Quadruple crucifixion au royaume de la noirceur… 1ère partie

La Messe des Morts IV : Crucifixion (2, 3, 4 avril 2015) avec Samael, Shining, Azaghal, Merrimack, Angantyr, Make A Change…Kill Yourself, Cult of Fire, Mitochondrion, Abazagorath, Mutilation Rites, Thantifaxath, Beast Within, Hellfire Deathcult, Délétère, Hak-Ed Damm, Ordoxe, Aversion et Eos, une présentation de Sepulchral Productions aux Katacombes et au Théâtre Plaza de Montréal.

 

Messe des Morts IV

 

Lorsque Martin Marcotte de Sepulchral Productions nous avait annoncé, il y a plusieurs mois, que la Messe des Morts habituellement tenue en novembre pour ses trois premières éditions serait déplacée en avril pour aller chercher d’importantes têtes d’affiche, cela laissait présager une édition IV époustouflante. Cela nous fut confirmé lors de l’annonce des têtes d’affiche du seul festival entièrement consacré au Black Metal et à ses variantes en Amérique du Nord avec la venue des légendaires Samael, fêtant le vingtième anniversaire de leur album monumental «Ceremony of Opposites» et Shining, dont ce serait la première visite au Canada, accompagnés d’une pléthore de groupes internationaux, dont le sensationnel Cult of Fire de République Tchèque en exclusivité nord-américaine. De plus, la scène locale ne serait pas oubliée avec la présence de Beast Within, Délétère, Hak-Ed Damm, Ordoxe, Aversion et Eos. Comme si cela n’était pas assez, Samael passerait aussi à Québec le dimanche suivant la Messe de trois jours en compagnie de Beast Within, Haeres et Délétère. C’est donc avec enthousiasme que nous préparâmes nos oreilles et nos foies pour une fin de semaine pascale de crucifixion et de blasphème.

 

Genèse: jeudi 2 avril 2015 à la Coop Katacombes: Azaghal, Hellfire Deathcult, Délétère et Eos.

Après un rapide trajet Québec-Montréal sur l’infâme autoroute 40, ma métalleuse favorite et moi déposâmes nos bagages chez notre ami accueillant, avant de profiter un peu d’un bel après midi malheureusement terminé sous la pluie dans la métropole. Vers 20 h 10 nous fîmes notre entrée dans les Katacombes pour la genèse des supplices du Christ après avoir reçu notre bracelet pour les trois jours de défonce et quelques minutes plus tard Eos entrait en scène.

Eos est une nouvelle formation de métal noir atmosphérique originaire de Québec qui en était seulement à son deuxième spectacle en carrière. J’avais eu la chance de couvrir leur premier passage sur scène à Québec lors de la Taverne Métal Noir de Julie Bernier le 20 mars. Sur scène, le quatuor nous présenta la même sélection qu’à Québec avec tout autant d’efficacité. Les spirales hypnotisantes de leurs motifs de guitare absorbèrent plusieurs des nombreux spectateurs et ce fut une très belle ouverture pour un festival dédié aux arts noirs. Comme la première fois que les avais vus, c’est la performance de K. à la batterie et aux hurlements qui me marqua le plus dans leur set. Vous pouvez écouter leur premier démo L’Avalé sur You Tube et ils devraient enregistrer une autre offrande d’ici peu.

La formation suivante à prendre d’assaut la scène était Délétère de Québec, duo mené par Thorleif et Atheos qui s’incarne en quintette sur scène avec la présence de G. et Anhidar aux guitares et de Kaedes à la batterie. La troupe lançait en cette occasion leur premier album complet intitulé «Les heures de la peste». Pour les avoir vus sur scène à quelques reprises avec des formations différentes, ce fut certainement leur meilleure prestation. Portée par la présence démoniaque de Thorleif au chant, la formation nous interpréta une sélection sans compromis avec précision, puissance et énergie. Leur son fut d’ailleurs excellent, ce qui contribua au moment magique que fut leur performance. Leur prestation excellente suscita en conséquence une pléthore de commentaires dithyrambiques des nombreux spectateurs.

La troisième troupe de la soirée serait le trio Hellfire Deathcult de Chicago. Formation créée en 2013, le triumvirat a un EP intitulé «Ave Mors» (2014) à son actif qui présente un Black/Death extrêmement primaire et dépourvu de toute subtilité. Sur scène, le groupe nous asséna ses compositions brutales en préservant son anonymat avec des masques. Bien qu’efficace pour certains qui se mirent à se violenter dans la fosse, je restai plutôt circonspect devant la répétitivité des compositions du groupe qui ne laissa place à aucune espèce de variation accrocheuse. De plus, je restai sceptique face à performance parfois boiteuse du batteur de la formation qui semblait souvent décalé par rapport à la guitare et la basse. En somme, ce fut un moment plutôt décevant pour moi.

Le moment était maintenant venu d’accueillir la tête d’affiche de la soirée, le quatuor finlandais Azaghal qui venait pour la première fois en Amérique du Nord. La troupe fondée en 1995 sous le nom Belfegor a onze albums et une multitude de sorties mineures à son actif. Son dernier opus est sorti en février dernier et s’intitule «Madon Sanat». La formation menée par Narqath (basse, chant) nous servit une véritable leçon de son Black Metal agressif garni de mélodies accrocheuses. L’interprétation de leurs compositions fut sans failles, puissante, énergique et accrocheuse à souhait. La foule se déchaîna en un tourbillon de corps s’entrechoquant les uns les autres au son de leur musique diabolique. L’efficacité de leur prestation fut donc très élevée et fut donc un formidable coup d’envoi à la quatrième édition de la Messe des Morts et éleva la barre d’un cran pour les deux soirées à venir.

 

Psaume I: vendredi 3 avril au Théâtre Plaza: Shining, Cult of Fire (reporté au samedi), Make A Change…Kill Yourself, Mutilation Rites, Thantifaxath, Hak-Ed Damm et Aversion.

Le vendredi, nous arrivâmes de très bonne heure dans le Théâtre Plaza, soit vers 17h 20 afin de ne pas manquer Aversion. Aversion est une formation montréalaise menée par la chanteuse d’origine américaine Vena Kava et les membres du quintette nous présentaient ce soir-là leur premier album tout frais sorti des presses. Menée par le charisme animal de leur chanteuse et ses hurlements perçants, Aversion nous livra leur Black Metal de la seconde vague norvégienne avec un bel aplomb et une précision beaucoup plus chimique que lorsque je les avais vus à Québec cet hiver. Cependant, je trouve que les deux guitaristes auraient pu mieux utiliser l’espace important de scène à leur disposition au lieu d’adopter une posture plutôt statique, alors que Leather King à la basse et Vena Kava au chant étaient beaucoup plus énergique. Toutefois, ce fut en somme une très bonne prestation pour ouvrir une soirée à une heure si précoce devant un public encore clairsemé.

La suite des hostilités avait été réservée aux psychopathes de Hak-Ed Damm, formation revenue d’entre les morts, où elle croupissait depuis la fin 2011. Le groupe de Black Metal brutal rappelant notamment le Marduk de l’ère «Panzer Division» faisait donc son grand retour sur scène avec de nouveaux membres. La formation nous asséna sans pitié une bastonnade musicale en règle avec beaucoup de charisme et une présence scénique énergique, notamment de la part du chanteur de la formation, l’infâme Zokvist revêtu d’une casquette militaire et de chaînes. Silencer nous fit aussi étalage de son grand talent de marteleur de peaux, élément central de la musique de son groupe. Les nouveaux membres, aux cordes, donnèrent aussi une très bonne performance. En somme, ce fut un retour réussi avec brio pour Hak-Ed Damm.

