Lieu: Club Soda

Jour: 22 décembre 2012

Heure: 20h

Profs: Beyond Creation, Ghoulunatics, BARF

Sujet du cour: Kickage de culs, riffs de la mort, hymnes indémodables, persévérance et discipline

Nombre de crédits: 666!!!!!!

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Si une École du Métal existait au Québec, c’est le genre de convocation que risqueraient de recevoir les éventuels étudiants.  En attendant que ça arrive un jour, c’est une formation accélérée qui a été offerte à la plusieurs centaines de fans de courte et longue date qui s’étaient retrouvés, malgré la température de cul ou les party des Fêtes, au 1225 St-Laurent pour festoyer et lâcher son fou.

La première leçon a été offerte par un des groupe-phare de la scène Métal Technique d’ici: Beyond Creation.  Depuis 7 ans, la formation bosse fort pour se faire une place au soleil afin de se faire connaitre au Québec et ailleurs dans le monde.  Le goupe suit les traces d’Augury et Gorguts et n’a rien à envier aux Obscura, Theory in Practice ou The Faceless de ce monde.  Avec la dure tâche d’ouvrir une soirée attendue depuis longtemps, Simon, Kevin, Dominic et Phillipe nous ont démontré l’étendue de leur talent, relevant le défi de main de maître.  La force première de ces montréalais, c’est qu’au-delà des prouesses techniques plus qu’impressionnantes, ils réussissent à créer des ambiances complexes mais aussi mémorables.  Les riffs restent longtemps dans la tête, bien qu’ils soient extrêment diversifiés.  Un son qui demande tout de même un minimum de concentration, ne serait-ce que pour apprécier le jeu extrême des guitaristes, du bassiste et du batteur.  Complètement hallucinant (et hautement décourageant) de voir ces quatre musiciens manier leurs instruments, torturant sauvagement et habilement les innombrables cordes alors que la rythmique explose dans un fracas constant, violent mais remplis de subtilités.  Le tout joué avec un évident plaisir et une symbiose parfaite.  La foule, complètement subjugué par tant de notes défilant à très haute vitesse, pianotées en totale synchronicité, se laisse tout de même aller en se défoulant sur certaines pièces ou passages plus brutaux tirés de leur courte discographie.  Les nouveaux morceaux joués samedi nous démontre une fois de plus que Beyond Creation est en voie de devenir une référence dans le genre, autant auprès des musiciens que pour les fans de métal extrême. Une preuve que les fortes mélodies et les prouesses de virtuoses peuvent faire très bon ménage.

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Un autre enseignement allait nous être promulgué au retour de l’entracte: Fouttez-vous des étiquettes, trouvez votre style et un jour vous aurez la reconnaissance qui vous est due.  Et qui mieux que les Ghoulunatics pour nous en faire la preuve.    Depuis 1994, les 5 musiciens, Pat Mireault, Gary Lyons, Pat Gordon, Francis Dubois et Brian Craig ont tenté de créer un son original et reconnaissable.  Et l’effort a porté fruit car, aujourd’hui encore, peu de formations ont réussi le pari.  Il est cependant plutôt ardu de définir leur style.  On y retrouve une bonne dose d’Hardcore, surtout dans le son et le débit de la voix du chanteur, rappelant l’époque de  »Just Look Around » de Sick of it All et aussi quelques vestiges de Carcass.  Du côté musical, c’est d’avantage le Thrash, le Death et même le Rock and Roll.  Le tout donne un produit unique à la fois groovy, accrocheur et violent. Véritable vétérans du métal québécois, leur force tenait aussi au fait d’avoir utilisé les deux langues officielles, comme quelques uns à l’époque, démontrant avec brio que l’on peut écrire de l’excellent métal en français.  Outre le talent de composition, un autre élément a permis aux Ghoulunatics de se démarquer: le côté  »théatrale » et hyper énergique de leurs prestations.  Un show des  »Kings of the Undeads » est une expérience à voir et à revoir au moins une fois dans sa vie.  Ceux qui ont suivi de près leur carrière au fil des années ont été marqués par la présence sur scène du frontman.  Imitant à certains moments une gargouille de cathédrale ou prenant la pose du Christ sur  »Sabacthany », Pat saute, danse, et exploite tout l’espace disponible, tel un Elvis Presley sorti de sa tombe et étant retombé sur sa réserve de speeds.  Et en ce show de retrouvailles, plusieurs ont pu voir que les vieux fans avaient raison de jubiler lorsque leur retour tant attendu fut annoncé.  Peu avait eu la chance de les revoir sur scène durant les 5 dernières années, leurs apparitions se faisant rare comme un bon film de d’horreur.  Ils nous ont lancé au visage un set solide, composé des oeuvres marquantes tirés de leurs 5 albums.  Une retrospective joué avec un bonheur évident, enlignant les  »Nature Morte »,   »Mélodrame »,  »Plénitude »,  »Monstrueusement Vôtre »,  »Red Shovel »,  »Grave Concern » et bien d’autres morceaux où le sang, le meurtre, la décadence et la folie sont mis bien en évidence.  Mais les Ghoulunatics, malgré les thèmes sombres de leur répertoire, ne se prennent pas au sérieux et c’est ce qu’on aime d’eux.  On a droit à quelques pas de Gangnam Style et de saut à la corde et même un  »Wall of Zombies »!  Non, les Ghoulu n’ont pas perdus la main, même s’il est vrai que plusieurs des musiciens (Pat Gordon, Gary Lyons et Brian Craig) ont ou sévissent toujours au sein des Ékorchés et Buffalo Theory Mtl.  Un retour à la vie réussi et pour ceux qui voudrait recommencer l’expérience, rendez vous au  DRUMMOND METALFEST 5 le 9 février 2013.

