Il est plutôt rare qu’une tempête hivernale se manifeste si tard qu’à la mi-avril. Pourtant, vendredi et samedi passé nous avons eu droit aux caprices de Mère-Nature en provenance de nos voisins du Sud. Je ne suis pas adepte de croyances populaires, mais d’après moi, c’était un signe. Un signe que les adorateurs du Malin de la Vieille Capitale manigançaient quelque chose. Effectivement, ceux-ci se préparaient à la première venue de l’arrogant trio texan de métal mythologique et occulte dans la plus vieille ville fortifiée d’Amérique du Nord. De plus, en ouverture de soirée, Acédia, un excellent groupe local émergent de Black Metal, donnerait son premier spectacle à vie. Comme si ce n’était pas assez, les bûcherons de Neige Éternelle y présenteraient leur première offrande et les patriotes de Forteresse (après un an d’absence à Québec) participeraient au rituel. Ce dimanche 14 avril s’annonçait donc comme une véritable Messe noire à ne manquer sous aucun prétexte et j’avais extrêmement hâte d’y assister.

Après une journée de travail rocambolesque à nourrir les affamés, un repas rapide et un remplissage de porte-monnaie en vue d’un solide dérapage alcoolique, mon exquise demoiselle et moi prenions le chemin maintenant habituel de l’Agitée. Arrivés sur place peu avant 19 h, nous constatâmes avec plaisir que les disciples de l’innommable de la Capitale étaient aussi excités que nous en vue de cette soirée prometteuse. Une bande de joyeux cadavres avait déjà commencé à se masser des deux côtés de la porte du Temple et de nouveaux morts-vivants affluaient régulièrement malgré le fait que le Soleil n’était pas encore couché. Bientôt nous fûmes rejoints par mes collègues de local de pratique d’Acédia; Pascal « Ascèse » Landry (guitare, voix), Marc « Erebos » Bérubé (guitare), Christian Proteau (basse live) et Julien « Zéphyros » Lebreux (batterie) (que j’ai aussi la chance d’avoir dans mon groupe Endless Horizon, en plus) qui prenaient une pause cigarette et nous firent un brin de jasette. Les gars ne semblaient pas trop stressés et avaient l’air d’avoir très hâte de nous épater avec leur excellente musique, ce qui augurait bien pour leur première prestation à vie. Vers 19 h 10 les portes ouvrirent et aussitôt entrés nous nous dirigeâmes vers le bar pour faire le plein de houblon tout en saluant de nombreux visages familiers : Pat Monarque, François C. Fortin au son, Jeff Plamondon nouvellement guitariste de Riotor, Nicolas Racine de Métal Obscur Blogzine qui venait de réaliser une entrevue avec les membres d’Absu et Max Craig d’Haeres, entre autres. Il est toujours agréable de voir les membres de la scène se déplacer pour prendre une part active aux spectacles! Quelques minutes plus tard nous étions rejoins par Julie « Countess Darya » Drapeau-Renaud, la claviériste d’Endless Horizon et vers 19 h 30 précises les membres d’Acédia prenaient place sur la scène pour leur baptême du feu.

