Mare Cognitum
« Extraconscious Lucidity »
2012
« Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » se tourmentait déjà le philosophe et mathématicien Blaise Pascal en 1669 dans ses « Pensées ». Évidemment, depuis cette époque, les avancées technologiques du monde moderne, les multiples découvertes scientifiques et l’exploration spatiale ont su répondre à certaines interrogations de l’homme par rapport à l’univers qui l’entoure et grâce à celles-ci nous savons maintenant, par exemple, de quelles matières sont faites les étoiles et comment elles réussissent à émettre de la lumière pendant des milliards d’années sans jamais s’épuiser. Nous savons que la Terre n’est pas plate, mais plutôt de forme sphérique et qu’elle n’est, jusqu’à preuve du contraire, qu’une épave stellaire qui a su engendrer la vie bien malgré elle. Nous avons une bien meilleure idée de la mécanique quantique et de celle qui anime les astres autour de nous, une connaissance relativement approfondie de la «fabrication du réel» et de comment la vie a pu voir le jour et nous avons même l’audace d’aller jusqu’à prophétiser comment elle pourrait bien s’éteindre.
Nos accomplissements sont tels que nous avons réussi à marcher sur la lune, mis des centaines de satellites en orbite autour de notre planète, envoyé des dizaines de sondes aux confins de notre système solaire pour voir de quoi il en retournait et avons pris des quantités monstre d’images d’événements qui se produisent à des années lumières d’ici. Les voyages à la station orbitale internationale sont devenus si banals qu’ils n’attirent presque plus l’attention des médias. Bordel, nous avons même envoyé des robots sur Mars pour étudier sa composition géologique.
Malgré toutes ces innovations, toutes ces réussites, toutes les reconstitutions en laboratoire, les théories et les spéculations du monde scientifique, les vraies questions, elles, demeurent toujours. Aucune de ces réalisations, aussi géniales qu’elles puissent être, n’ont réussies à ce jour à nous donner, ne serait-ce qu’un seul indice tangible sur notre nature intrinsèque et sur le but de notre existence; l’angoissant ‘Pourquoi?’ persiste toujours et nous restons recroquevillé sur nous-mêmes, isolé sur notre cailloux dans notre coin de galaxie, effrayé de ce qui peut bien se trouver au-delà des limites de notre compréhension.
Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous radote tout ça, n’est-ce pas ? Eh bien loin de moi l’idée de transformer cette critique en un épisode de « Cosmos » de Carl Sagan, mais je ne peux faire autrement que débuter par une introduction comme celle-ci puisque la formation dont il s’agit aujourd’hui s’inspire directement de ce genre de réflexion pour créer son œuvre et j’ai nommé, Mare Cognitum.
J’utilise le terme « formation », mais à dire vrai, Mare Cognitum est un « One man band » de Santa Ana, USA, qui nous offre, à mon humble avis, un black atmosphérique des plus solide et qui se situe au-dessus de tout ce qui circule sur le net dernièrement.
Pour ceux qui sont peut-être un peu moins familier avec le terme « one man band », j’expliquerai ce dernier en disant qu’il s’agit d’une pratique assez fréquente dans le black métal et les « groupes » de ce type ne sont en fait composé que d’un seul membre qui fait tout, tout, tout.
Depuis la production du démo, en passant par l’écriture des textes et l’élaboration des pièces pour terminer par l’enregistrement final, tout est joué, composé, enregistré, produit, distribué etc. que par une seule et unique personne. Une discipline qui, vous comprendrez, demande énormément d’organisation et surtout de talent et Mare Cognitum ne fait pas exception à cette règle.
Ceci étant dit, formé en 2010 par Jacob Buczarski, Mare Cognitum n’a pas chaumé depuis ce temps et à déjà deux LP à son actif. Le premier, « The Sea Which Has Become Known », est un bon album mais tire plus ses racines dans le black dépressif et je vous laisserai le plaisir de le découvrir par vous-même si le cœur vous en dit. Celui qui nous intéresse plutôt ici est le deuxième, « An Extraconscious Lucidity« , sorti l’année dernière, soit le 26 Juin 2012.
Mais tout d’abord le nom : Mare Cognitum. D’où vient t’il ? Que veux t’il dire ?
En fait, c’est simple. Mare Cognitum est l’appellation donnée à la « mer de la connaissance », un bassin lunaire baptisé en 1964 par la NASA après que l’engin spatial Ranger 7 s’y soit déposé.
Tous ceux qui osent encore lever les yeux vers la nuit pour s’émerveiller devant l’éclat de son ciel comprendront pourquoi ce nom est un choix judicieux. Parce qu’en plus d’être une expérience extrêmement intéressante au niveau du son, Mare cognitum est aussi un essai sur la (non)connaissance de l’homme et de sa place dans le grand dessein de l’univers. Le nom colle donc tout à fait au concept du « band » qui est respecté à chaque mesure et, au final, on nous propose une musique aux allures glaciales et désolantes, mais aussi au paysage allégorique et harmonieux.
L’album s’ouvre en effet sur différents échantillonnages et sonorités qui rappelle un vieux film de science-fiction et pose rapidement la ligne directrice de l’ambiance recherchée. C’est envoûtant et feutré et dès les premiers instants on a l’impression de se retrouver passager à bord d’une navette spatiale pour un voyage d’introspection tortueux avec Mare Cognitum aux commandes.
Après quelques planantes secondes, c’est la guitare qui démarre habilement le compte à rebours. Les moteurs s’échauffent au son de la batterie qui annonce une mise en orbite éminente et le décollage s’avère parfait lorsque le ‘blast beat’ s’installe. On traverse rapidement la mésosphère musicale pour atteindre l’altitude désirée et ainsi reprendre une rythmique plus stable. C’est à ce moment que le vocal déchiré nous accroche à notre sinistre trajectoire pour une cinquantaine de minutes d’angoisse dans le vide sidéral.
Pour tout dire, les habiletés de musicien de monsieur Buczarski sont si étonnantes qu’il en vient presque impossible de conclure quel est son instrument principal tellement tout est exécuté de main de maître. Il contrôle tous les aspects de sa création de façon hyper convaincante et livre une impressionnante prestation. Et je ne fais pas seulement référence à la musique mais aussi à la qualité de la production. Je ne suis pas un expert dans le domaine mais après plusieurs écoutes, je n’ai su relever aucune fausses notes ou défaut d’enregistrement. Tout est immensément droit sur ce disque.
Les six titres du LP ellipses tous autour d’une structure composée de long « riffs » mélodique, d’une succession de tempo rapide, moyen et lent ponctués d’interludes ambiantes, glaciales et dépressives très prenante qui aide à garder l’effet « grim » tout au long de l’album. Personnellement, j’adore.
Pour terminer tout ça, je résumerai simplement le tout comme une excellente célébration musicale à propos de l’absurdité de notre espèce et de ses pseudo conflits de race, religion etc. qui apparaissent bien vide de sens lorsqu’on réalise toute l’insignifiance de notre place dans l’univers. C’est un hymne à la prise de conscience du fait qu’en fin de compte, l’homme n’est rien et qu’il se doit, malgré tout, de donner un sens à sa vie dans tout ce foutoir.
Si vous désirez vous procurer la copie physique de ce disque vous pouvez le faire pour la modique somme de 10.00$, livraison incluse, à cette adresse ou vous pouvez aussi choisir d’encourager Mare Cognitum via leur Bandcamp en téléchargement le tout pour le montant qui conviendra le mieux à votre portefeuille.
Cheers !





