Il y a parfois de ces évènements qu’il est moralement ou plutôt métalliquement impossible de manquer. Il peut s’agir d’un spectacle à l’alignement impeccable, d’une sauterie mémorablement métallique ou, dans le meilleur des mondes, des deux à la fois. Il y a aussi de ces amateurs de métal à la dévotion missionnaire, qui savent saisir les occasions pour amener les poilus au faîte du bonheur. Quand tous ces éléments sont réunis, on se rapproche de la perfection. C’était le cas samedi passé, alors que s’amenait à Montréal la tournée du Decibel Magazine qui nous présentait cette année trois groupes séminaux dont le seul nom fait frémir l’amateur de métal extrême d’envie, ainsi qu’un excellent groupe québécois, Beyond Creation. De plus, pour l’occasion, la machine infernale qu’est Dave Rouleau avait préparé, pour les citoyens de Québec, un autobus voyageur, une sélection impressionnante de produits à donner, gracieuseté de groupes québécois et une liste d’écoute improvisée pour le trajet. Il était donc hors de question, pour le fanatique que je suis, de manquer cet évènement qui se veut le début d’une nouvelle tradition lors des spectacles d’importance à l’extérieur de Québec. C’est donc en faisant fi d’un horaire chaotique à mon travail, que je demandai congé pour l’occasion!
Il était presque 14 h lorsque nous nous présentâmes, ma perle et moi, au point de ralliement dans le stationnement du temple de la consommation futile qu’est le Wal-Mart Lebourgneuf pour le départ du vaisseau chromé qui allait nous emmener vers la Métropole. Aussitôt, nous pûmes apercevoir ledit vaisseau et une bande nombreuse de métaleux équipés pour un voyage de débauche, parmi lesquels de nombreux visages connus : Charles Côté de Soiled By Blood, Alexandre Chouinard de Morgue, Dania Forget, Claudine Hasty du Trashoir à CKRL FM et son copain Louis-Philippe, entre autres. Vers 14h10 s’effectua le départ pour un déplacement agrémenté d’écoute de DVD de spectacles, d’albums de musique métal, de distribution de prix et d’une consommation adroitement civilisée de rafraîchissements alcoolisés, le tout en excellente compagnie. Mis à part un énorme bouchon de circulation qui commençait à la hauteur de Châteauguay et qui dura jusqu’à notre entrée sur l’île de Montréal, le trajet fut digne des plus beaux partys métalliques et se déroula sans aucune anicroche majeure. Tout le monde était festif et le tout se fit avec classe. L’autobus nous déposa devant le Club Soda avec environ une heure de retard sur l’horaire, vers 18h10, en raison de l’impondérable trafic, ce qui nous donnait environ cinquante minutes pour se dégourdir les jambes, se nourrir et arriver à temps pour le début du spectacle. Après avoir rempli ces quelques besoins nous fîmes notre entrée dans le Club Soda déjà assez bien rempli où je pus enfin rencontrer Naty-Nathalie Baril de BCI (bassiste de Potion 13) en chair et en os. Il s’agit d’une personne qui fait un travail remarquable pour les spectacles métaux à Montréal et qui m’avait drôlement impressionné avec sa gentillesse lorsqu’elle avait acheté l’album de mon groupe (Endless Horizon) au Profusion Metalstore (salut à Francisco en passant!) et nous avait écrit un message d’encouragement sur notre page alors que je ne la connaissais que de nom. Une sympathique rencontre, en somme! Puis, à 19 h tapantes Beyond Creation commencèrent leur prestation.
Seule formation locale de la soirée, Beyond Creation avait l’honneur d’ouvrir pour trois groupes internationaux à la réputation immense. Le groupe de Progressive/Technical Death Metal vient de Montréal et est composé de l’extrêmement prolifique Dominic « Forest » Lapointe (Augury, B.A.R.F.,Catuvolcus, Teramobil Humanoid, Atheretic…etc) à la basse fretless six cordes, de Simon Girard à la guitare huit cordes et au chant, de Kevin Chartré (Unhuman, Brought By Pain) à la guitare sept cordes et de Philippe Boucher (First Fragment, Incandescence, Décombres, Chthe’ilist) à la batterie. En cette soirée, leur musique rappelant inévitablement le groupe célèbre Death, mais aussi des groupes plus récents comme Gorod et The Faceless fut quelque peu handicapée par un son qui n’était pas tout à fait encore au point. En effet, le son manquait un peu de puissance et de graves, ce qui le rendait lointain et parfois difficile à discerner. La qualité sonore s’améliora cependant au cours de leur performance et je fus plus en mesure d’apprécier l’immense talent musical de la formation qui nous présenta quatre pièces de son premier album, The Aura (2011) ainsi qu’une nouvelle pièce (si je ne m’abuse) dont je ne pus saisir le nom. Musicalement, leur prestation fut donc très précise et superbement interprétée. Toutefois, le fait que la musique du groupe laisse souvent de côté les éléments qui pourraient la rendre accrocheuse au profit de la complexité technique exacerbée au maximum, me laissa un peu perplexe. En effet, je trouve personnellement que le groupe aurait avantage à mieux doser la technicité et la musicalité, ce qui rendrait sa musique encore plus entraînante en spectacle, mais ce sont mes goûts. En ce qui concerne le côté scénique de leur prestation, leur performance fut très énergique et mouvementée, quoique dépouillée de tout flafla comme le veulent les standards de leur genre musical. Les interventions de Simon Girard entre les pièces se limitèrent au minimum et manquaient, à mon avis, un peu d’une conviction et d’une grandiloquence qui aurait pu faire encore plus monter l’intensité de la soirée. Quoi qu’il en soit, ce fut somme toute une très bonne prestation pour la prometteuse formation montréalaise. Je vous encourage à aller regarder ceci si vous ne connaissez pas ce groupe.
Côté setlist, voici à quoi ça ressemblait :
- « No Request For The Corrupted »
- «Omnipresent Perception»
- Nouvelle pièce (titre inconnu)
- «The Aura»
- «Coexistence»
Après un très bref entracte où nous eûmes à peine le temps de sortir pour quelques conversations et quelques bouffées de fumée magique, Immolation s’installait déjà sur la scène pour nous bouter, nous aplanir et nous ensevelir sous une terre compacte. Si vous vous dites amateur de Death Metal et que vous ne connaissez pas ce célèbre groupe new-yorkais formé en 1988 et bien, je vous conseille d’aller immédiatement vous renseigner sur celui-ci. Immolation, c’est les motifs de guitares créatifs et uniques de Robert « Rob » Vigna, les grooves imposants de basse et le chant guttural de Ross Dolan, les rythmiques inusitées de Steve Shalaty à la batterie et les harmonisations de Bill Taylor (Perdition Temple) à la guitare. Dès la première pièce de leur prestation, l’excellente « Kingdom of Conspiracy » tirée de leur nouvel album du même nom, je fus soulagé de constater que le son était maintenant excellent et que le groupe était visiblement très en forme pour nous massacrer. Nous livrant une sélection axée sur son dernier effort (quatre pièces sur huit), Immolation ne lésina aucunement sur l’énergie et le mouvement. J’aimerais noter, à ce chapitre, les mouvements déments de Rob avec sa guitare qui la lançait dans tous les sens tout en jouant ses motifs de façon impeccable et les interventions agressives et sympathiques de Ross Dolan entre les chansons qui ajoutèrent beaucoup à l’aspect visuel et interactif du spectacle. Du côté musical, la prestation fut extrêmement précise, le rendu des pièces impeccable et je fus aussi très content qu’ils intègrent une pièce de l’excellent EP Providence, la délicieuse « What They Bring », à leur tour de chant. Le seul point un peu négatif que j’aurais à souligner fut la rareté des vieux succès du groupe dans le setlist. En effet, mis à part la pièce éponyme de leur premier album, Dawn of Possession (1991), aucune autre pièce des premiers efforts du groupe ne fut interprétée et leur album séminal, Here In After (1996) fut totalement oublié. Toutefois, la qualité incroyable de la prestation me fit vite oublier ces désagréments et la foule, maintenant extrêmement nombreuse, apprécia grandement le spectacle, ce qu’elle démontra à grand renfort de cris et de violence dans la fosse. Je fus donc très satisfait d’enfin voir Immolation en spectacle et j’attends leur prochain passage avec impatience!
Setlist:
- «Kingdom Of Conspiracy»
- «What They Bring»
- «Majesty And Decay»
- «Bound To Order»
- «Dawn Of Possession»
- «A Spectacle Of Lies»
- «Swarm Of Terror»
- «All That Awaits Us»
Après un autre entracte très court où je pus faire la connaissance de la sympathique Michelle Ayoub, réapprovisionner Francisco du Profusion Metalstore en disques d’Endless Horizon et jaser avec Lex Ivian et Marc Légaré (La Corriveau), les premières notes de Napalm Death se firent entendre et nous nous pressâmes immédiatement de retourner à l’intérieur. C’est que la formation britannique pionnière du Grindcore, est un autre de ces groupes séminaux que je n’avais jamais eu la chance de voir en spectacle. Lors de leur dernier passage à Québec en 2009, je n’avais pas pu me libérer à mon travail et je m’étais juré de ne pas les manquer la prochaine fois. Ayant connu une carrière extrêmement influente de plus de trente ans, Napalm Death se compose de Shane Embury à la basse, Mitch Harris à la guitare et aux backvocals, Mark « Barney» Greenway au vocal et Dany Herrera à la batterie. Entamant leur manche avec «Multinational Corporations » de leur premier album en carrière (Scum (1987)) le groupe me frappa en plein front avec son énergie contagieuse et l’agressivité à peine contenue de Barney qui semblait en excellente forme. Après l’aplanissement d’Immolation, c’était maintenant à un déversement de gravier sur nos pauvres corps meurtris auquel nous aurions droit. Forts d’un setlist bien balancé faisant honneur à leurs origines avec sept pièces du premier album précédemment évoqué, tout en soulignant leur dernier effort Utilitarian (2012) avec quatre pièces et en y intégrant même leur reprise de «Nazi Punks Fuck Off» de Dead Kennedys , Napalm Death était là pour tuer et la fosse leur répondit de façon exemplaire. L’atmosphère était déchaînée et leur sélection de pièces fut livrée avec une rapidité et une précision effarantes. Un vrai spectacle de maîtres, en somme, tant au point de vue de la présence scénique que de la performance musicale. En conséquence, plusieurs spectateurs semblaient chercher leurs dents, au sens figuré comme au sens propre, lorsque la formation quitta la scène.