Le prochain groupe à monter sur scène serait le trio ontarien Thantifaxath constitué de membres «anonymes» et évoluant dans le Black Metal atmosphérique. J’étais très curieux de revoir pour la seconde fois cet excellent groupe qui n’a, tout compte fait, qu’un album et un EP à son actif. Avec une interprétation solide d’une musique admirablement bien écrite, le groupe remporta encore une fois mon appréciation. Cependant, je ne pus m’empêcher de trouver que le groupe est un peu trop statique sur scène pour une salle de l’ampleur du Théâtre Plaza. Effectivement, le courant passait beaucoup mieux avec la foule lorsque je les avais vus dans la modeste Agitée à Québec, probablement en raison de l’intimité inhérente à l’endroit. Cette fois, mon attention se perdit quelque peu vers la fin de leur courte prestation et je remarquai que ça sembla être le cas pour plusieurs des spectateurs présents.

La quatrième formation de la soirée était Mutilation Rites de New York et je me permettrai ici une parenthèse, car c’est pendant leur performance que j’eus la confirmation avec une certaine consternation que Cult of Fire, qui devait jouer juste avant Shining, ne serait pas en mesure de jouer dans la case horaire prévue. En effet, la veille Martin Marcotte de Sepulchral Productions nous avait révélé que la troupe tchèque avait été retenue à Amsterdam en raison de pratiques douteuses de surréservation de la compagnie aérienne sur laquelle ils volaient. Ainsi, les membres du groupe n’étaient arrivés à Montréal que très en retard, soit vers 20h le vendredi soir et leur équipement n’arriverait que le samedi. Ce serait donc partie remise, heureusement pour nous, car Cult of Fire s’exécuterait le samedi après Samael.

Pour revenir à Mutilation Rites, il s’agit d’un quatuor formé en 2009, ayant deux albums à son actif et pratiquant un Black Metal à la fois accrocheur et restant très ancré dans le son norvégien typique. Si le groupe ne se démarqua pas par son originalité musicale, leur performance scénique fut très enlevante. L’énergie de la livraison musicale de la troupe combinée à certains moments mélodiques suffit à déchaîner les ardeurs de plusieurs spectateurs présents. En somme, il s’agit d’un groupe que l’on a avantage à découvrir sur scène et qui permit à l’intensité de la soirée de monter d’un cran.

La soirée se poursuivrait maintenant avec Make A Change…Kill Yourself, projet de Black Metal dépressif et atmosphérique danois mené par Ynleborgnaz, aussi tête dirigeante d’Angantyr qui performerait le lendemain. Avec trois albums en un peu plus de 10 ans d’existence, la formation s’est particulièrement illustrée avec leur dernier opus intitulé «Fri» (2012), excellent album de la variante plus dépressive et antiexistentialiste des arts noirs. Avec conviction et charisme, le projet solo d’Ynleborgnaz s’incarnant en quatuor pour les besoins de la scène nous livra ses superbes compositions axées sur des motifs de guitare cycliques longs et mélancoliques au tempo lent. Les pièces furent entrecoupées de discours dépressifs et suicidaires livrés sur un ton malsain par le leader de la formation, ce qui rajouta une atmosphère déstabilisante à la prestation superbe du groupe. Celui-ci se permit même d’interrompre un moment de brasse-camarade dans la fosse en précisant que les manifestations de joie n’étaient pas souhaitées par Make A Change…Kill Yourself. Ce fut donc un excellent prélude à l’arrivée sur scène de Shining qui partage une philosophie similaire.

Après une annonce de l’organisateur de la Messe des Morts concernant Cult of Fire et une pause de quelques minutes, ce fut à la troupe suédoise de Niklas Kvarforth de venir couronner ce premier psaume maléfique. Shining est un de ces groupes qui peut se passer de présentations, ayant fait sa marque dans le Black Metal suicidaire et misanthropique en presque 20 ans de carrière et neuf albums dont le plus récent «Everyone, Everything, Everywhere, Ends» sortira le 20 avril. Sur scène, le groupe nous époustoufla dès son entrée par un son magnifique, notamment des deux guitaristes avec leurs explosions sonores. Puis, Niklas Kvarforth, très en voix et d’une énergie surréaliste, entra avec une bouteille de 40 onces de Jack Daniel’s à la main et nous fûmes embarqués pour au moins une heure de pure décadence musicale. L’absence de Cult of Fire permit en outre à Shining de rallonger sa performance en y incluant de toutes nouvelles pièces, des solos époustouflants des guitaristes et même une interprétation partielle de «Sweet Child’o Mine» de Guns N’Roses. L’intensité de la prestation des Suédois fut au maximum jusqu’à la fin et se termina, bien entendu, avec un torse couvert de sang pour son célèbre leader. En somme, ce fut une prestation mémorable et unique pour terminer une soirée mémorable et unique de Black Metal. Nous quittâmes le Théâtre Plaza rempli d’ivresse et avec la promesse d’une soirée tout aussi épique le lendemain…

 

Psaume II: samedi 4 avril 2015: Cult of Fire (Enfin!), Samael, Merrimack, Angantyr, Mitochondrion, Abazagorath, Beast Within, Ordoxe.

Le samedi, nous arrivâmes au second Psaume de très bonne heure pour entamer les supplices de la crucifixion vers 17 h 30 avec Ordoxe. Ordoxe est une formation originellement fondée en 1989 par Jean-François Jalbert (ex-Sloatvean, ex-Strigampire) (guitare, chant) et qui fut active jusqu’en 1993, avant d’être ressuscitée comme projet solo du principal intéressé de 2006 à 2007, puis de renaître à nouveau en 2012 sous forme de quatuor et maintenant de quintette. Productive, la formation venait nous présenter son troisième album pleine-longueur depuis 2012, intitulé «May Death Be My Shepherd» qui présente un Black Metal plutôt mélodique teinté d’influences Death Metal. Sur scène, malgré la foule encore clairsemée à cette heure précoce, le résultat fut convaincant de par la précision musicale et l’énergie de la formation. À ce titre, le chanteur Steve De Cotret nous démontra sa prestance et son charisme impressionnant sur scène. Ce fut donc une entrée en matière réussie pour la dernière soirée de la Messe.

Le second groupe de la soirée était Beast Within, formation basée à Montréal et composée de vétérans de la scène Metal québécoise. La troupe pratique un Metal sombre de la vieille école qui rappelle fortement Celtic Frost par un habile mélange de Doom Metal, de Thrash Metal et de Black Metal inspiré des années 1980. Avec seulement un EP de deux pièces intitulé «Adversity/Servitude» à son actif, la formation bénéficie déjà d’un admirable succès d’estime chez les amateurs de Metal de la province, aidée en cela par le support de Sepulchral Productions. Mené par la voix puissante et méchante d’Éric Syre, Beast Within nous envoya à la figure ses motifs de guitare bien gras soutenus par un «groove» pesant de basse sur une batterie simple et hautement efficace. Je fus cependant un peu déçu de la présence quelque peu statique du chanteur qui semblait fatigué par les deux dates précédentes du groupe à Toronto et Ottawa sur la tournée canadienne de Samael. Malgré une erreur de synchronisation dans la pièce «Adversity», la troupe parvint toutefois à nous accrocher et à nous livrer sa musique avec efficacité.

