Il y a de ces spectacles métaux à l’affiche qui sont étranges. Parfois c’est l’agencement de sous-genres qui est original, parfois c’est l’ordre dans lequel se produiront les artistes invités qui a de quoi provoquer des grattements de tête. Vendredi dernier, ces deux conditions étaient réunies pour le spectacle de La Corriveau en tête d’affiche l’Agitée de Québec avec son tout nouveau concept scénique, une présentation de Félix de Solaris Booking. En effet, l’affiche se composerait des rockeurs industriels montréalais de Projekt F en ouverture de soirée, suivis d’un groupe hommage à Deftones appelé Blind Colors, des rockeurs glamour montréalais de D.O.H et enfin du Groove/Thrash Metal moderne avec la tête d’affiche. Preuve qu’il n’est pas toujours simple (je ne blâme personne ici!) de composer une affiche viable sans sortir d’un cadre parfaitement logique, cette soirée avait le mérite d’être prometteuse pour moi en termes de qualité des artistes présentés, puisque j’avais entendu beaucoup de bien de Projekt F et que j’avais déjà vu La Corriveau brûler les planches au lancement d’Aeternam. En prime, j’aurais la chance de découvrir D.O.H, que je ne connaissais pas et d’entendre un hommage aux légendaires Deftones. C’est donc avec un très grand plaisir que j’acceptai l’offre de l’hyperactif Dave Rouleau qui animerait la soirée et souhaitait que je fasse le rôle du critique grincheux pour éviter qu’il se retrouve en conflit d’intérêts.

Un peu passé 19 h, nous arrivâmes, la petite Julie et moi, à l’éternelle Agitée, où nous menâmes une brève conversation sur le thème des guitares et des « shredders » avec le sympathique routier de Projekt F qui fumait une cigarette à l’avant pendant que je terminais une dose d’énergie en canette. Nous fûmes bientôt rejoints par Dave et nous pénétrâmes à l’intérieur après avoir conjuré la gardienne des portes infernales, Dania Forget. Aussitôt, nous pûmes constater que seule une poignée de spectateurs étaient arrivés, hormis les artisans de la soirée : François C. Fortin à la console de son, Félix de Solaris Booking et sa collègue de Montréal Sophie Mousseau-Saint-Onge, qui est aussi gérante du groupe D.O.H. Après quelques intéressantes conversations, Dave prit place sur la scène pour lancer son énergique animation et nous présenter le premier groupe de la soirée, Projekt F.

Sur papier, la formation montréalaise en question officie dans l’univers du Rock/ Metal Industriel. Fondée en 2006 par le chanteur, claviériste et compositeur principal Jonh M. Miller, le groupe s’est vite fait remarquer avec un Ep, intitulé 0000 (2009) et en faisant paraître un premier LP, intitulé Skins au mois d’avril 2013. Le reste du groupe comprend : Dany Burton (batterie), William Hicks (basse) et Riff (Guitare). En ce vendredi pluvieux, ils se présentèrent sur scène avec leurs maquillages de scène typiques très réussis devant une salle malheureusement assez timidement remplie à peine au cinquième de sa capacité. Faisant fi de tout cela, le frontman encouragea les spectateurs présents à avancer, n’hésitant pas à multiplier les descentes dans la fosse, allant même à faire participer les spectateurs au chant (dont votre humble serviteur), notamment durant l’excellente pièce « Room 13 ». Tout le groupe livra une prestation marquée par une présence scénique de premier ordre, une énergie palpable et un professionnalisme de calibre international. Musicalement, le groupe livra des pièces d’un Metal Industriel typique qui, tout en n’étant pas forcément hyperoriginal, était terriblement efficace et bien exécuté. La simplicité de leur musique se révéla être la racine de leur succès, car elle se transmet très bien en spectacle. De plus, le groupe bénéficia d’un excellent son de la part de François C. Fortin qui nous permit d’apprécier la qualité du chant de Jonh, qui alterne entre voix cleans et screams et la précision des musiciens. Je fus donc impressionné par la qualité de la prestation de Projekt F, mais ne pus m’empêcher d’être déçu de la case horaire qui leur avait été décernée. En effet, d’après moi un groupe de ce calibre aurait dû jouer en troisième, juste avant la tête d’affiche, et non en premier devant un public encore timide à cette heure précoce. J’appris cependant par la suite que le groupe aurait dû jouer en deuxième (ce que je ne crois pas suffisant non plus), mais qu’en raison d’un problème de logistique il a dû laisser sa place à Blind Colors. Si vous ne connaissez pas ce quatuor, allez vite consulter leur page facebook.

Après une seconde intervention de Dave, qui avait plein d’albums à donner et faire tirer, ce fut au tour de l’hommage à Deftones, Blind Colors, d’exécuter son tour de chant. Aussitôt, le doute envahit mon esprit. En effet, je n’ai jamais été un grand maniaque des groupes hommages et je me questionnais sur la pertinence de mettre un tel projet sur une affiche entièrement composée d’artistes originaux et après Projekt F qui plus est. Dès les premières notes, mes doutes furent en partie dissipés; oui, le rythme de la soirée était un peu cassé en raison de l’ordre des artistes, mais l’hommage qui nous était présenté était de très bonne qualité. Interprétant une série de succès de son légendaire mentor avec conviction, précision et talent, la troupe de Marc-André Gionet (chant, guitare) me transporta mentalement à l’époque de mon adolescence où se mélangeaient Nu Metal et Rock alternatif. Répliquant à merveille les sonorités du groupe et le chant caractéristique de Chino Moreno avec l’utilisation de maintes pédales d’effets, il ne suffisait que de fermer les yeux pour se croire dans un vrai spectacle de Deftones. Blind Colors a donc assuré une très bonne prestation, quoiqu’elle ne parvînt pas à me faire oublier le drôle de contexte dans lequel elle était placée, mais qui s’expliquait sans doute par le fait que le chanteur de la formation avait eu droit à toute une journée, se levant à 4 h du matin pour aller travailler à Montréal et revenir en soirée pour le spectacle, comme il le précisa dans une intervention entre deux pièces. Ils n’ont donc certainement pas eu le choix d’échanger leur place avec Projekt F.

