Woccon
« The wither fields »
2013
Le groupe Woccon existe depuis 2011, sorti tout droit de l’imagination du multi-instrumentaliste américain de Athens, Georgie, Tim Rowland. Il s’adjoindra le vocaliste Ryan Morgan de Misery Signals pour sortir un 1er démo de 4 pièces la même année, « Through Ancestral Fires ». Depuis, il a formé un vrai groupe – au sein duquel il assume maintenant le vocal – avec l’addition de Tim Kuykendall, Wade Jones et Sam Dunn et leur musique a évolué vers un son et des ambiances plus doom. J’aimerais souligner le remplacement de Jones au drum par Kellen Harris depuis. Je vous présente donc ici leur 1er EP, « The wither fields » dont nous avons reçu la version de luxe (Collector’s edition) qui comprend 3 pièces bonus qui s’additionnent aux 4 pièces de l’édition normale.
1- Our ashes
2- Shattered mirrors
3- Lament
4- A failing devotion
5- Solitary pressure (bonus)
6- Bereavement (bonus)
7- Sea of trees (bonus)
Note: 8/10
À regarder la pochette, ça sent le doom atmosphérique. Un plancher de feuilles mortes qui aboutit sur de la fardoche dans un éclairage gris verdâtre légèrement glauque. Même pas une petite trouée pour nous laisser passer, une éclaircie pour nous laisser respirer. On se dit qu’on ne sera sûrement pas emmené dans un voyage très joyeux, craignant même l’introspection méditative à outrance. Ainsi, lorsque l’album a débuté et que j’ai entendu les premières notes de guitare acoustique de « Our ashes », je me suis préparé mais lorsque le « hummm » des guitares électriques s’est amplifié, j’ai souri en pensant à Cathedral et son intro de flûte et guitare qui s’enchaîne un peu de la même façon sur l’album « Forest of equilibrium ». Ça créait exactement l’ambiance propice pour entrer dans un album aux atmosphères lourdes accentuées par le growl torturé et mélancolique de Tim Rowland. On aura droit à plus que doom atmosphérique, Woccon ne se contente pas de nous créer de la musique ambiante.
Oui, les tableaux répétitifs et planant sont aux rendez-vous mais plutôt servis dans un doom mélodique construit autour de structures où les mélodies de guitares se superposent et forment un paysage qui ne se découvre pas totalement à la 1ère écoute – comme une randonnée en forêt justement, où l’œil averti reconnaît la variété des essences arboricoles alors que la majorité des promeneurs ne voit qu’une forêt aux reflets changeants mais tout de même répétitifs. Parfois, on a l’impression de retraverser la même portion croyant tourner en rond – et c’est là que j’ai un peu tiqué, certaines pièces sont construites sur le même pattern, la 1ère et 3ème commencent et se terminent très semblablement et c’est le cas de la 2ème et 4ème. Pourtant, et pour continuer avec mes métaphores sylvestres, une exploration plus attentive de cette forêt permet de discerner une variété d’agencements des essences déjà entrevues et une incursion dans le sous-bois mène à la découverte d’essences plus subtiles mais non moins essentielles à notre expérience sensorielle. C’est le cas par exemple pour « Lament » où l’utilisation de sons inversés sur fond de pluie pour créer l’intro de la pièce atténue cette sensation de déjà-vu ressentie bien que le canevas de celle-ci soit dans le même genre que celui de la 1ère pièce – la guitare acoustique et le « humm ».
Ma 2ème réticence face à leurs compositions est que je trouve toujours un peu décevant quand des pièces se terminent par une répétition puis un fade out et c’est le cas de la 1ère, 2ème et 5ème. Ça c’est mon problème, peut-être pas le vôtre, mais j’ai toujours comme l’impression qu’on n’a pas su amener la pièce vers un riff et une atmosphère concluante. Pourtant, certaines de leur compositions montrent justement l’inverse. Ainsi, « A failing devotion » présente une belle mélodie et un petit crescendo avant de se terminer. Peut-être dois-je y voir une volonté de nous donner la sensation que, justement c’est nous qui quittons et pour cette raison la musique continue mais disparaît à nos oreilles dans un fade-out.
Enfin … j’ai bien apprécié cet album malgré ces petits accros mentionnés mais ce ne sont que de menus détails. Cet album est hors de tout doute pour les amateurs de Wood of Ypres ou Daylight Dies, mais aussi pour ceux qui ont aimé le début de la vague de death mélodique/symphonique à l’aube du nouveau millénaire (Katatonia, Tristania, The Gathering …). D’ailleurs, l’addition de Lili Le Bullet du groupe Drakkara – une agréable surprise – pour la 4ème pièce, »A failing devotion » apporte cette touche féminine qui m’envoûtait à l’époque. Je vous la propose ci-dessous.
Pour ceux qui n’ont pas les pièces bonus, leur EP se termine justement après la 4ème pièce, »A failing devotion », les autres poursuivent leur exploration avec « Solitary Pressure », « Bereavement » et « Sea of Trees » qui sont un peu plus death avec une présence beaucoup plus marquée du drum, surtout les passes de double-bassdrum. Doit-on y voir une implication tardive du drummer dans la composition des pièces d’où leur présence en « bonus » ou penser que ce sera la prochaine étape de l’évolution de leur son? On verra bien. En attendant, je vous laisse avec la 1ère pièce « bonus », « Solitary pressure ».