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Les vétérans de la scène québécoise, Barf, avaient aussi un message à passer aux plus jeunes: les musiciens et les fans vieillissent, mais le Métal lui, n’a pas d’âge.  C’est à la demande de Marc Vaillancourt, le charismatique  »gueulleux » que Denis Lepage a décidé de reprendre sa guitare et de reprendre le chemin du local de pratique.  Appuyé par deux nouveaux membres, Dominic  »Forest » Lapointe et Carlos Araya, les Blasting All Rotten Fuckers ont rouvert la porte à cette vague de retour de vétérans du métal québécois que l’on a pu voir cette année.  Mais alors que les Ghoulunatics, Overbass, Groovy Aadvark, Hidden Pride, Paroxysm, Decerebration n’ont fait que quelques rares apparitions, Barf s’est relancé dans une longue tournée qui les a amené aux quatre coins de la province et même en Ontario.  Un retour aux sources pour les deux membres fondateurs qui ont sillonés les routes, se produisant dans des bars de régions et même des sous-sols d’église depuis près de 26 ans.  Et cette tournée, c’est au Club Soda qu’elle se terminait.  Une réelle célébration de violence brute.  Marc a été fidel à lui-même, hurlant sa hargne légendaire avec sa voix puissante et déchirée, comme si il avait encore 20 ans.  Denis a plus que jamais cette facilité à jouer ces riffs mémorables qui ont aggrémentés plus d’un party de  »pouêles », nous faisant revivre autant les albums  »Tumultes » que  »Catharsis ».  Dès leur premier démo, »Social Disorder » (1986), les textes étaient dénonciateurs et Marc a profité de plusieurs moments pour nous cracher sa rage contre les injustices sociales.  Tout y est passé: le Printemps Érable, le départ de Charest et les frasques du matricule 728… Leur hardcore brutal s’apprêtant on ne peut mieux à ces dénonciations, et quel défoulement collectif cela a créé!  Avec un Carlos puissant derrière la batterie (malgré l’inconfort d’une gastro…), et un Dominic qui avait eu la chance de bien se réchauffer avec sa formation Beyond Creation en début de spectacle, Barf a enchainé ses vieux succès et tout la foule chantait ces refrains connus par coeur:  »Artificial Peace »,  »Wo Wo Tabarnak »,  »Life »,  »Television »,  »Intoxicated », etc…  Étrange d’entendre ces pièces cultes avec une telle production, dans une salle 10 fois plus grande que ce qu’ils avaient l’habitude de faire il y a 15 ou 20 ans.  Mais c’est une place qui leur est due, vu leur talent comme musiciens et faisant partie à part entière du paysage musical québécois.  Et si il y a quelque chose que Barf n’a jamais renié, c’est bien ses racines nationales.  Ce qui nous a amené à la traditionnelle  »Bastringue », encore plus puissante que dans les souvenirs, avec ce retour en force et les nouveaux collaborateurs. Un beau moment qui nous rappelait que nous étions en plein temps des Fêtes.  Et qui dit Fêtes, dit cadeaux.  Et les enfants chéris du Métal d’icitte nous en ont fait tout un en nous annonçant un retour en studio pour 2013!!!  Donc, pour les nostalgiques, les amateurs de métal authentique et les autres qui attendaient impatiement le retour définitif de ces monuments, ce sera votre chance de les voir, ou revoir, dans une salle près de chez-vous dans un avenir rapproché.  Après nous avoir joués l’essentiel de leur répertoire, dont les incontournables reprises  »Le Ptit Poisson » de Damnation et  »Mouton Noir » de Plume, les musiciens ont pris une légère pause pour revenir nous offrir en rappel la sombre  »Hymne à la Mort ». S’en suit, comme dernière offrande  »Minuit Chrétien », totalement de circonstance et, en bonus, la présence sur scène des amis de longue date Oscar Souto et Stéphane Audet, venu joindre leur voix à celle de Marc, Denis et de la foule en liesse.  Un grand moment qui restera à jamais gravé dans nos mémoires de métalleux, jeunes et vieux.

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Une excellente soirée et je crois que plusieurs personnes présentes auront à reconsidérer leur palmarès des shows de 2012, moi le premier.  Et espèront que les membres de formations qui y ont assisté et qui veulent percer et se démarquer ont pris beaucoup de notes car ces 3 maîtres du métal qui sont venues nous montrer qu’ils ont encore beaucoup à offrir.  Suivez leur exemple et peut-être aurez vous la chance d’avoir aussi votre place au Hall of Fame du Métal Québécois…

*Ondes Chocs remercie chaleureusement Marc et Barf pour nous avoir permis d’assister à ce spectacle et CHEERS! à tout les amis, musiciens et partenaires rencontrés en cette froide soirée d’hiver.