On ne se fera pas de cachette… Cette escapade est principalement consacrée à Children Of Bodom (COB), qui débute leur tournée nord-américaine Halo of Blood question de faire la promotion de leur plus récent opus. Ils sont accompagnés de Tyr et Death Angel qui effectuent la première partie. Le premier spectacle officiel de la tournée était dans la ville de Québec, pas plus tard qu’hier (14 février) quoique Death Angel et Tyr avait joué au Mavericks à Ottawa le 13. Ce soir, c’est au Métropolis de Montréal que ça se passe, une présentation de BCI, et j’ai bien hâte de voir et d’entendre une performance de COB comme headliner, la dernière fois remontant à un certain nombre d’années, 2008 peut-être, mais je ne suis pas certain.

Nous sommes en après-midi et je me dirige vers le Steve’s Music Store situé sur la rue St-Antoine. Vous aurez compris que j’ai décidé d’aller à la séance d’autographes de Alexi Laiho, Henkka Blacksmith et Roope Latvala, respectivement lead guitariste/chanteur, bassiste et rythm guitariste. Je dois dire d’emblée que j’y allais davantage dans la perspective de rencontrer les membres du groupe plutôt que pour aller chercher une signature. Je ne suis pas fan de ce phénomène qu’on appelle parfois idolâtrie qui transforme un être humain en figure divine toute puissante. Certes, avoir la signature de Jim Morrisson aujourd’hui sur un de mes vinyles de The Doors pourrait peut-être me servir à raconter une belle anecdote. Cela pourrait même valoir quelques dizaines de dollars… Mais quand même…

La meilleure manière que j’ai de m’expliquer cette folie (parce qu’il y avait tout de même pas loin de 150-200 personnes qui attendaient patiemment, dehors, en hiver) est que c’est un acte juvénile tout à fait normal. N’importe quel ado a besoin de placer un autre adulte que ses parents sur un piédestal pour commencer sainement à s’émanciper d’eux; or, quand cette adoration se poursuit à l’âge adulte et qu’on voudrait que la vedette adulée soit notre propre parent, il y a peut-être stagnation au niveau de la maturation psychologique. Curieusement, l’endroit où je me trouve dans la file d’attente confirme mes pensées car justement, le mec derrière moi affirme à ses comparses qu’il préférerait que Alexi Laiho soit son père. Un de ses amis lui répond que pour sa part, non, il préfère son vrai père à lui. En tous les cas, cela représente un peu le sentiment mitigé que j’ai de me retrouver parmi cette mer d’éternels adolescents venus faire autographiés des pièces qui deviendront « de collection ».

 

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En ce qui me concerne, j’ai choisi deux feuillets d’album (je n’étais tout de même pas pour ne rien faire signer à une séance de signatures…!) minutieusement: celui de Something Wild (premier album) et Are You Dead Yet (premier album avec Roope au rythm). Je m’étais dit qu’avec la photo de COB qu’il y a dans Something Wild, je leur donnerais amicalement un petit coup de vieux. Jugez par vous-mêmes…

 

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C’est donc après environ une demi-heure d’attente que je peux finalement entrer à l’intérieur du Steve’s Music pour… attendre encore. Moins longtemps cette fois, seulement une dizaine de minutes. J’ai trouvé l’ambiance particulièrement mercantile. Gardes de sécurité stoïques, organisateurs stressés et musiciens l’air hagard, à l’exception de quelques sourires ici et là.

Quand je suis finalement arrivé à la table de signatures, je me suis présenté et ai donné une carte de Ondes Chocs à Henkka en spécifiant que j’allais faire une revue écrite de leur spectacle de ce soir. J’ai ajouté que j’aurais bien aimé pouvoir les interviewer et prendre quelques bières mais que, faute d’autorisation, je devrai me résigner à un prochain spectacle. À ce moment précis, j’ai aussi mentionné que je ne doutais pas qu’il reviendrait à Montréal puisque ce soir, il s’agirait de leur 13e prestation en sol montréalais si mes calculs sont exacts. Alexi et Henkka n’ont pas eu l’air particulièrement surpris ou enchanté par ce fait quand même spécial (ils viennent presque une fois par année depuis leur premier show en 2000). J’étais cependant loin de me douter que Henkka, le seul membre du quintette finnois à parler français, allait balancer à la foule entre leur 12e et 13e morceau que quelqu’un leur avait dit plus tôt dans la journée qu’ils en sont à leur 13e spectacle à Montréal. Wow! Ce petit clin d’œil a apaisé un petit quelque chose en moi qui durait depuis cet après-midi et qui était relié au fait que je ne me sentais pas tout à fait à l’aise avec le setting de la séance d’autographes, qui était, pour dire les choses franchement, passablement expéditif et impersonnel. En tout et partout, j’ai dû être en contact avec les musiciens pendant maximum 10-15 secondes.

C’est un phénomène somme toute normal dans les circonstances. On appelle ça une opération de marketing dans le jargon du business. C’est dans l’ordre des choses quand on veut qu’un produit continue de se vendre. Et force est d’avouer que COB sont rendus tout un produit. Comme je viens de le mentionner, je crois que c’est normal dans les circonstances. Lorsqu’ils avaient 20 ans en 1998, ils réalisaient leur rêve de rockstar et le simple fait de faire le tour du monde pour jouer de la musique était suffisamment exaltant pour ne guère se soucier du reste. Plus de 15 ans plus tard, les données sont différentes. Le rêve d’enfance est devenu une réalité professionnelle lourde de responsabilités. Le groupe de musique est devenu leur business et ils doivent la gérer du mieux qu’ils le peuvent pour avoir le moins de désagréments possible afin de perpétuer leur carrière. Cette citation tirée du livret de l’album Hate Crew Death Roll en dit long à ce propos : « Children Of Bodom would smash beer bottle on their heads: All the sorry ass cocksucking motherfuckers who have tried to mess with us in business or otherwise. Fuck You! You’re Better Off Dead… »

On sent l’amertume de certains événements qui ne se sont sans doute pas passés comme ils l’auraient souhaité. Ça fait partie des apprentissages. Bon, assez de bla bla sur la séance de signatures et sur les aléas de la vie d’adulte; je vous entretiens maintenant du spectacle auquel j’ai assisté ce soir, 15 février 2014.

Mon avance de 1h30 sur l’ouverture des portes fut bénéfique à deux égards. D’une part, j’ai pu prendre place sur la première rangée de la mezzanine, ce qui donne une vue en plongée incroyable sur l’ensemble de la scène en plus d’une qualité de son optimale ou presque. D’autre part, j’ai eu le plaisir de rencontrer et de m’entretenir avec Pat et Jess, métalleux venus de Beloeil pour assister à leur deuxième concert de COB (l’autre ayant été cet été au Heavy Mtl 2014). Les portes ouvrent à l’heure prévue, soit 18h30, et nous entrons finalement nous réchauffer à l’intérieur. J’attends patiemment le début du spectacle à 20h00 en sirotant une bière ou deux. Entre-temps, je suis allé porter le billet que j’avais gardé pour Chuck, un de mes amis de longue date, qui m’attendait à l’entrée.

 

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Les lumières se tamisent enfin et les musiciens de Tyr se mettent en place à 20h00 pile poil. La première chose qui frappe mon esprit lors des premières notes est la faiblesse du son. Il semble définitivement manquer de puissance et cela va perdurer jusqu’à la fin de leur prestation. Je ne sais pas si c’était voulu ou si cela est dû au fait que les groupes ne partagent pas le même matériel audio, mais il y avait une différence plus que considérable entre la puissance du son de Tyr et celle des deux autres groupes. Cela dit, leur performance fut tout de même exemplaire et le public était très réceptif. L’espace limité sur scène à cause des autres instruments n’a pas semblé incommoder les musiciens outre-mesure et ils éprouvaient un plaisir manifeste à jouer devant une foule aussi enthousiaste qui, dès les premiers riffs plus agressifs, a formé un joyeux moshpit.

Si je dois catégoriser la musique de Tyr, je la rangerais dans la section metal progressif et mélodique. Les cleans vocals du chanteur sont efficaces et envoûtants. À chaque morceau, les fans en redemandent et montrent une ferveur assez importante compte tenu que nous en sommes encore au premier groupe de la soirée. Leur style progressif réchauffe bien la salle et induit une atmosphère festive. Il y a une belle évolution sur le plan de l’agressivité entre leurs premières et leurs dernières pièces. Lors de l’annonce du morceau final, le public pousse des huées pour signifier qu’il en prendrait encore plus et cela plaît définitivement aux musiciens qui remercient le public en mentionnant qu’eux aussi aurait aimé disposer de plus de temps sur scène. À une prochaine fois!

