Un vent glacial soufflait sur la ville en ce samedi soir, annonçant la venue de la saison morte. Ou peut-être était-ce aussi pour accueillir la venue de 3 grands noms du métal européen en sol québécois… L’équipe BCI avait choisi pour ce nouvel évènement la salle du mythique Club Soda, une magnifique salle du centre-ville, l’endroit rêvé pour apprécier la performance de Varg, Wintersun et Eluveitie.
C’est la toujours charmante (et débordée) Nathalie qui me reçoit et qui me remet mon entrée. Je me sens alors extrêmement prévilégie compte tenu du fait que le spectacle est à guichet fermé depuis près de 3 semaines. La salle est bondée, la bière coule à flot, certains sont maquillées et la table est mise pour une soirée à saveur nordique qui s’annonce mémorable.
Les loups germaniques de Varg ont déjà commencé leur massacre, le visage peinturé de rouge et de noir, à grand coup de black metal païen, teinté de touches moderne. Dans certains passages, on croirait entendre Rammstein, mais sans le côté techno. Cependant, la comparaison s’arrête là car c’est un métal belliqueux que nous livrent les allemands. La fureur est telle que les adeptes d’hymnes guerriers n’ont pas à se faire prier pour former le désormais incontournable »wall of death ». Le fait de voir cela en début de spectacle est de bonne augure, signifiant ainsi que la foule sera énergique et hautement participative. Freki, le frontman, hurle avec rage et se laisse aller à quelques chants gothiques sur la sombre et dénonciatrice »Was nicht darf », tirée de leur dernier album »Guten Tag ». On retourne ensuite vers le passé avec la violente mais entrainante »Rotkäppchen », et on »hail » à tout rompre dans la salle, des centaines de poings levés bien haut. Varg est sans contredit une machine de guerre redoutable et quelque chose me dit que nombreux seront les (nouveaux et anciens) fans à leur prochaine venue, surtout si ils sont en tête d’affiche.
Et si cela est vrai pour Varg, que dire de l’accueil réservé aux peu productifs mais oh combien talentueux Wintersun. Certe, certain diront que ce sont d’excellents musiciens qui profitent de leur (trop rare) performance pour démontrer leur virtuosité. Je suis tout à fait d’accord mais ce groupe a sa place au Panthéon de virtuoses. Leur death métal mélodique à tendance progressive m’a laissé bouche bée. La puissance de frappe du batteur est phénoménale et d’une rapidité équivalente aux jeu frénétique des guitaristes. Les notes mélodiques se superposent aux riffs black metal, tandis que Jari Mäenpää, le leader, hurle férocement, accompagné par la voix chaude du bassiste. Tels des ménestrels modernes, les membres entonnent en canon une triste balade qui s’électrifie progressivement pour devenir épique à souhait. Le son est glacial, comme un ruisseau crystallin qui coulerait dans les montagnes de leur Finlande natale. Mais celui-ci devient un violent torrent et la tempête se lève lors de l’intense »Battle Against Time ». Mon pauvre cerveau usé en a même de la difficulté à en absorber toute la complexité et la densité. Le chanteur est on ne peu plus enthousiaste, saluant les fans aussitôt qu’il le peut, un large sourire sur le visage. Il faut dire que la foule scandait »Wintersun » haut et fort avant même qu’ils n’embarquent sur scène. Plusieurs fans un peu trop tardifs se sont sûrement rongé les ongles au sang lorsque les billets se sont épuisés, comme celui, rencontré plus tard, et qui a déboursé 100$ pour assister à la première venue de son idole en sol canadien. Les musiciens nous ont généreusement 4 pièces de leur premier opus dont Starchild comme dernier morceau, après entre autre »Time », tirée de l’album du même nom paru plus tôt cette année. Une prestation sans failles, fidèle à l’album et qui risque fort bien de se retrouver dans mon palmarès des performances de 2012.
Les helvètes d’Eluveitie n’en étaient pas à leur premier arrêt à Montréal mais plusieurs amateurs s’étaient donné rendez-vous pour les recevoir à leur juste valeur. C’est sur un fond sonore majestueux que les 8 musiciens aguerris ont prit possession de la grande scène. Anna Murphy, armée de sa vielle à roue, nous invite de sa voix envoûtante à découvrir leur nouvel album qui sera joué dans son entier. Les riffs sont accrocheurs et quelques instant plus tard, Chrigel ajoute sa voix rageuse et rauque aux sons du violon, de la cornemuse, des guitares, de la basse et de la batterie. On passe aisément du death mélodique digne de l’âge d’or de Gothenburg pour ensuite se laisser aller sur les airs tradionnels pas étrangers à notre propre folklore. Tous les instruments sont en symbiose, aucun plus en vedettes qu’un autre. Excellente performance de la chanteuse qui entame une déchirante complainte, seule sous les projecteurs. Après s’être surement gorgés d’hydromel (ou de potion magique…), ses comparses la rejoignent et c’est avec furie que toute la troupe nous transporte des forêts sombres de Bretagne aux landes désolées d’Écosse. On a même droit à un moment de romantisme lorsque des roses sont disribuées dans la foule et même un collier à une demoiselle choisie par le chanteur. Je comprends alors l’engouement de cette formation chez certains adeptes de la gente féminine. La mer de monde se scinde en deux sur l’intense »The Uprising » et les fans se déchaînent furieusement, à la grande approbation du chanteur. S’en suit »Alesia », et la brutalité des champs de bataille se fait ressentir dans la voix de Mlle Murphy qui nous dévoile une autre facette de son talent en gueulant à plein poumons. Le retour de la trame sonore nous rappelle que la soirée tire à sa fin, l’album »Helvetios » en étant à sa dernière pièce. Mais les Suisses n’allaient pas nous laisser rentrer sans nous avoir offert quelque cadeaux en ce 10ième anniversaire d’existence. Ils nous livrent quelques pièces de leur imposant répertoire, dont »Inis Mona », meilleure interprétation de »Tri Martolod » depuis celle d’Alan Stivell il y a quarante ans, nous faisant oublier les infâmes Manau… Une fête celtique parfaitement réussi.
C’est une foule épuisée mais hautement satisfaite qui a par la suite envahi la rue St-Laurent et les bars de la rue Ste-Catherine, tous conscient d’avoir assisté à un moment magique. BCI vous invite à un autre évènement du genre au Foufs cette fois, l’année prochaine, alors que les barbares de Turisas viendront tout détruire le 8 février 2013. Ondes Chocs les remercie de tout coeur de la confiance qu’ils nous portent et on se revoit là-bas, peu importe si l’hiver s’installe pour de bon, le métal et l’alcool étant là pour nous réchauffer le coeur!






