« The Rose Coil »
(2013)
The Path Less Travelled Records
Liste des pièces
Tři Tváře
Tři Závěti
Carnassial
Secrets In The Soil
Pride In Descent
Chest Of Light
Clandestine Fractures
A Perfect Suicide»
His Crimson Painting
…Of All Eyes
The Battle Of Chamdo [Gorguts Cover]
Caress Of Vines [Orgone Cover]
Originaire de Belfast dans la province britannique de l’Ulster (Irlande du Nord), mais maintenant déménagé à Londres, le jeune projet de Black/Death Metal Progressif nommé Patrons of the Rotting Gate nous surprenait en septembre dernier avec son premier effort complet nommé The Rose Coil. Le duo formé en 2013 par Andrew « Manshrew » Millar (vocal, guitares, basse, batterie claviers) et Adam Irwin (guitares additionnelles) nous démontrait ainsi son sérieux et son éthique de travail élevée en nous offrant aussi rapidement un opus de trois quarts d’heure de matériel original couplé à deux reprises de groupes l’ayant influencé, soit Gorguts et Orgone. Devant une sortie aussi rapide d’autant de matériel, le mélomane sceptique est en droit de se questionner sur la qualité du produit livré, d’autant plus que l’épithète « progressif » attribuée à la musique dudit duo suggère complexité et élaboration. Toutefois, dès la première écoute, ledit auditeur sera inévitablement rassuré par la qualité des pièces présentées, mais sera peut-être un peu déçu du côté de l’originalité et de l’absence d’éléments accrocheurs dans la musique présentée sur cet album.
Effectivement, dès l’introduction intitulée Tři Tváře, vos oreilles seront conviées dans un univers sombre aux textures atmosphériques superbement appliquées par des notes de piano surplombées par une nappe de guitare en trémolo s’accentuant dans un crescendo hautement efficace. Puis, la pièce Tři Závěti commence dans un déchaînement de pédales doubles sur une grosse caisse au son percutant et des motifs de guitare dissonante rappelant immédiatement Gorguts de par leur pesanteur et leur rythmique caractéristique. Aussitôt, une première précision s’impose: même si le groupe présente sa musique sous le nom de Black Metal progressif, celle-ci est largement dominée par des influences de Death Metal progressif/technique, d’abord et avant tout du groupe québécois précédemment nommé, auxquelles le duo a infusé des éléments de Black Metal. Ainsi, le groupe juxtaposera à ses compositions quelques motifs à saveur Black ici et là, des voix qui alternent entre un guttural très inspiré de celui de Luc Lemay et des hurlements plus aigus et un côté atmosphérique assez élaboré nous entraînant dans un univers cauchemardesque. Il ressortira donc de l’ensemble de l’album, une musique élaborée, complexe et un côté atmosphérique très satisfaisant pour les amateurs de noirceur. Pour terminer sur les aspects positifs de l’album, j’aimerais noter la magnifique illustration de la pochette réalisée par Andrew « Manshrew » Millar qui représente la fameuse porte pourrie derrière laquelle on peut apercevoir la silhouette de l’innommable et qui représente très bien la musique du groupe avec des teintes vives et complexes.
La production, œuvre de Andrew « Manshrew » Millar, est généralement plutôt réussie quoiqu’un excès de saturation dans les basses fréquences la rende parfois un brin confuse et frôlant dangereusement le clipping. De plus, le vocal est parfois un peu trop en retrait ce qui le rend difficile à discerner dans la masse sonore formée par la basse omniprésente, les motifs de guitare saturés et les claviers atmosphériques. De plus, l’influence très forte, pour ne pas dire omniprésente de Gorguts fait parfois en sorte qu’on aura l’impression d’écouter un autre album de cette formation, plutôt que celui d’un nouveau groupe. Effectivement, Patrons of the Rotting Gate semble se livrer ici à un exercice de style en répliquant les patrons (jeu de mots facile) rythmiques particuliers inspirés du Jazz, les motifs dissonants et l’atmosphère particulière développée par ces pionniers du Death Metal progressif. Cela est tellement évident, que lorsque le groupe entame sa reprise de Gorguts, la pièce The Battle of Chamdo de l’album Colored Sands (2013) que le duo de Londres a transformé d’une pièce instrumentale et orchestrale en Death Metal instrumental, celle-ci se fond totalement dans le reste de l’album. Le groupe s’est donc efficacement approprié le style de Gorguts en ajoutant un peu d’éléments Black Metal, ce qui aura le double effet, d’en rendre le contenu intéressant comme exercice de style, mais de lui enlever beaucoup de fraîcheur du point de vue de l’originalité. Enfin, on notera un certain manque d’éléments accrocheurs dans les compositions du groupe qui s’imbriquent les unes aux autres sans grande différenciation ce qui rendra les premières écoutes un peu monotones. En effet, l’auditeur aura l’impression que rien ne lui restera imprimé dans la tête à la fin de l’album et devra le réécouter à plusieurs reprises avant de commencer à en retenir certains éléments particuliers et encore là il lui sera difficile de différencier les pièces les unes des autres. Ce sera donc un opus très difficile à apprivoiser.
En conclusion, le premier album de Patrons of the Rotting Gate présente un contenu complexe et élaboré qui pose cependant une énigme au point de vue de l’auditoire visé. En effet, avec une musique presque dépourvue d’éléments accrocheurs et qui ressemble à un exercice de style visant à émuler la musique de Gorguts en ajoutant quelques pelletées de noirceur, on peut se demander qui sera intéressé à écouter l’album de ce duo autrement que par simple curiosité. Autrement, le duo démontre de belles qualités du point de vue du talent musical en ayant conçu des pièces très complexes aux atmosphères sombres réussies, avec une production moderne généralement très bien réalisée, hormis les quelques réserves exprimées plus haut. Heureusement, la formation est récente et aura le temps de travailler sur un second opus qui lui permettra de se différencier de ses maîtres et de trouver des façons d’accrocher l’oreille de ses auditeurs.
Pièces favorites : Tři Závěti et A Perfect Suicide
6,5/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





