Cette escapade m’apparaît quelque peu différente des autres dans la mesure où c’est le début du concours En route vers Heavy Mtl 2014. Cela veut donc dire que l’ordre des groupes a été déterminé au hasard et non pas en fonction d’un headliner en particulier. Par conséquent, le niveau technique et/ou musical n’ira pas nécessairement en s’améliorant au fur et à mesure que la soirée progresse. De toute manière, avec du recul, je peux dire que je n’aurais certainement pas apprécié être dans la peau d’un des juges de cette soirée, tellement le niveau m’apparaissait équivalent chez chacun des groupes en compétition ce soir. Dans l’ordre de passation: The Unconscious Mind, Valfreya, Karkaos et Your Last Wish.

 

1475940_565952103492430_1930918374_n

 

Je connaissais les trois premiers pour les avoir vus à plus d’une reprise en spectacle. Your Last Wish m’était tout à fait inconnu, si ce n’est que je les confondais avec Wishmaster, le groupe hommage à Nightwish (« Shame on you! » penseront certains, mais j’assume totalement mes déficiences sporadiques). Cela dit, je m’attendais à une soirée très relevée en matière de talent.

J’arrive aux environs de 20h30 à la Coop Katacombes, coin St-Laurent – Ontario. Un public considérable est déjà sur les lieux et je dois me résigner à rester debout si je souhaite prendre des images convenables des différentes prestations de ce soir. Au final, certaines images sont définitivement meilleures que d’autres et sur le plan audio, même chose. My bad!

Compte tenu d’un petit retard sur l’horaire prévu, j’en profite pour aller converser avec Alain de Québec-Métal. Nous échangeons sur le spectacle qu’il a organisé la veille, sur nos attentes et impressions en vue de ce soir et sur nos projets respectifs futurs. Le temps de cette jasette, Michelle Ayoub de Dungeon Works Productions et surtout animatrice de cette soirée monte sur scène en même temps que The Unconscious Mind.

Une fois les explications usuelles concernant le concours faites, l’opener de la soirée se met en branle. Le premier mot qui me vient à l’esprit est « efficace ». Difficile de reprocher quoi que ce soit sur le plan technique à ce groupe tellement il est tight. C’est d’ailleurs le commentaire qui est revenu le plus souvent dans la bouche des juges, en particulier au sujet du batteur, véritable métronome sur deux pattes. Leur metal aux accents black, death et à la limite prog nous brutalisent les oreilles d’une manière plus qu’agréable. La barre est haute pour les groupes qui vont suivre, me dis-je intérieurement. Le bassiste gaucher est impeccable et talentueux. Dans les faits, chaque musicien est assez incroyable… Le seul bémol à dire de leur performance, ce qu’un juge a gentiment souligné, est leur choix de dernier morceau. Ce n’était pas la pièce la plus accrocheuse, probablement due à sa longueur. Pour le reste, absolument rien à redire.

Il est intéressant de noter que comparativement à d’autres concours auxquels j’ai pu assister, les juges sont plutôt positifs et constructifs dans leurs commentaires. Il n’est pas rare de voir des juges qui s’en donnent à cœur joie sur l’artiste comme pour canaliser d’une mauvaise façon une frustration ou une insatisfaction personnelle… mais je puis dire que ce soir ce n’est définitivement pas le cas.

Premier entracte et j’en profite pour aller me goudronner les poumons à l’extérieur en même temps que pour apprécier l’indicible beauté des flocons de neige qui tombent doucement. À mon retour à l’intérieur, le changement de set met un certain temps, notamment dû au fait que Valfreya ont un total de huit musiciens pour leur prestation. La collaboration usuelle de Phil Langelier au chant qui incarne Odin et l’ajout de Philippe Mius D’Entremont au « violoncelle électrique » (je ne sais comment nommer cet instrument atypique) complètent le sextette de base. L’introduction débute finalement avec ce violoncelle électrique, le drummer et un récit épique de la part de Crook (la chanteuse). Les autres musiciens montent ensuite sur la trop petite scène pour autant de musiciens. Malgré tout, ils ont été capables de ne pas trop se marcher sur les pieds, ce qui relève de l’exploit compte tenu d’une scène aussi exiguë.

Fidèles à leur habitude, Valfreya nous interprètent son viking/folk metal avec une assurance exemplaire. Le solo de drum en guise d’introduction à leur troisième pièce m’était déjà connu, mais il est toujours surprenant et efficace pour une personne qui les voit pour la première fois. Seul point négatif: l’éclairage manque lors de ce solo (et lors de quelques autres segments aussi). Je crois que c’est de façon délibérée que le tout se déroule dans la pénombre mais c’est toujours bien agréable de voir chaque mouvement dans un solo, non? Autre élément épique dans ce morceau: le fait que le bassiste et un guitariste s’échangent leurs manches respectifs question d’en mettre plein la vue (je sais que ça fait drôle dit comme ça, mais vous comprendrez en regardant la vidéo).  Bref, les pièces s’enchaînent dignement et je dois avouer qu’avec juste deux groupes, la détermination d’un gagnant m’apparaît déjà difficile. Si une erreur flagrante avait eu lieu au cours des deux premières performances, j’aurais pu dire le contraire, or, c’était loin d’être le cas à l’exception d’un petit problème technique dans la prestation de Valfreya.

Crook semble en pleine forme et je dois avouer que je suis assez d’accord avec le commentaire d’un des juges qui a affirmé qu’elle aurait intérêt à chanter davantage puisqu’elle possède une très belle voix. Bien qu’effectivement ses screams et ses growls ne soient pas à critiquer en eux-mêmes, sa puissante voix claire semble n’être pas assez présente. Leur prestation s’est terminée avec leur traditionnel epic wall of death, au cours duquel Valfreya distribue des épées en mousse afin que les guerriers présents devant la scène puissent s’en donner à cœur joie sur leurs congénères.

Au deuxième entracte, je m’entretiens avec Odin, aka Phil Langelier qui me parle notamment du nouvel album de Bookakee, Whorrific, qui s’est attiré un bon lot de critiques favorables. Mea culpa, lui dis-je, n’ayant moi-même pas encore écouté leur nouvel opus. Nous discutons aussi un peu chant, nos préférences relativement à ce qui devrait ou ne devrait pas être mis de l’avant dans une performance, que ce soit sur enregistrement ou encore live. Échange fort intéressant. Danke schön Odin!

J’entends les premières notes de l’introduction de Karkaos et je me dirige donc furtivement à l’intérieur pour capter l’entièreté de leur performance. Je dois avouer que pour les avoir vu minimum cinq fois, j’étais un peu fébrile. Pourquoi? Parce que j’ai l’impression que leurs différentes prestations étaient parfois inégales. Parfois pour des problèmes techniques, d’autres fois pour des erreurs d’interprétation. Rien de trop flagrant cependant et généralement, le public est toujours amplement satisfait. Leur performance de ce soir a été une des plus solides que j’ai pu voir d’eux. Leur metal mélodique fait un peu plus mainstream que les deux groupes précédents, mais pas tant que ça. De toute manière, dans ce genre de concours, c’est tout à leur avantage. Ils nous ont joué quelques nouveaux morceaux de leur futur album à sortir: Empire. Leur lancement sera au Petit Campus sur la rue Prince-Arthur, le 7 mars prochain. Avis aux intéressés.

Si je reviens à leur performance, je peux dire que Veronica, la chanteuse, semblait en pleine forme malgré les petits problèmes apparents au niveau de ses oreillettes/moniteurs. L’ajout de Eddy à la basse, membre aussi du groupe Hollow entre autres, est définitivement un must. Il a une belle énergie et un talent remarquable. Les musiciens semblent avoir du plaisir à jouer ensemble et ça ajoute nécessairement à leur performance globale. Je me permets ici d’adresser la même critique qu’à Crook de Valfreya, à savoir que la beauté de la voix claire de Veronica mériterait d’être entendue plus souvent à l’intérieur des différentes pièces. Une fois leur prestation terminée, si je me fie aux commentaires des juges, il se pourrait fort bien que Karkaos remporte la victoire ce soir. Les commentaires ont été des plus élogieux, notamment un juge qui a mentionné très bien voir ce groupe jouant sur une plus grande scène devant des milliers de personnes.

Au troisième entracte, j’aperçois Lex Ivian dehors et en profite pour le saluer et entamer la conversation avec lui. J’ai appris à ce moment qu’il était un fan fini de… curling et revenait à peine d’une soirée à l’aréna Maurice-Richard où se déroulait le Tournoi des Coeurs Scotts, championnat canadien de curling! Je dois avouer que je peux comprendre un peu pour en avoir écouté beaucoup à la télévision durant mon enfance. Allez savoir pourquoi… Il doit y avoir un certain lien avec le metal car les joueurs/joueuses de curling en arrivent toujours à faire des screams durant leur performance et un des mots qui revient souvent est « Hard! ». Avouez que c’est assez agressif! Il suffit d’oublier qu’ils crient cela parce qu’ils s’encouragent mutuellement à balayer une surface glacée le plus rapidement possible pour loger des roches dans une maison au centre de laquelle se trouve le bouton… Lex… CURLING!!!

Dernier groupe et non le moindre: Your Last Wish. Je les découvre avec un étonnement qui me surprend moi-même. J’étais loin de m’attendre à une brutalité aussi intense. La frontwoman est énergique à souhait et les autres musiciens la complètent d’une façon exemplaire. Le soliste à la guitare est assez impressionnant avec sa guitare à huit cordes qu’il manie tel un samouraï son épée. Leurs compositions sont solides et agressives et je n’ai rien à redire. J’ai headbangé tout au long de leur set, sans jamais sentir ici ou là une certaine forme d’ennui. C’était du bonbon pour les yeux et les oreilles. Dans leur avant-dernier morceau, les deux guitaristes nous montrent leur virtuosité en effectuant un solo à deux (devrais-je dire duo même s’ils jouent une partition identique?). À ce point-ci de la soirée, c’était clair que je n’aurais pas voulu être juge car j’aurais donné la victoire à chacun des groupes pour des raisons différentes mais complémentaires.

L’attente se fait assez longue avant l’annonce du gagnant et le public s’impatiente un tantinet, sans pour autant être désagréable. Finalement, Michelle Ayoub monte sur scène et nous sentons bien que le grand moment se prépare… Elle nous mentionne d’entrée de jeu que les votes du public ont aidé la sélection du gagnant et que malgré cela, la compétition a été particulièrement serrée. Somme toute, mon intuition relativement aux commentaires des juges à la suite de la performance de Karkaos était exacte: ils sont vainqueurs pour cette première soirée du En route vers Heavy Mtl 2014 et se retrouveront donc à la demi-finale quelque part au mois de mai.

Je vous laisse avec la vidéo de cette soirée mémorable qui sans l’ombre d’un doute, a fixé la barre très haute pour tous les autres groupes à venir dans ce concours. Remerciements à Dungeon Works Productions (Nick et Michelle) et Evenko pour l’accès et la tenue de l’événement.

Dr Light