Harakiri for the Sky
« Harakiri for the Sky »
2013
Bon, je vais probablement me faire crucifier sur l’autel des parjures ou encore me faire donner en offrande dans un rituel païen quelconque pour mes prochains propos mais oui, c’est bien vrai, j’ai adoré le EP d’Harakiri For The Sky sorti il y déjà quelques temps sur Art of Propaganda.
Oui, oui, vous avez bien lu. J’aime bien la nouvelle vague, dite de post-black métal, qui incorpore des éléments post-rock aux ténébreuses abysses des sonorités du black pour créer une atmosphère mélodique et mélancolique sans pareil. Donc, avant que vous ne commenciez à me traiter de tous les noms possibles et inimaginables ou que vous me psalmodiez vos injures et vos idéologies qui me rappelle celles du Vatican sur le pourquoi du comment le black métal devrait rester ancré dans le moyen âge, s’encrasser dans le statu quo, s’enraciner dans le passé pour protéger des valeurs qui semblent appartenir à l’époque de la glaciation quaternaire, je vous invite poliment à retourner vénérer vos divinités septentrionales et votre style de vie viking et de me ficher la paix avec toutes ces absurdités puisque je m’en balance comme du mur des lamentations.
Par contre, si vous êtes un amateur d’Austere, Amesoeurs, Grey Waters, Lantlos, Heretoir, Todtgelichter, Ellende et plus nouvellement, De Arma, je vous invite fortement à porter une attention particulière à la formation autrichienne nommée ci-haut car, à mon avis, elle en vaut vraiment le détour.
Soite, il n’est pas faux de dire que certains de ces groupes aux mélodies un peu plus accessibles attirent (malgré elles?) des fanatiques de musique de tout acabit. Que ce soit le punk rockeur en mal de révolution, le métalleux qui se noie dans l’écume de la commercialisation qui pervertie sa propre scène, l’amateur de hardcore ou même le plus forcené des guerriers nordiques qui se voit dans l’obligation d’abandonner le drakkar parce que sa propre culture se refuse elle-même l’exploration d’eaux moins dogmatiques, personne ne reste indifférent face à ce son émergeant qui semble définitivement en déranger plus d’un.
Derechef, il va sans dire que tout ce beau monde n’arrive pas seul. Ils apportent avec eux tout un bagage d’influences musicales et, du même coup, tout un nouveau flot d’idées, concepts et opinions qui ouvrent de nouveaux horizons, notamment en ce qui attrait au discours tenu dans les textes et au idéaux prônés qui, avouons le, n’ont absolument rien à voir avec les préceptes habituels du black métal et de ses hymnes à propos du sang de la vierge marie, de l’épée de Conan ou encore du plaisir de faire la conversation avec une roche vieille de plus de 10 000 ans dans la tranquillité d’une forêt mystique.
Toutefois, force est de constater que parfois on pousse probablement la note un peu trop loin et nous avons ainsi droit à des formations qui s’égarent un peu trop des sentiers battus – je pense, entre autre, à l’over rated formation Alcest et son très moyen dernier album, Les voyages de l’âme. Mais détrompez-vous, je n’ai absolument rien contre le fait de faire évoluer son groupe au-delà des pseudos balises en place. Non, rien à voir. Seulement, je crois qu’il faut tout de même se garder un certain degré de latitude à explorer pour ne pas tomber du côté obscur de la lumière…mais peu importe, continuons.
Généralement, l’attitude empruntée par les groupes de cette nouvelle vague se rapproche étrangement de celle des punks des années 80 avec leur côté DIY (Do It Yourself) et leur éthique pour un monde plus juste et plus propre. Certains d’entre eux vont même jusqu’à préconiser un style de vie plus engagé et plus vert, exempt de toute drogue et, par dessus le marché, végétalien. Ils insistent sur le respect de la nature qui nous entoure et sur l’importance de préserver nos fébriles écosystèmes de la main destructive de l’homme. Évidemment, tout cela gravite autour d’un fort sentiment athée. Des idées qui, vous conviendrez, détonne violemment avec l’habituel souhait de voir le monde brûler dans les flammes de l’enfer pour l’éternité ou encore de le voir disparaître sous le givre des neiges éternelles pour des siècles à venir.
La coupure est à ce point drastique qu’elle enflamme les passions sur les médias sociaux et crée de nombreux débats sur les forums de discussion du merveilleux monde de l’internet. Une récente anecdote en lien avec ceci m’a particulièrement fait rigoler et je ne peux m’empêcher de la partager avec vous. Vous me pardonnerez donc cette légère interruption mais je me dois de relater ce pathétique épisode.
Donc voilà, l’excellente formation allemande Thränenkind (qui a évolué vers ce style musical avec le temps) ayant décidé d’apporter un peu de nouveauté pour la sortie de leur prochain opus (album intitulé The Elk qui devrait sortir au courant de la prochaine année)ont publié, via leur mur Facebook, une image qui nous montrait à quoi pourrait bien ressembler un futur gilet et du même coup, nous donnait une bonne idée des valeurs véhiculées par la formation. Une publication qui, au départ, se voulait fort banale et routinière mais qui s’est vite transformée en un un débat endiablé sur l’orientation sexuelle des membres et sur le fait qu’il ne sont pas dignes de leur porte-étendard.
