On vous a déjà fait le coup de la revue de spectacle conjointe, et bien c’est ce qu’on vous propose encore cette fois alors que le Dr Light et moi-même (Lex) discutons de ce spectacle auquel nous avons assisté.

 

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Soirée ténébreuse aux maquillages macabres qui s’annonce avec quatre groupes de black metal unis pour une mini-tournée intitulée Infernal Alliance Tour: Hollow, Obscursis Romancia, Daedalean Complex et Black Empire. C’est une des dernières soirées de temps doux avant le retour du froid qui décide de s’éterniser un tantinet. Après un petit goûter de mâles (ailes de poulet BBQ, saucisses avec moutarde de Dijon et bières), c’est en direction du Cabaret Underworld, sur la rue Ste-Élizabeth que nous nous dirigeons. Encore un accompagnateur différent ce soir, question d’optimiser les nouveaux fans potentiels de la scène underground metal à Montréal.

À notre arrivée, Lex m’attend à la porte puisqu’il y avait un malentendu relativement à mon accès. Nous en profitons en attendant pour jaser un peu et mon comparse nous confie que ça fait plus de 25 ans qu’il n’a pas mis les pieds dans une telle salle de spectacle pour voir ce genre de show. Il semble par conséquent relativement enthousiaste. En ce qui me concerne, je sais d’emblée que je serai ravi par Obscursis Romancia pour les avoir vu il n’y a pas si longtemps aux Foufounes Électriques. Pour ce qui est des autres groupes, Hollow avait fait excellente impression au Wacken Metal Battle de 2013 et Daedalean Complex ont des vidéoclips avec des images à couper le souffle (si vous n’avez pas encore vu, allez voir!). Black Empire me sont cependant tout à fait inconnus, ne serait-ce que je sais qu’ils viennent de Rouyn-Noranda. (Ah oui, nous avons décidé de faire un co-revue de spectacle, Lex et moi. Je m’adresserai donc directement à lui pour corroborer ou infirmer mes propos.)

Lex: Je suis arrivé à l’Underworld une quinzaine de minutes avant l’heure annoncée pour le spectacle et j’en profite pour demander si le nom du Doc est sur la guestlist ce qui n’est pas le cas lorsque la demoiselle à la porte vérifie la liste. Légèrement contrarié, plus par la nécessité de régler la situation si près du début de la soirée que par cet oubli en lui-même qui est plus fréquent qu’on aimerait, je me mets donc à la recherche de Eddy (Snow de Hollow) qui devait s’être occupé de l’accès pour le Doc. Apparemment il était à donner une entrevue et personne ne savait où il était exactement. Je décide donc d’aller attendre le Doc en bas sur le trottoir en fumant une cigarette. Ça faisait peut-être 10 minutes que j’y étais lorsque j’ai vu le Doc virer le coin avec son comparse. Le temps de faire les présentations, lui expliquer la situation et finir nos cigarettes, on entreprend l’ascension des 6 volées de marches qui nous mènera à l’Underworld, 3 étages plus haut. J’ai toujours aimé ce petit paradoxe. Une fois de retour dans la salle, le Doc patiente à l’entrée pendant que je me mets en quête de Eddy qui, cette fois se trouve à la table de marchandise de Hollow. Tout avenant comme à l’accoutumée à l’écoute de mon exposé de la situation, il me précède à l’entrée et fait admettre le Doc pendant que les premières notes du début du spectacle retentissent du fond de la salle.

Dr. Light: Les musiciens de Black Empire sont efficaces et rendent un black metal constant, fidèle aux racines de ce sous-genre. Des mélodies lourdes et agressives, des riffs de guitares et de basse à la fois simples et rapides, peut-être un peu redondants par moment. Mais c’est caractéristique de Black Empire et leur son est constant du début à la fin, avec quelques petites variantes ici et là, dont un solo assez brutal qui arrive à la suite d’une petite pause presque silencieuse. Leur présence sur scène est un peu timide, pas très mouvementée, mais somme toute très correcte même si quelques permutations auraient ajouter à l’aspect visuel. À noter la meute de photographes en herbe qui ont pratiquement monopolisé le devant de la scène durant l’intégralité de la prestation de Black Empire. Je n’avais jamais vu cela pour une première partie dans une aussi petite salle! Qu’en penses-tu Lex?

Lex: J’ai constaté en les voyant sur scène que je les avais déjà vu la dernière fois qu’ils sont venus à Montréal, en 1ère partie de Eclipse Eternal aux Katacombes. Je savais donc à quoi m’attendre côté black metal old school mais la fois précédente, ils n’étaient que 3 alors qu’un 2ème guitariste, Zhorgh, prend place sur scène pour cette prestation. Donc côté musical, Black Empire nous ont effectivement servi une attaque directe et brutale qui ne fait pas dans le fla-fla et le klin-klin. Des riffs straightforward parsemés de quelques solos ici et là, maintenant un atout de plus avec l’ajout d’une seconde guitare. Et un drummeur qui varge sa vie avec une technique que lui seul connait. Les gars se sont plantés dans notre face, ont fait ce qu’ils avaient à faire avec juste ce qu’il faut de contact avec la foule puis on s’est rendu compte que leur demi-heure était écoulée. C’est drôle pareil que même si ça l’a un côté répétitif, le temps passe vite quand même parce que ça l’a aussi ce petit côté hypnotique. (Le Doc approuve!)

Dr. Light: Au premier entracte, nous allons nous ressourcer en houblon et en tabac question d’être prêts pour la suite. Et ça fait aussi du bien d’aller prendre l’air lorsqu’il fait 0 degré Celsius en plein mois de février… À noter que jusqu’à maintenant, la nostalgie et l’agrément sont au rendez-vous pour mon comparse: il a adoré la prestation de Black Empire! C’était, pour reprendre ses propres mots, « exactement ce qu’il avait besoin d’entendre ».

Retour à l’intérieur et Daedalean Complex mettent leur matériel en place sans perdre une seconde. La transition s’est fait relativement rapidement et la deuxième prestation peut donc commencer. Mise en scène assez inattendue: le batteur arrive sur scène en laisse, traîné par une dominatrice qui asperge les gens de lumière avec un spot light. La belle est casquée d’un masque à gaz, ce qui contraste originalement avec sa silhouette et son habillement moulant qui invite à la volupté. Je n’ai pas capté cela sur caméra question de vous teaser un peu… Côté musical, parce qu’il ne faut pas oublier que malgré ce coup de théâtre, il y a un groupe de musique qui nous exécute une prestation musicale, Daedalean Complex nous jouent un black metal assez différent de Black Empire. C’est beaucoup, beaucoup plus progressif. Cela sans compter les nombreux passages où il y avait littéralement de la musique electro/techno/trance pour introduire des morceaux ou encore créer des interludes originaux. Les samplings sont d’ailleurs présents tout au long de leur performance, question de pallier à l’absence d’un claviériste, denrée plus rare dans le monde du metal. Peut-être aussi est-ce délibéré… Lex, es-tu au courant?

Lex: Daedalean Complex était moins metal et plus goth mettons quand je les ai connus et les samplings ont toujours été importants surtout depuis que Daedalus a pris le vocal, évidemment puisqu’il fait les claviers en studio mais se concentre sur le vocal en spectacle. Pour ma part, j’ai toujours aimé leur style musical et j’apprécie leur nouvelle orientation un peu plus black qui me fait penser surtout à un groupe comme Kovenant dont l’album Animatronic figure parmi mes préférés.

Dr. Light: J’aime bien l’ensemble de leur set. C’est fidèle à ce que j’avais entendu d’eux et c’est très varié. Je ne sais cependant que penser de la belle qui reste sur scène tout au long de leur performance. Certes, l’idée de départ était intéressante, mais de là à danser langoureusement sur du black metal pendant 30 minutes, c’est un peu tiré par les cheveux… D’autant plus que ça peut détourner l’attention de plusieurs spectateurs masculins de la prestation musicale en elle-même.

Autre élément qui ne concerne pas directement le groupe: plus haut, j’ai parlé des nombreux photographes lors du set de Black Empire, eh bien cette fois c’était la folie parce qu’il y avait en outre deux caméramens « professionnels ». Je mets professionnels entre guillemets parce que, outre la qualité de leurs caméras (qui devaient valoir entre 2000 et 5000$), les caméramen ne tenaient pas du tout compte de leur environnement et se foutaient éperdument des gens autour. Je comprends bien le désir de tourner les meilleures images possibles, mais c’est aussi agréable de se respecter entre preneur d’images, non? Pour ma part, je me fais une règle d’or de ne pas cacher le champ de vision d’une autre caméra ou encore de tâcher d’échanger ma place question de pouvoir avoir le maximum de prises de vue. J’essaie aussi de ne pas filmer du début à la fin en étant à l’avant-scène. Mais qui suis-je pour juger ainsi, moi qui ne fais que des montages bénévolement et pour le plaisir…? Lex, t’es de mon avis ou bien je suis dans le champ?

Lex: Pour ce qui est de la demoiselle, eh bien il y a ce petit côté à la musique goth/industrial… Pour ce qui est des caméramen, il y en avait qui étaient particulièrement irrespectueux et je trouve ça platte. C’est pour ça que les gros shows, ils doivent s’enlever dans les jambes après 3 tounes. Y’a un public qui veut voir le show. Faut croire que ce n’est pas une idée qui leur vient naturellement.

Dr. Light : Toujours est-il que j’ai bien hâte de voir leurs images cependant, pour apprécier la qualité que ces engins hors de prix (en ce qui me concerne) peuvent permettre de donner comme résultats. De toute manière, même si j’avais les moyens de me payer ce genre de trucs, pas sûr que j’amènerais cela dans un show metal où tout peut arriver à tout moment, surtout en première rangée.

Pour en revenir et terminer sur mon appréciation de Daedalean Complex, je puis dire que j’ai fortement apprécié la diversité de leur set et leur côté progressif électro.

Lex: D’accord avec toi là-dessus aussi que Daedalean Complex valent la peine d’être découverts, ne serait-ce que parce qu’ils offrent une musique différente à ce qui se fait généralement ici. Allez écouter leur nouvel album, Rise of Icarus. Et surtout parce qu’ils ont une présence scénique qui, même sans une demoiselle, est solide. Daedalus s’est même permis quelques incursions dans la foule. Mention plus qu’honorable à leur guitariste de remplacement, Fred Bédard, qui n’était toutefois pas en terrain inconnu étant le producteur dudit album. Juste comme ça, je lui aurais imaginé un maquillage pour la tournée. Je trouve toujours que ça fait « Little League » de l’aréna du coin quand il y en a un qui n’a pas le même uniforme que le reste de l’équipe. Bon, les délais n’ont peut-être pas laissé le temps d’y penser ou peut-être était-ce une volonté commune de ne pas faire plus d’efforts pour une meilleure intégration étant donné que la situation n’est que temporaire. N’empêche… Je suis un peu vieux jeu là-dessus et je crois que le look d’un groupe l’emporte. Qu’auraient pensé les fans de GWAR si le remplaçant était monté sur scène non déguisé!!!? Enfin, certains argumenteront que ça n’a rien changé à la prestation, que Fred torche même sans maquillage. Je répondrai que oui c’est vrai mais je n’écoutais pas un cd, je regardais un spectacle.

Dr. Light: Deuxième entracte. Clope. Bière. Troisième groupe: Obscursis Romancia. En ce qui me concerne et ça n’enlève absolument rien aux trois autres groupes, c’est la pièce de résistance. Il faut dire que j’ai un faible pour les claviéristes qui torchent live. Leur son puissant et mélodique est tout simplement époustouflant. Malgré quelques petits problèmes techniques aux drums, c’est une prestation assez impeccable en même temps qu’incroyable que nous ont servi Obscursis Romancia. D’ailleurs, pendant cette intermède imprévu, Fred, le lead guitariste, s’est permis un petit solo spontané que j’ai croqué sur le vif en images. Ah oui, je ne vous ai pas dit qu’il y a un montage vidéo de la soirée à la fin du texte.

Les musiciens sont en délire total pendant leur performance et la foule idem. Un dynamisme exemplaire malgré le niveau technique relevé de chacun de leurs morceaux. J’en suis encore et toujours flabbergasté. Lex, t’as quelque chose à ajouter?

Lex: Finalement, je ne fais que t’approuver depuis le début et je poursuivrai dans la même veine car Obscurcis Romancia font partie de ces groupes qui m’ont accroché à un moment donné parce qu’ils faisaient, ici en terre québécoise, une musique que j’avais déjà connue via des groupes internationaux; dans leur cas, Cradle of Filth et Dimmu Borgir. La présence de Pascal aux claviers est définitivement un must dans ce groupe tant sa présence est captivante. Pas que les autres en donnent pas parce que c’est un groupe de vétérans dynamiques sur scène qui savent donner un spectacle -je resouligne le solo improvisé de Fred– mais il n’y a pas de doute qu’il y a du délire aux claviers. C’est aussi pour eux que le délire s’est installé dans la fosse et ça l’a été le vrai début des hostilités pour la foule qui était quand même assez statique jusqu’à présent.

J’appréciais aussi que la majorité de leurs pièces étaient en français sur leur éponyme de 2002. D’ailleurs, l’annonce par Francis, leur chanteur, qu’ils allaient nous jouer La sombre mélodie du barde noir, un incontournable à mon avis, me fait toujours plaisir tout comme ce fut le cas lors de leurs 2 autres spectacles auxquels j’ai assisté dernièrement, dont celui où le Doc les avait découvert en ma compagnie aux Foufounes Électriques.

Dr. Light: Troisième et dernier entracte. Fumer. Boire. De retour à l’avant-scène pour le début du set de Hollow, headliner de la soirée. Je suis toujours impressionné par les détails du maquillage des musiciens qui ne se limite pas au visage mais qui inclut le haut du corps au complet. C’est une œuvre d’art en soi au plan visuel. Au plan musical, Hollow poursuit dans la même veine que Obscursis Romancia excepté qu’il n’y a pas de claviériste ni de deuxième guitariste, ce qui n’enlève absolument rien à l’intensité et à la virtuosité de leur performance. À un certain moment, Eddy (Snow, le bassiste) se permet même une passe à la Michael Angelo Batio sur son manche (en alternant les accords de chaque côté du manche… regardez la vidéo vous allez comprendre, c’est à 28min:39sec.). Il faut dire que de plus en plus de guitaristes font ce mouvement aujourd’hui, mais de voir un bassiste s’exécuter, ça surprend et c’est beau à voir. Comme pour Daedalean Complex, des samplings servent en guise d’ambiance et de clavier. Autre élément commun à ces derniers, quelques clean vocals sont saupoudrés ici et là dans une sauce plutôt agressive et gutturale. Je suis amplement satisfait de l’ensemble. Et toi Lex?

Lex: Hollow, c’est de la bombe visuelle, c’est sûr. Félicitations à Bob « Skelton » Tremblay qui exécutait ces oeuvres d’art dans le tour camper de Hollow stationné sous l’Underworld (paradox again!!), compresseur installé dans la remorque arrière. Que d’organisations!! Je leur lève mon chapeau… euh, ma tuque!! Côté performance, c’est surtout entendre les cleans de Mott que j’attendais. Il y a 2 pièces où ceux-ci sont particulièrement présents sur leur nouvel album, Mordrake, à paraître en 2014 dont Snow, bassiste, m’a fait parvenir les pièces. J’étais donc à l’affût de ces pièces pour pouvoir comparer. Il possède une belle voix sur l’album et j’avais peur qu’elle soit trop arrangée mais non, je dois dire bravo à Mott car le gars sait chanter. Pour le reste, personne ne niera le talent indéniable de Cadaver à la guitare. Je trouve qu’il est peut-être un peu trop souvent en solos et riffs techniques mais de toute façon, c’est ce qui fait la particularité de leur musique dont la backtrack d’arrangements de claviers complète l’ensemble. Une performance qui montre encore une fois qu’ils sont eux aussi parmi les fortes présences de la scène québécoise.

On a eu une soirée qui tombait bien sous le thème de l’Alliance Infernale avec 4 groupes qui touchaient le black metal à leur façon: de pur et dur à la Black Empire au plus goth avec Daedalean Complex en passant par ses côtés symphoniques à la Obscurcis Romancia pour terminer par une attaque des putréfiés de Hollow et leur black deathisé symphonique. Une soirée où les yeux autant que les oreilles -et aussi l’estomac- en ont eu tout leur soûl.

En terminant, un merci spécial à Eddy de Hollow et Fred de Obscurcis Romancia qui nous ont permis d’avoir les accès et aussi un gros merci à tous les musiciens de chacun des groupes de cette soirée qui fut mémorable et agréable à bien des égards.

Dr Light et Lex