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Underling

« Crows »

2013

 

Il faut bien l’avouer, il n’y a pas si longtemps que ça, le black métal des USA (USBM) était regardé de haut et tourné au ridicule. Considéré avec mépris et dédain par des hordes de détracteurs récalcitrants (pour la plupart tous européens), ils ne leur suffisaient que de voir l’acronyme de nos voisins du sud dans la biographie du band pour aussitôt s’y en désintéresser avec antipathie et prétention.

Pour ma part, sans être en total désaccord avec eux, je me rangeais plutôt dans la catégorie de ceux qui préfère toujours donner une chance au coureur mais jusqu’à très récemment, force est de constater que plus souvent qu’autrement, peu de marathoniens réussissaient à franchir la ligne d’arrivée.

Or, avec le temps, la scène américaine a prit de la maturité en ne cessant d’évoluer et de se moderniser. Elle s’est concrétisée autour d’un petit noyau d’irréductibles et d’un ardent désir de s’affirmer à la face du monde – il ne suffit que de penser à une formation comme Deafheaven – et aujourd’hui, grâce à la persévérance de ces quelques acharnés, cette époque peut définitivement apparaître comme une histoire du passé. L’USBM se démarque et se fait remarquer de plus en plus.

Bien entendu et à ma très discutable opinion, aucun d’entre eux n’est encore parvenu à créer des particularités musicales uniques comme certains groupes de la scène hellénique ont pu le faire, mais on y arrive petit à petit et c’est bien comme ça.

Par contre, à ce jour, plusieurs formations arrivent tout de même à surprendre et à étonner; sans compter le fait qu’avec tous ces groupes qui, entre autre, émergent de la nouvelle vague dite de « cascadian black métal » (Fell Voices, Alda, Addaura, Ash Borer, Panopticon, etc.) qui innovent avec des tonalités et des idées qui contrastent énormément avec l’obsession de « l’élite black metal » pour le statu quo – et je ne fais pas seulement référence à la musique, mais aussi au concept idéologique – et hormis le fait qu’au-delà des Xasthur, Léviathan et Wolves in the throne room déjà bien établis et reconnus parmi les grands, plusieurs jeunes formations prometteuses semblent vouloir s’imposer avec leur prestance et leur son.

D’ailleurs, celle qui fera l’objet de cette critique ne fait pas moins honneur à ces derniers et semble nous arriver de nul part avec un excellent Démo/EP de trois titres qui impose sur toute la ligne. Je suis donc très enthousiaste à l’idée de vous faire découvrir (si ce n’est pas déjà fait évidemment) la formation de Los Angeles, Underling, et son mini album « Crows »

Mise à part la possibilité de le télécharger juste ici pour zéro dollar (à ma connaissance, il n’y a pas encore de version physique disponible pour le moment) et le fait qu’ils viennent de la chaude Californie, il n’existe pas vraiment d’informations à propos d’Underling sur le WEB. Je ne me bornerai donc qu’à vous entretenir à propos du EP comme tel.

La première pièce « Erosion » introduit de façon très convaincante la nature du groupe. Elle débute avec une ambiance rêveuse soutenue par des guitares grinchantes complètement submergées dans l’écho et le delay. Pour ma part, j’ai été captivé instantanément par cette atmosphère.

On surf aussitôt avec eux sur la vibe et on s’intéresse de facto à ce qui se produit dans les haut parleurs. Dès les premières mesures, on ressent aussi une forte inspiration post-punk et post-rock dans le black métal atmosphérique qui nous est proposé par Underling. Tout est amené en douceur et en subtilité et quand le vocal finit par vous cracher toute son amertume au visage, c’est la totale. Si vous n’êtes pas convaincu à ce moment, vous ne le serez probablement jamais.

Cependant, si vous vous attardez jusqu’à au moins 4 minutes 45 secondes, je crois que vous comprendrez comment il y a un énorme potentiel dans ce groupe. Le tempo monte ingénieusement et exactement au bon moment et vient donner une toute nouvelle dimension à une pièce qui aurait pu s’égarer dans la lassitude. Le seul hic, à mon avis, est qu’elle finit justement là où elle aurait dû exploser encore plus fort. Là où elle aurait dû nous amener encore plus loin dans son cheminement pour nous faire frémir et pour faire monter nos fréquences cardiaques en flèche, elle semble s’écraser et nous laisse sur notre faim. Reste que c’est quand même une foutue bonne pièce et que je ne peux tout simplement pas arrêter de l’écouter à répétition.

Le EP change un peu de ton avec le deuxième morceau et on se dirige lentement vers le gouffre amer d’un black un peu plus cru et brutal.

La pièce « Guided » démarre quand même dans une ambiance calme, mais évolue rapidement vers un « blast beat » virulent et tapageur pour finalement se restructurer autour d’une mouture un peu plus classique. Le côté post-rock/punk reste quand même bien présent, entre autre avec la ligne de basse, durant l’interlude médiane. Vraiment du beau boulot bien exécuté qui tombe efficacement en place pour une conclusion toute en violence.

Maintenant, si le ton passe de rêveur à enragé et de calme à orageuse avec le second titre, la vraie hargne, elle, commence définitivement avec le troisième et dernier morceau du EP soit, « Wandering ».

Après une courte introduction qui monte en crescendo, on nous plonge frénétiquement dans une tempête sonore qui se déchaîne presque durant la totalité des 6 minutes 37 secondes qu’elle dure. Parce que oui, tout juste avant de nous laisser pour la conclusion du EP, on nous ramène vers un tempo lent, puis moyen, pour malheureusement finir sur une fausse note.

On finit ça court, trop court. Court dans le sens de sec et dans le sens de « draite-là, draite de même ». Courte catastrophe, quoi !

Pour tout dire, la finale de ce titre est carrément « buttchée » et même si je dis finale je ne devrais pas parce qu’il n’y en a tout simplement pas. C’est comme si on avait manqué d’inspiration pour finir le tout et qu’on avait décidé de couper comme ça sans avertir et je déteste quand les choses finissent comme ça.