Svalbard
« The Fall »
(2013)
L’année en cours est certainement un millésime prometteur pour le Black Metal québécois. En effet, après les excellentes offrandes consécutives de Monarque et Neige Éternelle, c’est maintenant aux vétérans de Svalbard de nous présenter leur premier LP en quelque onze années d’existence. Ayant maintenu leur barque à flot à travers les eaux parfois troubles de la contre-culture souterraine en nous laissant quelques sorties sur leur propre label (HSP productions) au passage dont deux albums live, trois splits et le EP Raising Hell (2012), est-ce que le quatuor de True Black Metal nous surprendra après toutes ces années à attendre un véritable opus complet? La réponse est oui!
Amorçant son massacre avec « Viking Raiders » et ses sirènes typiques signalant un blitz aérien, la formation de Québec nous prend d’assaut avec une production, œuvre de Jack Moose au Studio Sismique, digne des grands classiques du genre. Si la première chanson nous démontre une brutalité rappelant Marduk, Tsjuder et même le vieux Impaled Nazarene, avec des riffs très violents et certaines influences Grindcores dans la rythmique, le groupe enchaîne ensuite avec une pièce beaucoup plus mélancolique, épique et élaborée s’ouvrant sur un motif de guitare mélodique très efficace, l’épique « For The North ». Malgré son penchant pour un métal sombre qui reste fidèle aux origines scandinaves du genre et qui perd ainsi un peu au chapitre de l’originalité, Svalbard ne néglige donc pas la diversité. On aura ainsi droit à des pièces plus courtes et violentes telles que : « The Fall », qui contient un motif d’ouverture rappelant le Crossover Thrash des années 1980, « Étoiles Noires » et « Malignant Coronation », une excellente reprise de Tsjuder. Svalbard nous offrira aussi son savoir-faire en matière de pièces plus longues et élaborées avec les superbes : « For The North » et « War ». Enfin, la formation nous présentera même deux pièces acoustiques atmosphériques très bien montées : « Until You Take Me Away » et « Les Parcours de l’Âme », œuvre d’Ulroth, l’ancien bassiste et guitariste acoustique de la formation.
Comme mentionnée précédemment, la production crue et sans artifice de Jack Moose est parfaitement adaptée au style. Les guitares bien sales, la basse distordue et bien audible, la batterie très organique (pas de triggers ici!) bien présente sans toutefois tout enterrer et les grognements remplis d’effets maléfiques de Goat au vocal, tous les éléments contribuent à créer l’atmosphère obscure nécessaire à un excellent opus de Black Metal pur. Ma seule véritable réserve se situe au chapitre du calibrage du vocal qui est parfois un peu trop écrasé dans le mix. Cela fait en sorte qu’on a parfois l’impression qu’il est un peu trop à l’arrière-plan alors qu’il amène un côté encore plus malsain très approprié à la musique de Svalbard. Je dois aussi souligner la qualité de la présentation visuelle de cet album. En effet, l’œuvre en ton de gris représentant une cathédrale et un Christ crucifié sur une croix surmontée d’un pentagramme est très réussie et Svalbard nous présente ses paroles dans un beau livret détaillé avec les photos des membres, ce que je trouve toujours plaisant de la part d’un groupe. Tout pour plaire aux fanatiques, quoi!
En somme, Svalbard nous démontre tout son sérieux avec The Fall, qui vient couronner onze années de pur Black Metal pratiqué dans l’underground. Loin de s’essouffler, la formation de Québec nous a préparé un album qui surpasse les attentes avec une production adaptée au genre et une diversité de chansons qui respecte l’esthétique « True » que le groupe a adoptée depuis ses débuts. J’encourage tous les amateurs de vrai Black Metal à découvrir cet album qui ne les laissera sûrement pas sur leur faim.
8/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