Petit entracte d’une vingtaine de minutes, juste assez long pour faire tout ce qu’il y a à faire pendant un entracte (aller voir les tables de merch et acheter un petit quelque chose, fumer une cigarette à l’extérieur, se procurer une autre bière, etc.). De retour à mon siège, je me rends compte que mon ami s’entretient avec un gars arborant un chandail du club de hockey olympique finnois. C’était un Finlandais qui en était à sa première session d’études à Montréal et il était bien content de pouvoir apprécier de la musique de chez lui ici au Métropolis.

Soudainement, nous sommes plongés dans une noirceur totale qui se fait progressivement déchirer par des raies bleutées. Ça donne un effet visuel assez intéressant. Ayant assisté au show de Death Angel lors de leur tournée précédente à l’automne, je peux dire que je savais un peu à quoi m’attendre et c’est exactement ce qui s’est produit. Beaucoup, beaucoup d’énergie pour ce groupe de thrash metal qui perdure depuis maintenant plus de 20 ans. J’ai l’impression d’entendre du Metallica version death metal à certains égards. Certains morceaux sont plus typiquement thrash des années 80 et d’autres sonnent plus contemporain. C’est assez intéressant et surtout très puissant. Les headbangers sont plus nombreux et le moshpit beaucoup plus considérable, sans compter les nombreux bodysurfers.

Deux faits à noter qui ne concernent pas directement les groupes. Premièrement, le public semble unique en son genre. Je dis cela dans la mesure où je n’ai jamais vu un moshpit aussi uniforme, étendu et constant (ce sera encore plus évident lors de la prestation de COB). C’était beau à voir et d’en haut. Ça semblait particulièrement joyeux et pacifique. En second lieu, les gars qui faisaient la sécurité à l’avant-scène ont changé radicalement d’attitude entre leurs premières interventions et les suivantes. Je ne sais pas s’ils ont reçu une consigne différente à un moment particulier mais pour les premiers bodysurfers, l’expérience n’a pas semblé être agréable. Les bouncers rejetaient littéralement les bodysurfers dans la foule avec une violence hors du commun qui avaient pour conséquence ultime que la personne s’écrasait littéralement au sol entraînant avec elle les gens autour. Un ou deux morceaux plus tard, les bouncers font ce qu’ils sont censés faire, c’est-à-dire protéger les gens en les attrapant lorsqu’ils arrivent à l’avant-scène pour ensuite les déposer dans l’espace média afin qu’ils puissent rejoindre la foule à nouveau par les espaces latéraux de la salle.
Même si j’avais assisté à un show de thrash metal des 80s pas plus loin qu’il y a deux semaines avec l’hommage à Megadeth par Hangar of Deth, je n’étais pas saturé. Particulièrement lors des derniers morceaux de Death Angel, à partir du moment qu’ils ont annoncé jouer une chanson de leur premier album, Ultra Violence, j’ai headbangé automatiquement jusqu’à la fin de leur set. Je n’étais pas seul à être entraîné par la puissance de leur musique et de leurs mélodies parce que la foule était tout simplement endiablée! En moyenne 2 à 3 bodysurfers à la fois sans compter des circlepits qui se formaient tout à fait spontanément sans que le frontman n’ait à dire quoi que ce soit au public. Manifestement, les membres de Death Angel étaient très content de la réaction des fans et n’a cessé d’encenser Montréal pour le dévouement des adeptes de musique lourde. Entre deux morceaux, ils ont été jusqu’à dire qu’ils aimaient beaucoup venir jouer ici parce qu’ils trouvent que les fans vont voir les concerts pour les bonnes raisons, à savoir encourager la musique en tant qu’art. C’était le cas hier soir, les musiciens l’ont senti et c’était très agréable de voir et de feeler un tel public. (C’est différent par exemple quand on sent que parmi le public, plusieurs personnes ont des enjeux personnels d’égo, de pouvoir ou autre.)

Déjà le dernier entracte de la soirée, même routine habituelle et retour à mon siège. Définitivement, tout le monde semble apprécier la soirée si je me fie aux sourires et commentaires que les gens échangent entre eux. Je partage totalement leur avis! Il ne reste plus qu’à attendre que COB monte sur scène et évidemment, ils vont se laisser désirer pendant un certain nombre de minutes question de faire monter la tension positive d’un cran.

