Combien de temps ça prends à un cerveau normalement constitué pour se remettre d’une série de coups de drill trempée dans le vitriol? C’est l’impression que j’avais à la sortie des Foufs hier soir.  Une soirée d’une extrême violence organisée de main de maître par Apocalypse Metal, première étape de la tournée d’Anaal Nathrakh en territoire canadien. Les formations québécoises Obscurcis Romancia, Vengeful et Unhuman avaient aussi été mises à contribution pour ouvrir ce véritable carnage.

Les hostilités ont débutés à 19h30 lorsque Obscurcis Romancia, revenu d’une longue période d’hibernation.  La bête en est sortie affamée et désirait vraissemblablement se nourrir de l’enthousiasme de ses fans.   »Beware the Moon » et  »Mournful Darkness », entre autres, furent l’occasion pour le combo Black/Death de donner la couleur de leur nouvelle direction.  Je dirais d’emblé que le clavier complètement déchainé permet à Obscurcis Romancia de se démarquer des autres groupes du genre, du moins au Québec.  Les notes de piano, souvent pure et sans artifices, virevoltent furieusement au travers des riffs tortueux et envellopants.  Du bon Black, rapide et meurtrier, appuyé par la voix tour à tour gueulée ou hurlée du chanteur.  En pleine forme, celui-ci donne un bon spectacle, rôdant sur la scène, le regard plein de rage.  Les autres membres sont resté un peu plus sobre par contre, à l’exception du pianiste, aussi fou que ses partitions.  Espèront qu’ils reprendront un peu d’aisance sur scène au cour de cette longue tournée.  Leur courte prestation s’est terminée sur une autre pièce de leur nouvel opus  »Theatre of Deception », la lugubre  »In Memoriam ».  À la fois sombre et passionnée, collant parfaitement au nom du groupe.

Au tour de Vengeful, au retour de l’entracte, de nous assiéger avec son Death lourd et brutal.  Après 7 ans de carrière, où albums, shows et musiciens se sont succédés, c’était l’ultime spectacle montréalais, car les membres ont décidé de poursuivre d’autre chemins séparés.  Les derniers adieux se termineront le 30 mars devant un public abitibien… Mais qui sait, peut-être les reverront-nous dans un avenir lointain car avec ce que j’ai vu hier, ces gars là aiment ce qu’ils font et ils le font bien.  Du gros death sale et intense où tout les éléments typiques sont réunis: le drum dans le tapis, de bons gros riffs bien pesant incitant à  »slammer en rond » et une bonne vois gutturale, qui punch aux bonnes place.  Le band se laisse aller, à part le chanteur lors des moments où il n’est pas sollicité.  Peut-être que je me trompe mais il semblait s’ennuyer à ces moments là de la guitare qu’il tenait dans une précédente incarnation du band.  Mais lorsque son tour vient de déverser son fiel sur la foule, il joue son rôle parfaitement.  Et il fût encore plus à l’aise lorsqu’Étienne, ex-bassiste et Marc-André, premier chanteur, se succédèrent à ses côtés pour nous offrir un duo de beuglements féroces.  Une foule un peu amorphe aussi, qui malgré une bonne session d’headbanging, semblait réticent à s’engager dans un slam.  Il eut fallu l’invitation du chanteur pour que soudain le bon vieux  »rentre dedans » commence et se termine aussitôt car Vengeful décida de nous quitter sur un morceaux plus contemplatif, mais d’une monstrueuse lourdeur, presque doom.  Mais je je m’inquiète pas pour ces gars-là, car je suis sûr et certain qu’on les reverra d’ici peu…

Une autre pause, une autre cigatrette, une autre bière et… Ouate de phoque! Avez-vous déjà déboulé un escalier roulant qui monte?  Moi non plus mais c’est comme ça que je me sentais lors de la prestation d’Unhuman.  Ça tourne, ça roule sans fin et tous nos repaires disparaissent au fur et à mesure que les pièces s’enchainent.  D’une virtuosité époustouflante, les 4 musiciens (dont 2 qui sévissent au sein de Teramobil), nous distribuent un tir nourris de notes et d’accords, mais sans pour autant sacrifier le côté mélodique.  La bass 7 cordes n’est pas ici pour le  »flash », car chaque corde est sollicitée, tout comme chaques pièces du drum.  Le côté inhumain du groupe se retrouve aussi, et surtout, dans les sons émits par Youri, le  »chanteur », qui revient tout juste d’une tournée japonaise avec Cryptopsy.  Il est chargé à bloc et sa priorité est sans contre-dit d’avoir du plaisir avec ses chums sur le stage ou dans la salle.  Les petits pas de samba côtoient le headbanging.  Tout comme dans les morceaux choisis ce soir là et qu’on espère voir sur un album très bientôt, histoire de rattraper ces notes perdues… Les clins d’oeil sont nombreux (punk-rock+Passe-Partout, Faceless…) et ce mélange de riffs ludiques et  brutaux est parfaitement réussi.  Le public participe avec joie, surtout au moment où on lui demande de montrer aux Britanniques qui finiront la soirée que le Québec n’est pas considéré comme la capitale du métal pour rien.  À suivre pour les amateurs de sonorités qui sortent de l’ordinaire.

Je me demandais bien comment allait sonner le duo anglais Anaal Nathrakh live.  Première surprise, ce sont 5 musiciens qui se chargeront de reproduire sur scène ce Black apocalyptique.  Deuxième surprise, les gars ont plus l’air d’un band de Death.  On n’a pas droit aux maquillages caractéristiques du genre musical ni aux habits gothiques que plusieurs fans arborent fièrement ce soir là.  Dès les premiers accords, c’est l’hécatombe sur le parterre.  La foule monstre attendait depuis longtemps la venue du phénomène de l’heure et ne s’est pas fait priée cette fois pour trasher furieusement.  Le chanteur hurle ses couplets, cherchant par contre sa voix sur les refrains plus métal (tout comme le technicien de son d’ailleurs).  Les choses se replacent par la suite et il entonne toutes les paroles de façon extrêmement convaincante tout le long du show, prenant le temps de discuter entre les pièces avec le public.  Tout va bien, jusqu’à se qu’il parlent des élections américaines.  Un fan  »je m’en foutiste » se fait un peu rabrouer mais on passe par dessus et la soirée reprends de plus belle avec  »Between Shit and Piss We Are Born ».  La violence froide du Black, la brutalité du Death et les hymnes légèrement épiques du NWOBHM, tout y est pour créer un maëlstrom des plus extrème.  Peut on surpasser un tel niveau de haine et violence?  Sûrement mais ces gars-là mérite leur place dans le palmarès des bands les plus dévastateurs de l’heure.  Dave Hunt utilise son micro comme une arme de torture, s’étranglant et se frappant,et gueule ses textes misanthropiques, tout en parcourant la scène, en presqu’adoration devant ses musiciens.  Son chant clean sur  »Forgings Towards the Sunset » n’est est pas lamenté comme on en retrouve souvent chez d’autres formations.  C’est peut-être ce qui amène un peu d’humanité dans cette bestialité musicale.  Mais malgré ce mur de son, où guitares supersoniques et blastbeats de drum compétitionnent, l’ensemble demeure étrangement mélodique.  Et cette fois, la trame sonore superposée ne vient pas ajouter des voix angéliques ou des claviers envoûtant.  Ce sont d’avantage des choeurs de cris malsains qui ont été échantillonés, ce qui crée une ambiance encore plus malsaine.  Quelques ennuies de moniteur viennent par contre couper quelque peu le rythme du set, obligeant Kenney, le guitariste et cerveau derrière cette musique infernale, à bidouiller sur son équipement, mais rien (ou presque) ne transparaît et je peux dire sans me tromper que cette première étape de cette tournée canadienne qui dévastera Trois-Rivières ce soir, fût un grand moment, apprécié autant par la foule que par le band.  Le tout s’achève sur 3 pièces en  »rappel » (le band préférant les jouer tout de suite au lieu de jouer les Rock Star qui se font priés par la foule, compactés dans leur loge) dont  »More Fire Than Blood » et la non moins haineuse  »Of Fire, and Fucking Pigs » et plusieurs téméraires en profite pour  »stage diver », à la demande du groupe.  Intense et mémorable.

Un line-up audacieux et un très bon coup de la part d’Apocalypse Metal d’avoir réussi à amener ce band qui a longtemps refusé de se produire en spectacle, ainsi que d’avoir donné la chance à Obscuris Romancia (qu’Ondes Chocs remercie grandement de l’invitation) de retrouver son fidèle public, à Vengeful de se produire une (peut-être) dernière fois devant ses fans montréalais et à Unhuman de nous faire chier en nous faisant attendre impatiement pour un (ou des) albums studio!!!

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