Après un interlude où je pus faire connaissance avec un de mes collègues d’Ondes Chocs, le très sympathique Pat Graham et aussi avec Dany Burton de Projekt F et le photographe Phil Rousseau, Dave remonta sur scène pour introduire D.O.H. Avec des titres de chanson clichés tels que : « Speed Legend », « Hollywood Baby » et « Turbo Cowboy », le quintette de la Métropole pratique un Glam Rock/Metal tout ce qu’il y a de plus classique qui rappelle fortement les belles années de Motley Crüe, Poison et compagnie. La formation est composée de : Bross (chant), Alex Firebert (guitare), Chuck Stevens (guitare), Mitch Michon (basse) et Nikko Cyr (batterie). Sur scène, le groupe arriva fringué de façon si « années 1980 » que je ne pus réprimer un rire : foulards roses, veste en poil de minou, torse, nus, leggings trop serrés en paillettes et basse aux couleurs de l’Union Jack qui s’allume! Toutefois, le clou était le chanteur gogo-boy vêtu d’une panoplie de cowboy sado-maso avec les jambières de cuir et le fouet en fausse peau de serpent en prime. Côté musical, leur prestation allait se révéler excellente, dans le genre. Bien que leur style de prédilection soit loin d’être original en 2013, les musiciens donnent effectivement une performance précise et énergique qui démontre une très bonne maîtrise de leurs instruments respectifs. Le groupe sortit même des limites de son style pour nous offrir une reprise d’Anthrax, soit « Efilnikufesin (N.F.L.) » tirée du célèbre album Among The Living. Là où leur prestation souffrit un peu, ce fut du côté de leur aspect théâtral. En effet, le chanteur devait tenter un striptease devant le public qui était maintenant mieux garni et comptait de nombreuses filles qui semblaient être là pour eux en particulier. Cependant, le tombeur de ces dames se retrouva bientôt coincé dans ses jambières de cuir dont les lacets étaient pris dans le poil de ses pantalons ce qui donna lieu à une interminable scène cocasse qui provoqua l’hilarité de Dave, Pat Graham (qui immortalisa le tout!), ma blonde et moi. Tout cela lui fit manquer quelques lignes de chant, mais il poursuivit quand même avec des danses homos érotiques autour de son guitariste (WTF!) qui semblèrent plaire aux dames présentes. Leur prestation fut donc très divertissante, même si je ne suis pas parvenu à savoir si le groupe se prend au sérieux ou s’il se veut satyrique. Vous pouvez écouter leur musique en suivant ce lien.

Le tour de montagne russe tirait maintenant à sa fin et Dave monta sur la scène une dernière fois pour présenter La Corriveau. Le quintette originaire de Québec venait nous présenter un setlist pleine longueur se concentrant sur son excellent premier album, Soul Possession, sorti l’an passé, combiné a une toute nouvelle approche scénique comprenant des projections et une belle petite mise en scène. Pour ceux qu’ils ne les connaitraient pas encore, La Corriveau est un groupe qui joue un Heavy Metal moderne fortement teinté d’influences Thrash Metal et de Groove Metal à Pantera et Machine Head. C’est pesant, efficace et drôlement bien composé. La formation est constituée de : Marc Légaré (guitare rythmique), Diamond (chant), Glitche (batterie), Jasper (guitare soli) et Tim (basse). Débutant sa prestation avec une introduction enregistrée couplée d’une projection sur écran, le groupe enchaîna immédiatement son superbe single « Find A Way » de manière impeccable, professionnelle et débordante d’énergie. Toute la prestation du groupe fut d’ailleurs irréprochable y compris la mise en scène vers le dernier tiers de leur setlist qui comprenait un prêtre satanique et son chariot rempli de reliques qui fit une incantation avant retourner dans les profondeurs de l’Hadès. Les spectateurs, qui occupaient environ le tiers de la capacité de l’Agitée, semblèrent fortement apprécier la prestation livrée par la formation qui est certainement destinée à devenir une force majeure du Métal québécois. Je me serais d’ailleurs attendu à une foule bien plus imposante un vendredi soir pour un groupe de ce calibre, mais ce qui compte c’est que La Corriveau a assuré. Je vous encourage fortement à découvrir leur musique, si ce n’est pas encore fait en visitant ce site.

Enfin, malgré une affiche drôlement composée et variée, Solaris Booking nous a présenté une soirée métal de qualité où chacun des groupes a su tirer parti de cases horaires pas nécessairement avantageuses de prime abord. J’espère que Projekt F, entre autres, pourra jouer à une heure plus tardive à son prochain spectacle et que les spectateurs seront plus nombreux pour l’excellent groupe de Métal qu’est La Corriveau la prochaine fois qu’ils joueront dans leur patelin. Je souhaite aussi féliciter Blind Colors pour son hommage très bien monté à Deftones. D.O.H. a aussi un très grand talent dans son style, mais l’aspect théâtral sera à peaufiner pour éviter les problèmes techniques. Encouragez la scène locale, mécréants!

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

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