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Vanhelga

 « Höst »

(2012)

La Suède est certainement un des pays les plus prolifiques et les plus influents de la planète métal. Il est effectivement très impressionnant de constater le nombre de groupes et de sous-genres qui ont pris racine dans ce pays pourtant relativement peu peuplé de Scandinavie. L’un des sous-genres où des musiciens suédois se sont notamment bien illustrés est certainement l’univers restreint et souvent réservé aux connaisseurs du DSBM (Depressive Suicidal Black Metal). Ce courant est non seulement né sous l’impulsion de groupes suédois tels que Silencer et Shining, mais il continue de connaître un excellent développement dans cette région du globe, ce qui nous amène à Vanhelga (qui signifie ‘profaner’ en suédois), un « one-man project » qui nous présentait l’an passé son second album entier intitulé; Höst (Automne), sur le label Art of Propaganda.

Présenté sous une couverture dans un ton glauque très approprié pour le genre; une photographie assombrie d’un crâne d’animal reposant sur des feuilles mortes, le projet entièrement composé et performé par le musicien qui se désigne du matricule 145188 s’ouvre avec « A Sinister Longing » une pièce aux motifs de guitare hyper saturés sur une rythmique aussi proche du rock alternatif que du Black Metal rappelant le « Shoegazing » des derniers efforts d’Alcest. Cependant, contrairement à la formation française, la production est beaucoup plus sale et agressive, les vocaux seront sporadiques et alterneront entre déclamations sur un ton traînant guttural et hurlements rauques de démence et nous auront droit à un contenu très varié qui fera tantôt appel à des influences postrock marquées et même des expérimentations électroniques ambiantes. Le tout rappelle donc énormément le défunt groupe Lifelover de par sa diversité, son caractère ambiant et sa propension à l’exploration musicale. Il est d’ailleurs à noter la participation de 1853 (ex-Lifelover) qui a collaboré au projet à titre de parolier.

La première grande qualité de cet album sera donc sa diversité bien exploitée qui nous fera passer par des moments plus près d’un rock alternatif dépressif teinté de Black Metal comme sur « Overklighet » (Irréalité) et « Desperation », d’autres moments plus lents et mélancoliques comme sur l’instrumentale « Lugn » (Calme) qui comporte de très beaux motifs de claviers superposés à une base de guitare très sale ou encore les superbes « Underbart Sant » (Grande Vérité) et « Sorg » (Tristesse), des interludes électroniques d’influence Dark Ambient très bien montés comme « Udda Tankar » (Coquilles étranges) et « Armageddon » ou finalement des passages de pure extase Black Metal comme la merveilleuse « Pessimist » et son motif principal de guitare qui envoie des frissons le long de la colonne vertébrale à chaque écoute. L’album est donc non seulement bien varié, mais il est aussi étonnamment efficace, immense et beau, comme si 145188 arrivait toujours à frapper dans le mille, peu importe l’avenue musicale empruntée. De plus, après plus d’une trentaine d’écoutes, je ne suis toujours pas arrivé à trouver une faiblesse majeure à cet opus. Höst a donc une forte valeur de réécoute et tend même à devenir meilleur à chacune de celles-ci de par la présence de nombreuses subtilités, variations de ton et mélodies hautement mémorables.

En conclusion, Vanhelga frappe très fort avec son deuxième LP en carrière et réussit même à atteindre les standards très élevés établis par Shining avec leurs derniers efforts de par sa diversité et ses explorations musicales très pertinentes. Je conseille fortement cet album à tous ceux qui regrettent la disparition prématurée de l’excellent groupe Lifelover en 2011. Celui-ci réussit à raviver et même à pousser plus loin l’esprit musical que cette formation avait créé.

9,5/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas