Vous arrive t-il parfois d’avoir le goût de sortir un peu des sentiers battus ? De vous laisser aspirer dans un vortex sonore unique et une expérience musicale quasi incomparable pour ne revenir qu’une fois étant complètement déconstruit et repensé ? ? Si la réponse que vous avez envie de donner est oui, j’ai peut-être une formation qui saura vous plaire.
Au caractère éclectique et aux accents sans pareil, il est extrêmement difficile de classifier et de venir déposer un étiquette sur l’essence de ce jeune duo formé au UK en 2009. Déjà fort de deux LP et d’un EP, Sleeping Peonies vogue constamment à la dérive sans jamais s’ancrer dans une mouture simple et en empruntant toujours plusieurs chemins. Il tire leur inspiration de nombreux genres et sous sous-genres musicaux et si je dois absolument me mouiller pour le bien de cette revue, je dirais qu’il s’agit de quelque chose qui pourrait peut-être ressembler à un « post-black métal minimaliste aux ambiances expérimentales qui prend le détour du shoegaze post-rocké sur les bords ». J’ai même lu l’appellation « Dreamo » quelque part…
Bien entendu, cette description est tout à fait ridicule, mais il faut bien se rendre à l’évidence que chaque influence mentionnée ci-haut est utilisée et intégrée dans un tout absolument hallucinant et dément qui vous glacera le sang. Parce que oui, quand je parle d’ambiance je ne fais pas référence à celle d’une fête d’amis ou encore celle d’un carnaval pour enfants. Je fais plutôt référence à une ambiance sombre et sulfureuse, quelque chose de pestilentielle qui vous afflige et vous laisse par terre la gueule ouverte souhaitant ne jamais avoir vu le jour. Sleeping Peonies vous offre tout simplement un voyage toutes dépenses payées vers vos démons intérieurs et vos angoisses les plus ténébreuses. Vous aurez été avertis…
Même si leur musique est très tourmentée, il y a aussi ce petit « je ne sais quoi » qui la rend remplie d’espérance et de regards tournés vers l’avenir. Elle a cette forme d’éloquence qui l’enrichie d’une grandeur majestueuse et qui rappelle l’étoffe du rêve ou devrais-je plutôt dire celle du cauchemar. Une sorte de rêverie obscure qui flotte constamment entre les mesures et qui se mélange entre l’espoir naïf et l’anéantissement complet, le bonheur et la détresse, l’abandon et l’accomplissement. Quoiqu’il en soit, leur musique reste définitivement complexe et il en sera de vous pour en tirer vos propres conclusions.
Ce qui me plaît aussi énormément chez Sleeping Peonies est la nature parfois cinématographique de leur musique. Il arrive à l’occasion, dans certains moments plus langoureux de certains morceaux, de ressentir l’impression que l’on fait partie de la soundtrack d’un film d’épouvante et ce duo réussi à nous foutre les ch’tons et nous faire lever les poils sur les bras tellement c’est bien fait.
Tout ceci est enveloppé par les échos des guitares torturées à la distorsion qui grince, par les cordes acoustiques si simples mais si efficaces lorsqu’elles se doivent de l’être, par une atmosphère feutrée aux claviers de toutes sortes mais surtout animé par les cris déchirants et affligés qui trament tout au long des différentes pièces qui sont livrées avec cœur et passion. Nous avons aussi droit à de subtils moments au doux vocal féminin qui nous laisse respirer un peu avant de reprendre sauvagement le tempo.
A priori, vous verrez, il y a quelque chose de franchement inquiétant à la première écoute de n’importe lequel des trois albums de Sleeping Peonies. Cependant et à mon humble avis, il est impossible de bien saisir toute l’ampleur de la profondeur qui s’y trouve. Il faut d’abord s’installer seul, mettre des écouteurs, fermer les yeux, focuser, écouter, ré-écouter, laisser de côté, y revenir, écouter encore et puis soudain, lorsqu’on a bien saisi et qu’on est prêt pour le voyage proposé par ce duo, tout devient clair et on découvre alors du génie.
Avant de terminer, je vous rappellerai qu’il ne faut pas être pressé pour découvrir Sleeping Peonies. C’est une adaptation de longue haleine qui vous demandera probablement un certain effort et autant pour les moins initiés que pour les amateurs aguerris de sonorités particulières, il faut prendre le temps de s’impliquer pour être à l’aise et apprécier leur offrande puisque leur musique est très intense et tout sauf accessible aux oreilles « grand public ». Elle n’est pas cependant intense dans le sens de la vitesse ou quoique ce soit, non. Elle est plutôt intense dans le sens propre du terme, c’est-à-dire qu’elle est puissante et d’une très grande force. Mais ce n’est vraiment qu’au moment ou elle a été bien absorbée et bien digérée qu’on commence à la cerner dans toute sa splendeur et ce n’est vraiment aussi qu’à ce moment que la musique de Sleeping Peonies nous apparaît sous son vrai jour, soit, dans toute son horreur paralysante mais aussi dans toute sa beauté affligeante.





