À vous tous, chers lecteurs et lectrices des Chroniques de l’Étrange, je tiens à m’excuser pour cette absence d’une semaine. Je suis sincèrement désolé pour tous les inconvénients que cela ai pu vous apporter. Plusieurs d’entres-vous ont sûrement souffert d’insomnie à force de venir sur le site pour voir si elle était enfin disponible des jours et des nuits entières. Et tout ça en vain… Mais j’ai une très bonne raison pour avoir failli à mes obligations: il n’y avait pas d’internet en 1974…

J’en voit plusieurs s’étouffer avec une gorgée de leur bière en lisant ces lignes. Non je ne suis pas fou. Pas encore du moins.

Tout à commencé il y a 2 semaines lorsque je me suis posé une question qui s’est insinué dans ma cervelle et qui m’a obligée à prendre des mesures risquées et téméraires pour y répondre.  »Est-ce que les gens dans les années 70 n’avait que la poignée de bands qui passent à CHOM à écouter? Je n’ai rien contre Black Sabbath, Led Zeppelin, Blue Oyster Club, Deep Purple et Thin Lizzy, bien au contraire. Mais ça serait comme dire qu’en 80, les amateurs de beat heavy ne connaissaient rien d’autre que le Big 4, Voïvod et Guns and Roses… Je me suis donc rendu au pawn shop près de chez-moi afin de me procurer une machine à voyager dans le temps (usagée car je n’ai pas les moyens de m’en payer une neuve) afin de me rendre là-bas voir ce qui était offert aux amateurs de musique lourde.

Je m’installe confortablement dans mon fauteuil, débale mon achat et je cherche le mode d’emploi. Comme il n’y en a pas, il semble donc que je devrai me débrouiller par moi-même. Je pose donc le long tube de verre coloré sur la table, y insère la substance hautement odorante et instable et allume le tout. Et WOOOOOOOSSSHHHHHHHHHHHHHHH!!!!

J’ouvre les yeux et je me retrouve rue Ste-Catherine entouré de jeunes gens aux cheveux longs, habillés tout croches avec des pantalons en corduroy ou des jupes de bohèmiennes. N’étant cependant pas tout à fait sûr d’être parvenu à l’époque désirée, j’observe attentivement la foule de passants. Pas d’Iphones ni de tattoos pleins les manches. Yess, hello 1974!!! Je marche quelques rues et je tombe sur un établissement appelé  »Sam the Recordman ». Ça me semble un très bon endroit pour débuter mes recherches. J’entre et me dirige vers les bacs remplis de 33 tours. Une pochette me saute alors aux yeux, autant pour son titre éloquant que pour son esthétique. Lucifer’s Friend, et surtout avec leur pièce  »Ride the Sky » rappelle certes la bande à Robert Plant, mais sans ce côté Glam. Le rythme est rapide et la bass n’a rien à envier à celle qu’on peut entendre 40 ans plus tard chez nos contemporains.

Un autre album attire mon attention. Et surtout l’autocollant qui y est apposé, celui-ci indiquant que le groupe a été découvert et produit par un certain Tommy Iommi. Necromandus est un autre de ces bands qui ont su injecter une bonne dose de rock lourd à ce qui se faisait plus tôt. Les riffs sont pesants à souhait et les structures annonçaient bien ce que le Heavy Metal allait devenir au cour des prochaines années.

Dans la section Nouveautées, j’aperçoit le LP de Pentagram. J’enfile les écouteurs qui pendent et je place l’aiguille sur les sillons. Wow! On a ici droit à la naissance en direct au son Doom américain. La formation est toujours active de nos jours mais seul le chanteur a survécu aux multiples changements de line-up.

Le vendeur, au cheveux longs et la la barbe grise (non, ce n’est pas Lex…) voit à mon headbanging que j’apprécie au plus haut point ce son brut et puissant. Il s’approche et me dit de sa voix nonchallante:  »Hey Man, si t’aime ça, check un coup d’oeil à Bedemon. C’est des freaks de c’te groupe-là pis y font du stock encore plus pêté, Man. » Il ajoute cependant que le band n’a rien enregistré encore mais que lorsqu’il les a vu en show le mois dernier en Californie, il pensait  »flipper ben raide »tellement c’était sombre, autant dans la musique que dans les textes. J’ai découvert à mon retour que Bedemon était aussi toujours actifs, bien que des musiciens plus jeunes s’étaient intégrés au band.

Je continue ma recherche quand, à travers les speakers du magasin sort une musique beaucoup plus heavy que la pièce des Guess Who qui vient de s’achever. Je m’approche du comptoir et je m’apperçoit que c’est du Kansas. On oublie souvent que ces bands ont produits d’autre morceaux souvent plus obscurs, outre les surjoués classiques comme  »Dust in the Wind ». Même chose ici avec Offenbach et leur puissant opus  »Les Eaux qui Dorment », trop souvent occulté par des morceaux plus populaires. C’est comme si l’oeuvre de Metallica se résumait seulement à  »Nothing Else Matter » ou  »Until It Sleep ». Pour les amateurs de raretés, le guitariste Kerry Livgren, après avoir découvert Dieu, produisit un album appelé  »Seed of Change » en 1980 et sur lequel apparait l’illustre Dio sur 2 pièces…

Avant de reprendre le chemin du retour, je me suis demandé si au Québec, on n’avait aussi que quelques groupes, tel qu’ Offenbach, Octobre ou Plume Latraverse. Je savait que Claude Dubois avait touché au rock un peu plus lourd avec  »Chasse-Galerie » et  »Manitou » mais encore là, il devait bien y avoir d’autres groupes un peu plus undergrounds. C’est alors que je vois, déposé sur une pile de disque, un album et surtout une des pièce intitulée  »Le Monstre de la Main ». Je décide de tenter ma chance et quelle surprise! D’accord, ce n’est peut-être pas aussi heavy que ce qui se faisait de l’autre côté de la frontière ou outre-Atlantique mais on ne peut que constater qu’ici aussi, certains musiciens exploraient et tentait d’offrir quelque chose d’autre que les hippies de Beau Dommage ou Harmonium proposaient en 1971. Et Vos Voisins en est un bel exemple.

La tête remplie de nouvelle musique, j’entrepris mon retour en 2012, me promettant de revenir car je sentait que j’avais encore bien d’autre groupes à découvrir. Le retour se fit en douceur, malgré quelques détours au confin du temps et de l’espace. C’est ce qui arrive quand on achète une machine à voyager dans le temps usagée sans mode d’emploi…

 

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