Voyez-vous, la banderole en question, sobre mais efficace, rappelait un peu celle du groupe punk activiste canadien Propagandhi du temps de leur très politisé album Less talk, More rock. En effet, tout en haut, on pouvait lire le nom du groupe en blanc sur fond noir et juste en dessous, un gros A dans un cercle nous laissait tout de suite deviner leur penchant pour l’athéisme purificateur. Autour de celui-ci, les slogans «green-minded, anti-fascist, drugfree et anarchistic» formaient un autre cercle. Mais la vrai perversion de ce logo, l’outrage ultime, l’odieux sacrilège commis par Thränenkind, était que tout en bas, on pouvait clairement lire en grosses lettres blanches: VEGAN STRAIGHT EDGE BLACK METAL. Voici le lien pour les intéressés.
En quelques minutes, des tonnes de commentaires haineux à leur égard commencèrent à pleuvoir comme le jour du déluge. Tous et chacun se permettant de donner son opinion et d’étaler ses théories sur le satanisme et blah blah blah. Un vrai cirque! Je vous ne vous dit pas.
J’imagine que le groupe suivit le débat avec recul, mais surtout avec un regard amusé puisqu’il ne fallut d’à peine quelques heures avant qu’une réplique de leur part ne soit publiée.
Devant autant de colère, de haine et d’inepties, Thränenkind décida donc de publier un commentaire indiquant qu’à l’avenir le groupe se dissocierait complètement du mouvement black métal et de tous ses belliqueux puristes et élitistes figés dans le passé. La formation laissait derrière elle la nature archaïque et rétrograde de ce mouvement en remplaçant tout simplement le terme black métal pour celui de post-hardcore sur leur bannière. Maintenant, on peut lire sur la page Facebook de la formation que Thränenkind pratique un post-crustcore agrémenté d’une touche de post-rock. Haha! Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait bien marrer!
Bien sur, ce ne sont pas tous ces groupes qui optent pour cette vision et qui la partagent mais on sent qu’un vecteur pousse dans cette direction et en ce qui me concerne, j’en suis plus que satisfait!
Bon, cette petite incartade terminée, revenons à nos moutons et au EP D’Harakiri For The Sky.
Comme je disais en introduction, j’adore tout simplement cet album (et grâce aux merveilles des convertisseurs de vidéo Youtube en mp3, ça doit faire plus ou moins un an et demi, sinon plus, qu’il tourne régulièrement sur mon Ipod) et je ne me lasse toujours pas de l’écouter.
Ce qui me plaît particulièrement est que la formation ne tombe jamais dans le cliché mélodramatique avec ses insertions Post-rock. On ne s’éternise pas pour rien et on circonscrit au minimum les moments planant. Choix judicieux qui donne exactement la bonne dose et vous garde en alerte pour la suite.
À dire vrai, la qualité des sections de ce type sont telles que je suis bien obligé d’avouer qu’elles sont parmi les meilleures que j’ai eu la chance d’entendre jusqu’à ce jour. Elles s’incorporent aisément et judicieusement au travers d’une musique meurtrie mais sans jamais s’enliser dans un vortex de douleur et de souffrance qui peut finir par dégoûter et nous donner l’envie de lancer le disque par la fenêtre. Cependant, et ce sans aucun doute, nous avons droit à une musique tourmentée. Mais à mon avis, elle se situe plutôt dans le cadre d’un black métal mélodique qui flirte avec le rock mélancolique plutôt qu’avec le black dépressif.
Certes, Harakiri For The Sky ne réinvente pas la roue. Mais avec ce premier effort, il réussi tout de même à la faire tourner foutrement bien. Les arrangements sont ingénieux, la voix est juste et les courts moments de clean vocal auxquels nous avons droit (02:19 AM, Psychosis) ne viennent en rien gâcher le ton mais polissent plutôt avantageusement le grain guttural de J.J., chanteur de la formation. Les positions restantes derrière chacun des instruments étant tous comblées par M.S., seul et unique compositeur du groupe, Harakiri For The Sky ne sont donc que deux pour accomplir la totalité des tâches mais réussissent sans contredit à créer une musique hyper immersive et dès les premiers instants de Lungs filled with water, première des 5 pièces du EP, on s’oublie et s’abandonne totalement dans l’ambiance.
Aussi étrange que cela puisse paraître, cette musique me détend et c’est plus souvent qu’autrement que ce disque m’accompagne dans les bras de Morphée ou encore qu’il vient combler le vide sonore d’une soirée illuminée de quelques lampes à l’huile et bougies. Un album parfait pour une trame de fond et structuré pour passer un moment plus tranquille avec soi-même, voire même, en bonne compagnie.
Je crois que finalement, il faudrait aussi souligner l’excellent travail au niveau des guitares qui nous bercent constamment de mélodies à la fois mielleuses et nostalgiques mais aussi plus dures et grinçantes. On joue constamment entre des riffs qui semble vouloir nous faire exploser les coutures du cœur et d’autres qui vous donnent tout simplement envie de démolir des villes entières. Une belle réussite si vous voulez mon avis.
Tout ceci considéré, je vous invite fortement à vous procurer le format DIGIPAK de ce EP juste ici car je ne crois pas que vous le regretterez et vos 11 Euros plus shipping auront été définitivement bien investis.
Pour ma part, j’attends toujours la version vinyle qui devrait sortir d’ici la fin de l’été (toujours via Art of Propagandha) et qui contiendra une pièce inédite.
Sur ce, bonne écoute.
Cheers!





