Du sang, de la bière et de la brutalité…

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Samedi dernier, les amateurs de métal de mort à l’ancienne de Québec étaient conviés à une orgie sonore rassemblant trois groupes locaux et une formation de la Métropole, Canceric, à son tout premier passage dans la Capitale. Il n’en fallait pas plus pour que ma voluptueuse déesse du mal et moi empruntions le chemin dudit souterrain sinistre qui servirait de havre dédié à des musiques diaboliques pour la soirée. Arrivés sur les lieux peu après 19 h, nous pûmes constater que l’installation des groupes de la soirée avançait tout de même rondement malgré l’absence d’un technicien de son attitré à la soirée qui mit en œuvre le «système D» des formations et de Fred END, le propriétaire de la Salle Unisson. Ainsi, peu après 20 h, les quatre cavaliers de l’apocalypse d’Outre-Tombe prirent d’assaut la scène après de brefs tests de son.

Outre-Tombe est un quatuor Death Metal de la vieille ville fortifiée de Québec, à ne pas confondre avec le projet Black Metal du même nom provenant de l’Outaouais. Celui-ci compte parmi ses rangs Fred « Crachat» Tremblay à la basse et aux éructations (aussi de Kaotik), Ulysse «Cobra» Nadeau-Paré à la guitare, Nicholas «Vitesse» Gagné (aussi de Phosphorus) à la batterie et, le petit nouveau, Alexis Goulet-Bouchard à la guitare. D’un trio plutôt Death/Thrash, le groupe a évolué depuis 2010 vers un son plus résolument Death à l’ancienne qui rappelle grandement Autopsy. Sur scène, le groupe m’impressionna grandement par l’évolution accomplie depuis la première fois que je les avais vus sur scène en 2013. En effet, leur musique simple, lourde à souhait et centrée sur l’efficacité fit rapidement mouche dans le public qui ne se fit pas prier pour entamer les hostilités sous les assauts solides de la troupe. Avec un son bien gras qui ne fut handicapé que par un micro de grosse caisse non coopératif, la formation parvint sans grande peine à réchauffer plus qu’adéquatement le public avant de se retirer sous les cris de ce dernier.

Après une courte pause, c’était au tour de Canceric, une formation de Montréal, de monter sur scène pour nous présenter leur mélange de Death Metal et de Thrash Metal.  Le quintette composé de William Pichette (vocal), Julien Provost (guitare, chœurs), Vince Laliberté (guitare), Zack Osiris (batterie) et J-F Tremblay (basse fretless) est présentement en train de terminer l’enregistrement de son premier Ep avec Chris Donaldson à la console et venait nous présenter sa musique pour la première fois à Québec. Sur scène, on put assister à une livraison puissante et précise de Death/Thrash ravageur qui provoqua encore la folie des spectateurs. Cependant, je fus un peu sceptique quant au mariage entre une musique dominée par des motifs très lourds et une approche vocale plutôt centrée sur un hurlement aigu rappelant le Thrash de la fin des années 1980. En effet, la musique du groupe me semblait plutôt centrée sur un Death réclamant une dominante de voix plus basse et gutturale, alors que le chanteur faisait plutôt l’inverse, soit une dominante de hurlements haut perchés entrecoupés de quelques grognements plus gutturaux. Cela dit, la performance du groupe ne s’en ressentit pas outre mesure et, à sa décharge, le chanteur ne semblait pas très bien s’entendre. Ce fut donc d’une performance convaincante de la part de Canceric.

La prochaine formation à monter sur scène était l’infâme quatuor «Evil Death Metal» connu sous le nom d’Atroce. Originaire de Québec, la troupe se plaît à faire revivre la naissance du vrai métal obscur en s’inspirant évidemment de formations comme Sarcófago, Mystifier et les premières heures de Mayhem. La résultante est un mélange de Death et Thrash à l’ancienne interprété dans une atmosphère rituelle sanglante soutenue par un décorum théâtral à souhait. Encore une fois, le public ne fut pas épargné par le maître de cérémonie P.-O. avec son talent pour les mises en scène macabres. En effet, celui-ci fut souillé par du sang aspergé sans vergogne, put admirer un candélabre imposant et odorant, tout en étant témoin d’une folie à peine retenue et en reniflant une odeur de putréfaction répandue préalablement dans le souterrain humide qu’est la Salle Unisson. La violence de la mise en scène ne fut que rehaussée par la musique brutale et sans compromis du quatuor qui ne laissa personne indifférent. Ce fut donc une performance orgiaque pour Atroce, dont la progression ne semble pas prête d’être freinée par quoi que ce soit.

Une dernière pause et c’était maintenant aux psychopathes de Soiled by Blood de venir nous achever avec leur Death Metal brutal. Forte de la sortie de son album «Serving the Bowels of God» en début d’année, la formation âgée de six ans environ nous assaillit comme à son habitude avec une énergie hors du commun dominée par la présence charismatique et démente du hurleur Alex-Antoine Chamberland. Avec leur musique puissante, précise et aux «grooves» brutaux, mais entraînants, Soiled by Blood nous prouva sans l’ombre d’un doute qu’ils méritaient leur place en tête d’affiche en ce samedi soir de débauche. Les musiciens démontrèrent même une progression depuis la dernière fois que je les avais vus sur scène avec une prestation plus solide et précise que jamais qui leur permettait plus de mouvement et d’interaction avec le public en délire. Le chanteur exécuta même un plongeon de scène épique qui lui permit d’être porté par les membres de la foule tout en continuant à se déflorer la gorge dans le micro. Enfin, le groupe nous livra coup sur coup trois nouvelles pièces fraîchement composées en fin de parcours qui laissent présager un avenir brillant pour leur musique barbare.

En somme, ce samedi soir fut le théâtre d’une véritable défonce à la Salle Unisson, nous présentant des projets musicaux qui perpétuent la tradition du métal de mort à l’ancienne dans la Belle Province. Les quatre groupes invités sur cette affiche nous livrèrent des prestations puissantes et déjantées tout en démontrant un professionnalisme prometteur. De plus, un public festif et généreux répondit à l’appel, ce qui contribua à rendre la soirée d’autant plus mémorable. Ce fut donc un 10$ très bien dépensé pour tous les spectateurs présents!

 

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Retour sur une fin de semaine de voyous métalliques…

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Tagada Jones, Code 40-11 et The Babyface Nelsons à l’Agitée le jeudi 20 novembre 2014 une présentation de Les Productions Dorchester et DBC, Riotor à la Salle Unisson le vendredi 21 novembre 2014, une présentation de END Productions.

 

Plusieurs fanatiques de Métal ont aussi un intérêt pour ce cousin parfois mal aimé qu’est le Punk et c’est définitivement mon cas. Le sous-genre que constitue le Thrash Metal a notamment été très influencé par l’énergie viscérale du Punk et c’est donc sans surprises que les deux genres se sont parfois mélangés de façon encore plus symbiotique dans ce qu’on appelé Crossover. Ces hybrides Punk-Métal seraient à l’honneur les 20 et 21 novembre derniers alors que nous recevrions jeudi la visite du célèbre groupe français Tagada Jones, fêtant ses vingt ans d’existence en lançant un tout nouvel album et de Dead Brain Cells le vendredi, l’éminent groupe montréalais de Thrash Metal progressif/ Crossover de la fin des années 1980 tout juste reformé. C’est donc avec plaisir que ma délicieuse compagne et moi pré.parâmes nos attirails de guerriers urbains et nos foies pour ces deux soirées!

 

Jeudi Soir Survolté… 

N’ayant pas encore eu la chance de voir la formation relativement récente The Babyface Nelsons s’exécuter sur scène, nous arrivâmes vers 20 h dans l’enceinte de l’Agitée pour y saluer le chanteur Julien Rhéaume, puis sa sympathique conjointe Myriam Tremblay, tous deux reconnus comme habituées des spectacles souterrains à Québec. Après quelques minutes de conversations et de houblonnage savoureux, Julien et sa bande montèrent sur les planches de l’Agitée pour nous démontrer leur savoir-faire. Exception à saveur Métal progressif/expérimental sur une affiche consacrée principalement au Punk, The Babyface Nelsons surpris quelque peu les spectateurs avec une musique hybride aux passages atmosphériques introspectifs entrecoupés de moment déchaînés nettement inspirés par The Dillinger Escape Plan. Concentrée, mouvementée, professionnelle et précise la performance solide et captivante du groupe leur permit néanmoins d’aller chercher l’approbation de plusieurs des personnes présentes. La formation de Québec se permit même de démontrer toute l’étendue de leur talent musical lorsque le guitariste et le bassiste échangèrent leurs instruments pour une dernière pièce. Ce fut donc une prestation très réussie pour le groupe qui devait tout de même composer avec une foule aux attentes plus punks.

Le deuxième groupe à entrer sur scène serait quant à lui pleinement dans son élément puisqu’il s’agissait de la formation de Montréal Code 40-11 qui dit humoristiquement officier dans l’univers du «Skate Punk Basket». Guidée par la présence irrévérencieuse et gesticulatoire de son chanteur, la formation nous livra efficacement ses compositions simples et directes axées sur des lignes de basse souvent prédominantes, comprenant aussi parfois des passages plus agressifs et métalliques. Le tout fit le bonheur des spectateurs qui se dégourdirent enfin, notamment après un crachat directement au milieu de la foule par le chanteur désirant sans doute mettre le feu aux poudres. Malgré une panne de l’amplificateur du bassiste au milieu de leur performance, le groupe put tout de même terminer son tour de chant après une intervention rapide du technicien de son pour corriger la situation. Efficace et solide à défaut d’être très originale, la formation montréalaise Code 40-11 aura donc réussi à préparer la foule à l’assaut Punk-Metal qui s’en venait avec Tagada Jones.

Après une petite pause, le grand moment de la soirée était arrivé lorsque le groupe breton Tagada Jones fit son entrée sur scène pour nous présenter son dernier album intitulé «Dissident (2014)» et se remémorer avec nous ses vingt ans d’histoire dans le cadre de son quatorzième passage à Québec. Sur scène, le groupe déclencha aussitôt l’enthousiasme festif de la fosse avec une prestation survoltée comprenant une solide dose de nouvelles pièces de leur excellent nouvel opus et de nombreux succès du passé. Extrêmement mouvementée, précise et puissante, la performance de Tagada Jones souleva littéralement la centaine de spectateurs présents dans l’Agitée avec leur Punk Hardcore infusé de guitares métalliques et de mélodies accrocheuses. Toutefois, le groupe n’échappa pas à quelques problèmes techniques avec l’amplificateur de Stef (guitare) qui furent heureusement réglés rapidement. Après près d’une heure et vingt minutes de massacre musical, le quatuor de la ville de Rennes se retira de scène sous les acclamations d’un public conquis et reconquis par ce fleuron de la scène indépendante française.

 

La Veillée du Vendredi

Après une courte soirée de travail en cuisine qui me fit manquer le passage de Fuck the Middle East (hommage à S.O.D) et de The Affected en ouverture de soirée à la Salle Unisson, nous nous dirigeâmes tout de même vers ce lieu de débauche où nous arrivâmes toutefois juste à temps pour assister à la prestation de Riotor, quintette absent des scènes de la capitale depuis un petit moment déjà. La formation de Québec pratiquant une forme de Thrash Metal extrême fut donc accueillie triomphalement par ses nombreux fanatiques présents et ne se fit pas prier pour déclencher son assaut spirituellement tout droit sorti de la période de radicalisation du Thrash Metal (1985-1990). Avec une présence scénique imposante, autoritaire et bénéficiant d’un son énorme, la troupe nous assomma avec ses hymnes apocalyptiques issus, autant de «Beast of Riot (2010)» que de leur futur album intitulé «Rusted Throne» à paraître en début d’année 2015. La foule déjà bien réchauffée s’en donna à cœur joie dans une fosse particulièrement violente où les esprits s’échauffèrent même un petit peu trop à certains moments. Ce fut donc une prestation puissante et un retour sur scène apprécié pour la troupe fondée en 2007.

Après un entracte désaltérant, les légendes de Dead Brain Cells montèrent sur scène à Québec pour la première fois depuis environ 24 ans. La formation montréalaise faisant autrefois partie du «Big Three québécois » au côté de Voivod et Sword effectuait ainsi son grand retour après plusieurs années de disparition des écrans radars pour nous présenter ses vieux succès Crossover (voir le premier album éponyme sorti en 1987) et Thrash Metal progressif (voir le second album «Universe» sorti en 1989). Un peu contrariés par un les retards de la soirée qui repoussèrent leur entrée en scène d’environ quarante minutes, les vétérans livrèrent une sélection souvenir issue de leurs deux albums avec brio et une célérité qui ne leur permit que très peu d’interventions entre les pièces. Le tout fut cependant vraiment bienvenu autant par les vieux de la vieille que par les jeunes loups présents dans la salle, manifestant leur approbation en s’entrechoquant dans la foule qu’en hurlant les initiales du groupe entre les pièces. En somme, ce fut un joyeux rappel d’une époque glorieuse et de la pertinence musicale de la formation DBC pour la postérité métallique québécoise.

Pour conclure, ce fut encore une fin de semaine bien garnie en Métal dans la vieille ville fortifiée de Québec et celle-ci serait encore complétée par la venue d’Erimha en compagnie de Neurasthene au Scanner, le samedi, à laquelle je ne pus malheureusement pas assister en raison d’obligations familiales. Avec la visite de vétérans tels que Tagada Jones et Dead Brain Cells en compagnie d’excellents groupes locaux, les amateurs de musique souterraine aux relents de Punk et de Métal n’avaient aucune raison pour se morfondre à la maison autant le jeudi que le vendredi et ceux-ci ont répondu en grand nombre à l’appel de la débauche!

 

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Critique d’Album: Mayhem – “Esoteric Warfare”

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Mayhem

 “Esoteric Warfare

Season of Mist

2014

«Watchers»
«Psywar»
«Trinity»
«Pandaemon»
«MILAB»
«VI. Sec. »
«Throne of Time»
«Corpse of Care»
«Post Human»
«Aion Suntelia»

Bonus (version digitale):
«Into the Lifeless»

 

Le Black Metal et même le Métal extrême en général n’auront jamais connu de légendes plus importantes que Mayhem. Effectivement, Euronymous, le défunt fondateur de cette horde psychopathologique et véritable parrain du Black Metal norvégien serait certainement fier de l’héritage malsain associé au nom Mayhem. Musique innovatrice diaboliquement malsaine, meurtres, suicide, incendies criminels d’églises méthodistes et spectacles controversés; la troupe d’Oslo aura absolument tout fait. Or, plusieurs étaient sceptiques quant à l’avenir du groupe après le départ du guitariste Blasphemer, principale force créatrice de Mayhem depuis son arrivée en 1995, suite à la parution de leur dernier opus intitulé «Ordo ad Chao» (2007). C’est donc avec une grande curiosité que les fanatiques de Mayhem accueillirent cette année la parution exubérante en une multitude de formats (l’album est disponible en 16 versions allant de digitale au double LP de couleurs multiples) du nouvel album du groupe, habilement intitulé «Esoteric Warfare» sur une thématique lyrique d’expérimentations en guerre psychologique. Attaquons-nous donc à décortiquer ce nouvel album qui aura mis sept ans à naître.

Tout d’abord, lorsque «Watcher» démarre avec ses barrages d’accords dissonants livrés par les nouveaux guitaristes Teloch et Charles Hedger, suivis d’une autre performance incroyable de Hellhammer à la batterie et des voix sublimement malsaines d’Attila Csihar, l’auditeur remarquera inévitablement une écriture musicale plus structurée que sur l’opus précédent. En effet, malgré l’utilisation récurrente de variations rythmiques axées sur des passages rapides et violents alternants avec des passages lents et atmosphériques comme sur «Ordo ad Chao», les motifs du nouveau compositeur Teloch suivent des structures musicales plus serrées et intelligibles que les expérimentations déstructurées à saveur Noise livrées par Blasphemer sur ledit précédent opus. La production, quant à elle, reste particulièrement similaire à celle de l’album précédent avec un accent mis sur la malpropreté des guitares et des voix qui accentue la folie musicale de Mayhem. Cependant, les auditeurs érudits noteront une heureuse mise en évidence de la batterie et de la basse comparativement à «Ordo ad Chao», ce qui permettra une meilleure appréciation de la performance d’ensemble du groupe. La première moitié de «Esoteric Warfare» fera donc les délices des amateurs de délires psychotiques, comprenant les meilleurs moments musicaux de l’album avec des pièces puissantes et bien construites. Toutefois, après «MILAB» la bande s’égarera dans les méandres tortueux de compositions de moins en moins inspirées et énergiques telles que: «VI. Sec. », «Throne of Time», «Corpse of Care» et «Post Human», avant de revenir à des idées un peu plus intéressantes quoique n’égalant pas le début de l’album sur «Aion Suntelia».

En somme, bien que démarrant sur les chapeaux de roue, bénéficiant d’une production lui permettant d’exploiter à fond son côté malsain et donnant lieu à une performance époustouflante de Hellhammer et d’Attila, «Esoteric Warfare» souffre d’une panne progressive d’inspiration et d’énergie à mi-parcours qui en fera un album inégal. On en retiendra donc des structures et motifs rythmiques extrêmement intéressants ainsi que des voix à faire dresser le poil sur la nuque, mais aussi une certaine déception reliée à un sentiment de remplissage dans la seconde partie de l’album avec quelques pièces franchement médiocres. La commercialisation de l’album en de multiples formats et couleurs tape-à-l’œil ne parviendra pas à faire oublier qu’il ne s’agit en fin de compte que d’une entrée moyenne dans la discographie de l’illustre groupe norvégien.

Pièces favorites: «Watchers», «Psywar», «Trinity» et «Pandaemon»

6,5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Le Paradis Perdu

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Samedi soir dernier, les Rimouskois étaient conviés à la Coopérative de solidarité Paradis pour le retour de B.A.R.F. au Bas-St-Laurent avec pour apéritif Spirit of Rebellion et Dekorum, deux bands de la région. Il y a belle lurette qu’un tel évènement n’avait pas eu lieu à Rimouski et nous sommes de ce fait nombreux à avoir répondu à l’appel.

La salle était pleine de fans de tous âges lorsque je suis arrivée sur place. Dekorum était sur scène et l’ambiance était déjà des plus exaltantes. À l’avant de la scène, on pouvait voir de nouveaux visages, soient ceux des mineurs qui ne peuvent généralement pas assister aux shows dispensés en ville, la majorité de ceux-ci étant généralement produits dans les bars de la place. Tout sourire, leur soirée était déjà destinée à être une réussite. De l’autre côté de l’assistance, nous avions les vieux de la vieille venus encourager leurs bands locaux, ou encore des adeptes incontestables des B.A.R.F. qui faisaient leur retour dans le bas du fleuve après plusieurs années d’absence.

Dekorum nous a donc expédié son thrash à la sauce old school en pleines dents pendant que nombre de spectateurs continuaient de faire leur entrée, tandis que d’autres, tout en s’abreuvant, se réjouissaient de faire certaines retrouvailles ou encore de nouvelles rencontres. Tous ceux qui étaient sur place avec qui j’ai pu discuter se sont accordés pour dire que la performance de Dekorum était irréprochable, comme à leur habitude. Je vous encourage d’ailleurs fortement à aller jeter un œil sur la page Facebook du band (Dekorum BAND), Dekorum étant le seul band à composer ce type précis de metal dans notre belle localité.

 

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Les Spiritueux sont ensuite montés sur scène et nous avons pu voir naître chez la foule un puissant torrent de haine et une incroyable bourrasque de brutalité, ceux-ci ayant forcément été fomentés par leur longue année d’absence. À peine les premières notes entamées, les crignères, sans plus attendre, fendaient déjà l’air alors que les plus audacieux s’évertuaient instantanément à se précipiter les uns sur les autres. Le quintette de death metal old school rimouskois dans lequel figure désormais un nouveau membre, Nicolas Auclair à la guitare, faisait sa toute première prestation depuis le départ de Pierre Beneteau. Celui-ci, présent dans la salle, m’a confirmé que son successeur opérait au sein du groupe un travail admirable. À sa bonne vieille habitude, Sylvain Morency (voix) s’est chargé d’ameuter dans la salle deux formations de bêtes gonflées à bloc – l’une à la gauche du stage, l’une à la droite de celui-ci – lorsqu’est venu le moment d’interpréter la pièce “Immersed in Poison qui se retrouve sur leur dernier opus. Leur violente cérémonie aura sans aucun doute été une véritable abréaction. Prenez note que Spirit of Rebellion travaille présentement sur un nouvel album qui devrait voir le jour dès les premières lueurs de 2015.

 

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La formation montréalaise chérie des Québécois, après une attente quasi palpable chez certains spectateurs, s’est finalement pointée sur scène. B.A.R.F. (Blasting All Rotten Fuckers) a vu le jour en 1986 et leur album “Brûle Consume Torture“, in extenso en français,  marque le retour tant espéré du band de crossover/metal grind/hardcore. Incluant nouvellement le virtuose Dominique Forest Lapointe à la basse (Beyond Creation, Augury, Teramobil, ex- Quo Vadis, etc.) et l’ahurissant Carlos Araya aux percussions (Anonymus, Marco Calliari, SpellDown, etc.), B.A.R.F. nous a administré une gifle musicale faisant honneur à la réputation qui les précède. Très près de son public, Marc Vaillancourt (voix) a fait de nombreux commentaires tout au long de leur prestation quant au fait que Rimouski ait jadis été la « Capitale du Metal » et a eu certaines interactions avec les plus jeunes, leur mentionnant que ceux-ci se délectaient encore certainement du lait maternel de leur génitrice lors de leur dernier passage dans le bas du fleuve. B.A.R.F. a donné une prestation des plus notables et a quitté la scène en laissant étinceler dans les yeux de leurs fans une pâle lueur d’espoir que ceci n’était qu’un «Au Revoir».

 

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N.B. À tous ceux qui étaient présents lors de l’évènement, sur présentation de votre billet au concert de Tagada Jones le 22 novembre prochain au Petit Pavillon Agricole de Rimouski, vous vous verrez offrir une consommation fraîche gratuite!

 

Remerciements :

Je tiens à remercier personnellement Carl Desrosiers pour l’accueil des plus favorables qu’il a réservé à Ondes Chocs dans le cadre de son évènement en m’offrant un accès libre à celui-ci. Toute l’organisation fut une irréprochable réussite; félicitations à toute l’équipe!

De plus, je tiens encore une fois à remercier tout particulièrement Eric Truchon (Eric Truchon Photo), photographe néophyte de Rimouski, d’avoir accordé ses captures de l’événement à Ondes Chocs. Allez jeter un coup d’œil à ses différents shootings sur sa page Facebook et encouragez-le!

 

Avorton

Perplexité et chaos à l’Impérial…

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Pour voir toutes les photos de la soirée, suivez ce lien.

Arch Enemy, un des groupes les plus populaires issus de la vague du Gothenburg Metal des années 1990, lancée par In Flames, Dark Tranquillity et At The Gate; et Kreator, selon moi le groupe de Thrash Metal allemand le plus illustre du trio des années 1980 complété par Sodom et Destruction. Comment résister à une affiche combinant ces deux titans du Metal, même si les deux derniers efforts de Arch Enemy m’ont laissé plutôt froid, que le départ d’Angela Gossow de la formation, remplacée par la Québécoise Alissa White-Gluz (ex-The Agonist), soulève des interrogations chez moi et que mon esprit de vieux métalleux se demande comment Kreator peut se retrouver en support direct à un groupe beaucoup moins légendaire que lui? De plus, les deux têtes d’affiche seraient accompagnées par un nouveau phénomène polarisateur dans l’univers des poilus, soit le groupe Huntress avec sa chanteuse sulfureuse. Le tout serait enfin précédé par une prestation d’un groupe américain de Death/Black Metal mélodique et symphonique dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, soit Starkill. Ma curiosité surpassant grandement ma suspicion, ma beauté d’acier et moi prîmes la route du fameux théâtre impérial pour assister à cette orgiaque représentation.

Le spectacle devant débuter vers les 19 h, nous arrivâmes relativement tôt sur les lieux du crime pour constater qu’un attroupement assez important de badauds faisait encore la file pour entrer dans la salle même si la porte était ouverte depuis plusieurs minutes déjà, ce qui était un signe révélateur d’une assistance qui serait nombreuse. Après avoir bénéficié de l’accès à la salle, gracieuseté de District 7 Production, nous nous dirigeâmes aux puits de ravitaillement pour nous y procurer du délicieux houblon avant de nous orienter vers le parterre déjà bien garni. Bientôt, les lumières s’éteignirent et Starkill entra en scène.

Starkill est un groupe de Chicago en Illinois fondé en 2008 sous le nom Ballistika qu’il conserva jusqu’en 2010 avant d’opter pour le nom Massakren sous lequel ils sortirent un premier long-jeu, jusqu’en décembre 2012, date à laquelle les membres du groupe adoptèrent leur nom actuel. Musicalement parlant, le groupe pratique un hybride sonore qui pourrait être le résultat d’un croisement entre Children of Bodom, Dimmu Borgir et Ensiferum. Nous sommes donc en présence d’un Death mélodique auquel se greffent des influences de Black Metal symphonique et un subtil côté folk souligné notamment par des séquences de clavier aux accents païens. Sur scène, le tout fut interprété avec un talent certain et un professionnalisme de très bon calibre, quoique les chants clairs de Parker Jameson (guitariste soliste, chant, claviers (sur album)) et Tony Keathley (guitare rythmique, chœurs) semblent parfois superflus et manquaient parfois la note alors que les voix gutturales, elles, étaient excellentes. Les problèmes de sons furent aussi de la partie avec des guitares inaudibles pendant la première pièce et une batterie beaucoup trop en avant dans le mixage. Le groupe ne se souligna pas non plus par son originalité, non seulement en étant musicalement très fidèle à ses influences, mais aussi du côté visuel. En effet, Parker Jameson apparut comme un véritable clone d’Alexi Laiho, reproduisant son style vestimentaire, son vernis à ongles noir et jouant même avec la même guitare que celui-ci, ce que je trouvai personnellement un peu ridicule. Qu’à cela ne tienne, même si le groupe ne se démarqua pas par des particularités stylistiques, leur talent musical suffit à soulever l’appréciation de la foule en à peine vingt minutes de prestation, ce qui leur promet un bel avenir sur la scène internationale.

Après un très court entracte, c’était au tour de Huntress de s’amener devant une salle maintenant bien réchauffée et très bien garnie en public. La troupe de Jill Janus (chant) était très attendue dans mon cas, en raison de la controverse critique soulevée par ce groupe américain qui combine Heavy Metal, imagerie occulte et  la voix unique de la principale intéressée. Effectivement, Huntress soulève apparemment autant de réactions positives que de réactions négatives dans l’univers Metal, notamment en raison du sex-appeal racoleur de sa chanteuse et de sa voix particulière, à la fois opératique et criarde qui ressemble, sous toute réserve, à une version féminine de King Diamond. J’étais donc impatient de les voir sur scène pour la première fois. Sous nos yeux, la chanteuse se lança dans une prestation endiablée rythmée par les mélodies accrocheuses de ses musiciens. La livraison de ses cris au timbre aigu et exubérant ainsi que de ses voix claires fut très efficace en termes de performance musicale, quoique ses choix d’approche vocale donnent parfois à penser qu’ils sont purement aléatoires. Cela fit que j’avais parfois l’impression que le type de voix choisi n’était pas le plus approprié par rapport à la musique du groupe. Quoi qu’il en soit, sa présence scénique fut quant à elle énergique, communicative et extrêmement charismatique, bien qu’elle fit appel à de nombreux clichés métalliques, tels qu’un ventilateur caché sous le marchepied qui lui sert à se hisser au-dessus de la foule pour donner l’impression d’une chevelure soufflée par le vent et des interventions d’usage entre les pièces semblant un peu génériques. La performance du reste du groupe fut quant à elle de bon calibre, malgré quelques imprécisions. Toutefois, en ce qui concerne la présence scénique, les musiciens passaient clairement en second par rapport à Jill Janus, se contentant d’un minimum d’interaction avec la foule. En somme, ce fut une bonne prestation, mais j’aurais aimé une plus grande synergie de groupe plutôt qu’un «one-woman show».

Pendant la pause suivant la prestation de Huntress, le parterre se bonda en prévision de la performance des légendes germaniques du Thrash Metal et je pus constater que l’Impérial était maintenant quasiment comble. L’introduction retentit dans les haut-parleurs, l’obscurité se fit et Kreator entra en scène avec l’excellente «Violent Revolution » tirée de l’album éponyme paru en 2001. Avec son agressivité habituelle et sa brutalité charismatique proverbiale, le quatuor déclencha aussitôt délire et chaos dans l’assistance. Comme à son habitude, le groupe livra ses pièces avec précision et une énergie viscérale toujours aussi impressionnante, même après les avoir vus à plusieurs reprises. Leur retour à Québec après deux ans d’absence fut même célébré par les acclamations de la foule qui semblèrent aller droit au cœur du meneur de la formation, Mille Petrozza (guitare, chant) dont les interventions semblent toujours sortir directement du plus profond de ses tripes. Le parterre se transforma en une véritable zone de guerre grâce aux hymnes à la haine et à l’anarchie que la formation livrait avec précision et énergie. La légendaire «Endless Pain» tirée de l’album du même nom – premier effort complet du groupe paru en 1985 – fut même le théâtre d’un magnifique mur de la mort, provoqué par la furie du leader de Kreator. Seule ombre au tableau, la sélection de pièces un peu trop axée sur les efforts récents des apocalyptiques cavaliers Teutons nous permit néanmoins de constater que le groupe a produit certaines de ses meilleures pièces depuis 2001, même si les fanatiques de la belle époque des années 1980, tels que moi, n’ont eu que trois vieux classiques à se mettre sous la dent : «Extreme Agression», «Endless Pain» et «Pleasure to Kill». Malgré ce désagrément mineur, leur prestation souleva littéralement la foule qui hurlait, s’entrechoquait et faisait trembler le vieux théâtre. En somme, ce fut une véritable tuerie.

