Vous connaissez sans doute le célèbre chat des bandes dessinées Garfield? Il est de notoriété publique que le félin tigré professe à qui veut l’entendre qu’il déteste les lundis. Cependant, deux faits sont à noter : Garfield n’est pas un métaleux et il ne semble pas connaître Karl-Emmanuel Picard de District 7 productions. Laissez-moi vous affirmer que s’il remplissait ces deux conditions, le chat orangé réviserait sans hésiter son amertume envers les lundis. En effet, faisant fi du jour de la semaine et de tout ce que cela implique, les guerriers de la Colombie-Britannique de 3 Inches of Blood et les satanistes des bayous louisianais de Goatwhore s’amenaient à Québec pour une tuerie en règle en ce lundi de la fin avril. De surcroît, ils seraient accompagnés par deux formations très prometteuses de Québec : les jeunes brutes de Soiled By Blood et les musiciens expérimentés de Meet The Mailman. Ce fut donc avec joie, malgré la fatigue de la journée précédente où votre humble serviteur avait travaillé comme un fou avant d’aller voir Opeth et Katatonia, que ma tendre moitié et moi prîmes le rituel chemin de l’Agitée, pour assister à un massacre annoncé.
Arrivé à ma seconde maison (par les temps qui courent, je suis pratiquement tout le temps là) peu avant 19 h 30, je bénéficiai avec révérence de l’accès à la salle, gracieuseté de Karl-Emmanuel (un gros merci!). Je me dirigeai ensuite vers la table de marchandise de Soiled By Blood pour y saluer Marc Lavoie, Dania Forget et les membres de la formation Death Metal : Alex-Antoine Chamberland (voix), Michael Chamberland (guitare), Charles Côté (basse) et Antoine Pellerin (batterie). Bien entendu, ma conversation avec Dania et Marc dériva sur notre appréciation du spectacle d’Opeth/Katatonia la veille; le mois d’avril 2013, restera certainement dans les annales du métal à Québec quant à la quantité et la variété de spectacles métal offert! Quelques minutes après leur avoir souhaité à tous un bon spectacle et avoir commencé à siroter une boisson rafraîchissante au houblon, Meet The Mailman s’installa sur la scène devant une assistance encore réduite à cette heure précoce.
Dès les premières notes de leur prestation, une chose me frappa à propos de ce groupe que je ne connaissais que de nom, même si les membres ont toutes les apparences de ne pas être nés de la dernière pluie : leur originalité. En effet, Meet The Mailman livre un hybride sonore dont la dominante est certainement le Thrash Metal à la Slayer et Testament, mais qui est aussi composé de passages Powermetal et de claviers ambiants tout droit sortis d’un univers plus progressif, ce que m’expliquera Miguel Arsenault (voix) lors d’une conversation après leur performance. Outre leur chanteur à la voix typiquement Thrash entrecoupée de cris aigus à la King Diamond, le groupe est composé de : Martin Robitaille (Guitariste soliste/ voix), Dominique Brillant (guitare rythmique), Mathieu Théberge (basse), Jean-François Durand (claviers) et Vincent Pruneau (batterie). Après une présentation énergique des pièces « Living Dead » (où le chanteur devra changer de micro en raison de problèmes techniques) et « Blood Bath », certains spectateurs audacieux, dont votre serviteur, décidèrent de répondre aux efforts énergiques du frontman et de ses acolytes en déclenchant les hostilités dans la fosse. Le reste de la prestation fut aussi intéressant que son début malgré la réponse plutôt timide de la foule en ce lundi soir et lorsque les dernières notes de la pièce « Mailman » se terminèrent, ma seule réserve était que le claviériste était installé à l’extérieur de la scène en dessous des caisses de son, ce que je trouvais désavantageux pour lui, alors que l’espace ne semblait pas manquer sur la scène. Meet The Mailman m’a donc agréablement surpris en ce début de soirée.
À la suite de cette première prestation réussie, la chaleur typique de l’Agitée commença à se manifester et je décidai de sortir dehors pour décompresser un peu pendant que les psychopathes de Soiled By Blood s’installaient. De retour à l’intérieur quelques minutes avant le début de leur brutale démonstration de Death Metal je constatai avec plaisir que le frontman torse nu se préparait à entamer sa prestation non pas sur la scène, mais directement dans la fosse. Les ayant déjà vus en spectacle en compagnie de Kälter l’année passée, cela laissait présager un passage à tabac digne des maîtres du genre. Aussitôt les premières notes jouées, la fosse se déchaîna et la foule, déjà mieux garnie, s’anima. C’est que Soiled by Blood pratique un Brutal Death Metal particulièrement efficace et précis avec des rythmiques au groove entraînant, idéales pour déclencher l’agressivité du public. Avec des titres tels que : « Evil Mass Murder », « Barbed Wire Beating » et « Mechanical Evisceration », leur setlist n’était pas conçu pour les chochottes et le public s’en donna à cœur joie. La seule chose qui vint assombrir leur performance fut une erreur plutôt bizarre du technicien de son. En effet, celui-ci ouvrit les lumières, ferma le son et mit de la musique sans raison apparente à la fin de « Mechanical Evisceration », alors qu’il restait quatre pièces à la performance de Soiled By Blood. De plus, cela lui prit au moins cinq minutes à se rendre compte de son erreur alors que la foule et les membres de la formation la lui signalaient. Bien loin de calmer les membres de la formation, cela les rendit encore plus intransigeants alors qu’ils livrèrent les dernières pièces de leur manche sous les acclamations des spectateurs. Voilà donc une excellente démonstration de la part de la prometteuse jeune formation et j’attends leur album, dont la sortie devrait être effectuée à l’été, avec impatience.
C’était maintenant au tour de Goatwhore de s’exécuter et je dois dire que je les attendais de pied ferme. En effet, j’avais déjà vu la formation Blackened Death/Thrash en 2009 aux Foufounes Électriques à Montréal et ils m’avaient fait une fort bonne impression. De plus, leur dernier opus Blood for the Master (2012) est certainement le plus abouti de leur carrière. Prenant d’assaut la scène avec « Collapse in Eternal Worth » issu de l’album précédemment évoqué, la formation louisianaise nous démontra encore son savoir-faire en matière de performance enlevante. En effet, succédant ses titres les plus efficaces avec une précision et une puissance sans merci, la troupe menée par Louis B. Falgoust II (voix) réussit à faire lever complètement les derniers spectateurs les plus réticents avec une prestation sans anicroche. Leur set de treize pièces, dont six du dernier album, ne comprenait aucun temps mort et le frontman expérimenté réchauffa la foule de manière efficace avec des interventions bien placées et concises. Il faut aussi noter la brillante performance du guitariste Sammy Duet qui livra ses motifs et soli avec précision et énergie. Je réussis à m’entretenir brièvement avec lui après le spectacle et il me confirma qu’ils étaient comblés par la réception de leur dernier effort et que le spectacle avait été très plaisant pour eux aussi, qui étaient surpris de voir autant de spectateurs un lundi soir. Il me confia aussi qu’ils bénéficieraient d’une journée de congé bien méritée le lendemain pour se diriger vers leur prochain spectacle à l’Île-du-Prince-Édouard. La soirée nous avait donc permis de voir et d’entendre trois excellentes prestations de trois genres différents de métal. Il restait maintenant à la tête d’affiche à se produire.
Mon intérêt envers le groupe 3 Inches of Blood remonte à un certain spectacle de Cradle of Filth au Capitole en 2006, si je ne m’abuse, où ils assuraient la première partie. À l’époque, j’avais particulièrement apprécié leur mixture de Heavy/Powermetal qui comprenait deux types de voix : screams et clean. Cependant, leur direction plus traditionnellement Heavy Metal adoptée sur l’album Here Waits Thy Doom (2009), bien que très bien exécutée, m’avait moins plu. Malgré tout cela, je me rappelais bien de la qualité de leurs prestations scéniques et j’avais donc hâte de les revoir. C’est donc avec joie que je constatai qu’ils n’avaient rien perdu à ce chapitre. En effet, le groupe qui évoluait en cette soirée sous la forme d’un quatuor alors que pour une raison inconnue, le bassiste Byron Stroud était absent de la tournée et remplacé par le guitariste habituel Justin Hagberg (je n’ai pas eu l’occasion de demander aux membres du groupe la raison de cette absence et je ne l’ai pas trouvée sur internet). Qu’à cela ne tienne lorsqu’ils entamèrent leur spectacle avec « Metal Woman » issue de leur dernier album Long Live Heavy Metal la foule était maintenant nombreuse et déchaînée. De plus, le guitariste Shane Clark réussit facilement à nous faire oublier la perte d’une guitare par son jeu précis et efficace. Enchaînant les succès tels que : « Snake Fighter », « Deadly Sinners », « Wykydtron », «Fear On The Bridge», «Destroy The Orcs», « God of the Cold White Silence» et «Battles And Brotherhood», le groupe de Vancouver se permit même de nous livrer un hommage au Black Sabbath de l’ère Dio avec un extrait de «Heaven And Hell » et un autre hommage au légendaire groupe canadien Rush avec un extrait de « Tom Sawyer ». Quelle belle façon de souligner les racines du Heavy Metal et l’intronisation de Rush au Temple de la renommée du rock! 3 Inches of Blood assura donc une quatrième prestation parfaite sur les quatre groupes de la soirée avec une généreuse dose de bon Heavy Metal.
Pour conclure, ce lundi soir métallique fut une belle réussite en raison de la participation surprenante des amateurs de Metal de la Capitale, mais aussi principalement en raison du fait que les quatre groupes présents ont livré des performances hors du commun. La seule ombre au tableau sera venue du technicien de son qui a interrompu la performance de Soiled By Blood de manière impromptue. C’est dommage parce qu’il a, par ailleurs, fait un boulot très honnête pour bien faire sonner les groupes présents. Chapeau à District 7, Getaroom et Karl-Emmanuel Picard et merci encore pour l’accès!
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





