Samedi, 30 novembre. Il fait un froid digne du mois de janvier en ce dernier jour du mois de novembre. J’ai décidé d’aller manger des dumplings frits dans un petit resto du quartier chinois question de me réchauffer avant d’aller braver à nouveau la température, cette fois dans une posture statique en file d’attente devant le Club Soda. Lorsque je suis passé devant la salle de spectacle avant d’aller manger, il était 17h45 et il y avait déjà une dizaine de personnes dans la file. Suite au repas, il était maintenant 18h30 et le nombre avait grimpé à une cinquantaine. À noter que les portes ouvrent à 19h00 et que le spectacle commence seulement à 20h00. Ça donne une idée de la motivation et de l’enthousiasme du public qui vient voir et entendre les trois groupes de ce soir, Alestorm, Trollfest et Gypsyhawk. J’étais encore loin de me douter que j’allais ressortir de ce spectacle complètement transformé. Bon OK… j’exagère un peu. C’était quand même… comment dire? Épique!
La demi-heure à attendre au froid semble particulièrement longue. C’est évident qu’avec une envie d’uriner en prime, cela n’aide pas la cause. Au moins, je suis en bonne compagnie. Toujours est-il que les portes ouvrent à l’heure prévue et que j’espère pouvoir m’asseoir à mon endroit fétiche du Club Soda, endroit qui me permet de bien voir la scène autant que la foule. Je vous laisse deviner où. Yeah! La place est libre. Je me demande bien où sont passées les cinquante personnes qui nous précédaient dans la file. Il faut croire que je commence à me faire pépère puisque la place assise idéale est un des éléments qui me vient en tête en premier lorsque je planifie assister à un spectacle dans une moyenne/grande salle.
La foule entre sans arrêt dans la salle et porte une marque caractéristique de la tête d’affiche de ce soir : un élément de piraterie. C’est impressionnant à quel point les gens prennent le temps de dénicher des accessoires et des costumes pour ajouter à l’ambiance festive de ce genre de show. Qu’il s’agisse de chapeaux triangulaires, d’épées recourbées, de chemises de matelots, ou simplement d’un t-shirt de Alestorm, pratiquement un spectateur sur deux porte un petit quelque chose à l’effigie de la piraterie. Je regarde un à un les gens entrer parce qu’au fond, j’attends un camarade inattendu : mon colocataire. Pas plus tard que la veille, il m’avait « interdit » de faire jouer du metal car il disait que j’en fais toujours jouer de toute façon… J’étais loin de me douter que le lendemain même il aurait été intéressé pour venir voir un spectacle de… metal! Comme quoi la vie est remplie de joyeuses contradictions et de paradoxes auxquels nous ne sommes pas toujours préparés.
Fidèle à mon habitude, je sirote une bonne bière blonde en attendant que Gypsyhawk monte sur scène. Les lumières se tamisent et la distorsion des guitares se fait entendre. C’est parti! Ils nous en mettent plein la gueule avec une sonorité rock qui nous rappelle Kiss et Deep Purple à certains moments, avec une touche définitivement unique qui leur appartient cependant. Pour en avoir écouté un extrait avant de venir ce soir, je m’attendais exactement à cela. Un set efficace, sans pédale double, très bien interprété et réchauffant. C’est tout ce qu’on s’attend d’un band d’ouverture, même si le style contraste énormément avec celui des groupes qui vont suivre. Leur chorégraphie est précise et bien synchronisée. Les franges du manteau du chanteur/bassiste ajoutent à leur style oldschool. Les débuts et les fins de morceaux sont très bien travaillés et originaux. Les musiciens se sont donnés pour peaufiner leurs chansons et ça paraît. Le public les a remerciés à leur manière avec un accueil plus que favorable pour une première partie. Thumbs up!
J’en profite durant ce premier entracte pour aller imbiber mes poumons de ce goudron visqueux dégagé par la combustion du tabac. À mon retour à l’intérieur, je sens déjà la chaleur monter d’un cran parallèlement au nombre croissant de pirates spectateurs. Arrivé à notre place de prédilection, j’ai l’heureuse surprise que notre comparse a eu la même idée que moi, c’est-à-dire payer la tournée. Par conséquent, j’ai dû boire davantage de houblon, ce qui de toute manière est très à propos dans ce genre de soirée.
Les instruments sont presque tous installés sur scène et Trollfest termine ses tests de son. Le contraste est assez flagrant. De quatre musiciens et autant d’instruments avec Gypsyhawk, nous passons maintenant à sept avec Trollfest. Un saxophoniste assis (parce qu’en béquilles) et un accordéoniste donnent une touche spéciale à ce groupe qui produit une musique considérablement puissante. Chaque musicien est maquillé/déguisé et rempli d’énergie. La foule est aussi déchaînée que le groupe. La vibe est très festive. Après une chanson ou deux d’adaptation au niveau du son, Trollfest nous balance chacune de ses pièces avec un aplomb certain et une qualité exemplaire. Ce groupe originaire de Norvège possède sans aucun doute le sens du spectacle. L’interaction avec la foule est perpétuelle et positive. En outre, nous avons eu droit à trois ou quatre moments particulièrement épiques.
Je tâcherai de les décrire le mieux possible même si rien ne vaut la présence sur place. D’emblée, je dois dire qu’un public survolté qui porte à bout de bras en moyenne deux bodysurfers sans arrêt est toujours signe d’une relation positive entre le band et ses fans. L’absence de gardes de sécurité en avant de la scène permet une proximité avec les artistes qui n’a pas d’égal dans des salles plus grandes. Bref, le premier moment qui m’a fait particulièrement sourire, c’est lorsque Trollmannen, le chanteur du groupe, a invité les gens à faire un circle pit démesuré. Et cela a fonctionné! Je n’ai jamais vu un aussi grand cercle de personnes qui courent et qui se rentrent dedans dans une si petite salle. C’était du bonbon pour les yeux. Un peu plus tard, nous avons droit cette fois au plus gros wall of death de l’histoire du Club Soda. Bon… Je ne les ai peut-être pas TOUS vus, mais je peux vous dire en toute certitude qu’il est extrêmement rare qu’on puisse assister à un wall of death qui commence en avant de la scène et qui s’étend jusqu’au fin fond de la salle. D’ailleurs, en voici des images prises sur YouTube. Je dis images car le son n’est pas très bon mais l’idée est seulement de voir ce wall of death épique.
C’était de toute beauté. Je ne sais pas si les musiciens étaient surpris de l’accueil que la foule leur a réservé, mais ils ont l’air d’avoir particulièrement apprécié et ils nous ont remerciés en bonne et due forme. Deux des musiciens se sont même permis une séance de bodysurfing lors de leur dernière chanson alors que la scène a été envahie par la foule, invitée à monter les rejoindre et chanter avec eux. Et cela allait comme de soit puisque tout au long de leur prestation, le préposé à la sécurité sur scène, CONTRAIREMENT à l’habitude, a aidé les gens à monter sur scène pour faciliter le bodysurfing. Ils ont gagné mon cœur et je voulais à tout prix leur acheter de la merch pour les encourager et pouvoir les réécouter à volonté. J’ai une petite anecdote à ce sujet que je vous réserve pour la fin de cette escapade.
Deuxième entracte, je dois concéder que beaucoup de liquide blond alcoolisé a coulé dans le gosier depuis le début de la soirée. Disons qu’avec de la musique aussi festive et des musiciens qui boivent et nous encouragent à boire, c’est difficile de faire autrement lorsqu’on aime le goût amer de la bière.
De retour à mon siège, les premières notes du clavier se font entendre et le public est déjà en liesse. Le chanteur Christopher avec son fameux keytar tout droit sorti des années 80 arrive sur scène et les autres musiciens l’accompagnent. Ils vont nous entonner chacun de leurs hits avec une assurance et un professionnalisme remarquables. J’ai particulièrement apprécié les deux morceaux que je connaissais plutôt bien (Shipwrecked et Back Through Time) pour les avoir déjà joué à Rockband. Au passage, leur album Back Through Time est un must dans son entièreté.
Les fans sont très énergiques, mais semblent quelque peu exténués en raison de la trop grande intensité qu’ils ont bien rendue à Trollfest. Moins de bodysurfing, moins de moshpit, mais tout de même beaucoup de joie et de dynamisme. Fait à noter, quelques fans adeptes du bodysurfing semble par ailleurs avoir une obsession pour les pics de guitare accrochés aux pieds de micro; à moins qu’ils ne soient pas en moyens financiers de s’en procurer… Bref, je n’ai pas compris l’engouement pour ce genre de souvenirs de la part des quelques fans qui ont été jusqu’à courir la largeur de la scène au complet pour prendre un pic à chaque micro. Les musiciens se regardaient et semblaient partager mon incrédulité. Autre moment mémorable, une jeune femme définitivement fan du groupe s’est retrouvée sur scène après avoir bodysurfé et elle s’est permise de chanter en chœur dans le microphone du chanteur pour un refrain complet, ce que le chanteur semble avoir fortement apprécié. Sublime!
Un élément de cette soirée que j’ai particulièrement apprécié, c’était de voir quatre personnes (deux gars et deux filles) accoutrées clairement dans un style gangsta rap, qui headbangaient au son de Alestorm. Je déteste le purisme parce qu’il vise l’exclusion et l’isolement plutôt que l’inclusion et l’ouverture à l’autre. Pour les puristes qui me liraient, c’est l’idéologie puriste que je n’aime pas, et non vous personnellement. Chacun a droit à ses valeurs et principes!
En terminant, je vous laisse sur la petite anecdote mentionnée précédemment. Suite à la fin du spectacle et des derniers rappels et nombreux remerciements, je me dirige comme prévu à la table de merch pour acheter des CDs de Trollfest. Nada. Pas de CDs. Que des vinyles (dont un en édition limitée). Je demande « How much for the combo? » pour me faire répondre un modeste 35$. En sortant l’argent qu’il me restait, j’avais exactement 35 balles mais voilà que j’échappe un huard sur le sol et qu’il s’avère introuvable. J’ai donc seulement 34$ mais les gars de Trollfest ne m’en tiennent pas rigueur et me laisse partir avec leurs albums. Nous nous dirigeons ensuite vers le Ste Elisabeth question de faire un retour sur le spectacle et d’enfiler quelques pintes de Black Velvet. Traditionnelle pointe de pizza qui suit et ensuite taxi et dodo. Le lendemain à mon réveil, j’avais hâte d’écouter les vinyles que j’avais achetés la veille pour me rendre compte à mon grand désarroi que malgré leur énormité et leur transport peu commode, je les ai égarés quelque part entre le bar, la pizzeria et le taxi. Nul besoin d’exprimer comment je me suis senti, c’est évident. Pour me punir et m’apaiser à la fois, je suis allé commander exactement les mêmes vinyles sur leur site web et j’ai même ajouté deux autres albums en format CD qui étaient en vente. Morale de l’histoire… il n’y a tout simplement pas de morale dans cette histoire, c’était simplement beaucoup trop épiquement festif! Merci à BCI.
Dr Light





