Cette soirée du Paganfest America Part V au Metropolis de Montréal s’annonce pour être chargée: cinq groupes au total partageront la scène de la plus grande salle de spectacle à Montréal (excluant les centres sportifs). Winterhymn des États-Unis, Varg de l’Allemagne, ChthoniC de Taiwan, Turisas et Korpiklaani de Finlande feront de leur mieux pour rendre cette soirée païenne mémorable. Il importe de rappeler que le paganisme, contrairement aux religions occidentales plus récentes (christianisme, islam, etc.), mise sur l’excès et le repoussement des limites dans le cadre de leurs festivités plutôt que sur l’ascétisme et le puritanisme. La soirée s’annonce par conséquent festive à souhait.

 

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Winterhymn commencent très tôt, à 18h30 tapant, et le premier élément qui me frappe lors de leur performance est le nombre de personnes présents. La salle est presque vide! 150 personnes maximum sur une salle qui peut en contenir des milliers, c’est assez étrange. Le public semble en outre assez amorphe lorsque le groupe se met en place et c’est Myriam photographe à l’occasion pour Ondes Chocs dont pour cette soirée, mais aussi pour BCI, qui «call» le monde pour qu’ils se réveillent et montrent quelques signes de vie et d’enthousiasme. Winterhymn nous interprètent un folk metal assez traditionnel, avec claviers et violon. Ces deux instruments sont par ailleurs jouées par deux charmantes demoiselles, respectivement surnommées Exura et Umbriel. Tout le groupe est habillé de façon médiévale, ce qui ajoute à l’aspect visuel de leur performance et ils interprètent en guise de morceau d’ouverture « In The Troll Forest« . Belle alternance de screams et de cleans de la part de Draug au chant qui arbore ce qui ressemble à une peau d’ours.

Le groupe enchaîne immédiatement avec « The Wolf’s Head« , morceau qui s’avèrera être un précurseur du groupe qui les suivront, Varg. La mélodie de cette deuxième chanson est vraiment accrocheuse me dis-je intérieurement. J’ai hoché de la tête assez spontanément du début à la fin. Suite à ce morceau, Draug nous fait part que c’est la première fois que Winterhymn viennent à Montréal, que c’était une erreur puisque le public le fait sentir comme s’il était à la maison. Je ne sais pas si c’est un texte qu’il s’était préparé et qu’il tenait mordicus à dire, mais je dois avouer que cela sonne un peu bizarre dans la mesure où le public ne bouge pas, n’est pas nombreux et ne crie pas très fort lors de leur prestation (ce qui est tout de même rare à Montréal je dois avouer). Il faudra attendre jusqu’à leur fin de set avant de voir un petit moshpit se former. Le morceau suivant est un cover de la toune thème de Skyrim, « The Dragonborn Comes« . Immédiatement après, Draug reprend la parole pour nous confier qu’il est en contact privilégié avec les hautes divinités qui lui auraient dit que les autres groupes n’allaient pas sortir sur scène si le public ne faisait pas mieux… en matière de beuverie! Le coup d’envoi est donc lancé pour les festivités païennes et quoi de mieux qu’une chanson s’intitulant « Alesong » pour enchaîner. Le public devient plus actif et se met à taper des mains sur le rythme et cela se poursuivra jusqu’à la fin de la prestation de Winterhymn. Draug nous annonce maintenant qu’ils ont le temps pour un dernier morceau (« Stand your ground« ) et quelqu’un dans la foule crie audiblement «Yeah!!» et le chanteur répond du tac au tac «Thanks» sur un ton teinté d’ironie. Le double-sens est ici intéressant dans la mesure où le fan qui a crié «Yeah» souhaitait peut-être exprimer sa joie à l’idée d’entendre un autre morceau du groupe; il reste que normalement, lorsqu’un groupe apprécié mentionne que c’est leur dernière toune, les gens crient plutôt «No!!». C’était quand même cocasse.

 

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À peine une quinzaine de minutes plus tard, Varg débutent leur set. Leur style est un peu moins païen. Ils le qualifient eux-mêmes de «wolfmetal», ce qui est quand même inhabituel. Ils ont le visage maquillé de noir comme pour incarner un visage de loup. Le groupe est beaucoup moins nombreux que le précédent dans la mesure où il n’y a que 2 guitaristes, un drummer et un chanteur. Leur son folk provient de samples qui s’ajoutent à leur prestation live; la basse que je croyais entendre y était peut-être aussi mais ça j’en suis moins sûr. Ils ont un son beaucoup plus gras et agressif que Winterhymn, avec uniquement des growls à la voix. Ils commencent avec « Wir Sind Die Wölfe » et enchaînent avec « Shivertzeit« , ce dernier morceau contenant des bons riffs mélodiques. On constate évidemment que les noms de chanson sont en allemand et le chanteur nous propose un petit cours d’allemand entre deux morceaux. Il nous gueule (parce qu’il gueule vraiment en spécifiant qu’il faut gueuler parce que l’allemand est, paraît-il, une langue agressive) Prost en levant sa bière vers le public. Prost veut donc dire Santé!. Le troisième morceau qu’ils nous interprètent est « Nagelfar« , qui recèle des blastbeats puissants, suivi de « Was Nicht Darf« . Une autre petite leçon d’allemand nous apprend que Guten Tag signifie Bonjour et c’est en même temps le nom de leur plus récent opus et de leur prochaine chanson. Dans ce morceau, les growls sont un peu plus aigus et ça me rappelle la voix de Vreth de Finntroll. Avant d’entamer leur dernière pièce, « Rotkäppchen« , le chanteur explique qu’il faudrait qu’au moins 4-5 filles montent sur scène pour danser pendant qu’ils jouent. C’est finalement 6 jeunes femmes assez diversifiées en matière d’apparence qui montent sur scène et qui ont fait de leur mieux pour entertainer la foule et les musiciens. À noter que lors de la prestation de Varg, le public n’était pas tellement plus nombreux, mais ô combien plus enthousiaste, avec des moshpits plus fréquents, un circlepit considérable et au moins un bodysurfer.

 

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Parenthèse: je suis assez surpris que les deux premiers groupes aient tenus à prendre quelques minutes de leur temps de set pour prendre des photos avec le public, des genres de selfies collectifs, mais je peux comprendre que les groupes aiment poster ces photos sur leur page Facebook pour faire un peu d’autopromotion et encourager leurs fans à être présents aux concerts. Le fait que ce soit le drummer qui prenne ce genre de photo est par contre un peu triste dans la mesure où ça l’exclut de la photo alors que déjà, il est souvent le grand négligé des photographes professionnels faute d’éclairage adéquat à l’arrière de la scène. D’ailleurs, le drummer de Varg se permet de s’inclure partiellement dans la photo avec un «fuck you» de la main droite bien en vue. C’est sa petite revanche. Fin de la parenthèse.

Encore une quinzaine de minutes plus tard, les membres de ChthoniC entament leur performance. Je m’excuse à l’avance de ne pouvoir détailler aussi efficacement le nom des différentes pièces jouées par les trois derniers groupes. Ce qui saute aux yeux au moment où ChthoniC monte sur scène est, outre le fait qu’ils sont asiatiques, qu’il y a des LEDS mauves sur la basse de Doris Yeh, unique membre féminine du groupe. Par ailleurs, l’absence de leur claviériste pour une raison qui m’est inconnue modifie passablement leur son. Les samples de claviers sonnent inégaux, ce qui fait qu’à certains moments on ne les entend pas, et à d’autres moments on les entend trop. Dommage! Encore une fois, comme pour Varg, nous nous éloignons passablement d’un son typiquement folk pour tirer davantage sur un death black mélodique. Notons aussi l’utilisation sporadique d’un instrument traditionnel par leur chanteur, un genre de violon. La voix est caractérisée par des screams et des growls en alternance de graves et d’aigus. Les morceaux que ChthoniC ont joué et que j’ai pu noter sont: « Next republic« , « Sail Into The Sunset Fire« , « Defenders Of The Bú-Tik Palace » (pièce à l’intérieur de laquelle la bassiste chante clean pendant très peu de temps, juste assez pour dire qu’elle chante très bien!) et « Takao« . Leur performance s’est terminée de manière assez abrupte et sans avertissement, après moins de 25 minutes de set. Tout compte fait, ils ont joué un morceau de moins que Varg. Peut-être y avait-il un problème technique quelconque ou encore un autre motif les ayant contraints à limiter leur set. C’est dommage car j’ai l’impression que le son et cette performance ne leur ont clairement pas rendu justice car je connaissais le potentiel de leurs morceaux, pour avoir écouté intégralement leur performance à Wacken en 2012. Ils y seront d’ailleurs à nouveau cette année.

 

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Les deux plats principaux s’en viennent et ça se sent. Le public est de plus en plus nombreux et bruyant et ça fait du bien. Il reste que le Metropolis est quand même assez vide dans son ensemble… Je dirais qu’il y a environ 500 personnes et pour illustrer à quel point c’est inhabituel au Metropolis. C’est la première fois que j’ai pu aller faire des «pauses-clopes» à l’extérieur sans jamais avoir à me soucier d’avoir une place assise de choix au balcon. Je ne sais cependant pas si le spectacle aurait été mieux dans une salle plus petite (comme le Club Soda par exemple). Enfin, peu importe!

La foule scande le nom de Turisas à maintes reprises et semblent avoir très hâte que leur prestation débute. Lors des toutes premières notes de leur premier morceau « Ten More Miles« , un gigantesque moshpit se forme! Pratiquement tout le parterre en fait partie et c’est assez impressionnant vu du balcon. Nous sommes maintenant revenus à un son typiquement folk et je pense que le public était surtout présent pour cela. Turisas et Korpiklaani semblent avoir un noyau dur de fans assez fidèles si je me fie à l’enthousiasme débordant de la foule pour les deux dernières prestations de la soirée. Les deux morceaux qui suivent l’ouverture sont « Take The Day » et « To Holmgard And Beyond« . Les variations et les progressions à l’intérieur des pièces de Turisas sont nombreuses et très riches sur le plan musical. J’adore l’ambiance que le violon crée. Je me sens à plusieurs égards comme si j’étais dans un jeu vidéo RPG et je dois confesser que j’apprécie grandement! On alterne entre des moments très softs avec des harmonies vocales claires et d’autres beaucoup plus violents et heavy avec des chants gutturaux et combattifs.

C’est assez spécial de constater que des wall of death tout à fait spontanés se créent ici et là sans que le chanteur ne donne de consigne en ce sens. Cela sans compter les innombrables bodysurfers et moshpits constants tout au long de la performance de ce quintette finnois aux visages bariolés de rouge et de noir. « Rex Regi Rebellis« , « For Your Own Good » et « Battle Metal » suivent. Ce dernier morceau m’accroche particulièrement et je comprends que le groupe ait pu connaître une certaine popularité suite à la sortie de leur premier album qui porte le même nom. C’est joyeux, épique et festif comme son, exactement ce qu’on s’attend à un festival païen. Entre deux chansons, Mathias (chanteur), nous mentionne qu’à chaque fois que Turisas est venu à Montréal, ils ont terminé la soirée aux Foufounes Électriques aux petites heures du matin et ce soir ne fera pas exception. Il invite par la même occasion les fans qui voudraient se joindre aux festivités de se diriger à l’endroit désigné après le show. J’y étais et je peux témoigner de la véracité des propos. Le groupe était effectivement aux Foufounes Électriques à boire de la bière une heure environ après la fin du spectacle. Il nous informe par ailleurs qu’en Finlande, le 30 avril est une date de festivité importante. Ils en profiteront donc pour célébrer ici même à Montréal cette fête dénommée Vappu. Une autre pièce qu’ils ont jouée est « We Ride Together« , pièce à l’intérieur de laquelle le solo de violon est tout simplement sublime. Je dois dire par ailleurs qu’à un certain moment lors du set de Turisas (je ne me rappelle plus exactement pendant quel morceau), j’ai assisté au plus gros circle pit de mon existence au Metropolis. C’était assez incroyable à voir.

Un autre point particulier à noter pour la prestation de Turisas est le fait qu’ils ont quitté la scène à la manière d’un headliner dans la mesure où les lumières de la salle ne se sont pas rallumées et ça voulait dire par conséquent que la performance n’était pas terminée. Il était donc de mise que le public scande le nom de Turisas de manière rythmée tout en faisant un maximum de bruit pour que le groupe revienne pour interpréter non pas une, mais deux dernières pièces en tant que rappels. « Stand Up And Fight » a réouvert le bal et par la suite, Mathias nous a dit qu’un excellent mets à déguster à la fin d’une soirée bien arrosée était la poutine et que donc, la dernière chanson en était une de contexte, s’intitulant « Rasputin« . En réalité, ce morceau est un cover adapté du groupe disco Boney M. Vraiment, ce groupe qui m’était presque complètement inconnu au départ m’a convaincu d’acheter leurs deux albums disponibles à la table de merch.

 

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Les derniers et non les moindres, Korpiklaani, débutent leur set aux environs de 10h20. J’ai choisi d’apprécier leur performance d’en bas cette fois, plus près de la foule et de l’action. J’étais par ailleurs aux côtés de Lex et j’ai pu discuter du spectacle avec lui et nous étions d’accord sur pas mal tous les points. Au début de leur set, un petit problème technique a fait en sorte que nous n’entendions pas la voix ni le violon mais cela a été corrigé assez rapidement. Bien que le public ait semblé un peu fatigué par l’effort déployé lors de la prestation précédente, il y eut un regain de vie après peut-être trois ou quatre tounes. Ne vous demandez pas pourquoi je ne fais pas une setlist aussi exhaustive pour Korpiklaani que pour les autres groupes… c’est que la majorité de leur titre sont en finnois. À l’exception de morceaux comme « Vodka, Tequila » ou encore « Happy Little Boozer » (qui a été jouée en rappel), les noms de morceaux ne sont absolument pas évidents à retenir! Ce groupe est définitivement tout aussi folk sinon plus que Turisas, à la petite différence que leurs morceaux sont plus constants (moins de progressions) et plus rapides en général. Je peux dire que j’ai apprécié davantage leur performance en direct que leurs enregistrements. C’est difficile à dire pourquoi mais il semble que l’énergie que dégage leur musique se vit vraiment mieux live. Certes, le public déchaîné aide. Encore une fois, un wall of death spontané s’est formé à un certain moment et le bodysurfing et les moshpits n’ont pas cessé tout au long de leur prestation. Le fait qu’un accordéoniste «remplace» en quelque sorte le clavier ajoute un aspect intéressant au son du groupe. Leur performance était vraiment solide et je n’ai pas grand-chose à redire. Le seul point négatif que je soulignerais est le peu d’interactions avec la foule comparativement à Turisas.

 

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C’est avec une certaine fatigue que j’ai tout de même décidé d’accompagner Lex aux Foufounes Électriques à la suite du show pour prendre quelques bières et discuter de toutes sortes de choses. Excellente soirée païenne en somme et je remercie BCI pour l’accès et la tenue de l’événement.

Dr Light