Le fouet qui tourmentait le Christ depuis déjà deux jours devait maintenant être passé à Abazagorath, un trio de Black Metal orthodoxe américain. Formé en 1995, le groupe à trois albums à son actif, dont le dernier s’intitule «The Satanic Verses» (2014) et à aussi sorti une multitude d’EP, de démos et de splits au cours de ses vingt ans d’existence. Le groupe entama sa prestation avec violence et nous fûmes immédiatement ravis par un jeu agressif, brutal et sans compromis des trois membres de la formation. Warhead (batterie, chant) nous démontra tout son talent en relevant sans peine un «Absu», c’est-à-dire en martelant sa batterie comme un damné tout en ne nous épargnant pas de hurlements agressifs bien rythmés. Le bassiste et le guitariste ne furent pas en reste avec une prestation remplie d’autorité et de motifs entraînants. Ce fut donc un premier passage en sol canadien hautement réussi pour les vétérans du New Jersey.

La soirée était déjà bien avancée, mais il restait encore cinq autres groupes à venir. Le premier d’entre eux était Mitochondrion de Vancouver qui en était aussi à sa première visite, si je ne m’abuse, au Québec. J’avais bien hâte de voir ce quatuor à l’œuvre, étant un fanatique du Blackened Death Metal brutal et dissonant offert par cette troupe sur deux albums monumentaux: «Aechaeaon» (2008) et «Parasignosis» (2011)». Sur scène, le résultat fut à la hauteur de mes attentes. Effectivement, le groupe se lança dans une un assaut sonique de grande envergure et d’une puissance dévastatrice. Le groupe fit preuve d’une lourdeur démoniaque autant que d’une virtuosité impressionnante compte tenu des structures complexes exigées par ses compositions. De plus, Mitochondrion démontra son charisme avec une prestation à la fois énergique, autoritaire et mouvementée. En somme, ce fut un superbe passage pour le quatuor de la Colombie-Britannique.

C’était maintenant un moment très attendu pour bien des participants à la Messe des Morts, soit le grand retour d’Angantyr du Danemark qui avait déjà participé à la première édition de la Messe des Morts en 2011. En exclusivité nord-américaine, la troupe menée par Ynleborgnaz et ses deux comparses, le bassiste Vrede et le batteur Skogsvander, tous deux aussi de Make a Change…Kill Yourself qui avait joué la veille, venait nous présenter du matériel de leurs cinq excellents albums de Black Metal païen axé sur l’histoire scandinave. Les Vikings se présentèrent sur scène avec leurs maquillages cadavériques, une corne de brume pour haranguer la foule et un drapeau danois, entamant aussitôt une prestation sublime qui déclencha les ardeurs de la fosse jusqu’ici plutôt tranquille. Ravitaillé de houblon, Ynleborgnaz profita de chaque pause entre les pièces de leur spectacle pour souffler de la corne et relater le geste des hommes du Nord à une foule conquise et avide. Charisme et puissance, furent donc les mots d’ordre du spectacle ravageur présenté par Angantyr qui se retira sous les acclamations et les poignées de main approbatrices des spectateurs. À la prochaine! Je l’espère grandement!

Les Français de Merrimack, forts de leurs 21 ans d’existence, étaient les prochains à monter sur scène pour venir nous présenter leur Black Metal agressif et destructeur. De Paris, la formation nous arrivait elle aussi en exclusivité nord-américaine forte de son dernier album «The Acausal Mass» (2012) que j’appréciai grandement lors de sa sortie. Dès son entrée en scène, le groupe fut cependant nettement à la remorque de son chanteur, Vestal, couvert de cicatrices d’automutilation, livrant une performance à l’énergie de possédé et au sombre charisme. Toutefois, malgré la présence plutôt statique de quelques-uns de ses membres, le groupe démontra tout de même son savoir-faire musical avec une performance précise et enlevante à plusieurs égards. La formation souffrit donc, somme toute, un peu de la comparaison avec ses prédécesseurs d’Angantyr qui avaient tout arraché.

Pendant la pause qui devait nous mener à Samael, la batterie fut en grande partie retirée de la scène pour laisser place à un hybride de clavier, de boîte à rythmes et de quelques tambours et cymbales. Cela nous fit immédiatement basculer dans l’univers Black industriel des Suisses qui viendraient nous offrir un spectacle axé sur une livraison intégrale de leur magnum opus «Ceremony of Opposites» (1994). Vorph (guitare, chant), Xy (claviers et percussions), Mak (guitare) et Drop (basse) firent bientôt leur entrée sur scène et entamèrent une prestation empreinte d’énergie contagieuse, de rythmiques artificielles accrocheuses et d’une ambiance satanique palpable. La succession très fluide des pièces fut entrecoupée d’interventions de Vorph dans un français impeccable, au grand plaisir de la foule. La performance musicale fut précise et Xy démontra son habileté à marier doigté de pianiste et martelage de percussions. Les hochements de tête se firent légion parmi les spectateurs et malgré le style particulier du groupe qui ne fit pas l’unanimité chez toute la foule, celle-ci réclama un rappel qui acheva la prestation de Samael en beauté.

Quelques minutes après minuit, la performance de Samael se termina et, transport en commun oblige, quelques spectateurs (dont Karolane, notre photographe) durent tirer leur révérence avant ou pendant la prestation tant attendue de Cult of Fire. Toutefois, la foule demeura tout de même très bien garnie et pour cause, la troupe tchèque a rapidement ravi les amateurs de Black Metal de partout depuis les débuts de sa courte existence en 2010 et ses deux albums : «Triumvirát» et «मृत्यु का तापसी अनुध्यान» (2014) ont été acclamés par la critique. En outre, la réputation des représentations scéniques cérémoniales du quatuor a fait le tour du globe rapidement. Tout cela nous fut rapidement confirmé avec une scène garnie de tables surmontées de statuettes hindoues, de lampions et de bols d’encens fumants. Les musiciens firent leur entrée, camouflés par des cloaques et le chanteur s’installa derrière un pied de micro décoré de faux entrecroisées pour ensuite nous donner une véritable leçon de Black Metal combinant influences mystiques orientales, mélodies planantes et violence sombre. L’expérience fut une véritable communion ésotérique qui hypnotisa l’ensemble des spectateurs présents pendant un trois quarts d’heure glorieux et magique. En somme, le report de Cult of Fire au samedi fut au final une bonne chose, car il permit la Messe des Morts de s’achever sur une note unique et transcendante. Cependant, tout n’étais pas terminé pour nous puisque nous devions suivre Samael à Québec le lendemain… mais ça c’est une autre histoire.

(à suivre)

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

Photos Psaume II de la Messe des Morts IV – Montréal 04/04/15

Voici les photos prises par Karolane Gagné-Brault lors du Psaume II de la Messe des Morts IV présenté par Sepulchral Productions au Théâtre Plaza de Montréal le 4 avril 2015.

