il y a aussi une sorte de maturité palpable qui émane des 11 morceaux qui constituent la platine. La charge émotive est définitivement ressentie et est bien canalisée à travers les pièces qui sont livrées avec une généreuse sincérité. La passion et le cœur sont mis de l’avant et si on ajoute à tout ça la petite vibe post-rock que se donne, sans ambitionner, les guitares, il en ressort un album parfait pour ceux et celles qui voudraient peut-être prendre le temps de rêvasser un peu en écoutant un groupe s’exploser les coutures du cœur en harmonie, tous ensemble, pour votre plus grand plaisir.
Bien que l’ambiance générale se veut beaucoup plus confortable qu’agressive, l’album a aussi son côté un peu plus hard. De un, il n’y a aucun clean vocal (ou à peine) pour ceux et celles qui se le demanderaient. De deux, ça reste dans le large spectre du hardcore moderne et il y a donc certains attributs propre à ce genre musical qui sont présents dans la cadence et la charpente des rythmes. Et de trois, il y a quelques excellents breakdown parsemés tout au long des 33 minutes de « Vorstellungskraft« . N’allez pas comprendre, par contre, que c’est un disque fait pour expier votre rage, non, au contraire. C’est plutôt, comme j’ai souligné juste avant, un échappatoire de quelques instants pour oublier les tracas du monde surréaliste dans lequel nous avons parfois l’impression d’évoluer. Et dans ce sens, personnellement, je le trouve plutôt relaxant
Sur cette note, je vous laisse avec le vidéoclip de l’excellent pièce « Thrive and wither« . En espérant que le tout vous plaise. Bonne écoute.
Coeur Noir
by Coeur Noir | Juin 7, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

White Lung
« Deep Fantasy »
2014
Domino Records
Si vous me le permettez, chers lecteurs, je vais m’éloigner un peu du cadre naturel d’Ondes Chocs pour vous entretenir d’une formation qui, à mon avis, mérite le plus d’attention possible de la part des médias undergrounds indépendants. Il s’agit d’un groupe qui œuvre dans le punk mais ne craignez rien, leur musique n’a absolument rien à voir avec celle de tout ces pseudos groupes formatés pour les radios commerciales qui essaient de faire passer leur musique pour telle. Non, White Lung sont des puristes et leur musique reflète les années où le punk se jouait encore de cœur, passion, sang et sueur. D’autant plus qu’ils sont Canadiens. Alors, que demandez de plus?
Pour ma part, je suis ce groupe depuis leur tout premier long jeu, « It’s the evil« , paru en 2010. L’album m’avait vachement plu et faut-il mentionner que le mensuel Exclaim! lui avait octroyé rien de moins que le titre d’album punk de l’année. Quelques deux ans plus tard, le groupe récidiva avec « Sorry« , une platine tout aussi délicieuse qui fut d’ailleurs parmi mes favorites cette année-là. Ceci étant dit, après de nombreux spectacles aux quatre coins du globe et quelques petites modifications dans l’alignement, ce quatuor de Victoria, BC est maintenant prêt à nous livrer du nouveau matériel et reviendra nous cracher son venin au visage le 16 juin prochain avec leur nouveau et incroyable disque, « Deep Fantasy« , disponible sur Domino Records.
Dès le départ, ça se sent et ça s’entend. White Lung ont gagné en maturité et leur musique a évolué avec eux. Ils nous proposent toujours de courtes pièces bien balancées et bien envoyées mais s’assurent de garder un côté sale et inesthétique comme à leur début. Le tout semble aussi peut-être un peu moins « garroché » cette fois, ce qui ne déplait pas du tout. Mais comme à l’habitude depuis leur formation en 2006, White Lung réussit encore à se démarquer du lot avec un style bien à eux. Particulier et unique, ils emplissent nos oreilles de merveilleuses petites mélodies inquiétantes et tranchantes; on dirait que leurs chansons sabotent le rêve et affligent l’âme. Pour tout dire, il y a une sorte de chagrin vaguement colérique qui flotte en filigrane du carbone des pièces. Les ambiances diffèrent bien de-ci de-là, mais la plupart du temps, la rage de Mish Way, blondasse chanteuse du groupe, s’échappe en de virulentes envolées énergiques et criardes qui s’agrippent sauvagement au métronome d’Anne-Marie Vassiliou, batteuse du groupe.
