La Décapiteuse # 5
On se le cachera pas – l’ère moderne au sein de la scène métal mondiale, que ce soit au niveau underground ou mainstream, est aussi victime de hypes, et également d’overhypes. Ma définition d’une mode qui pogne trop (même dans le contexte d’une scène dont je fais partie avec beaucoup de fierté et avec un sentiment d’appartenance tout naturel) c’est quand un sous-style de métal en particulier apporte des caractéristiques à un son pour le rendre plus accessible au grand public, au grand détriment de sa crédibilité et de son efficacité. Des modes plus ou moins viables (et aussi assez modérément nécessaires) ont pris le dessus au courant des dernières années, et c’est un phénomène assez facile à observer quand t’es le genre de personne qui se claque des centaines d’albums par année. Y’a eu la vague folk y’a un bout de temps, suivie de près par la grosse trolée de bands qui se disent »pirates » ou »viking ». Certains ont réussi à intégrer de la flûte, de la cuillère, du maracas, et de la mandoline à leur album sans ruiner leur identité métal (i.e. ELUVEITIE), d’autres ont succombé à l’aspect cheesy dicté par le courant populaire et ont fini par cracher du stock qui sonne à peu près aussi heavy qu’un album de swing (i.e. ALESTORM). Ensuite, in comes the thrash revival. Un peu plus tard, on a eu droit à un très émouvant retour en arrière avec la réapparition du vintage rock et l’appréciation un peu plus marquée du public face au psyrock et au doom (cette phase était pas mal ma préférée et a duré jusqu’à début 2013). Cette année, le prog fait virer tout le monde à motié fou, et j’avoue que j’embarque quand même dans le bateau et je trouve qu’il y a quelque chose d’intéressant à voir. J’ai par contre un mauvais feeling pour la trend qui vit en parallèle complet avec l’univers du métal mathématique au même moment – dans une dimension éloignée, mais dont l’existence est assez flagrante pour exaspérer les oldschoolers comme moi qui apprécient un musicianship qui a de la substance – le fucking metalcore et la manière dont trop de types de bands (death metal en passant par le thrash jusqu’au hardcore) intègrent les tough guy breakdowns dans leur approche de manière étouffante, voire risible. Honnêtement, le trip Trolls Dansants me gossait pas mal moins et les raisons sont assez comprenables.
BEYOND THE SHORE – Ghost Watcher
J’ai récemment eu l’heureuse occase toute particulière d’entendre Alex Webster tergiverser sur son point de vue concernant l’approche moderne à l’enregistrement et la production d’albums métal. »Si t’écoutes un album rock ou heavy metal des années 80, peu importe t’es qui, tu vas te rendre compte assez vite que c’est facile d’entendre les erreurs (i.e. cues manquées, notes qui sonnent faux, vocals pas tout à fait au niveau, etc.), » affirme-t-il, et ce qu’il faisait ressortir avec ce statement aussi, c’est que dans le temps, la musique sonnait comme un band qui pratique dans son petit local, avec la vibe un peu dirty et oldschool qui y règne, faisant ressortir la chimie du band, ou, dans certains cas, son manque assez marqué de talent – c’était un traitement qui définissait l’enregistrement en studio, pour le meilleur, et pour le pire, back in the day. Y’avait pas de Pro Tools. Les producteurs (jusqu’à temps que des têtes de linotte comme Bob Rock rentrent dans le décor – je sais que y’en a d’autres qui privilégient une approche plus clean et pop, mais je mentionne ce gars-là parce que beaucoup vont mieux saisir mon point de vue avec un example connu) insistaient pas pour que le band utilise des click tracks, des autotuners, des FX qui brouillent pratiquement les pistes des riffs sur lesquels les guitaristes ont travaillé fort (mais qui finissent par sonner comme un espèce de blender futuriste à cause d’une production qui abuse le treble)… tout ça, ça existait pas, dans le temps. »De nos jours, les bands se donnent des cheveux blancs à force d’essayer de corriger toutes les erreurs entendues sur leurs maquettes, et à un certain degré, c’est eux qui s’imaginent des affaires, parce que souvent, tout sonne assez bien sans que y’ait un besoin d’aller faire de l’editing presque sadique, » ajoute-il, un sourire en coin, affirmant lui-même être un perfectionniste pratiquement insomniaque. N’empêche qu’en soutenant qu’aujourd’hui, c’est particulièrement difficile d’entendre un album qui sonne pas complètement synthétique et artificiel quand tu plonges dans certains sous-styles qui ont l’air d’être principalement caractérisés par l’abus total de whipped cream en studio, il est loin de mâcher ses mots et d’avoir tort. L’album « Ghost Watcher » de BEYOND THE SHORE, par example, aurait pu être un phénomène hardcore presque potable si c’était pas du fait que l’ordeal au complet sonne comme le genre de CD qui a été écrit par un band qui s’est dit »même si l’effet de nos compos est pas tellement viable quand on l’entend sur notre petit démo enregistré dans le garage, un coup rendus en studio, on va entendre la différence – avec 67 000 touch-ups de notre producteur, même nos half-riffs et nos 60 breakdowns par toune vont sonner comme du matos pertinent, et tout le monde va se garrocher pour acheter ça chez Archambault. » C’est vraiment dommage – surtout que ledit album est endossé par Brian Slagel de Metal Blade qui a sûrement backé ce band-là en se disant qu’ils auront un succès commercial de fou et je suis convaincue qu’il a raison. Néanmoins, c’est exactement le genre de son que j’espère entendre le moins possible dans une semaine vu que ça me donne une réaction allergique qui a tendance à durer 6 mois. Ces gars-là veulent être UNEARTH mais sont pas sortis du bois encore – ils auraient déjà un meilleur street cred avec des mélodies à peu près aussi efficaces et moins d’emphase sur leur approche DJ Lethal qui me donne l’image mentale d’une gang de trend huggers qui font du breakdancing dans un parc de skateux. Très peu pour moi, désolée.
THY ART IS MURDER – Hate
L’Australie marque habituellement pas mal de points en terme de consistence. C’est assez rare que j’entend du stock venant du pays (le plus under-rated en terme de bons vins, selon moi – essayez le Notting Hill si vous catchez pas de quoi je parle, c’est une perle) qui sonne faux, ou pas assez appliqué. Un peu avant qu’ils se fassent signer sur Nuclear Blast Entertainment, j’ai pu entendre et apprécier l’approche extrêmement tranchante de THY ART IS MURDER. En fait, je l’ai assez appréciée pour avoir envie de leur offrir un deal sur Mulligore, le label pour lequel je bosse et dont je suis co-propriétaire avec mon Beau, mais peu de temps après y avoir pensé, j’ai vu que Nuke Blast avaient fait leurs devoirs et avaient vu leur potentiel avec une longueur d’avance. Ceci dit, le label m’a envoyé leur album directement, vers la fin du mois passé, et j’ai été assez ouvertement déçue. Make no mistake, leur son est colossal – avec le volume au fond, c’est assez facile d’avoir le goût de dire un cossin du genre »bordel que ça choppe » en entendant la prod totalement on-the-dial qu’on a ici; le drum sonne comme une machine de guerre, on entend tous les riffs à merveille (même qu’ils sont assez cassants) et le tout est crystal clear, mais d’une manière bien sondée pour le style présenté, qui correspond à du brutal death avec une touche mélodique. Jusqu’ici, tout va bien – jusqu’au moment ou ça devient assez absurdement facile de mettre le doigt sur le Modus Operandi répétitif et méchanique de l’évolution des compositions. Tous les paris sont axés sur les élément suivants: une suite de breakdowns qui vont à l’encontre de toute impression de structure concrète dans chacune des tounes, du hyperblast qui est assez constant pour devenir redondant et innoffensif, du hypershred qui étouffe complètement l’épanouissement des riffs et des grooves de la rhythm section, et la soudaine apparition de certains licks et solos plus techniques et recherchés, présentant occasionellement une twist mélodique assez efficace pour être une maigre consolation qui compense un peu pour l’énumération un peu décourageante que j’viens de déblatérer. Inutile de vous dire que je m’attendais à du stock de qualité qui casse tout – j’peux affirmer que ma patience est la seule chose qui est un peu brisée suite à l’écoute du dit album. J’espère avoir droit à un coup de poing dans la face plus concis la prochaine fois parce que c’est clair que ces gars-là sont en train d’explorer leur propre approche et de gauger les proportions de leur zone de tir.
Sur une note un peu plus légère et encourageante, si vous voulez un example assez pertinent d’un band qui sait intégrer des breakdowns aux bonnes places et faire de cet élément un avantage marqué plutôt qu’un handicap axé sur la mode dernier cri dictée par les poodles qui contrôlent la scène commerciale et mainstream, écoutez « Leading the Blind« , de YEARS OF TYRANTS, qui sort sur Kaotoxin (un excellent label de death métal Français) prochainement. Ces gars-là ont pas peur d’avouer qu’ils sont influencés par le deathcore *un peu*, mais leur approche est assez technique, et leurs mélodies sont efficacement mélancoliques. C’est assez ahurissant d’entendre un album qui fait penser à un mélange des meilleurs aspects de NECROPHAGIST, BRAIN DRILL, WHITECHAPEL, et HATEBREED du même coup. J’appelle ça de la créativité qui peut se permettre d’avoir un certain tantinet d’influence des modes courantes puisqu’elle n’en abuse pas de manière déraisonnable.
Pour savoir exactement de quoi je parle, y’a pas meilleur moyen que de se brancher à mon show hebdomadaire, »C.R.O.C. Underground Metal ». Suivez-moi sur Facebook pour suivre toutes mes updates en direct.
Noch