 

Messe des Morts IV

 

Samael

 

Merrimack

 

Angantyr

 

Mitochondrion

 

Abazagorath

 

Beast Within

 

Ordoxe

 

Random Pics

 

 

Not an Evening for the Faint of Heart…

Review of PHOBOCOSM album launch of “Deprived” with Special Guests, IRN, ADVERSARIAL, and THANTIFAXATH Coop Katacombes 1635 Boulevard Saint-Laurent, Montréal, QC H2X 2S9 Saturday, September 27th. 2014.

 

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With Sepulchral Production (which I wanna thank alongside Samuel Dufour of PHOBOCOSM for allowing me access to review the event) selling their wares and PHOBOCOSM’s t-shirts/cds for their new album, “Deprived” being set up, fans eagerly marched into Coop Katacombes to be witness to an event filled with Doom Death, and Black Metal delights offered by Dark Descent Records as label mates, Thantifaxath and Adversarial would join Phobocosm on this evening! Special guest to open the night were IRN from Toronto set to get this evening going.

As fans gingerly entered from the terrace outside, the thundering pulse of the first act began to reverberate off the darkened walls… Toronto’s, IRN quickly established themselves as a slow, churning Doom band complete with massive feedback and “stop and go” momentum. Still, brandishing the occasional blast beat, the trio displayed a good amount of energy and stage presence, convulsing along to their miserable chords and downtrodden drums! Possessing a harrowing scream, the vocalist/bassist offered up quieter moments of bass that would not sound out of place as the soundtrack to a Hammer Horror Film starring Christopher Lee or Peter Cushing; an incredible amount of atmosphere! As the fans stood still and bobbed their heads, “Sewer”, “Causing Decay”, and “Old Orange Hands” all culminated in a crushing blow, but it was with final number, “Always Die Slowly” that IRN really made a lasting impact upon the audience. A recognizable riff and infectious groove made this a set highlight over rung out chords.

 

** Pictures have been taken with my normal digital camera and I don’t pretend to be a professional photograph. Therefore, they are just intended to illustrate the review.

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Another threesome, Toronto’s ADVERSARIAL had a tougher go of their initial proceedings. With guitar pedal difficulties, the singer/guitarist cued the soundman for minor adjustments in between short blasts of aural chaos! Similarly, the drummer seemed to play slightly out of time when performing blast beats, and though visibly shaken, he quickly regained his composure for a better performance as the set rolled along. A stark contrast to IRN, ADVERSARIAL sounded strongly militant and caustic, blazing forward with blast beats and intricate (AND impressive!) bass and guitar finger work! Though the players stood statuesque, the music certainly did the talking with disjointed riffs and dissonant complexity. Controlled chaos and a will to overcome made this set come together nicely!

 

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Another enigmatic presence from Toronto, THANTIFAXATH, mounted the stage dressed in ominous head to toe hooded robes to decimate the venue with their brand of Black Metal fused with mesmerizing experimental flourishes! A unique listen and an even more fascination in watching the band play, THANTIFAXATH proved that there is STILL room within the Black Metal genre to maneuver and add fresh, new ideas! Much like ADVERSARIAL, the playing is disjointed and offered onlookers an uncomfortable listen but moments of finger tapping and eerie chords transported the fan to other worlds. Combine this with a straight forward tremolo assault and the set remained a scary example of a band that doesn’t cater to limits or clichés – inspiring!

 

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The moment all were waiting for with anticipation, the first listen of PHOBOCOSM’s latest release, “Deprived” performed in its entirety! What is clearly noted and accepted is the awesome power this Montreal troupe achieves with their wall of sound! Relentless when the band is in full swing; drowning in suffocating misery when they bring the tempo down to a slow crawl. In between songs, feedback and dense fuzz introduced the following cuts as cheers resonated loudly and images of fireballs and solar flares danced upon a video screen above them. The only set of the night to instill a small pit and numerous headbanging, PHOBOCOSM were on top of their game and consistently gave the fans their all! As the lights signalled the end of the night, many gravitated towards the merch. table once more to grab a copy of what they just heard…”Deprived”!

Chris

 

 

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Sepulchral Prods – Entrevue avec Martin Marcotte

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Quinze années et quinze questions : Entrevue avec Martin Marcotte de Sepulchral Prods

Vendredi et samedi prochain aura lieu le festival «Quinze années sépulcrales» au Théâtre Plaza à Montréal, célébrant le quinzième anniversaire de l’étiquette québécoise dédiée au Black Metal, Sepulchral Productions. Dans ce contexte, je vous présente aujourd’hui une entrevue écrite que j’ai menée avec Martin Marcotte, l’homme derrière cette étiquette. Cette entrevue traite bien sûr de l’histoire de Sepulchral Productions, mais aussi des débuts du courant Black Metal au Québec et du passé de notre protagoniste au sein de groupes pionniers tels que Frozen Shadows et Tenebrae.

Bonne lecture!

-Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

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Louis-Olivier «Winterthrone» –  Avant de plonger dans l’exploration de ton implication en arrière-scène avec l’étiquette Sepulchral Prods que tu as lancée en 1999, j’aimerais reculer plus loin dans le temps pour retracer les origines de ton intérêt pour le courant Black Metal. Tout d’abord, tu as fait ton apparition sur la scène Black Metal au sein de Tenebrae vers 1993 en tant que vocaliste et ensuite avec Frozen Shadows en 1995 en tant que vocaliste à une époque où ce courant était encore extrêmement marginal et très peu connu en Amérique du Nord et donc au Québec. J’aimerais donc que tu retraces pour nous l’historique de ton intérêt envers le Metal en général et plus particulièrement comment tu en es venu à découvrir le courant Black Metal et à en devenir un disciple pratiquant?

Martin MarcotteMon intérêt pour le métal remonte à mes dix ans, lorsque j’ai entendu «Number of the Beast» d’Iron Maiden. Une véritable révélation. Avant, je n’étais pas particulièrement intéressé par la musique parce que ce que j’avais entendu ne me rejoignait pas, mais tout a changé à partir de ce jour!

Pour ce qui est du Black, j’ai en fait découvert le courant avant l’explosion norvégienne en fait. Je me souviens avoir échangé un vinyl de «Reign in Blood» de Slayer contre le premier de Bathory lorsque j’avais 14 ou 15 ans, et c’est là que tout a commencé. Je n’avais jamais trop accroché sur Venom, que je trouve très surévalué même à ce jour, je sentais le manque de sérieux dans leur démarche, la caricature. Bathory, c’était complètement autre chose, ça suintait le mal.

Bien entendu, à cette époque, le Black Metal, c’était quelque-chose de rare vu le peu de groupes qui jouaient ce genre de musique, c’était surtout le Thrash, et ensuite les débuts du Death Metal, qui occupaient le haut du pavé. Tout s’est ensuite accéléré en Scandinavie, comme tout le monde le sait désormais. Pour ma part, j’ai fondé mon premier groupe avec des amis en 1991, Necromancy, mais nous n’avons jamais fait autre chose que pratiquer et essayer de monter quelques morceaux sans grand succès. Tenebrae et Frozen Shadows ont suivi par la suite.

