Alcest-Shelter

 

Alcest

« Shelter »

Prophecy Productions

2014

 

D’entrée de jeu, je dois dire que je n’arrivais pas à me décider à savoir si j’allais écrire un truc ou non sur le petit dernier de Alcest. De prime abord, j’avoue, qu’aux premières lueurs, j’ai été agréablement surpris et je dois dire que je m’attendais à bien pire. Sachant que la totalité des éléments qui nous laissaient encore la possibilité d’associer ce groupe à un quelconque genre ou sous-genre de metal avait volontairement été retirée de la structure musicale de Alcest, je m’attendais à quelque chose d’absolument désastreux et, d’un ennui mortel. Or, ce ne fut pas tout à fait le cas, mais je reviendrai plus loin sur ce sujet.

Mais si le metal a été soustrait à l’univers Alcestien, à quoi doit-on s’attendre, alors? À un album de post-rock? De shoegaze? À un nouveau Alcest complètement revivifié? Eh bien, après plusieurs écoutes et après réflexion, j’en suis venu à la banale conclusion que c’est un peu tout ça et en même temps, non. Aussi plate que cela puisse l’être comme commentaire, Shelter est un album de Alcest comme tous les autres. Les éléments d’une musique metal en moins. Il ne reste que le côté fleuri et rêveur avec, en plus, un énorme côté pop. Très pop. Une sorte de dreamgaze très rose bonbon et excessivement accessible à la masse.

Mais attention, je ne dis pas que c’est mauvais pour autant, non. Simplement qu’il faille peut-être se dire que ce duo avait envie d’aller voir ailleurs et que les années où Alcest dominaient la scène post-black sont bel et bien terminé. Ou, encore, que Alcest en est exactement là où Stéphane (Neige) Paut le voulait au départ. Quoiqu’il en soit, on ne peut regarder Shelter avec une optique métallique et, pour se la jouer franc-jeu, on ne peut se permettre son écoute et sa critique avec des attentes de la sorte. Ce serait de la triche et de la mauvaise foi. Pour apprécier Shelter, il faut faire abstraction du passé et juger avec un regard neuf.

Alors voilà, ceci étant dit, faute est d’avouer qu’après si peu de temps (je n’ai même pas reçu ma version physique encore), je m’en suis déjà lassé. Et croyez-moi, ce n’est pas parce que je ne suis pas un amateur de ce type de musique. D’ordinaire, j’apprécie la musique comme celle qui nous est offerte sur Shelter. J’aime le shoegaze rêveur, le post-rock, la musique ambiante et je n’ai aucun problème à dire que je suis un grand admirateur de Cold Play, Radiohead, Placebo et que, récemment, je tends à redécouvrir les Smashing Pumkins. Or, en ce qui me concerne et contrairement à plusieurs albums des groupes ci-haut mentionnés, Shelter est vite tombé à plat. Comme je mentionnais en introduction, aux premières écoutes, j’ai d’abord été surpris et enthousiaste face à ce disque de huit titres, mais aussitôt l’engouement évaporé, ce sentiment a vite été remplacé par de l’ennui et du désintérêt.

Les mélodies de Shelter s’engouffrent dans une dynamique qui semble tourner en rond et la pâte ne lève tout simplement pas. Rien n’explose, il n’y a rien d’extravagant, il n’y a pas de moments où les frissons vous parcourent l’échine et c’est tout bonnement sans substance.

C’est dommage puisque, dans ce type de musique, je crois bien que ce sont ces petits instants de lumières aveuglantes que les amateurs recherchent. Ces petits instants où la grandeur des pièces apporte un caractère épique à l’album et vous donne le goût de réécouter la platine encore et encore. Sur Shelter, c’est blafard et très aplati et à la limite, ça manque d’inspiration. Donc, en plus du caractère métallique complètement absent, je n’arrive plus à trouver la nature romanesque de Alcest que j’appréciais tant.

Tout ça se confond dans une mouture pré-mâchée et, j’irais même jusqu’à avancer, formatée pour les radios commerciales. Bon, je vous l’accorde, je disais à l’instant de ne pas critiquer ce disque avec une opinion prenant encrage dans une sous-culture quelconque, mais tout de même, ici, à mon humble avis, on s’en éloigne beaucoup trop.

Or, si je dois trouver quelques points positifs à ce disque, je dois dire qu’il s’écoute par contre assez bien. L’alignement des pièces est juste et elles forment entre elles un tout assez cohérent. Shelter est donc un bon album pour une trame de fond de dimanche matin tranquille à bouffer des tartinades de tofu et boire du café en lisant le journal. Il est là. Il est étanche et sobre. Il constitue un ensemble uniforme et homogène qui n’altérera en rien l’ambiance de métronome qu’il provoque lui-même. Tout est égal, droit, sans fioritures et longitudinal.

Je n’en dirai pas plus sur ce disque puisque le but n’est pas de tronquer votre opinion ou de descendre Alcest, mais plutôt de souligner le fait que si Alcest doit changer à ce point, il doit faire figure d’innovateur (comme ils ont su le faire dans les années précédentes) plutôt que de simples moutons qui s’encrassent dans un moule bien graissé.

Sur cette note, je vous encourage quand même à vous procurer Shelter ou, du moins, d’y jeter un œil. Comme je mentionnais, ce n’est pas un mauvais disque, mais c’est un disque sans histoire qui, d’ailleurs, n’y passera probablement pas. J’attendrai ma copie vynile pour voir si la magie de l’analogique pourrait donner un deuxième souffle à ce disque, mais, pour être franc avec vous, je ne me fais pas trop d’idée.

Coeur Noir