Setlist :
- «Multinational Corporations»
- «Everyday Pox»
- «Narcoleptic»
- «The Wolf I Feed»
- «Control»
- «Greed Killing»
- «Suffer The Children»
- «On The Brink Of Extinction»
- «Protection Racket»
- «A Gag Reflex»
- «Lowpoint»
- «Scum»
- «Life? »
- «Deceiver»
- «The Kill»
- « You Suffer»
- «Nazi Punks Fuck Off» (Dead Kennedys)
- «Siege Of Power»
Comme si la violente performance de Napalm Death avait réveillé les forces de la nature un orage faisait maintenant rage à l’extérieur du Club Soda et nous restâmes donc à l’intérieur jusqu’à ce qu’il se calme un peu. Encore une fois, la pause fut de durée relativement courte et Cannibal Corpse fit bientôt son entrée sur scène avec sa traditionnelle brutalité sans borne. La célèbre troupe de Death Metal originaire de Buffalo, NY, composée d’Alex Webster à la basse, George « Corpsegrinder» Fisher au vocal, Paul Mazurkiewitz à la batterie, Rob Barret et Pat O’Brien aux guitares, était là pour terminer le travail avec une couche épaisse et compacte d’asphalte qui ferait disparaître toute trace de nos pauvres corps. Nous prenant directement à la gorge dès le début de leur prestation, avec «A Skull Full Of Maggots» les maîtres de l’horreur musicale nous malmenèrent sans pitié avec une sélection variée qui allait presque faire le tour de toute leur discographie. La salle, complète, ressemblait à une véritable fourmilière en plein branle-bas de combat où les corps s’entrechoquaient sans arrêt à la grandeur du parterre. Le groupe, précis, efficace comme à son habitude et dirigé par l’imposante présence de Corpsegrinder et l’hélice d’avion qui lui sert de tête, était dans une forme olympique et brûlait les planches. Le son était quasi parfait et je fus totalement enchanté de ce que je voyais et entendais. J’avais déjà vu Cannibal Corpse à Québec et ils avaient livré une solide performance, mais cette fois-ci était encore meilleure en raison, notamment, d’une sélection de pièces beaucoup plus variée qu’à l’habitude. Après une vingtaine de pièces, toutes plus mémorables les unes que les autres, le groupe tira sa révérence vers 23 h 30 et nous laissa complètement pantois. La soirée n’était cependant pas encore terminée pour nous, car notre vaisseau ne mettrait le cap vers Québec qu’à 1 h. Nous nous dirigeâmes donc, encore éberlués et frappé par l’extase de ce spectacle exceptionnel, vers une délicieuse poutine et quelques bières aux Foufounes Électriques.
Setlist :
- « A Skull Full Of Maggots»
- «Staring Through The Eyes Of The Dead»
- «Edible Autopsy»
- «Addicted To Vaginal Skin»
- «An Experiment In Homicide»
- «Sentenced To Burn»
- «Gutted»
- «Demented Aggression»
- «Scourge Of Iron»
- «Disfigured»
- «Evisceration Plague»
- «Dormant Bodies Bursting»
- «Disposal Of The Body»
- «Decency Defied»
- «Dead Human Collection»
- «I Cum Blood»
- «Encased In Concrete»
- «Make Them Suffer
- « Hammer Smashed Face»
- «Stripped, Raped And Strangled»
Après nous être rempli la panse et avoir contenté notre alcoolisme, nous revînmes au point de rendez-vous pour repartir vers la Capitale. Le voyage de retour fut beaucoup plus calme, car plusieurs de nos compagnons étaient exténués. Peu avant 4 h, nous arrivâmes à notre point de départ sans anicroche et nous pûmes remercier Guy, le chauffeur, pour son excellent travail et sa patience à endurer nos folies et notre musique diabolique. En somme, l’expérience de l’autobus Ondes Chocs et du spectacle extraordinaire de Cannibal Corpse, Napalm Death, Immolation et Beyond Creation fut exceptionnelle et restera à jamais gravée dans ma mémoire comme un des plus beaux moments métal que j’ai eu la chance de vivre. J’aimerais remercier Dave Rouleau pour l’organisation de l’autobus, Naty-Nathalie Baril et BCI pour l’organisation du spectacle et tous les métaleux de Québec qui ont pris part avec classe au voyage. On se revoit le 2 novembre pour un autre autobus vers Kreator, Overkill et Warbringer!
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