 

LOW –  Toujours dans la même optique, pourrais-tu nous expliquer quel était l’état de la scène Metal marginale à l’époque? Plus précisément, comment le Black Metal a commencé à faire sa place au Québec dans cet univers qui fonctionnait avec l’échange de cassettes bien avant l’arrivée d’internet et quels étaient les lieux où les premiers rituels Black Metal eurent lieu dans la Belle Province? Quel était l’accueil réservé aux toutes premières formations du genre?

MM : Marginal, c’est le mot pour décrire la «scène» black de l’époque. Il n’y avait qu’une poigné de personnes ici qui connaissaient ce genre, ceux qui faisaient du «tape-trade» ou qui achetaient des fanzines!

J’ai souvent raconté à mes proches une histoire qui décrit bien à quel point personne ici ne connaissait le Black: au spectacle de Deicide pour « Legion« , à Montréal, la personne en charge de la musique a fait passer, entre des morceaux de groupes Death, « Kathaarian Life Code » de Darkthrone. Personne dans la salle ne comprenait ce qui se passait! Voyant que je savais manifestement ce qui était en train de jouer de par ma réaction, des gens sont venus me demander ce que c’était, et quand j’ai répondu Darkthrone, des gens ayant entendu leur premier m’ont dit «ben voyons, c’est pas Darkthrone! Du Black Metal? C’est quoi ça?»

Les premiers spectacles de Tenebrae, c’était la même chose. À part les rares personnes qui connaissaient le Black, les gens ne savaient pas comment réagir. Le dernier spectacle que j’ai fait avec le groupe, nous ouvrions pour Cryptopsy et nous avions fait une entrée en toge noire flanqués de deux disciples qui portaient des torches, avec bien entendu des clous, des ceintures de balles et du corpsepaint. Les gens n’avaient jamais vu ça et ne semblaient pas trop comprendre ce qui se passait sur scène!

 

LOWPourrais-tu nous relater le contexte de ton passage de Tenebrae à Frozen Shadows ainsi que le début de cette formation qui allait vite devenir légendaire au sein du Black Metal québécois? Quelles étaient les impulsions et influences à l’origine de la musique de Frozen Shadows?

MM : En y repensant, fonder Tenebrae avec les autres membres qui en faisaient partie a probablement été une erreur. Pas nécessairement d’un point de vue musical, je suis fier de ce que nous avons accompli sur le démo «Serenades of the Damned» en 1994, mais plutôt d’un point de vue idéologique. Dans mon empressement à fonder mon groupe de Black, je me suis entouré du peu de musiciens qui étaient ouverts à jouer de ce genre de musique, même si ceux-ci ne saisissaient pas du tout l’état d’esprit lié à cette musique.

J’étais le seul qui vivait pleinement ce style de vie, pour utiliser une image devenue complètement clichée aujourd’hui, et ça créé beaucoup de frictions au sein du groupe. Je voulais lancer des lames de rasoir dans la foule en spectacle, les autres trouvaient ça trop extrême. Je soutenais les actions des groupes norvégiens, eux ne trouvaient pas ça cool. Je voulais que le groupe devienne plus radical, eux étaient bandés sur le premier album de Cradle of Filth. Album qu’ils ont d’ailleurs fort maladroitement essayé d’imiter après que j’ai quitté le groupe! Bref, ça ne fonctionnait plus entre moi et les autres membres du groupe, donc quand j’ai rencontré les membres avec qui j’ai fondé Frozen Shadows et que j’ai vu qu’eux aussi étaient sérieux dans leur approche du Black, j’ai quitté le navire.

Frozen Shadows, c’était la haine, la violence et la noirceur à l’état pur, et ça me convenait beaucoup mieux. Il n’y avait qu’un but avec le groupe: repousser les limites. Nous voulions faire la fusion entre ce qui se faisait de plus sombre dans le Black, les groupes comme Emperor qui lorgnaient sur le côté symphonique, et ce qui s’y faisait de plus brutal.

 

LOWFrozen Shadows est rapidement passé en studio pour enregistrer sa première démo intitulée «Empires de Glace» en 1996, une époque pas si lointaine où les moyens d’enregistrements étaient plus difficilement accessibles qu’aujourd’hui. Peux-tu nous relater comment se déroula l’enregistrement de ce premier opus, ainsi que l’évolution qu’il y a probablement eu entre l’enregistrement de celui-ci, votre premier album «Dans les Bras des Immortels » (1999) et «Hantises» (2004)?

MMEffectivement, les moyens d’enregistrements à l’époque n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui! Pour «Empires de Glace», c’est beaucoup plus dans une cave humide d’un immeuble à moitié désaffecté que dans un studio que ça s’est passé. Un vieux 8 pistes, une journée et demie et c’était réglé. Tout était fait «DIY», jusqu’aux livrets de cassettes que nous collions et plions nous-même avant de les envoyer!

Nous étions (et sommes toujours) très satisfaits de «Empires de Glace», par contre nous trouvions que le résultat final n’était pas aussi extrême que ce que nous voulions faire, et c’est dans cette optique que nous avons composé «Dans les Bras des Immortels», ou tout était encore plus rapide et malsain. Pour l’enregistrement, nous avons cette fois été dans un studio qui en méritait pas mal plus l’appellation, et nous avons beaucoup plus peaufiné l’enregistrement et le mixage de l’album. C’est d’ailleurs au même endroit que nous avons enregistré «Hantises», mais les grandes avancées dans les techniques d’enregistrement ainsi que le fait que le propriétaire avait acheté de l’équipement plus poussé entre les deux sessions durant ces cinq années ont fait en sorte que le résultat était beaucoup plus «pro» sur « Hantises« .

 

LOWLa fondation de Sepulchral Prods coïncide avec l’année de la sortie du premier album complet de Frozen Shadows. Est-ce que l’impulsion principale de la création de l’étiquette était justement la distribution et la promotion de la musique de Frozen Shadows ou est-ce qu’il y avait déjà l’idée de quelque chose de plus large, d’une étiquette qui pourrait faire avancer le courant Black Metal au Québec? Peux-tu nous relater l’historique des débuts du label et comment a t’il pris son envol au tout début?

MMAu tout départ, Sepulchral Productions se voulait surtout un véhicule pour Frozen Shadows, et aussi une «distro» en bonne et due forme. J’avais déjà en fait une distro auprès de gens que je connaissais grâce aux échanges que je faisais pour le démo du groupe, mais lorsque j’ai décidé de m’occuper de la production de «Dans les Bras des Immortels», j’ai voulu rendre la bête plus concrète, la baptiser en quelque-sorte. C’est donc en juillet 1999 que Sepulchral Productions est née.

À la base, je n’avais pas nécessairement la vision de soutenir le Black québécois, en fait je trouvais le peu de scène qu’il y avait ici merdique à l’époque et je ne me gênais pas pour le dire ouvertement! L’étiquette était surtout tournée vers l’étranger à l’époque, c’était strictement un moyen de distribution de Frozen Shadows vers l’extérieur. J’avais déjà établi les bases d’un réseau de distribution avec la diffusion de « Empires de Glace« , donc je n’ai fait que poursuivre le travail quand Sepulchral Productions a vu le jour. Comme le premier album de Frozen Shadows a en général été très bien accueilli, j’ai pu rapidement me faire d’autres contacts chez des étiquettes plus grosses, donc tout s’est assez bien déroulé en fait.

 

LOWÀ ma connaissance, après la parution du premier album complet de Frozen Shadows et la parution d’une compilation intitulée «Waging The War» en 2001, si je me rappelle bien, l’étiquette a été mise en dormance pendant une période relativement longue lorsque Frozen Shadows préparait son second album intitulé «Hantises» qui avait finalement été sorti sur l’étiquette française Holy Records, si je ne m’abuse. Est-il possible de savoir pour quelles raisons cet album n’avait pas été pris en main par Sepulchral à l’époque?

MMExact, normalement, «Waging the War» se voulait le prélude à d’autres sorties en 2001 et 2002 mais, pour diverses raisons, ces sorties ne se sont pas concrétisées. Ensuite, c’est surtout pour une raison de temps que j’ai suspendu les activités de l’étiquette. Pas vraiment suspendu en fait, je continuais à assurer la distribution de «Dans les Bras des Immortels» et de «Waging the War», mais j’avais décidé de ne rien ajouter d’autre à mon carnet de charges. Travail, préparation de l’album «Hantises», études universitaires, je n’avais tout simplement pas le temps de faire plus pour Sepulchral Productions. C’est un peu pour cette raison aussi que nous avions décidé de signer sur Holy Records: je savais que je ne pourrais pas, à ce moment précis, prendre en charge la diffusion et la promotion d’un nouvel album.

 

LOWAprès l’hiatus précédemment évoqué, les choses se sont précipitées pour Sepulchral Prods à partir de 2006 avec la sortie de «Métal Noir Québécois», premier album de Forteresse, bientôt suivi par une myriade de projets Black Metal québécois. Sur le site internet de Sepulchral Prods il est mentionné que la scène québécoise commençait enfin à produire des groupes Black Metal intéressants. Comment expliquer un tel bourgeonnement soudain pour Sepulchral Prods et la scène Black Metal québécoise plus de 10 ans après la vague déferlante du Black Metal scandinave? Si on revient à mes questions du début, quels changements sont intervenus dans la scène entre tes premiers faits d’armes comme jeune musicien Black Metal dans les années 1990 et le milieu des années 2000 pour permettre une telle éclosion?

MMC’est une très bonne question! Si tu m’avais dit, quand nous avons envoyé promener la scène Black du Québec sur notre premier démo, qu’une dizaine d’années plus tard, elle exploserait et qu’elle deviendrait reconnue à travers la planète, j’aurais probablement éclaté de rire!

En fait, je crois que la scène québécoise a commencé à évoluer dans le bon sens lorsqu’elle a commencé à prendre conscience de son caractère québécois justement. Quand j’ai quitté Tenebrae, il était clair dans ma tête que Frozen Shadows, même si le groupe n’a jamais chanté uniquement en français, allait célébrer le fait français en Amérique à sa façon. Titres de démo et d’albums en français, chansons en français, message sans équivoque sur notre premier album quant à notre allégeance au Québec, notre message détonait avec celui des autres groupes d’Amérique du Nord, et c’est à ce moment que les gens de l’extérieur ont graduellement pris conscience que la scène d’ici était différente de celle du Canada. Ensuite, au tournant des années 2000, des groupes comme Akitsa et un peu plus tard Nordmen et Brume d’Automne ont commencé à chanter exclusivement en français, et je crois qu’ils ont influencé à leur manière une autre vague de groupes comme Monarque, Sombres Forêts et Forteresse qui en étaient à leurs débuts…

 

LOWAssez rapidement, la collaboration avec des artistes considérés du « Métal Noir Québécois » comme Forteresse, Monarque, Gris et Sombres Forêts s’est révélée fructueuse comme en témoigne le nombre et la qualité des sorties effectuées à partir de 2006. Bientôt, Sepulchral s’est retrouvé à signer des groupes de l’étranger tels que Borgne, de la Suisse qui sont récemment passés en tournée au Québec et The Stone, de Serbie. Comment cette expansion internationale est-elle arrivée et quelles possibilités cela a-t-il ouvertes pour l’avenir? Est-ce un filon que Sepulchral Prods désire continuer à explorer à l’avenir où tout simplement le fruit de coïncidences heureuses?

MMBien entendu, il est naturel pour moi et Sepulchral Productions de collaborer avec des groupes québécois en priorité, par contre je n’ai jamais fermé la porte aux groupes de l’extérieur. Pour ce qui est de Borgne, ils viennent combler en moi un besoin auquel la scène québécoise actuelle, malgré toute l’affection que je lui porte, ne peut pas répondre: celui de la violence et de la claustrophobie extrême. C’est bien connu, la scène d’ici se démarque surtout par sa mélancolie ou son caractère épique, les groupes qui «t’arrachent la face», pour utiliser une expression bien de chez nous, sont loin d’être légion ici. Je voulais un groupe plus primal, plus visqueux, et j’ai trouvé en Suisse. Même si le groupe a légèrement poli son approche sur ses deux derniers albums, il reste suffocant au possible et en spectacle, il génère un mur de son d’une intensité que j’ai rarement entendue. The Stone, c’est le groupe qui m’a contacté en fait pour des ressorties, et ayant suivi le groupe depuis ses débuts, il m’a fait plaisir de collaborer avec eux. Pour ce qui est de l’avenir, ça dépendra des occasions qui se présentent!

 

LOWAvec de nombreuses sorties extrêmement intéressantes et des groupes de qualité enviable, la scène Black Metal québécoise commence tranquillement à faire sa niche à l’international. Forteresse et Sombres Forêts ont d’ailleurs pu l’an passé réaliser un rêve de bien des artistes musicaux de chez nous, soit faire une tournée en Europe. Quel a été le travail à réaliser pour qu’un tel évènement soit possible? Quelle a été la réaction des fanatiques européens aux rituels de ces fleurons de notre scène? Y’a-t-il des projets du même acabit dont tu peux nous parler pour d’autres groupes québécois de ton étiquette?

MMEn fait, la première excursion du genre revient à Monarque, en 2011. Organiser une tournée, c’est évidemment beaucoup de travail, mais au final les trois expériences ont été hautement satisfaisantes. Les deux premières tournées (celle de Monarque et Forteresse) se sont articulées autour du festival « Under the Black Sun » en Allemagne, qui tenait absolument à avoir les groupes sur leur affiche, il fallait donc trouver d’autres dates autour du festival (6 dates au final pour Monarque et 9 pour Forteresse). Pour ce qui est de Sombres Forêts l’an dernier, le tout a pris la forme d’une tournée estivale de 14 dates dans 7 pays (France, Suisse, République Tchèque, Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas).

Les gens d’ici qui ne sont jamais allés en Europe seraient étonnés de voir à quel point les gens de là-bas sont fervents des groupes Black québécois. Des gens se déplaçaient même d’autres pays pour voir des spectacles, comme un groupe de Russes qui sont venus de Moscou pour voir Sombres Forêts en Allemagne l’an dernier! Les groupes ont fait un tabac lors des spectacles, les gens ont acheté beaucoup de marchandise, on me posait des questions sur des groupes signés sur Sepulchral Productions mais aussi sur des groupes comme Akitsa, Chasse-Galerie et Csejthe qui ne sont pas sur l’étiquette. Bref, les fans savaient ce qui se passait ici et étaient vraiment mordus des groupes. Je me souviens d’un Allemand qui m’a dit l’an dernier, dans un anglais très approximatif: «Three years. Three years you come with bands from Québec. Three years it’s the best fucking show of the year!»

