Pour la seconde fois en un peu plus d’un mois, j’avais la tâche de couvrir un spectacle qui sort un peu de mes genres de prédilection. Effectivement, comme je l’avais fait le 27 avril dernier pour le spectacle d’Epiphany From The Abyss, Obsek, The Aftermath et The Outborn, j’acceptai la demande de l’hyperactif Dave Rouleau de couvrir un spectacle plutôt orienté sur les genres de la famille du suffixe « core », dont je ne suis pas particulièrement un fanatique. Toutefois, la présence des excellents musiciens de The Faceless et du groupe local The Outborn (que j’avais justement agréablement découvert le 27 avril dernier) sur l’affiche me laissait présager un spectacle intéressant. De plus, j’aurais la chance de découvrir les trois autres groupes qui faisaient partie de la tournée et que je ne connaissais que de nom. C’est donc avec enthousiasme que je pris le chemin de l’éternelle Agitée, accompagné de ma jolie courtisane, en ce jeudi soir nuageux.
Ne désirant aucunement manquer les virtuoses locaux de The Outborn et sachant que Karl-Emmanuel Picard de District 7 avait prévu le début du spectacle à une heure très précoce, soit 18 h 30, c’est un peu passé 18 h que nous arrivassions sur les lieux du crime où je bénéficiai de l’accès à la salle (merci beaucoup Karl!). La soirée étant relativement chaude et sans pluie (pour une fois!), nous en profitâmes pour prendre quelques boissons houblonnées sur la terrasse tout en tenant une sympathique conversation avec le guitariste de The Outborn, Éric « Bidou » Lepage et l’ami de ma copine, Nicolas Pelletier, un grand fanatique de The Faceless. Après environ un quart d’heure, les musiciens du premier groupe de la soirée se dirigèrent à l’intérieur afin d’entamer la soirée.
Malgré le fait qu’il était très tôt et que c’était un soir de semaine où tous ont des obligations professionnelles ou scolaires, la salle était étonnamment bien remplie lorsque Max « Viktorr » Martel (chant), Rick « Bidou » Lepage (guitare), Gabriel « Gilbert »Joly (guitare), Chris « Mika » Peretti (basse) et John « Ninjon » Bourgeois (batterie) commencèrent leur prestation de Deathcore progressif avec une pièce instrumentale aux accents progressifs et acoustiques en guise d’introduction. Le chanteur rejoignit bientôt ses acolytes avec ses voix gutturales et criées tout en choisissant d’animer les choses en chantant directement dans la fosse, en bousculant les spectateurs et en profitant des intermèdes entre les chansons pour des interventions bien placées et parfois même humoristiques. Notamment, celui-ci me fit bien rire avec ses allusions, auxquelles participa Rick, au fait que cela faisait très longtemps que l’on attend la sortie de leur EP. La réponse de la foule présente fut très positive, bien que relativement réservée, probablement en raison de l’heure précoce et on put même voir un peu de violence et d’arts martiaux dans la foule. Musicalement, la prestation fut bien menée, précise et entraînante et j’y retrouvai les mêmes éléments qui m’avaient fait apprécier le groupe à leur spectacle précédent, soit un accent sur les mélodies et les éléments progressifs bien dosés avec des breakdowns techniques qui ne tombent jamais dans l’excès. Après environ une demi-heure qui passa beaucoup trop vite, le groupe termina sa prestation avec la deuxième partie de son EP et je restai quelque peu sur ma faim, car j’en aurais voulu plus, ce qui est un très bon signe pour le groupe. Si vous ne connaissez pas ce très bon groupe de chez nous, allez les découvrir en suivant ce lien.
Après une courte pause où j’eut le temps d’aller saluer le photographe Alex Deleon-Cativo qui était arrivé vers la fin de la prestation de The Outborn, ainsi que de retourner prendre l’air sur la terrasse où je rencontrai Pascal Chénard, c’était au tour de Today I Caught The Plague, qui ont récemment changé de nom pour The Kindred, d’entrer en scène. La troupe, originaire d’Ottawa, composée de David Journeaux au chant, de Matt Young au clavier, d’Eric Stone à la basse, de Michael Ieraldi à la batterie, de Ben Davis et Steeve Rennie aux guitares pratique un Metalcore progressif aux accents très commerciaux (voire trop polis). En ce jeudi soir, la première chose qui me frappa, même si je m’arrête rarement aux apparences, était à quel point les membres du groupe était fringués aux derniers standards de la mode « mainstream », ce qui généra en moi la désagréable pensée qu’ils avaient plus l’air d’un boys band que d’un groupe de la grande famille du métal. Passée cette première impression désagréable, leur musique très semblable à celle jouée par leurs compatriotes de Protest The Hero (tout en étant dépouillée de leur côté plus givré) s’avéra extrêmement polie au point d’en perdre toute trace de danger, de crasse ou d’agressivité pure, ce qui me laissa vraiment froid. Comprenons-nous bien, techniquement, les membres de ce groupe sont de très bons musiciens et leur musique comporte des passages progressifs intéressants, c’est seulement que le tout est présenté dans un emballage trop propre et trop adapté aux standards de la musique commerciale pour répondre à mes goûts de métaleux qui aime la crasse, l’agressivité et la révolte. Enfin, malheureusement pour le groupe, la sonorisation connut de nombreuses ratées pendant leur performance. Tout d’abord, leur son était beaucoup trop fort pour rien, ce qui rendait le chant clair au registre élevé de David insupportable. Ensuite, l’amplificateur de la salle se mit à avoir des ratées (encore!) qui semblaient provenir d’un manque de puissance. Le son de la salle coupait et revenait donc aléatoirement tout au long de leur performance, ce qui la rendit encore plus pénible pour les spectateurs. Si le style du groupe correspond à vos goûts, vous pourrez en savoir plus ici.
Suite à une autre pause-terrasse, où Pat Graham vint nous rejoindre dans notre consommation d’alcool, ce fut aux Californiens de Rings of Saturn d’entamer leur tour de chant. Le quintette de la région de San Francisco pratique un Death Metal technique teinté d’influences spatiales et Hardcores (ce qu’ils définissent comme étant du Aliencore) et comprend : Lucas Mann et Joel Omans aux guitares, Ian Bearer au chant, Sean Martinez à la basse et Jesse Beahler à la batterie. Lorsque ceux-ci entamèrent leur spectacle, il apparut évident qu’ils étaient fort attendus; la salle était maintenant pleine et les gens se massèrent immédiatement au pied de la scène. Leur musique extrêmement rapide, agressive, pourvue de passages atmosphériques spatiaux et de soli tranchants, fut très efficace et déchaîna la foule ne se gênant pas pour déclencher les hostilités dans la fosse et faire du plongeon de scène. Côté présence scénique, le groupe pouvait compter sur son frontman à l’attitude fanfaronne, au chant guttural très adapté et aux interventions sans compromis, les autres musiciens, eux, semblaient un peu plus réservés en raison de la haute complexité technique de leur musique quoiqu’ils surent garder un bon contact visuel avec les spectateurs, ce qui est toujours très important en spectacle. L’appréciation du groupe par les spectateurs ne fit aucun doute et je fus moi-même très agréablement surpris par ce groupe. La performance de Rings of Saturn fut donc irréprochable, même si des problèmes de son comme ceux éprouvés par le groupe précédent se manifestèrent (bien que nous les entendions moins à l’avant puisque le son de scène était constant) et c’est certainement un groupe dont je surveillerai les activités dans l’avenir. Je vous conseille d’aller écouter leur musique si vous ne les connaissez pas encore et que vous êtes amateurs de musique déjantée et très technique.
La soirée était maintenant bien entamée et l’ambiance était survoltée pour un soir de semaine, comme en témoigna un ivrogne qui dégobilla sur le trottoir presque directement devant la porte de l’Agitée en sortant prendre l’air au grand péril des souliers des fumeurs présents. Rapidement, le groupe Within The Ruins s’installa pour sa prestation et nous retournâmes nous placer à l’avant de la scène pour bien profiter du spectacle, alors que le batteur de Rings of Saturn démontait interminablement sa batterie dans la foule en demandant aux spectateurs de reculer (quelle mauvaise idée que de changer de batterie à chaque groupe de toute façon, apprenez à partager!) La formation Within The Ruins de Westfield au Massachusetts officie dans un Metalcore que je qualifierais de mélodique, car il intègre de nombreux passages proches du Death mélodique. Le quatuor comprend Andrew Tate à la basse, Kevin McGill à la batterie Joe Cocchi à la guitare et Tim Goergen au chant guttural. Bien que, lors de mes écoutes de leur musique avant le spectacle, leur musique m’avait semblé quelque peu générique et très peu originale, sur scène le résultat fut plutôt positif. En effet, le groupe était très à l’aise et très actif, ne lésinant aucunement sur les mouvements et l’énergie. De plus, leur musique était nettement plus efficace en concert que sur leurs enregistrements, entraînant les hochements de tête, la violence dans la fosse et de nombreux plongeons de scène. Tout cela contribua à faire de leur performance un des moments les plus intéressants de la soirée et je fus donc bien surpris du résultat de leur prestation. Cependant, je pus constater que les problèmes de son se poursuivaient lorsque je m’éloignais de la scène, ce que je trouvais très gênant pour les groupes invités et pour les spectateurs qui avaient payé vingt dollars ou plus pour leur entrée. Découvrez Within The Ruins à cette adresse.
Il était encore tôt, mais nous avions déjà atteint la tête d’affiche et je fus très heureux de voir s’installer les virtuoses de The Faceless sur scène avec leur sonorisateur de tournée derrière la console, nul autre que le fondateur et guitariste-chanteur du groupe Black Metal Abigail Williams : Ken Sorceron. The Faceless est un groupe maintenant très connu qui a entamé sa carrière dans le Deathcore technique avant d’évoluer vers le Death Metal progressif après quelques changements de membres. La formation d’Encino en Californie est actuellement composée de Michael « Machine » Keene à la guitare et au chant, de Geoffrey Ficco au chant, de Wes Hauch à la guitare, d’Evan Brewer à la basse et d’Alex Rüdinger à la batterie. J’avais déjà vu la formation sur scène à l’Impérial avec Cannibal Corpse en 2009 et je dois dire que malgré les changements de membres et style musical, le groupe n’a aucunement perdu de son efficacité scénique. Le groupe était précis, bougeait beaucoup et les problèmes de son éprouvés précédemment semblaient avoir disparu, sûrement en raison de la présence d’un sonorisateur plus expérimenté en arrière de la console qui calibra le son de façon moins exagérée et plus audible. Leur prestation provoqua la jouissance des spectateurs qui en redemandaient, mais malheureusement pour nous, The Faceless décida que leur soirée de travail était terminée après seulement environ 45 minutes de prestation, ce que je trouvai un peu radin de leur part. Selon moi, une tête d’affiche de leur calibre devrait jouer au moins une heure et je restai donc sur ma faim. À 22 h 30 seulement, le spectacle était donc terminé et nous décidâmes toutefois de rester pour un brin de jasette et quelques bières en compagnie de Pascal Chénard et Pat Graham, mais je ne parvins pas à me chasser de l’esprit que j’aurais aimé en entendre plus de The Faceless! On peut le faire ici.
En conclusion, bien que je fus indifférent à la musique proprette de The Kindred, les quatre autres groupes à l’affiche donnèrent de très bonnes prestations qui furent malheureusement assombries par de sempiternels problèmes de son. L’Agitée devrait, à mon humble avis, se dépêcher de trouver une solution, parce qu’elle accueille maintenant de nombreux spectacles avec des groupes internationaux. Cela fait longtemps que j’entends parler de l’installation imminente d’un nouveau système de son, mais rien n’a changé actuellement et je trouve ça décevant pour les groupes qui y jouent et pour les spectateurs qui paient leur entrée à un prix relativement élevé. Je ne cherche pas de coupable, mais il faudrait vraiment que ce problème se règle rapidement. Enfin, j’ai trouvé plutôt décevant que le groupe en tête d’affiche ne joue que 45 minutes et que le premier groupe soit forcé de jouer à une heure aussi précoce que 18 h 30. En terminant, je remercie chaleureusement Karl-Emmanuel Picard de District 7 pour l’accès et pour l’organisation du spectacle!
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas














