L’équipe de Blue Skies Turn Black nous avait concocté tout un festin en quatre services en ce dimanche 14 avril, servi au Il Motor. Au menu, nul autres que Fight Amp, Ken Mode, Keelhaul et Today is the Day…
Premier service:
Une entrée somme toute assez simple mais très satisfaisante avec le trio du New Jersey, Fight Amp. Un son qui rappel les débuts du grunge des Melvins, Tad ou Nirvana époque Bleach. Joué de façon brutale, surtout au niveau du drum, celui-ci ayant besoin de quelques ajustements au cour de la prestation tellement il est malmené. Le trio devient quatuor lorsque le bassiste de Ken Mode saute sur scène le temps d’une pièce pour s’époumonner, donnant ainsi un bref répit aux cordes vocales des guitariste et bassiste, leur permettant de torturer davantage celles de leurs instruments respectifs. On sait alors à quoi s’attendre pour le reste du repas: une bonne dose de décibels, de la distortion aux limites de ce que peuvent subir les amplis, de longs riffs hypnotiques… Bref, tout ce qui caractérise le sludge, le post-core et le noise-core…
Deuxième service:
D’une intensité phénoménale, les Manitobains de Ken Mode prennent à leur tour possession de la scène. Et le terme »possession »pourrait facilement s’appliquer au chanteur, tellement son regard est intense et fou à la fois. Martellant sans cesse le plancher à l’aide de son pied la scène à toute les 4 mesures, il fait presque concurrence aux coups de bass drum de son frère. Encore une fois, les riffs sont lourds et saturés mais plus grinçants et brutaux. Surtout lorsqu’il troque sa guitare pour une bass, qui s’ajoute à celle du troisième membre du trio. Et tout au long des pièces jouées, plusieurs couches de riffs sont ajoutées par un habile jeu de pédale, nous donnant ainsi une assiette plus que remplie, une bouillie de sons dense mais digeste. On en reprendrait quelques louches n’importe quand.
Troisième service:
Il y a des produits qui prennent du goût en vieillissant, comme le fromage ou le vin. Et c’est aussi le cas de Keelhaul, originaires de Cleveland, Ohio. Depuis 1997, les 4 musiciens nous offrent périodiquement un rock qui flirte avec le jazz, le hardcore, le punk et même le progressif. Ici, les saveurs se veulent plus… comment dirais-je… »sucrées ». Une avalanche de riffs joués de main de maitre et sans artifices par 4 musiciens qui en ont vu des vertes et des pas mûres au cour de leur longue expérience. On sent autant le travail que le plaisir derrière leur musique enjouée par moment ou crue à d’autres. Un groupe que plusieurs personnes, parmis la foule assez nombreuse pour un dimanche soir, attendaient avec impatience le retour. Cet entremets créatif et inspirant nous permit pour un peu moins d’une heure de s’éloigner des effluves sombres et lourdes à l’honneur ce soir-là.
Quatrième service:
Rien de mieux après un bon repas qu’un bon café. Et, pour ma part, je le préfère noir et corsé, avec une bonne dose d’alcool. Un peu comme ce que nous offrait le légendaire Steve Austin et son non moins mythique groupe Today is The Day. Formation à géométrie variable depuis ses débuts il y a de cela un peu plus de 20 ans, Today is the Day est un produit assez difficile à cataloguer. Pionnier du noise-core, il fut une inspiration pour une foule de bands, dont Converge et Mastodon, pour ne nommer que ceux-ci. Dès les premiers riffs, précédés par des extraits sonores qui semblent tirés de films, c’est un assaut abrasif, corrosif et brûlant qui nous est servi. De son côté de la scène, Austin gratte tantôt sa guitare de façon frénétique, dopé à la caféïne, tantôt de manière relâchée, titubant presque, comme si il avait bu cul sec une bouteille de bourbon, liqueur originaire de son Tenessee natal. Ses musiciens tiennent la mesure, se pliant aux différents changements de tempos, et ce, avec une redoutable efficacité. Maniant les feedbacks et les reverbérations tout au long du set, Austin donne congé quelques minutes à ses partenaires, appuie sur quelques touches de son portable derrière lui, empoigne son micro et entame une longue et torturée chanson, à mi-chemin entre l’incantation et la complainte, sur des rythmes aux saveurs inspirées du Moyen-Orient. Le tout s’achève sur une autre explosion de sonorités extrêmes, démontrant ainsi aux fans réunis que l’homme qui se tient devant eux, est encore capable de donner des leçons aux plus jeunes, malgré le temps et les excès.
Complètement rassasié, le corps lourds et les tympans bourdonnants, je repris le chemin du retour, témoins d’avoir une fois de plus assisté à un moment unique, rempli de découvertes et d’émotions fortes, démontrant encore une fois l’habileté de Blue Skies Turn Black à dénicher des groupes au son différent, qui satisfont autant les experts que les non-initiés.
Jon B











