Le Métal… associé à la richesse ?
Voici ce que le magazine l’Actualité publiait sur son site récemment.
À la seconde où j’ai lu le titre de cette article, je me suis dis: « C’est une blague? ». J’ai ensuite cliqué sur le lien et j’ai réalisé que cette article était écrit par un blogueur « Le Fouineur » de la revue l’Actualité. Normalement, ce magazine est très sérieux sur tous les sujets qu’ils traitent, c’est alors que je me suis risquée à le lire. Je suis restée très surprise sur la pertinence et la recherche de cet article.
Tiré de l’article :
«Selon une étude, le nombre de formations heavy metal par habitant est positivement lié, entre autres, à la production économique, à l’esprit d’entreprise, à la diplomation universitaire, au bien-être et au niveau de satisfaction dans la vie.»
L’étude provient d’un géographe et professeur de l’Université de Toronto, Richard Florida. Tout le monde sait que le Heavy Metal est une musique rassembleuse et très populaire partout dans le monde. C’est sur ces points qu’il a essayé de faire les liens entre l’origine et la présence du Heavy Metal et les facteurs sociaux et économiques. Au fil de ses recherches, le chercheur a constaté que les pays nordiques (Finlande, Suède et Norvège) sont des pays dont l’économie est prospère et qu’ils sont les pays qui ont le plus de groupe de Metal dans le monde. C’est donc logique pour lui que, selon l’échelle des pays, le nombre de formation Heavy Metal par habitants est en lien avec la production économique par habitant. Ce style de musique serait positivement lié à la créativité, à l’esprit d’entreprise, à la diplomation universitaire, au développement humain, au bien-être et au niveau de satisfaction dans la vie en général. Alors, pour tous ceux qui considèrent les musiciens de Metal comme des aliénés, vous êtes dans le champ.
Selon sa collègue, Charlotta Mellander, ce n’est pas le fruit du hasard si ces pays ont autant de groupes de musique de ce genre. Il est obligatoire d’y suivre des cours de musique incluant le Heavy Metal. (Ils sont chanceux, eux!!).
L’article poursuit en disant que:
«Pour le géographe, il est tout à fait logique que le heavy metal, qu’on associe d’ordinaire à l’aliénation et au désespoir, soit en fait lié à la prospérité: «Alors que les nouvelles formes de musique sont créées par des groupes défavorisés, mécontents ou marginalisés, ce sont les sociétés les plus avancées et les plus prospères qui possèdent les entreprises médiatiques et de divertissement pour diffuser leur musique. Les jeunes consommateurs riches ont aussi le temps de les acheter.»’’
Donc, pour résumer tout cela, le metal est une musique qui est associée à la richesse. Alors, continuons à nous rassembler dans des spectacles, à acheter des CDs/DVDs de nos groupes préférés et à encourager notre scène au Québec. Nous allons devenir une province riche par association à la musique Metal. (C’est un beau rêve, et je crois que ce soit une utopie).
La musique metal est bien un rassembleur de foule, mais aussi, beaucoup de gros noms, sont devenus des «machines commerciales». Pour cela, je trouve qu’il a biaisé sa recherche. Bon, chacun son opinion.
Marie-Noëlle Anctil
Note De La Rédaction – Je dois ici rajouter que l’utilisation de mesures statistiques afin d’établir une corrélation positive ou négative causale ou simplement associative entre un phénomène étudié et divers autres facteurs constitue parfois la pierre d’achoppement de ce type d’étude et ne fait que nous rendre suspicieux quant à un possible manque de rigueur du chercheur dans ses interprétations des résultats des tests statistiques (et dans le cas qui nous préoccupe ici, l’absence de rigueur totale de celui qui commente l’article pour l’actualité car la version originale est pas mal mieux écrite et n’escamote pas certains détails). De plus et malheureusement, M. Florida ne nous présente pas les tests statistiques qu’il a utilisés. Est-ce une régression logistique, une ANOVA, une MANOVA, ou encore une corrélation de Pearson, test t ou test F, voire même un khi carré. Dans le texte original, M. Florida écrit
At the country-level, the number of heavy metal bands per capita is positively associated with economic output per capita (.71); level of creativity (.71) and entrepreneurship (.66); share of adults that hold college degrees (.68); as well as overall levels of human development (.79), well-being, and satisfaction with life (.60).
Alors je repose la question, qu’elle est sa méthodologie pour obtenir ses chiffres et d’où provient sa cohorte de données? Il mentionne l’Encyclopedia Metallum comme étant sa source pour trouver les groupes de metal. Est-ce sa seule source et n’a t’il considéré que les groupes actifs car, pour ma part, je connais plusieurs groupes actifs de la scène underground metal qui ne figurent pas dans Encyclopedia Metallum pour diverses raisons dont la principale étant que ces groupes ne se sont pas portés à l’attention de la dite encyclopédie et n’y sont donc pas.
Cette absence de présentation de la méthodologie (normale dans ce type d’article car souvent trop aride pour le lecteur non versé dans la chose) liée à l’absence de lien pour la trouver via son article pour les plus rigoureux de nous tous, fait en sorte que l’article original de M. Florida devient un article journalistique sans plus (sinon un billet culturel pour les pages artistiques des grands quotidiens) plutôt qu’un article scientifique. J’éviterai de qualifier l’article de l’Actualité car la décence et l’éducation que m’ont données mes parents ne me permettent pas d’utiliser certains mots sur la place publique.
Alors si on suit la logique de ses conclusions en se basant sur l’impossibilité de vérifier sa démarche, M. Florida aurait aussi pu dire que le metal dans les pays scandinaves est associé à la consommation de bananes car depuis l’avènement du metal dans ces pays, parallèlement l’importation de fruits exotiques y a aussi augmenté de façon impressionnante (voir cet article pour vous familiariser avec l’importation et la consommation de fruits exotiques en Suède). Donc dans une optique de relation directe ou d’association de facteurs avec un phénomène, l’un aurait donc directement influencé l’autre!!! M. Florida se rattrape toutefois en mentionnant
As always, I point out that correlation does not equal causation and points simply to associations between variables.
Vous me suivez toujours??
Dans toutes recherches de ce genre, le choix des variables à corréler est naturellement la base de l’étude mais ce qui rend une étude crédible c’est la capacité d’aller vérifier les sources et la méthodologies utilisée afin de constater de visu que l’auteur de la recherche est allé au-delà du résultat de l’analyse statistique et a su faire les bonnes interprétations. Dans le cas qui nous préoccupe ici, il est évident que ce chercheur ne maîtrisait pas jusqu’au bout des ongles, son sujet d’analyse et que s’il comprenait un peu plus la dynamique underground et ne focussait pas seulement sur le metal mainstream, il aurait vu que autant l’Amérique du Sud que l’Asie (qui sont tellement des continents où la richesse est le point fort!!!!!) pullulent de bands metal. Par contre, M. Florida ne semble voit que la pointe du iceberg et quand il dit metal, j’ai plus tendance à lire « mainstream metal » soit des groupes qui comme le souligne Marie-Noëlle… «sont de gros noms et sont devenus des machines commerciales» ou à tout le moins des groupes qui ont su se mettre en valeur et se rendre visible et donc retraçable.
Nous nous devons donc de rejeter cette analyse de M. Florida à titre de texte scientifique et ne le considérer que comme un billet journalistique à saveur tautologique du genre le mur est jaune et les bananes sont jaunes alors le mur est banane!!!! – Lex Ivian





