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Obsek

 « Traumatic Experiment »

(2010)

Il y a déjà trois ans, en juillet 2010, un jeune groupe prometteur de l’Abitibi sortait son premier album enregistré chez Chris Donaldson (Mythosis, Cryptopsy). Pourquoi en faire une critique trois ans plus tard? Tout d’abord, parce qu’Ondes Chocs n’existait pas il y a trois ans et ne pouvait donc pas examiner cette sortie québécoise! En second lieu, parce que Simon Turcotte, l’un des deux vocalistes de la formation, est un mec très sympathique qui m’a demandé une critique de son album pour deux raisons : très peu de critiques francophones se sont penchées sur son album et se sont surtout des critiques spécialisées dans le Metalcore/Deathcore qui s’y sont attardées. Ce qui m’amène à la troisième raison, j’adore sortir de ma zone de confort et explorer des styles métalliques avec lesquels je suis moins familier, afin de voir si je suis en mesure d’en saisir la substance de façon adéquate. Penchons-nous donc sur cette offrande d’un passé somme toute récent.

Pour commencer, parlons du style musical exploré par Obsek sur cet album. Dès la première écoute de Traumatic Experiment, on reconnaîtra immédiatement une combinaison d’éléments Metalcore/Deathcore; un mélange de voix gutturales, de voix porcines et de hurlements plus aigus  que s’échangent deux vocalistes, des breakdowns très bien utilisés, une rythmique sautillante et des voix claires occasionnelles; avec des éléments issus d’un Death Metal à tendance très mélodique qui rappellent les efforts de groupes scandinaves comme Scar Symmetry et Solution .45, par exemple. Passée cette première constatation, on remarquera le travail formidable de Chris Donaldson du côté de la réalisation et de la production, qui donne au travail d’Obsek un son puissant, propre (mais pas trop) et très bien équilibré qui rend justice à l’interprétation précise et professionnelle des membres du groupe. Ensuite, on remarquera la grande qualité de plusieurs des pièces choisies pour l’album qui oscillent presque toutes entre deux minutes et demie et quatre minutes, mais présentent tout de même une variété de structures et d’éléments assez grande pour garder l’intérêt de l’auditeur éveillé. On notera ainsi que la force et l’originalité du groupe se situe dans son mariage judicieux de mélodies entraînantes, d’influences variées de virtuosité bien utilisée et d’une économie de breakdowns judicieuse qui permet une meilleure différenciation des morceaux, dans un style où l’abus d’un tel procédé est parfois la règle. Par exemple, une pièce comme « The Missing Element » nous fera passer par une introduction aux accents de Death Mélodique avant de nous entraîner dans des passages plus Grindcore, puis nous entraînera dans un passage marqué par des voix chantées, puis hurlées sous fond de breakdown pour ensuite nous présenter un motif plus Black de transition avant de terminer sur une sortie plutôt Grindcore qui rappelle Anaal Nathrakh. Malgré ce caractère déjanté et hétéroclite, les pièces de l’album se tiennent très bien de par un évident travail de composition de la part des membres du groupe. De plus, comme je l’ai souligné plus haut, tous les membres du groupe offrent des performances exemplaires avec leurs instruments respectifs, notamment Benoît Breton à la batterie et les deux vocalistes (Simon Turcotte et Nicholas Dubé) avec leurs voix variées et toujours exécutées parfaitement. Je me dois aussi de souligner la très belle présentation visuelle de l’album en format DVD avec, comme devanture, la peinture d’un champignon magique qui s’autocannibalise dans une ruelle.

Malheureusement, Traumatic Experiment comporte aussi deux lacunes principales : sa très courte durée (largement en dessous des trente minutes) et la dernière pièce qui se veut probablement humoristique, mais qui laisse un arrière-goût de remplissage à l’auditeur sévère que je suis. En effet, après la fermeture de l’album à proprement parler sur l’excellente pièce ambiante « Temptacles » le groupe nous offre une pièce supplémentaire intitulée « This One Doesn’t Start With A T (Jean Coutu) » qui consiste en fait en la même phrase (« Tu devrais aller chez Jean Coutu ») répétée sur une rythmique répétitive pour deux minutes. Je me questionne donc grandement sur l’utilité de cette pièce qui est nettement moins intéressante que les autres et qui fait en sorte, combinée à la très courte durée de l’opus, qu’on a l’impression que le groupe manquait d’inspiration et a rajouté cette pièce brouillonne dans l’intention de rallonger un peu sa durée. Enfin, le reste de l’album étant très intéressant, j’aurais apprécié qu’ Obsek nous offre quelques autres pièces de qualité comparable aux excellentes huit premières pièces, pour nous montrer encore plus l’étendue de son savoir-faire, mais cela sera pour le prochain opus, je suppose.

En conclusion, en 2010, Obsek nous offrait un premier effort qui se distinguait de la masse du Metalcore/Deathcore par son penchant mélodique, sa variété et son utilisation judicieusement calculée des breakdowns. Malgré une durée réduite et une pièce finale à l’utilité discutable, le groupe a donc présenté un album digne de mention et peut aisément se loger parmi les groupes les plus prometteurs du genre dans la Belle Province. Il reste maintenant à voir jusqu’où la formation nous emmènera la prochaine fois!

 

7,5/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas