LA DÉCAPITEUSE – ONZIÈME ÉDITION
En prenant un petit temps de recul et de semi-vacances en ce début de mois de mai où les projets se bousculent dans mon raccoin de pays, je ne chôme absolument pas sur les heures d’écoute d’albums totalement compulsives. Je reçois du stock d’un paquet de gros, moyens et petits labels, mais chacun des titres qui se bousculent dans ma liste de soumissions particulièrement achalandée méritent un ‘spot’ d’honneur dans ma playlist, que ce soit des navets complètement fétides ou du métal révolutionnaire capable de changer la face de la scène en l’espace d’une plage de cinquante minutes.
C’est pourquoi ma plume de journaliste tantôt blasée, tantôt moqueuse, tantôt absolument bafouée par des surprises qui changent ma vision de la musique à tout jamais, se doit de s’étendre sur un format de chronique pas mal plus étoffé. Ceux d’entre vous qui me lisez religieusement de semaine en semaine, non seulement vous avez des nerfs de béton, mais vous savez que, règle générale, j’peux entendre jusqu’à sept nouveaux albums par semaine. Ce que vous ne savez pas, si vous n’êtes pas critique, c’est qu’il y’a des dates de sorties d’albums qui sont comme des gros bouchons dans le traffic; certaines dates, y’a 8 albums qui droppent en même temps, ce qui exige une couverture monstre. Chaque être humain ne peut pas se claquer tout ce qui sort sans manquer le bateau une coupe de fois. Étant La Décapiteuse, j’essaye de pas trop m’en permettre et de vous garrocher un maximum d’opinion en quelques phrases pour couvrir le plus de terrain possible. C’est ainsi que par un bon mercredi matin, j’ai décidé de contacter Mr. Dave Rouleau et lui annoncer que ma chronique serait revampée. Je m’explique.
J’appose une note sur 10 à chacun des albums que j’entends. Question d’avoir un aide-mémoire précis sur ce qui définit chacun des chiffres, en lisant mes remarques sur les CDs que je m’apprête à vous présenter, référez-vous à l’échelle qui suit:
10/10 – Absolument époustouflant.
9/10 – Géant.
8/10 – Excellent.
7/10 – Très bon.
6/10 – Bon.
5/10 – Assez bon.
4/10 – Potable.
3/10 – Pas très bon.
2/10 – Mauvais.
1/10 – Atroce.
N/A – On sait tous ce que ça veut dire « Sans Commentaires », mais c’est rare que je me contente d’une note qui n’en dit pas plus, je vais donc habituellement choisir de chiffrer mon rating de manière plus pointue.
À l’aide de ce système, je vais lister les albums que je me suis claqué depuis lundi en ordre selon mes ratings, en commençant par le plus pourri, jusqu’au plus débilement hot. De plus, je veux entendre vos opinions; si vous avez entendu quelques-uns des titres sur lesquels je m’apprête à m’étendre, dites-moi ce que vous en avez retenu. Parlez fort.
1. Band: Ape Machine
Album: « Mangled by the Machine »
Label: Ripple Music
Date de sortie: 14 mai
À ce point-ci, vous savez tous que je trippe sur le psychedelic-rock, et le old school blues-infused rock inspiré de la lourdeur de BLACK SABBATH et des frivolités de LED ZEPPELIN. Ripple Music a le don de m’enivrer avec des sorties d’albums qui correspondent à ce bassin d’artistes qui se la jouent sous-sol crade rempli de fumée nous donnant l’impression qu’on est de retour dans la joie du ‘mindset’ hippie des années ’70. DEVIL TO PAY m’ont servi un album qui change une vie récemment, sous le même toit de distribution. Cette semaine, APE MACHINE se pointent avec une version de ce groove-oriented oldschool rock qui perd des plumes à mesure qu’il essaie d’exécuter un pas de danse qui semble un peu trop élaboré pour la quantité de focus disponible dans l’esprit de ces musiciens un peu trop enthousiastes et pas assez organisés dans leur approche au type de composition qu’on a ici. Le résultat est un peu broche à foin, ce qui est drastiquement dommage vu les talents clairs des musiciens, facilement notable après une écoute attentive de l’album.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: Le groove qu’on a ici est semblable aux premiers albums de SABBATH et je peux dire que les hooks sont mémorables, même s’ils sont durs à spotter parmi la mer d’expérimentation progressive garrochée par dessus le style primitif de ces gars-là (comme un espèce de voile de brouillard sur la peinture la plus capotée du monde). Ça me donne l’impression claire que ce band est capable de bien mieux quand il sait se placer les flûtes au lieu d’exagérer l’ampleur de leurs chorégraphies soniques.
DÉFAUT PRINCIPAL DE L’ALBUM: Habituellement, avoir un nombre de layers assez 4D sur un album de métal, c’est une bonne chose, tant et aussi longtemps que le songwriting a une destination à atteindre et qu’on veut tous s’y rendre à mesure que le temps d’écoute s’effrite. Sur un album de rock, mettons que ça sonne un peu acid trip dans le style HAWKWIND avec une catchiness facilement spottable, tout est beau. Dans le cas d’un mélange SABBATH et ZEPPELIN, je peux pas dire que les half-riffs qui s’emboîtent l’un dans l’autre (dans un cafouillis parfaitement fétide qui ruine complètement la substance de chaque toune), c’est archi-nécessaire, même que ça rend l’écoute complète de « Mangled by the Machine » difficile à avaler et même à terminer d’un bout à l’autre. Je comprends pas du tout cette décision consciente de guider le songwriting vers l’indigestion volontaire.
VERDICT: 3/10
2. Band: Zombiefication
Album: At the Caves of Eternal
Label: Pulverised Records
Date de sortie: 14 Mai
Mes attentes pour cet album-là étaient assez hautes. Je me fais souvent des illusions sur l’excellence hautement prometteuse du labelling Oldschool Swedish Death Metal car cet agencement de quatre mots forts simples me fait sauter dix pieds de haut vu que je suis initialement très fan de la violence back to basics dont témoigne cette zone de la scène qui prône le combien délicieux mantra Less is More. En l’absence d’un besoin obsessif pour le lavage de cerveau par l’élaboration d’un cours de maths 101 à travers une recette progressive et fortement plate qui s’étire sur ce qui semble être proche 90 minutes parfois, on a droit à des riffs gras dans un décor sinistre, macabre, et inquiétant, avec des hooks à perte de vue. Voilà ma définition brève du death metal des années 90 tel qu’il devrait l’être, en tout cas dans son incarnation suédoise. « At the Caves of Eternal » aurait dû ne vivre que pour ça, ce qui est pas le cas pantoute.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: Les mélodies solistes qu’on a dans quelques pièces ici sont extrêmement bien tissées et je dirais qu’elles définissent l’album comme étant un voyage mental qui commence assez bien pour que j’aie eu l’impression que j’aurais droit à une des meilleures révélations de l’année, avant que je me rive le nez sur les handicaps qui allaient s’ensuivre.
DÉFAUT PRINCIPAL DE L’ALBUM: J’ai mentionné, à plusieurs reprises, à travers les différents médias pour lesquels je travaille, que le mélange de doom et de death, c’est un gros Fail. Je pense pas arrêter de mettre ce fait en surbrillance de sitôt. Ce style définit la grosse majorité des tounes sur « At the Caves of Eternal » à partir de la moitié de sa durée totale. Le songwriting devient sinistre au point de perdre toute sa vitalité, qui était au top de sa forme dans l’incarnation plus rapide et relentless de l’approche de ZOMBIEFICATION. On passe d’une écriture qui part d’un manque d’oxygène pour finalement se rendre à un état catatonique de répétition amère des mêmes parts emmerdantes et d’un espèce de build-up ambient qui mène strictement nulle part. À ce point-ci, le ton n’est plus méditatif et macabre, mais plutôt obsédé avec le niaisage sur la poque.
VERDICT: 5/10
3.Band: Uncle Acid and the Deadbeats
Album: Mind Control
Label: Metal Blade Records
Date de sortie: 14 Mai
Depuis que « Bloodlust » est parvenu à saisir mon attention et à me rendre fanatique d’UNCLE ACID et de son approche badtrippante, glamour et même complètement space au psychedelic haunted barn rock qui brasse la scene underground anglaise depuis un temps (allez voir du côté d’ELECTRIC WIZARD pour en savourer la crème), ce band-là me fait capoter raide. Leur approche est originale, singulière, séduisante, et assez traumatisante à la fois. Les riffs efficaces bousculent les structures de songwriting ambitieuses dans une ambiance froide et perverse. Ça, ça décrit l’album d’avant parfaitement. J’imagine que les intentions étaient semblables avec « Mind Control », le titre en témoignant de manière assez évidente. Reste que c’est une facette beaucoup plus introspective des DEADBEATS. Les tracks qu’on a ici ont une certaine vibe contemplative et méditative. L’ambiance reste occulte mais a pas mal de croûtes à manger avant de se faire qualifier d’enveloppante. Le mood général est plus calculateur et moins insistant et cinglant, ce qui enlève pas mal de portée à l’impact général de l’approche initiale de ce type de son.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: Il est complètement impulsif à sa manière. Alors que « Bloodlust » l’était de façon extrovertie, « Mind Control » opte pour l’avenue contraire en allant chercher un son qui pousse à réflexion, et qui étire sa sauce de manière un peu space sans se soucier de l’exagération de son expansion, ce qui écrit un beau gros roman sur la tête dure des membres de ce band qui font ce qu’ils aiment pour eux-mêmes, point final. Je dirais aussi que l’approche est quand même variée d’une section à l’autre de l’album, empruntant tantôt une avenue groovy et plus accessible, et parfois partant dans un trip Up In Smoke qui nous donne l’impression de flotter dans l’air en se perdant un peu dans la brume. J’imagine que c’est le genre de trip qui peut être compris par certains et seulement que félicité par d’autres, incluant moi, qui trouve cette feat admirable, malgré que pas très puissante en bout de ligne.
DÉFAUT PRINCIPAL DE L’ALBUM: Je me réfère à nouveau à ma love/hate relationship avec le rock expérimental méditatif qui prend le dessus sur l’album de manière un peu trop volage. Ces gars-là savent manipuler de la machinerie lourde et essayent à présent de lever une tonne de briques du bout d’une plume. C’est visionnaire, mais l’espoir d’impact sur la foule qui worshippe « Bloodlust » comme la prunelles des yeux de l’univers est peu réaliste. J’aurais aimé entendre du contenu qui fend l’air, j’ai plutôt eu droit à un voyage au coeur de la répétition et de l’instrumentation traditionelle dans pas mal de passages de l’album qui auraient pu se révéler plus démoniaques et forts sur la substance. J’ai quelques moments dans ce style à savourer ici, sans plus, et je reste sur ma faim.
VERDICT: 5.5/10
4.Band: MORTAL FORM
Album: The Reckoning
Label: My Kingdom Music
Date de sortie: 13 Mai
C’est toujours pas mal revigorant d’entendre un jeune groupe de thrash metal moderne rallier leurs troupes sous l’oeil vaillant d’un bon leader ou d’une excellente philosophie ou force créatrice guide, j’pourrais dire. Surtout quand cette approche stripped down au métal est mélangée avec des penchants plus mélodiques dans une enveloppe qui ne nie pas sa puissante obsession avec le modernisme. Honnêtement, ce que je viens de vous décrire, ça me pue au nez plus souvent qu’autrement. J’aime mon thrash sans pardon. Comme il l’était à ses touts débuts. MORTAL FORM savent aller chercher cette qualité tout en n’oubliant pas qu’ils sont nés pas mal plus tard.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: L’originalité et la singularité de chacune des compositions rend l’écoute complète distrayante et satisfaisante. Le principe de la ligne droite, ça existe pas dans l’esprit collectif de MORTAL FORM. On a droit à du rebondissement et à de l’effilochage de possibilités et ce, en gardant un focus primitif sur les forces motrices de chacune des tracks, soit évidemment le riff principal, le chugging ondulant qui manque pas de poigne du côté de la guitare rythmique, et l’énergie tout à fait sincère de la delivery qui me donne l’impression d’écouter un album live bénéficiant d’une production très méticuleusement appliquée.
VERDICT: 7/10
LES SÉLECTIONS WINNER DE CETTE SEMAINE; un flush entre ENTRAILS et NEGATOR
ENTRAILS, je savais déjà que ça déplace de l’air. Avec « Raging Death », ils savent me convaincre qu’ils ont le don pour la création de pièces qui sont organisées en faveur de ce que les gars aiment entendre quand ils écoutent un de leurs propres albums; ils sont conscients de l’importance de l’impact lors de l’écoute attentive et savent maintenir mon intérêt grâce à des structures de songwriting variées, des ambiances changeantes, et des riffs d’une originalité sincèrement désarçonnante dans le bon sens. Voici le lien pour lire ce que Lex Ivian avait à n’en dire.
VERDICT: 8/10
NEGATOR, tant qu’à eux, ont une approche au death-black qui se mérite son propre sous-style: le panzer metal. Même s’ils sont un peu hyperactifs dans leur format brutal d’un bord à l’autre du paysage tout entier à en renverser des buildings, ils perdent jamais leur sens de la mélodie efficace et la mémorabilité de leurs compositions fort sophistiquées est un facteur très déterminant. Je dirais qu’ils sont les leaders de la scene death black moderne et « Gates To the Pantheon » témoigne de ce fait ultimement et fièrement solidifié ici.
VERDICT: 8/10
-Noch