 

LOW Depuis 2011, « La Messe Des Morts« , organisée annuellement au mois de novembre par Sepulchral Prods, s’est illustrée comme le seul festival d’envergure internationale consacré entièrement au Black Metal en Amérique du Nord. Plusieurs artistes légendaires qu’on ne pensait jamais voir sur scène au Québec se sont déplacés à Montréal, bien souvent pour un seul spectacle, ce qui implique des coûts et une logistique qui est sûrement extrêmement lourde. Par exemple, l’an passé, l’édition III regroupait des artistes internationaux tels que Taake, Tsjuder, Horna, Sargeist, Baptism, Throne of Katarsis, Belenos, Ptahil et Demonic Christ aux côtés de groupes locaux sur trois jours aux Katacombes et au Théâtre Plaza. Comment la réalisation et la répétition d’un tel rêve de fanatique a t’elle pu être possible? Que peut-on espérer pour l’édition IV? Est-ce que tu peux nous révéler des primeurs?

MMÇa faisait quelques temps déjà que je caressais le projet d’organiser un festival dédié au Black Metal, et c’est en assistant au « Under the Black Sun » avec Monarque que j’ai finalement décidé de me lancer. Aussitôt revenu au pays, j’ai commencé à travailler sur la première édition, qui mettait en vedette Absu, Inquisition, Angantyr, Glorior Belli et la crème des groupes québécois, et comme la réponse a été excellente, j’ai décidé d’en faire une tradition annuelle. Bien entendu, organiser un festival du genre ici implique beaucoup de travail et d’organisation, et est aussi très coûteux, surtout à cause du coût des billets d’avion qu’il faut défrayer pour les groupes étrangers, mais en même temps, pour nous, le festival vaut bien tous ces sacrifices! C’est encore un peu tôt pour moi de parler de « Messe des Morts IV » pour la simple et bonne raison que nous commençons à peine à travailler dessus, ayant auparavant consacré nos énergies au festival « Quinze années sépulcrales« , qui célèbre les quinze ans de Sepulchral Productions

 

LOWLe vendredi 11 et samedi 12 juillet prochain, aura lieu le festival « Quinze années sépulcrales » avec Antaeus (spectacle exclusif en Amérique du Nord), Fen (spectacle exclusif en Amérique du Nord), Sombres Forêts, Forteresse (spectacle spécial au cours duquel ils interprèteront «Métal Noir Québécois» en entier), Chasse-Galerie, Délétère, Existe, Beast Within et Crépuscule. Ce festival a toutes les apparences d’une petite « Messe Des Morts« , est-ce que le travail réalisé pour sa réalisation s’apparente en complexité et en logistique à celui réalisé pour ladite Messe?

MM« Quinze années sépulcrales » se veut plus axé sur les groupes que nous avons produits au fil des années, et pour cette raison, le festival est moins complexe que la « Messe des Morts » d’un point de vue logistique. Étant donné qu’il n’y a que deux groupes de l’extérieur, il y a moins de transport à assurer, en plus, avec un peu moins de groupes au total à l’affiche, la tâche sera un peu plus facile pour tout le monde. Je pourrai certainement passer plus de temps avec les groupes et à regarder le spectacle, ce qui est un peu le but vu que c’est pour moi l’occasion de célébrer cet anniversaire! N’empêche que je crois avoir réussi à rassembler une affiche très attrayante pour l’occasion, et d’ailleurs pas mal de gens ont prévu faire le voyage des États-Unis pour assister au festival…

 

LOWAvec une telle célébration en vue et un aussi beau parcours pour Sepulchral Prods, quels sont les projets d’avenir pour l’étiquette? De plus, quels sont les réalisations passées dont tu es le plus fier, les évènements les plus marquants pour l’étiquette que tu as créée?

MMPour le moment, je me concentre sur les prochaines sorties à venir de Délétère (ressortie des démos sur CD et premier album), ainsi que les versions LP des derniers Gris et Sombres Forêts. D’autres projets de LP également que j’espère annoncer sous peu, avec le split 7 pouces Forteresse/Chasse-Galerie/Monarque/Csejthe et le premier 7 pouces de Beast Within, 2014 sera sans contredit l’année la plus axée sur le vinyle de Sepulchral Productions à ce jour!

Pour ce qui est des réalisations passées, j’ai bien entendu un faible pour «Dans les Bras des Immortels», bien entendu en tant que membre de Frozen Shadows, mais aussi parce qu’il représente la naissance de l’étiquette, ainsi que les premiers de Forteresse, Gris et Sombres Forêts, qui ont remis Sepulchral Productions à l’avant-scène. En fait, je suis très fier de tout ce que nous avons sorti à ce jour, ça toujours été primordial pour moi de ne sortir que des trucs qui me rejoignent vraiment musicalement.

 

LOWNous tombons maintenant dans des questions d’ordre plus général que j’aimerais te poser sur quelques aspects plus sensibles du Black Metal. Tout d’abord, pour des raisons bien connues et qu’on le veuille ou non, depuis les premiers balbutiements le spectre des idéologies d’extrême droite plane sur le courant Black Metal. Certains artistes de ton étiquette comme Forteresse ont d’ailleurs fait les frais d’accusations totalement injustes et parfois carrément ridicules à cet effet par des gens qui confondent patriotisme, traditionalisme et fascisme ou encore pour qui une police de caractère gothique indique automatiquement une affiliation politique. J’aimerais donc que tu nous exprimes ta vision sur les liens «dangereux» entre extrêmes droites et Black Metal : est-ce que musique et politique devraient être liées? Faut-il dire aux artistes quoi penser et quelle idéologie véhiculer? Doit-on se défendre bec et ongles contre des accusations injustes ou simplement s’en foutre?

MMBien que je sois en général plus de la vieille école en ce qui concerne ce que le Black Metal devrait véhiculer (le satanisme, l’occulte, etc.), et que je préfère en second lieu les thèmes associés à un nationalisme romantique/classique à une approche plus politisée, je suis aussi de ceux qui croient que le «politically-correct» n’a pas sa place au sein du Black Metal. Pas plus que les artistes (peu importe leur style musical en fait) ne devraient se faire dire quoi faire, dire ou penser.

Je trouve aussi cette chasse aux sorcières hautement hypocrite. Donc, c’est cool de brûler des églises, d’assassiner des musiciens d’autres groupes, de détester l’humanité et de prôner le satanisme et la destruction du christianisme, mais c’est méchant de faire les cons dans le bois avec un certain drapeau (on s’entend que bien des groupes font uniquement ça pour choquer, comme ces Sex Pistols adorés de tous ces punks par exemple, ils aimaient bien ça eux les croix gammées…) et de prôner la destruction de l’islamisme ou du judaïsme?