À 22h00 tapant, l’introduction (exhaustive) de Sixpounder commence, ce qui vivifie encore plus le public déjà enflammé. Ce choix de morceau pour ouvrir leur prestation est intéressant et poursuit dans la veine heavy que Death Angel avait déjà bien entamée. Les jeux de lumière sont exquis et bien faits et cela rajoute une belle touche esthétique à l’ensemble de la prestation. COB enchaîne immédiatement avec Living Dead Beat, classique morceau d’ouverture sur l’album Are You Dead Yet. Par la suite, Alexi salue le public et lui fait part de sa joie d’être de nouveau à Montréal. Sans perdre de temps, Bodom Beach Terror nous est balancée en pleine gueule et ça sonne comme une tonne de briques. Chacun de leur morceau a d’ailleurs sonné comme une tonne de briques ce soir. Définitivement, COB ont bien rodé ce show et ils étaient très bien préparés.

Le morceau qui suit Bodom Beach Terror est Halo of Blood, de l’album du même nom. Morceau qui marque et se démarque par des blastbeats comme on en n’entendait guère sur les derniers albums du groupe finnois. Ensuite, on reste sur le même album avec Scream for Silence, morceau qui rappelle à certains égards Every Time I Die de par ses mélodies et son rythme un peu plus lent. Après cette pièce, Laiho donne de l’amour verbal aux nombreux fans présents et bien qu’il s’assagisse avec le temps, il ne semble pas avoir moins de plaisir à jouer de la musique devant une foule dévouée et participative. Pendant ces paroles empreintes de générosité, Janne Warman (claviériste) nous entonne un petit air mélodique qui rappelle la toune cachée sur Something Wild, à la fin de Touch Like Angel of Death. Ou peut-être est-ce que je confonds avec l’introduction sur Tokyo Warhearts? Allez savoir… ma mémoire fait défaut!

Après ce petit partage d’amour, quoi de mieux que poursuivre avec la pièce Hate Crew Death Roll qui enflamme immédiatement la crowd et qui donne lieu au plus gros moshpit de la soirée. Lake Bodom et Follow The Reaper sont les deux pièces suivantes et il faut être drôlement insensible à ce point-ci pour ne pas être en transe… La transe terminée, on retourne à Halo of Blood avec probablement la pièce la plus dépressive et lente que COB a pu composer jusqu’à aujourd’hui: Dead Man’s Hand On You. Le clash avec le reste de leur répertoire est considérable. Je dois m’avouer encore mitigé face à cette pièce. Je me résigne à l’apprécier pour ce qu’elle est et à me dire qu’elle a sans doute sa raison d’être. Comme pour nous réveiller immédiatement après, COB nous interprète Are You Dead Yet? avec un aplomb certain. Tous les albums y sont passés à l’exception de deux: Hatebreeder et Blooddrunk. C’est donc au tour de la pièce Blooddrunk de se faire entendre. Les changements de guitares et les ajustements techniques ont fait en sorte qu’on retrouve exactement le son de chaque album, sans que nous soyons contraints d’attendre de façon déraisonnable. Je pense qu’il devait y avoir au minimum 6 guitares à « tuner » avant le début de leur performance…

Autre petit moment où le rythme ralentit avec la pièce Angels Don’t Kill. C’est après ce morceau que Henkka nous a entretenus de son amour pour Montréal dans un français plus que respectable. La chanson suivante me surprend car elle n’avait pas été jouée depuis belle lurette: Towards Dead End, chanson culte de l’album Hatebreeder qui a été éclipsée au cours des dernières années par Silent Night, Bodom Night. L’incontournable Hate Me suit et le spectacle se termine avec Downfall, ce qui est assez usuel dans un show de COB. Je m’attendais à ce que le rappel soit par conséquent Silent Night, Bodom Night mais j’ai été encore une fois surpris et c’était In Your Face. Effectivement, c’était dans ma face et ils ont donc choisi de ne pas jouer le morceau dont on peut affirmer sans trop se tromper qu’il a fait leur renommée internationale.

En somme, la performance de COB était solide à plusieurs égards. Musicalement et techniquement, j’ai vu des musiciens en pleine possession de leurs moyens. Contrairement à leurs débuts où ils pouvaient et se permettaient des erreurs flagrantes parce que ce qu’ils jouaient était nouveau pour tout le monde, ils ont trimé dur et peuvent maintenant rendre de façon pratiquement impeccable chacune de leur pièce, tout album confondu. C’est tout à leur honneur!

Petit merci spécial à Jess et Pat qui ont gardé ma place pendant les entractes, ce qui m’a permis de m’adonner à mon vice tabagique tout en étant assuré de conserver la place que j’avais méritée grâce à l’heure et demie d’attente au froid…

Dr Light