Mais ce qui les distingue parmi tant d’autres est, à mon sens, la personnalité de la guitare. Constamment en mouvement, elle nous inonde d’harmonies et de subtiles notes qui font toute la différence et qui apportent une profondeur à chaque pièce. Sans nécessairement être un virtuose, Kenneth William, guitariste de la formation, est en parfait contrôle de son instrument et nous livre une prestation brillante et sans faute. De l’excellent boulot de son côté. Chapeau!
Pour conclure, j’avouerai que je suis conscient que ce n’est pas la totalité des lecteurs du blogue qui aiment ce genre de musique mais pour tous les autres (ou pour les curieux), je vous somme d’aller voir de quoi il en retourne car vous ne pouvez tout simplement pas passer à côté de cette impressionnante formation. Avec sa fougue, son authenticité et un son au sens de l’urgence sans précédent, White Lung fout littéralement le feu aux poudres, ce qui est tout à fait merveilleux, n’est-ce pas?
Je vous laisse sur un des extraits du disque, « Face Down« . Bonne écoute!
–Cœur Noir
by Coeur Noir | Juin 3, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Young And In The Way
« When Life Comes To Death »
2014
Deathwish Inc.
Bon, ça doit bien faire trois mois que je n’ai pas écrit une seule ligne sur Ondes Chocs. J’ai été occupé, je prépare un déménagement et, pour être franc avec vous, aucun album (métal) n’a su retenir mon attention dernièrement. Toutefois, c’est aujourd’hui que ce hiatus se termine. Je sors de ma torpeur un bref instant pour vous parler d’un disque assez fracassant merci. Je fais, bien entendu, référence au tout dernier effort de Young And In The Way (YAITW), « When life come to death« .
Si vous n’avez jamais entendu quoi que ce soit de cette formation états-uniennes, vous devez savoir que ce quatuor nous propose un blackned-crust des plus enragés et que leur musique dégage une bonne dose d’énergie hargneuse. « C’pas pour les doux », comme on dit.
Mis-à-part leur quatre EPs, YAITW en est seulement à son deuxième long jeu. Il pourrait aussi être pertinent de mentionner que la formation a récemment signé avec Deathwish Inc. et que « When life comes to death » est le premier à paraitre sous cette étiquette.
Pour ce qui est de la sonorité comme telle, le groupe, sans pour autant s’être assagi, a décidé de parsemer ce disque de quelques moments un peu plus atmosphériques. D’ailleurs, l’album en général a aussi un côté un peu plus posé, plus éthéré, plus ambiant. Mais ne vous méprenez pas, le côté « dans ta face » de YAITW est très, très présent durant les quelques quarante minutes qui composent l’album et il y a encore cet enchevêtrement de partitions dures et sombres supportées par une batterie lourde et complètement déchainée. Le tout reste donc bel et bien un album de YAITW mais il faut en plus y ajouter certaines mélodies plus nuancées, plus translucides, moins figées dans un bloc de béton incassable. Certains titres font même l’effet d’un spectre envoûtant qui plane au-dessus de la masse en attendant d’attraper sa proie, je pense, entre autres, à la pièce « Take my hand » et « Shadow of murder » qui s’emboîtent parfaitement l’une à l’autre sans même qu’on s’en rende compte.
La voix du chanteur (Kable Lyall) est aussi aiguisée qu’une lame de rasoir et vous lacérera la peau de ses textes empreints d’un nihilisme qui ne pardonne rien ni personne. Personnellement, même si je n’aime pas définir l’existence humaine à travers une philosophie nihiliste, j’ai tout de même crissement aimé l’album. Il n’y a rien de plus puissant sur le marché ces jours-ci. Il s’agit d’un incontournable sur lequel vous devez absolument mettre la main. Ce serait sacrilège de passer à côté d’un album aussi brutal. Disponible sur Deathwish Inc. depuis le 27 mai dernier en plusieurs formats. Bonne écoute.
-Cœur Noir
by Coeur Noir | Fév 8, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Woods Of Desolation
« As the Stars »
Northern Silence Productions
2014
Même si mon penchant pour la musique dite extrême semble vouloir s’évaporer avec les années qui s’écoulent et le temps qui s’estompe, il y a de ces groupes/albums qui ne pourront jamais quitter mon environnement musical tant leur éloquence et leur beauté ont su marquer mon âme impie. Certains d’entre eux ont tapissé les plus beaux moments de ma vie, tandis que d’autres résonnent encore dans la mémoire des jours les plus sombres de mon existence. Parmi cette poignée d’entités qui composent ce corpus, l’album Torn Beyond Reason de Woods Of Desolation (WoD) y occupe une place bien particulière et chaque fois que je me le permets, le black dépressif de ce disque fait immanquablement miroiter chez moi les plus belles images comme les plus sombres desseins. Aussi, je me réserve l’écoute de celui-ci avec parcimonie.