Bien entendu, certains bien-pensants aiment bien les raccourcis faciles, et des groupes comme Forteresse en ont entre autres malheureusement fait les frais. Nationalisme = national-socialisme, bien entendu! Pour eux, aimer son pays veut nécessairement dire que tu es un facho. Surtout que le mouvement indépendantiste au Québec est tellement à droite… Maintenant, à savoir s’il faut se défendre ou pas, je ne crois pas que ça change grand-chose au final, des organisations comme les antifas voient des nazis partout, et n’hésitent pas à faire des liens extrêmement douteux pour prouver leur point. Sur le premier album de Frozen Shadows, nous avions déclaré que nous étions un groupe purement québécois et bien entendu, il s’en est trouvé pour dire que le «purement» faisait référence à la race! Ou encore cette discussion musclée sur Forteresse avec quelqu’un de l’ARA qui m’avait lancé, à court d’argument: «Tsé, quand on a des chansons qui s’appellent « Déluge Blanc », c’est assez évident de quel bord on penche». Inutile d’essayer de raisonner avec des demeurés comme ça…

 

LOWLe Black Metal est souvent et avec raison, considéré comme une mouvance qui dépasse le simple courant musical pour représenter ce qu’on pourrait qualifier de philosophie ou même de façon plus poussée, de religion qui comporte ses propres codes vestimentaires, comportementaux, musicaux et philosophiques. L’appartenance ainsi créée est très forte et louable, mais peut sans doute parfois donner des airs de fermeture d’esprit, d’élitisme et de stagnation à la scène pour les non-initiés. De plus, cela semble parfois avoir un effet d’isolation voulue, ou non, de la scène Black Metal par rapport à l’infrastructure médiatique consacrée au métal de façon plus généraliste. Selon toi, est-ce que la scène a avantage à rester jalousement fidèle à ses codes établis? Est-ce qu’il y a moyen d’évoluer au sein du Black Metal tout en restant respectueux de l’esthétique développée aux débuts du courant? Est-ce que le Black Metal devrait rester exclusivement réservé aux médias et étiquettes spécialistes du courant ou a-t-il sa place dans les médias et étiquettes consacrés au Metal en général?

MM : Ayant connu la période pré-internet où les groupes étaient beaucoup plus obscurs et moins accessibles, c’est certain que je regarde cette époque avec une certaine nostalgie, mais il faut aussi vivre avec son temps comme le veut l’expression. Impossible de revenir en arrière, donc aussi bien se servir des outils disponibles. Ceci dit, je crois que, de par son essence même, le Black Metal sera toujours un peu à l’écart de la scène Metal dans le sens large du mot. Pour ce qui est de l’évolution, je suis partisan de la vieille école en général : il y a de la place pour l’expérimentation dans le Black selon moi, mais jusqu’à un certain point, passé lequel on sort des sphères du genre…

 

LOWEn terminant, je te remercie chaleureusement d’avoir accepté cette entrevue avec Ondes Chocs! Félicitations pour ces quinze années sépulcrales auréolées de succès et je te souhaite encore plus de belles réalisations dans l’avenir! Y aurait-il quelque chose que tu aimerais rajouter pour les lecteurs d’Ondes Chocs.com?

MMMerci pour le soutien!

 

Critique d’album: Compilation – « Légendes » (Double 7 pouces en format «gatefold» édition limitée

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Forteresse, Chasse-Galerie, Monarque et Csejthe

« Légendes« 
(Double 7 pouces en format «gatefold» limité à 500 exemplaires)

Sepulchral Prods

2014

Liste des pièces :
Face A: « Wendigo » (Forteresse)
Face B: « Le Bois des Belles » (Chasse-Galerie)
Face C: « La Griffe du Diable » (Monarque)
Face D: « Murmures Nocturnes » (Csejthe)

 

Spécialisée dans la production et la diffusion de l’Art noir québécois, Sepulchral Prods fête son quinzième anniversaire cette année et poursuit sur sa lancée en nous offrant des sorties de qualité pour le moins constante dans des formats qui ont tout pour attirer les convoitises des vrais fanatiques de la sombre musique. Nouveau méfait dans cette série, la compilation « Légendes » regroupe quatre formations séminales du Métal noir québécois, nous présentant chacune une pièce inédite inspirée d’une légende du riche folklore de la Belle Province, œuvres exclusivement rassemblées sur deux vinyles 7 pouces dans une pochette pliable. Décortiquons maintenant le contenu de cette offrande comme il se doit.

Tout d’abord, l’auditeur est accueilli par le cri puissant du « Wendigo« , célèbre créature anthropophage de la mythologie algonquienne, dans une pièce épique et furieuse composée par Forteresse. La rythmique est implacable, les motifs de guitare sont hautement mémorables et la voix déchire nos tympans. Que demander de plus? Du côté de la production, on a droit à un son rehaussant les aspects atmosphériques de la pièce avec force réverbérations, une puissante distorsion sur la guitare et une voix aux textures résonantes et mystiques. La batterie bénéficie quant à elle d’un son très organique. L’entrée en matière est donc formidablement réussie.

Ensuite, c’est au tour de Chasse-Galerie de prendre le crachoir et on est aussitôt transporté ailleurs avec « Le Bois des Belles« , une pièce au tempo un peu plus relâché et aux motifs de guitare plus harmoniques et mélodiques que la précédente. L’auditeur y découvrira aussi une facette un peu plus folk et, disons-le, un peu moins agressive que ce à quoi Chasse-Galerie nous a habitués sur leurs autres sorties. Conséquemment, la production est aussi plus claire, plus définie et plus axée sur les basses que sur la première pièce de l’opus, ce qui met en valeur le style différent de Black Metal présenté par le groupe. Le résultat est une pièce mélancolique et très intéressante qui introduit une variation dans le flot de la compilation.

Fidèle à sa méchanceté et à sa réputation légendaire, Monarque intervient ensuite avec « La Griffe du Diable« , inspirée d’une légende du terroir où l’innommable aurait été si enragé qu’il aurait égratigné profondément la pierre. Présentée dans un format sonore typiquement cru et sombre, encore plus que le dernier album de l’artiste intitulé « Lys Noir » (2013) qui présentait un son un peu plus poli, la pièce présente une accélération puissante avec des motifs mélodiques prenants et des voix inhumaines.  Présentant une section rythmique ultraviolente vers la fin, la pièce nous amène donc dans les textures les plus frigorifiques et obscures du Métal Noir, nous faisant état d’une autre déclinaison possible du genre.

Pour la quatrième et dernière pièce de cette compilation spéciale, Csejthe nous emmène encore en d’autres lieux avec une pièce plus lente et atmosphérique que les précédentes, intitulée « Murmures Nocturnes« . Superbement élaborée et arrangée, cette œuvre rend justice au catalogue de ces maîtres du mystère et de l’ambiance. Les mélodies accrochent l’oreille et la production complimente bien le style du groupe avec sa réverbération et ses textures enveloppantes. Ladite pièce termine donc le tout en beauté et laisse à l’auditeur un goût de revenez-y fort utile à la valeur de réécoute de l’ensemble.

En somme,  la compilation « Légendes » est encore synonyme de succès pour Sepulchral Prods et les artistes incontournables du Métal noir qui y figurent. Bien pensée, somptueusement présentée, remarquablement variée en textures et très bien ordonnée dans une progression qu’on pourrait qualifier de logique, cette sortie dépasse le concept habituel d’une compilation et représente plutôt une sorte de testament ou de monument dédié au Métal noir québécois. À cet effet, seule l’idée de présenter des œuvres musicales des quatre fers de lance de ce courant sous une thématique commune liée aux légendes du terroir aura tout pour attirer et combler les fanatiques. Cette édition spéciale est donc fortement recommandée aux aficionados de notre obscur trésor national!

8,5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas