Avec le groupe de black métal québécois ORDOXE présentement en tournée en Amérique du Sud, j’ai demandé au band si ils avaient un journal de leurs expériences là-bas. J-D Bergeron, le bassiste de la formation, s’est fait un plaisir de me pondre ce résumé alors qu’ils amorcent la deuxième moitié de leur invasion métal! – Dave
Je vous souhaite la bienvenue à mon premier résumé de la tournée sud-américaine de mon groupe Ordoxe qui nous voit visiter l’Argentine, le Chili et l’Uruguay durant le mois d’avril. Il s’agit pour moi d’un moment très spécial de ma vie, puisque c’est ma première expérience à l’étranger tant comme voyageur que comme musicien. J’ai décidé d’entamer mon résumé le vendredi 29 mars pour le Black Métal Origines III, puisque malgré le fait que ca ne se déroulait pas en sol nord-américain, c’était le début de notre marathon d’un mois.
29 mars 2013 – BMO III
C’est avec un peu de nervosité, mais gonflé à bloc que mes acolytes et moi nous sommes rendu au Bar l’Agitée pour y jouer 3 de nos compos ainsi que trois classiques du groupe Belge, Enthroned. Notre prestation s’est bien déroulée malgré quelques petits accrochages pendant les pièces d’Enthroned, mais rien d’important. La foule semble avoir appréciée surtout considérant que personne ne nous connaissait et que nous avions la lourde tâche d’ouvrir le spectacle.
30 mars – Lancement d’album (T-R)
Pour les autres membres du groupe, ce jour signifiait le lancement de notre album ainsi que notre dernier soir en sol nord-américain, mais pour moi il s’agissait aussi de mon 29e anniversaire. Mes vieux chums de Soil of Ignorance ouvraient le concert et ont assuré au max! J’ai aussi beaucoup apprécié les sets de Erimha et de Cryptic Howling. Pour ce qui est de notre set, tout s’est bien déroulé. Les spectacles de la semaine précédente ainsi que de la veille nous ont permis de peaufiner notre prestation et de se réchauffer pour la tournée. On ne devait que faire l’album plus un ‘cover’ d’Enthroned, sauf que le monde en redemandait, donc on a fait les 2 autres ‘covers’ que nous avions fait la veille.
31 mars – Le départ
Après un diner de Pâques ‘hung over’ chez mes parents, je suis allé rejoindre les gars pour aller prendre l’avion. S’en est suivi un au revoir à ma copine, puis 15h de vol interminable. Un petit vol Mtl-Toronto qui a passé assez vite, mais ensuite, 10h de Toronto à Santiago (Chili). Je pensais vraiment ne jamais sortir de cet avion! En plus tout le monde dormait à l’entour de moi, mais je n’ai pas réussi à fermer l’oeil une seule minute. Finalement, un autre petit vol de 2h et des poussières avant d’arriver à Buenos Aires.
1er avril – Arrivée à Capital Federal (Buenos Aires)
Après cet épouvantable épreuve d’endurance, nous arrivons enfin à destination. Tous s’est bien passé aux douanes et c’est là que nous avons fait la connaissance de Diego (du groupe Nighkarnation, qui a organisé la tournée) qui est venu nous chercher avec ses parents. Dès que nous sommes entrés dans l’auto, nous avons réalisé que nous n’étions plus sur la même planète! Les gens conduisent d’une telle imprudence que ça fait passer une visite des routes de Montréal pour une promenade à la campagne. Une fois arrivés chez lui, sa copine et sa soeur (de vrais délices pour les yeux soit dit en passant!) nous accueillent avec des El empanadas, ce qui est en fait de la pâte avec de la viande assaisonnée à l’intérieur… un régal! Par la suite, nous sommes allés visiter un peu le centre-ville où nous nous sommes fait intercepter par la police local pour absolument aucune raison. Ca commençait bien! Un coup revenu à la maison, il a invité plusieurs de ses amis et nous avons bu en parlant et en faisant un tournoi de FIFA 13. Ma prestation a prouvé que le Canada ne valait rien au soccer! Nous avons aussi rencontré Joaquin Gomez, notre guitariste session pour la tournée puisque Samuel Landry ne pouvait pas nous accompagner. Aussi, nous avons pu faire la connaissance de Gonza, notre roadie tatoué dans la face qui fait du MMA. Définitivement, nous sommes entres bonnes mains!
2 avril – Le déluge
En effet, le mardi 2 avril fut marqué par 2 déluges: premièrement, comme certains ont pu le lire ou le voir à la télé, il y a eu une orage incroyable qui a crée des inondations et fait 5 morts! De plus, celle-ci plongeait les 14 millions de personnes habitant Capital Federal dans le noir pour plus de 24h. Le 2e déluge fut celui de Steve De Cotret, notre drummer, qui a été malade suite à la pizza de la veille (pas mangeable!!!). La toilette étant occupée, il se libéra donc par la fenêtre du 3e étage! Disons que ça ne faisait pas très bonne impression devant nos hôtes! Nous n’étions en terrain sud américain que depuis à peine 12h, et nous avions déjà vu/vécu toute cette gamme d’émotions…
3 avril – Le départ pour le premier show
Toujours plongé dans l’obscurité, nous quittons le milieu familial de Diego, qui comme la plupart des gens là-bas habite encore chez ses parents à 28 ans. Après avoir traversé presque toute la ville, passant par des bidonvilles, nous nous sommes fait déposer à la gare. À ce moment, Diego, Joaquin et Gonza nous ont dit de ne pas parler dans la gare, afin de ne pas attirer les regards des malfaisants qui n’attendent que l’occasion de dévaliser qui bon se pointe là avec n’importe quoi avec de la valeur (facile à dire avec une basse dans les mains!). Un coup à bord, je me suis vite rendu compte que le train allait être d’autant plus éprouvant que l’avion. Le train avance lentement et on a constamment peur de se faire voler si on dort..!
4 avril – Arrivée à Bahia Blanca pour le show
Vers 10h AM, après plus de 12h de train à craindre pour notre sécurité, nous sommes arrivés à bon port. Le booker, qui est aussi propriétaire de la salle, nous y attendait. Celle-ci se situait à deux pas de la gare ainsi que de notre chambre d’hôtel. Le show, pour sa part, se déroula bien malgré le fait que nous n’avions pas pu pratiquer avec notre guitariste de session à cause de la panne de courant des jours précédents. Après être sorti du bar à 3hAM, la décision raisonnable aurait été d’aller se coucher, puisqu’à peine 2h plus tard nous devions nous rendre au terminus d’autobus pour se rendre à Viedma. Plutôt, nous avons décidé d’aller dans un bar voisin, que j’appellerai poliment un « bar à filles de joie ». J’étais très nerveux d’y entrer, puisqu’étant en couple, nul était dans mon intention de faire quoi que ce soit qui pourrait manquer de respect envers l’être aimé. Une fois entré, je me suis vite rendu compte que c’était très semblable à n’importe quel bar de danseuses du Québec, à quelques exceptions près…! Finalement, 1h30 plus tard nous sommes tous sorti bredouille, mais en s’étant tout de même un peu rincé l’oeil sur les très peu de jolies demoiselles présentes.
5 avril – Arrivée et show à Viedma
Suite à notre nuit de non-sommeil, inutile de vous dire que nous nous sommes tous endormis comme des bébés aussitôt assis dans nos bancs d’autobus voyageurs. 4 heures plus tard, le booker du show de Viedma nous attendait au terminus et nous a amené chez lui où son père était fier de nous préparer un met typiquement argentin appelé « Asado ». Il s’agit de saucisses et de boeuf cuit dans un espèce de four en briques à 2 compartiments; d’un coté le feu et de l’autre une grille avec la viande. Celle-ci trainait sur la table au soleil depuis longtemps et était couverte de sel, mais était aussi délicieuse. Ils coupent une baguette de pain, puis mettent la viande entre les deux. Un peu caoutchouteux, mais quand même, je suis en voyage pour déguster des mets nouveaux! Une chose qui me frappe à Viedma est la quantité de chiens errants partout dans la ville. Ça me touche beaucoup puisque j’ai toujours beaucoup aimé les chiens et je trouve cela très triste. Ils sont pour la plupart maigres, mais parfois quelques-uns s’approchent pour se faire flatter. Pour ce qui est du show, il fut mémorable. Notre drummer Steve se faisait demander des photos entre les tounes et le public en redemandait encore et encore. Par la suite, le booker nous a ramener chez lui alors qu’il conduisait son auto en état d’ébriété TRÈS avancé, bière et asado à la main.
6 avril – General Roca, ville des pommes et des poires
Nous sommes arrivés à General Roca en fin de journée, où nous avons une fois de plus dormit uniquement dans le bus. Le show avait lieu dans une école pour handicapés, un peu bizzare! Néanmoins, il y a eu beaucoup de monde et on s’est même fait donner un sac plein de pommes et de poires, fiertés de la région. Il y avait un groupe de death métal appelé Blood Infected ayant un batteur de 16 ans qui était plus qu’impresionnant. Encore un show où les spectateurs en redemandaient encore et une autre chambre d’hôtel dont on a pas pu profiter car nous devions quitter à 7h pour prendre le bus.
7 avril – Bariloche, ville du chocolat
La ride d’autobus fut superbe! Les paysages étaient à couper le souffle. Les montagnes et le lac (dont j’ignore le nom!) nous ont distrait pendant une bonne partie du voyage. Les argentins nous accompagnant en tournée voyaient de la neige pour la 1ère fois! Une fois arrivé à Bariloche, la vue était tout aussi splendide. Une ville magnifique qui me faisait un peu penser au Vieux-Québec. Cette ville a son cachet bien particulier, ce n’est pas pour rien qu’il s’agit de la ville la plus touristique d’Argentine. Après avoir mangé dans un restaurant chinois, nous nous sommes dirigés vers le bar où nous allions jouer. C’est un petit bar dans un sous-sol ultra humide. Malgré tout, le spectacle a été intéressant et malgré le fait que ce fut le spectacle où il y avait le moins de monde jusqu’à présent, c’est ici que nous avons vendu le plus de ‘merch’. Une fois de plus, nous n’avons pas pu profiter de notre chambre d’auberge de jeunesse pour quitter tôt vers le Chili.
8 avril – Arrivée au Chili
Après 2 ou 3h de route, nous sommes arrivé aux douanes chiliennes, où nous n’avions aucune idée si nous allions pouvoir y entrer. Heureusement, cela s’est fait très facilement. Une seule personne dans tout le bus s’est fait fouiller… et il s’agit de moi! Je n’avais rien d’illégal en ma possession ni rien à me reprocher, mais c’était quand même un stress dont je me serais passé. Quelques heures plus tard, nous sommes arrivés à Puerto Montt, où nous avons du faire changer de l’argent une fois de plus. Je suis rendu avec des $CAN, $US, PESO Argentin et PESO Chilien dans mon porte-feuille. Puerto Montt est une petite ville sur le bord de l’eau, où la majorité des gens semblent vivre de l’industrie du poisson. Janvier, le booker, nous a amené dans un marché où nous nous croyions à une autre époque. Il y avait des poissons gigantesques gisants sur le sol, des saucissons suspendus à des cordes et des fromages qui trainent sur les comptoirs. Il nous a acheté du saumon qu’il a fait cuire sur un feu dehors. Après plusieurs heures de boucanage, c’était tout simplement divin!
9 avril – Osorno sous la pluie
Pour ceux comme moi qui croyaient que le Chili était un pays chaud où on pouvait se faire bronzer, détrompez-vous! Il pleut et c’est très frisquet. Dans notre cabane, il n’y a pas de chauffage, seulement un poêle à bois qui ne respire pas et très peu de bois de chauffage. Une petite heure et demi de route et nous voilà arrivés à Osorno dans un petit bar métal bien sympathique. L’ambiance était à la fête et tout le monde présent ont eu beaucoup de plaisir.
10 avril – Retour à Puerto Montt
Après avoir pris le bus à 5h am, nous sommes revenu à notre cabane où il fait terriblement froid et où il n’y a même pas moyen d’avoir du bois. Un petit-déjeuner (à 3h am), puis direction du Bar Trauco où nous avons l’honneur de faire le show d’ouverture! J’ai eu l’occasion de goûter à un alcool local appelé « Pisco » (aucune idée comment l’écrire). Pas mauvais, mais j’en aurais pas bu des tonnes!
11 avril – Épreuve d’endurance
15h30 d’autobus séparent Puerto Montt et Santiago, la capitale. Nous avons du nous taper tous ça le même jour. Et comme si c’était pas assez, le bus a brisé et on a du attendre 1h avant qu’un autre vienne nous chercher. Comme si c’était pas assez éprouvant! Finalement à minuit, nous sommes enfin arrivés chez les gars de Alavena où leur appartement leur sert aussi de studio d’enregistrement (et vice versa). Finalement, après 2 semaines comprenant 60h de bus, 15h d’avion et 13 h de train, nous sommes à Santiago où nous y jouerons notre 9e de 18 shows. Il est impossible pour moi de décrire tout ce que j’ai pu voir, entendre et vivre depuis le début de cette aventure. Nous sommes tous exténués, grippés et sales, mais croyez-moi qu’on adore notre trip jusqu’à maintenant. Nous leur montrons à grand coup de black métal ce que ces trois petits canadiens ont dans le ventre!!!