Or, Dieu seul sait et le Diable s’en doute qu’il n’est pas sans dire que c’est avec une fébrilité sans borne et un enthousiaste quasi insupportable que j’ai attendu la venue de quelque chose de nouveau à me mettre sous la dent de la part de ce groupe. Eh bien, que l’enfer soit béni et les saints crucifiés puisque mes prières ont enfin été exaucées. Alors, haut les cœurs camarades, car c’est finalement le 14 février prochain que le nouveau disque de cette formation Australienne verra le jour sous la bannière de Northern Silence Productions.
Bien qu’à ce jour, je n’aie toujours pas de copie physique à ma disposition, j’ai tout de même réussi à mettre la main sur une version numérique et, ma foi, que les anges m’emportent si je mens, ce disque est voué à un avenir très prometteur. D’autant plus qu’avec son caractère avenant, un peu plus accessible et ses atmosphères inspirées, WoD pourrait très bien rallier de nouveaux admirateurs parmi les amateurs de musique calfeutrée aux mélodies intuitives.
De prime abord, la première chose qui me soit venue à l’esprit en écoutant ce disque est la dichotomie qui semble y faire rage. Son tempérament musical dualiste qui manigance entre la lisière de l’ombre et la lumière, et qui joue malicieusement dans les moindres recoins de notre inconscient lui donne, un peu à la manière de la Joconde de Léonard de Vinci, une espèce de personnalité ambivalente qui nous empêche de savoir si l’on doit rire ou pleurer.
Nous avons, en effet, d’une part, droit à des hymnes aux panoramas hyper homériques et, d’autre part, un petit quelque chose qui trame dans l’arrière-plan et le rend si macabre dans sa splendeur. On pourrait dire que, As the Stars, est affligé d’une volupté semblable à celle du vin que consommait les poètes maudits. On fait le beau avec le laid et ce goût distille toute la saveur qui se rejoint quelque part entre la nostalgie, la mélancolie et l’allégresse. Tout ceci est extrêmement bien exprimé dans chacune des mesures de ce disque et cette ingénieuse harmonie dissout ainsi toute la lourdeur d’un black trop dépressif, pleurnichard, uniquement centré sur le dégoût. Il s’y trouve une équation parfaite entre ce qui constitue une œuvre juste et définie dans ses limites et, surtout, elle ne s’égare pas dans le cliché romanesque douteux qui laisse un goût de coton dans la bouche. Au contraire, les mélodies de As the stars sont telles que dans l’espace d’un simple battement de cœur, elles peuvent tout aussi bien alimenter nos abîmes existentiels les plus profonds que nous déposer doucement aux abords de nos espérances les plus naïves. Cette double nature qui règne et régis le tempérament de As the Stars m’apparaît définitivement être sa qualité la plus grande.
Mais assez parler du fond pour le moment, attaquons-nous un peu à la forme.
Tout d’abord, je dois dire que j’adore l’humeur mal léchée de ce disque. J’adore le côté malpropre de la production qui, bien entendu, est à l’opposé de celle que nous offrent les grandes étiquettes de ce monde. Bien qu’à l’occasion cela ne me déplaise pas totalement, je dois avouer que cette tendance au méga production carrée m’agace énormément et me laisse grognon plus souvent qu’autrement. À cet effet, je partage l’opinion de ceux et celles qui croient que les productions parfaites et sans égratignures dénudent la création de l’artiste de toute émotivité et la rend ainsi aseptisée de tout sentiment; que tout ce lustre obscurcit la sincérité de l’initiative pour qu’il en résulte, au final, un bel objet plat, impersonnel, sans intérêt et vide de tout intérêt.
Ici, par contre, le choix de production préserve toute la sincérité de l’émotion qui est extrêmement bien ressentie tout au long du long jeu qui a aussi la valeur de porter le blason de l’authenticité. D’ailleurs, je suis absolument certain que ce choix de production lo-fi est bien voulu et réfléchi. Et si l’enveloppe malfamée de ce disque doit être portée au banc des accusés, je me porte garant de la défendre, car, à mon sens, la beauté de ce dernier est due à son essence imparfaite.
Pour ce qui est du reste et, entre autres, des guitares (D. – la tête dirigeante de WoD), on ne peut manquer de souligner leur ingénieuse utilisation et leur surprenante efficacité. De nature plutôt simpliste, elles livrent tout de même une prestation honnête et bien ressentie. Et, avec une distorsion « treble-isé » (qui rappelle un peu une scie mécanique), elles réussissent à se démarquer par leur franche habilité pour devenir un des éléments clefs de cet album. À elles seules, elles arrivent à nous propulser sur la cime des plus hautes émotions et on se sent gravir l’Everest au tempo de leur ascension tellement tout ça est d’une qualité épique par moments. À dire vrai, je dirais que la totalité des mélodies s’organise autour d’excellentes partitions de guitare, parfois brutes, souvent harmonieuses, et de subtils arrangements qui donnent une large profondeur à As The Stars et une bonne valeur de ré-écoute. Définitivement le highlight de l’album.
En contrepartie, la basse, de son côté, est, pour ainsi dire, carrément absente. Elle ne semble que traîner en arrière-fond et se laisse oublier dans sa soumission et sa nonchalance. Aucune initiative, aucun débordement, aucun excès, aucun rien. Que peut-on en dire de plus? Elle est là, elle suit et c’est tout.
La batterie, contrairement aux anciens albums de WoD, a cette fois été enregistrée par Vlad de Drudkh/Old Silver Key. Un brillant ajout qui cadre parfaitement dans la dynamique recherchée. Sans que sa performance soit vraiment des plus extravagantes, elle relève tout de même aisément toute la délicatesse des passages plus ambiants comme des moments les plus intenses. Elle ne figure pas à l’avant-plan, mais sa qualité d’exécution devient vite un élément essentiel à As the Stars et impose son rythme à chaque morceau.
Finalement, il y a aussi la voix de Old (Drohtnung) qui ne semble jamais finir de se cicatriser. Un chant lointain, sournois et insidieux qui réussit habilement à se frayer un chemin jusqu’aux confins tortueux de notre esprit et, avant même qu’on ne le remarque, s’agrippe à nos angoisses les plus pernicieuses pour festoyer en harmonie avec les démons qui nous habitent. Elle s’incruste ainsi dans nos désillusions les plus douloureuses et, tel un fiel délétère qui empoisonne l’ambiance de son alchimie, elle vous déracine de votre confort facile.
Immergé dans une constante, mais légère réverbération, elle laisse flotter l’impression qu’on se trouve prisonnier entre les tourments de l’écho d’un appel lointain et celui d’un silence meurtrier. Ces cris, presque inaudibles et empreints de la sérénité des plus sages comme de la détresse des plus méprisés, viennent nous suggérer à l’oreille la solitude des étoiles et le mystère du rêve onirique.
Autant cette dernière pourrait être l’élément qui vous déplaise le plus, autant, comme chez moi, elle sera l’élément qui vous plongera dans un état de plénitude et de contemplation à l’écoute de As the Stars. Du très bon boulot de la part de Old sur ce côté
Pour tout dire, le seul défaut que je puisse trouver à cet album est la longueur. La longueur des pièces comme celle de l’album en soi. J’aurais voulu que chaque pièce s’étire un peu plus et que l’album soit, du même coup, beaucoup plus long puisque sa courte durée ne me donne envie que de quémander pour encore plus, beaucoup plus.
En effet, sur les sept pièces qui composent As the Stars, deux sont instrumentales et la totalité de celles-ci ne compile qu’à peine une trentaine de minutes. J’aurais vraiment préféré quelque chose qui tourne autour d’une heure, mais bon. Cela ne nous permet que d’écouter les titres plus souvent, après tout. Sur cette note, et avant de conclure, j’ajouterai simplement que As the Stars s’écoute vraiment, vraiment bien. Il prend son air d’aller dès les premières secondes et continue sa route sans jamais vraiment perdre le cap ou s’épuiser.
Ultimement, As the Stars est un disque hyper inspirant qui, selon moi, pourrait avoir la capacité de s’inscrire dans le panthéon des albums marquants de l’année. Il s’agit vraiment d’un habile tour de force et d’une œuvre puissante. La dualité qui y fait rage, la complexité pourtant si simple qui le caractérise, la texture sale et malpropre qui l’habille et les rêveries obscures qui peuvent tout aussi bien invoquer l’invulnérabilité d’un espoir nouveau que la tristesse d’une tragédie sans mots sont tous autant qu’ils sont des éléments qui constituent en soi une magnifique et superbe pièce d’art dans son genre. Et si, comme je le mentionnais à l’instant, c’est grâce à ce genre de rêveries mélancoliques et malignes que nous arrivons maintenant à trouver un sens à nos ambitions, c’est aussi avec l’espoir fourbe qu’elles transportent que nous jetterons un regard neuf sur l’avenir, gonflé d’un sang nouveau, prêt à tout.
Putain, quel album!
Coeur Noir
by Coeur Noir | Fév 2, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Deadwood
« Picturing a Sense Of Loss »
Honnêtement, je ne sais pas par où commencer tellement ce disque m’a plu. Tout y est parfait et tout y est tout à fait sublime. Je n’ai pas su relever un seul petit détail qui me déplaise et je ne peux absolument rien trouver d’emmerdant ou d’ennuyeux à dire à son sujet. Depuis les toutes premières secondes jusqu’au dernier moment du dénouement final, rien n’est venu assombrir la qualité irréprochable de ce disque. Pour un premier effort, je dois dire que Deadwood frappe fort, très fort. Mais rien ne sert de me précipiter dans mes idées. Commençons donc comme il se doit, c’est-à-dire, par le début.
Sorti comme de nulle part, à l’improviste, depuis les souterrains de l’Allemagne, Picturing A Sense Of Loss est, comme je le mentionnais à l’instant, le premier long jeu de cette formation qui existe pourtant depuis 2004. Elle nous offre un amalgame parfait qui abonde en émotions et qui se situe quelque part entre le black metal et le post-rock. Ces deux éléments s’échangent le tir entre des d’ambiances calmes et silencieuses, des mid-tempos intenses et des blast beats spontanés. Bref, le disque est composé d’une bonne dose d’agressivité, de mélodies soutenues et de moments planants qui se côtoient et se juxtaposent les uns aux autres pour créer d’impressionnantes combinaisons aux atmosphères luxuriantes et d’une grandeur qui n’a absolument rien à envier à personne. Deadwood nous offre une musique d’une grande richesse qui combine ces deux éléments de main de maître et l’environnement sonore qui en ressort est tout simplement monumental.
Pour tout dire, sur Picturing A Sense Of Loss, il y a de ces moments si intenses qu’on en reste figé de stupeur. Des moments qui vous font frissonner d’intensité contrairement à une bonne majorité de ces groupes où l’on attend, attend et attend encore sans que jamais rien ne se passe.
Nous avons droit à un éventail de pièces qui montent en crescendo et qui s’éclatent en de flamboyantes envolées explosives, de magnifiques intros de cordes qui campent et évoquent le rêve éveillé mais qui se replongent aussitôt dans un cauchemar de distorsion infernal et, finalement, des instants plus crus qui ne pardonnent à rien ni personne. Autant d’ambiances où tout un chacun pourra trouver un petit quelque chose qui saura lui plaire, j’en suis convaincu.
Mais ce qui est vraiment génial avec Deadwood, c’est que les cinq membres réussissent là où la plupart des groupes qui s’essaient à ces sonorités échouent pathétiquement. Ce que je veux dire par là c’est que Deadwood parvient à créer un équilibre sensible dans ses compositions et jamais le côté ambiant ne vient être déraciné par la force brute des moments plus durs et vice versa. Aucun des deux partis n’entache ou ne prédomine sur l’autre et si, à mon avis, on doit s’aventurer dans ce genre musical (que les grosses pointures prennent des notes ici) c’est à la manière de Deadwood qu’on doit le faire. Car même s’il est question de leur premier album, on joue tout de même dans la cour des grands et certains les regarderont probablement avec envie et jalousie.
La voix du chanteur est très bien ancrée dans son spectre émotif et nous transporte efficacement tout au long des six titres de Picturing A Sense Of Loss. Depuis les atmosphères glauques aux ambiances plus feutrées jusque dans la violence des instants les plus durs, sa nature mélancolique et enragée définit bien le ton recherché. L’amertume amère alimente l’animosité qui soulève les passions et entre deux solos un peu « blues-és » sur les bords, on pourrait jurer qu’on se retrouve prisonnier en plein milieu d’un conflit où la rage tente de s’extirper du royaume des songes. Et cette guerre symphonique a définitivement le grain guttural de ce dernier pour colonel commandant . Bravo!
Au final, Picturing a Sense Of Loss de Deadwood tombe exactement dans mes cordes et je suis certain qu’il pourrait plaire à plusieurs d’entre vous. Il s’agit d’une petite perle bien cachée dans un océan de groupes qui, parfois, semblent tous sonner sur le même diapason. Si vous êtes curieux, voici un extrait sur lequel vous pouvez vous faire les dents. J’espère fortement qu’il saura vous convaincre d’entrer en contact avec eux pour les encourager de quelques façons que ce soit. Bonne écoute.
Cheers!
Coeur Noir
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