Pendejo---Atacames

 

¡Pendejo!

«Atacames»

Chancho Records

2014

Liste des pièces
«El Verano Del ’96»
«Amore y pereza»
«Uñero»
«Amiyano»
«Camarón»
«Cuarenta Y Siete»
«Hermelinda»
«¡Dos!»
«El Jardinero»
«La Chica Del Super No Se Puede Callar»

 

Quand j’ai vu qu’un groupe se nomme ¡Pendejo!, j’ai tout de suite cherché à en savoir plus. Pourquoi? Parce que, pour ceux qui ne le savent pas, «pendejo» est une insulte. Dans sa traduction polie, ça veut dire «abruti», «con». Dans sa version malpolie, ça veut dire dans certains pays sud-américains que j’ai visités, «poil de pubis» ou «poil de trou d’cul». Tsé celui qui fait chier sur la langue quand… enfin je vous passe les détails(!).

Peu importe la version qu’ils veulent incarner, je devais au moins en savoir plus. Surtout que la pochette de l’album montre un Joker avec des pattes de bouc qui jongle avec les têtes de la royauté des cartes à jouer en dansant sur un globe terrestre à l’emplacement de l’Amérique du Sud.

Donc qui est ¡Pendejo!? C’est un groupe stoner hollandais qui a un nom espagnol et chante en espagnol – ne pas confondre avec le groupe punk rock argentin. El Pastuso, le chanteur/trompettiste et Jaap « Monchito » Melman, guitariste, sont cousins et auraient un background sud-américain selon les notes biographiques ce qui explique leur approche.

Gardez en tête cette histoire de background latino mais ce n’est pas ça qui m’a frappé le plus. J’ai focusé sur le mot « trompettiste ». Et oui! ¡Pendejo! joue du stoner et a une trompette.

Quand j’ai appuyé sur « play », j’attendais donc avec anticipation sinon impatience l’arrivée de la trompette dans le mix pendant que j’appréciais «El verano del ’96». Rien de compliqué mais une excellente drive au son sludge gras et crasse avec une groove qui ferait danser les morts. Le vocal d’El Pastuso est cool avec son clean légèrement éraillé, comme si la cigarette… que dis-je, le cigarillo et l’alcool avaient fait leur oeuvre. Il me semble l’entendre dire

Hey Hombre

dans l’ombre de son sombrero, avec en croix sur son torse des ceintures de balles visibles sous son poncho. Background latino… Claro que si!!

Alors que je branlais la tête avec rythme, je comprenais bien qu’il ne pouvait y avoir trompette et voix en même temps puisqu’elles viennent toutes deux des mêmes poumons. Enfin, la trompette entre en scène avec un solo bien placé à 1:15. Cool, j’avais peur qu’elle ne serve qu’à faire des accords en arrière-plan. Non, elle sera soliste à chaque intervention. Je souligne la présence de la basse à l’avant-plan. J’adore la basse.

La groove est de retour en force dès les premières notes de la suivante «Amore y pereza» avec d’excellents bouncings riffs. On ne peut faire autrement que d’y succomber. Il y a un côté chaleureux dans leur musique bien que je soupçonne qu’un titre comme «Amour et Paresse» ne soit pas nécessairement dans cette atmosphère.

 

 

Encore une fois, je branlais la tête et les fesses en attendant d’entendre la trompette. Je me disais bien qu’elle arriverait. Quand elle est arrivée, je ne sais pas pourquoi mais le solo me rappelait quelque chose. Bon, ce n’est pas le refrain de la «Cucaracha», ce n’est pas un bout de «The Mexican hat dance» mais je suis sûr d’avoir entendu ça avant. Peut-être ai-je trop écouté de westerns américains dont très souvent l’histoire se déroule près de la frontière Mexique-États-Unis!! Mon conseiller spécial en matière de cuivre, le Hitman, trombonniste du groupe metal montréalais Fallstaf, était d’accord avec le côté mariachi mexicain mais me soulignait également que ça lui rappelait l’approche surf/swing de la trompette de la pièce «Misirlou» de Dick Dale qui apparaît sur la trame sonore du film «Pulp Fiction». C’est vrai que ça a ce côté un peu swing. Enfin, peu importe, je le répète, je me dois de souligner l’apport de la trompette.

Je fais un court aparte ici pour ceux qui ne savent pas qui est Dick Dale. Je vous dirai seulement qu’il est reconnu comme un précurseur du heavy metal à cause de la «breakneck speed of his single-note staccato picking technique» (dixit Wikipedia) et qu’il a inventé avec la compagnie Fender, plein de trucs dont le premier ampli de guitare 100 watts et a été un des premiers à expérimenter avec la reverberation et la distortion.

Revenons maintenant à la progression de l’album.

Ça se poursuit avec l’entraînante «Uñero» qui pourrait très bien figurer sur un album de Kyuss ou Fu Manchu puisqu’elle n’a pas de trompette.

La 4ème, «Amiyano», calme le rythme un peu en débutant en ballade aux échos vaguement psychédélique avant de devenir une pièce pesante au style doom qui garde un côté hypnotique.

Cette atmosphère se poursuit dans la 5ème, «Camarón» qui part avec une belle progression doom/southern rock. Mention aux voix féminines et leur chant de sirènes au milieu de la pièce qui arrive exactement comme aurait pu l’être un punch de trompettes… finalement un peu comme à 3:05 de la pièce où la trompette remplace les sirènes, La trompette montre même un petit côté jazzy. Enfin vous avez compris que je suis vendu à sa présence.

Avec «Cuarenta Y Siete», ça continue en force puis tout à coup, la trompette nous amène une atmosphère mélancolique comme une sérénade de mariachi. Quand c’est reparti à 2:54, j’ai quasiment eu le goût de crier «OLÉ» dans la foulée du build up émotif et propulsé par le beat tribal!!!

L’intro de la septième, «Hermelinda», montre encore une fois la capacité de présenter une variété avec cette déclamation sur fond de balade acoustique avant de revenir dans un barrage d’accord distortionné. Et pour terminer la pièce, apparition d’un riff en tremolo de style black metal parfait pour lancer «Hasta la muerte».

Una, «¡Dos!» et c’est reparti avec une groove de la mort

 

 

«El Jardinero» amène un côté bluesy avant que «La Chica Del Super No Se Puede Callar» nous entraîne vers la fin de l’album avec ses riffs distortionnés pas compliqués mais comme tout le reste de l’album, ça groove et c’est catchy.

 

 

En conclusion, je ne peux que vous inciter à cliquer sur le lecteur ci-bas si ce n’est déjà fait et apprécier une approche au stoner/sludge différente. ¡Pendejo! ne nous ramène pas les sempiternels riffs de Black Sabbath mais en plus innove dans son utilisation de la trompette qui se veut parfois traditionnelle, parfois swing et même jazzy. En plus, ils ont choisi un tone de guitare qui non seulement convient à leur style musical mais en même temps présente juste ce qu’il faut de distortion pour bien se marier avec la voix d’El Pastuso. S’il y a un album de stoner rock qui manque à votre collection, c’est «Atacames» et qui sait, peut-être que la sangria et la téquila remplaceront la bière autour du barbecue cet été. O que si! Ay caramba!

Lex