Après une courte introduction orchestrale (la fin du Kyrie du Requiem polonais de Krzysztof Penderecki pour les intéressés), les gars entamèrent le massacre avec « La mort me guette », première pièce de leur album L’Exil qui est disponible en téléchargement gratuit sur Bandcamp depuis novembre 2012. Aussitôt leur immense talent musical nous frappa alors que la foule demeurait circonspecte devant la nouveauté de l’assaut musical qui leur était présenté. Acédia nous livra une prestation sans faille de leur Black Metal suicidaire, dépressif et hautement technique. Ascèse, issu du milieu de la composition jazz, présente des motifs de guitare à la limite du possible sur une guitare rythmique typiquement Black d’Érébos et un tonnerre de batterie de Zéphyros qui ajoute des subtilités jazzées par endroits. Christian, qui n’est pas un membre officiel d’Acédia, mais qu’ils ont recruté pour jouer la basse lors des spectacles, nous fit une belle démonstration de son talent incroyable, lui qui est aussi issu du jazz où il officie comme contrebassiste. Malgré le fait que la foule, excepté Jonathan Gauthier, ma douce et moi, demeurait à quelques mètres de la scène et écoutait attentivement sans bouger, plus la prestation avançait, plus les réactions entre les pièces se faisaient bruyantes et plus la foule approchait de la scène, ce qui est un très bon signe pour les membres du groupe. Bien que leur prestation fut largement réussie sur le plan technique et de la précision musicale, quelques critiques peuvent être soulevées au point de vue de la présence scénique du groupe. En effet, hormis Erebos et Zéphyros qui brassaient la tête comme des damnés, les deux autres musiciens semblaient un peu plus statiques, ce qui peut être en partie dû à la complexité technique de leur musique. En outre, Ascèse est demeuré silencieux entre les pièces tout au long de la performance ce qui m’a un peu déçu. Quelques interventions bien placées auraient pu contribuer à susciter de plus vives réactions de la foule surtout lors d’un premier spectacle, mais on peut tout de même dire que c’est mission accomplie pour Acédia qui clôtura sa prestation de trente minutes avec la superbe « L’Exil ».

À peine avions-nous eu le temps de se ressaisir de la performance d’Acédia, que Neige Éternelle prenait déjà place sur scène pour nous livrer une sélection de pièces tirée de leur excellent premier album de Black/ Thrash, parfois à la limite du Punk. Mes attentes étaient particulièrement élevées pour la prestation des originaires de la Côte-Nord les ayant déjà vu sévir lors du Black Metal Origines II en 2012 où ils m’avaient impressionné par leur présence scénique haineuse et blasphématoire. Ouvrant la prestation avec « Cri de guerre », Sti (Voix) et sa bande de damnés eurent droit aux premiers moshpits de la soirée, malheureusement leur prestation allait connaître quelques ratées techniques. En effet, dès la fin de la première pièce, Faüst (batterie, back vocal) se leva en furie et précipita son micro à terre; sa pédale double avait lâché. La prestation fut donc interrompue pour quelques minutes, le temps de la remplacer, mais le batteur qui était par ailleurs excellent, éprouva encore quelques difficultés en raison d’un kit auquel il ne semblait pas familier. Gratifiant la foule de leurs invectives, douches de bière et de sang, attitude haineuse et insultes habituelles, les membres poursuivirent leur prestation qui semblait toutefois un brin moins énergique que ce à quoi je m’attendais et était cette fois dépouillée de flagellation de branches de sapin. Toutefois, il faut comprendre que les gars avaient dû monter de la Côte-Nord jusqu’à Montréal au spectacle de la veille et ensuite se diriger à Québec pour ce spectacle, la fatigue était donc normale. Malgré ces quelques failles, Neige Éternelle reste extrêmement intéressant à voir en spectacle et la foule démontra son appréciation en demandant un rappel. Le groupe s’exécuta avec une toute nouvelle pièce qui n’a pas encore été enregistrée et les gars purent quitter la scène satisfaits de leur prestation malgré les problèmes techniques, ce qui me sera confié par Sti et Faüst lors d’une jasette subséquente, alors que je me procurais leur album éponyme.

Profitant d’une pause un peu plus longue avant l’entrée en scène de Forteresse, nous allâmes dehors dans le double but d’évacuer la chaleur (la salle était maintenant pleine à craquer et la chaleur suffocante) et de partager une cigarette magique avec nos acolytes. La pause terminée nous nous faufilions jusqu’à l’avant afin d’assister au rituel livré par les vétérans du Métal Noir québécois. Là, je me dois d’avouer que mes attentes étaient plutôt modérées, car bien que je reconnaisse le talent, l’influence et la qualité de la carrière de Forteresse, leur matériel qui se situe dans la veine du Black Metal ambiant ne m’a jamais vraiment accroché sur disque. Cependant, quelle ne fut pas ma surprise de constater que leurs pièces prennent une tout autre puissance sur scène! Le caractère ambiant des motifs de guitare développés sur scène par Monarque et Moribond, la basse vibrante de Matrak, la batterie puissante de Fiel ainsi que les hurlements à glacer le sang d’Athros m’ont littéralement emporté dans un état second favorisé par ma consommation d’alcool et de stupéfiants. La performance était précise et les membres du groupe ont eu un plaisir évident à jouer alors que la foule était maintenant totalement réceptive se risquant même à mosher sur une musique beaucoup plus ambiante que violente. La prestation de Forteresse fut donc une excellente surprise pour moi et je devrai donc immédiatement réécouter de leur musique sur disque, parce que j’ai l’impression d’avoir passé à côté de quelque chose.

C’était maintenant à la tête d’affiche de s’exécuter et il était évident que la foule attendait Absu de pied ferme. En vingt-deux ans de carrière, le trio de Dallas, Texas n’avait jamais donné de spectacle à Québec, les métaleux de la ville comptaient donc leur montrer toute la folie dont ils sont capables. La prestation très attendue d’Absu débuta donc sur les chapeaux de roue avec leur attaque sans merci de Thrash/Speed Metal teinté de Black Metal et d’éléments psychédéliques et jazz. Aussitôt la fosse se déchaîna et l’ambiance devint survoltée. Disons les choses comme elles sont, Proscriptor McGovern (Batterie/voix), Ezezu (basse/voix) et Vis Crom (Guitare) sont de véritables malades sur scène. Le batteur martèle ses peaux à une vitesse et avec une technicité incroyable tout en chantant une bonne part des chansons de sa voix typiquement Black, râpeuse à souhait. Le Bassiste utilise sa voix plus thrash le reste du temps avec son attitude sombre et le guitariste est un déchaîné. La prestation de quatre-vingt-dix minutes se déroula à un rythme effréné, à l’image de la musique du groupe, entrecoupée par les interventions bien maléfiques et énergiques du batteur-chanteur qui quitta la batterie, remplacé par un membre de l’entourage d’Absu pour exécuter le rôle de frontman à la dernière pièce du spectacle. Avec son set pleine longueur, Absu nous livra plusieurs de ses classiques dont l’inévitable « Swords And Leather », qui rendit la foule démente et de nombreuses pièces tirées de leur trilogie entamée en 2009 avec Absu et 2011 avec Abzu. Les Texans ont donc démontré à ses fanatiques de Québec que l’attente en avait valu la peine et laissa un champ de bataille jonché de débris de bouteilles en guise de salle, mais les spectateurs continuèrent à en redemander jusqu’à ce que les lumières s’ouvrent sur la foule en délire. C’est signe qu’Absu ne devra pas attendre encore vingt ans avant de revenir nous casser la figure avec sa musique endiablée. Pour notre part nous continuâmes la fête jusqu’aux petites heures du matin, n’ayant aucune obligation à remplir le lundi!

En somme, ce spectacle aura été une réussite totale pour Sepulchral Prods qui nous a amené de la visite rare accompagnée de groupes québécois variés tout en demeurant dans la lignée du métal sombre. En effet, au cours de la même soirée nous avons eu droit à du DSBM, du Black/Thrash à tendance punk, du Black ambiant et du Blackened Speed/Thrash. Ce spectacle a prouvé encore une fois qu’une affiche variée et de qualité garnie de groupes québécois de qualité et d’une tête d’affiche monstrueuse est garante de succès, peu importe le soir de la semaine, dans une scène Black Metal en santé comme celle de Québec. Chapeau à Sepulchral Prods et à tous les groupes invités et un salut particulier à Acédia qui a assuré à sa première présence sur scène.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

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