 

Setlist de Kreator :

«Violent Revolution»

 «Civilization Collapse»

 «Extreme Aggression»

 «Phobia»

«Enemy of God»

«Voices of the Dead»

«Endless Pain»

«Victory Will Come»

«Phantom Antichrist»

«Impossible Brutality»

«Hordes of Chaos (A Necrologue for the Elite)»

«Pleasure to Kill»

La question était maintenant de savoir comment Arch Enemy allait pouvoir surpasser et justifier sa position de tête d’affiche après une prestation aussi puissante des vieux routiers que sont les membres de Kreator. Après l’obligatoire introduction séquencée, le groupe entra en force avec la classique «Enemy Within» et ses roulements de caisse claire. Aussitôt, on put constater une reproduction fidèle par Alissa, des voix jadis interprétées par Angela. La chanteuse semblait aussi très en forme et bougeait beaucoup plus que lors des spectacles avec The Agonist où j’avais pu la voir par le passé. Cependant, les comparaisons étant inévitables, je ne pus m’empêcher de remarquer la même faiblesse que j’avais constaté à l’écoute du dernier album de la formation, «War Eternal (2014)», soit un certain manque d’agressivité authentique dans la performance vocale de la Québécoise. Soyons clairs, Alissa maîtrise parfaitement la technique vocale gutturale et les hurlements râpeux requis pour chanter du Arch Enemy, cependant sa livraison semble plastique et moins authentique que celle d’Angela qui semblait y mettre toutes ses tripes à chaque fois. Pour en rajouter au chapitre de l’authenticité, bien que sa prestation fût énergique et très professionnelle, ses mouvements et interventions entre les pièces semblaient un peu «surchorégraphiés » ou convenus, comparativement à la folie à peine retenue à laquelle nous avait habitués Angela. Cela contribua à rendre sa présence scénique un peu robotique, voir froide, et son interaction avec la foule souffrit quelque peu de trop nombreux clichés pops, comme d’agiter le drapeau québécois dans le but évident de conquérir la foule facilement et de demander à la foule de sauter sur place en même temps (somme-nous dans un concert de Simple Plan où dans un massacre métallique?). De plus, au risque de tomber dans la superficialité, ses vêtements de couleur pâles comportant aussi des paillettes et des accessoires brillants rompent l’unité visuelle du groupe à laquelle Angela nous avait habitués. Ce sont des détails, vous me direz, mais l’addition de ceux-ci finit par me laisser circonspect. Musicalement, le groupe mené par l’illustre suédois Michael Amott (guitare) livra ses pièces avec la précision et l’énergie avec laquelle ils l’ont toujours fait. Toutefois, leur sélection comprit beaucoup trop de pièces moins agressives, de temps morts (comme un «solo» de tripatouillage de guitare autour de l’instrumentale «Snow Bound», complètement inutile et ennuyant pendant le rappel) et de matériel des deux derniers albums qui sont leurs plus faibles, ce qui créa une visible et audible baisse d’énergie dans la foule comparativement à la folie manifestée durant le passage de Kreator. Les ayant vus sur scène à quatre reprises depuis 2003, je fus donc énormément déçu et perplexe devant Arch Enemy qui semble être devenu une marque de commerce sur le pilote automatique, manquant gravement d’agressivité authentique.

 

Setlist de Arch Enemy :

«Enemy Within»

«War Eternal»

«Ravenous»

«Revolution Begins»

«My Apocalypse»

«You Will Know My Name»

«Bloodstained Cross»

«Under Black Flags We March»

«As the Pages Burn»

«Dead Eyes See No Future»

«No Gods, No Masters»

«Dead Bury Their Dead»

«We Will Rise»

Rappel:

«Yesterday Is Dead and Gone»

 «Blood on Your Hands»

«Snow Bound»

«Nemesis»

«Fields of Desolation»

En conclusion, comme je le prévoyais avant le spectacle, Kreator aura totalement volé la vedette à Arch Enemy et ce, en ayant beaucoup moins de temps de jeu que ceux-ci. L’expérience, l’authenticité et la brutalité auront inévitablement primé sur un groupe qui semble avoir quelque peu perdu son âme métallique au profit d’une approche de plus en plus générique et «mainstream » autant sur album que sur scène. Bien que le changement de chanteuse y soit un peu pour quelque chose, car la personnalité d’Alissa me paraît beaucoup moins adaptée à Arch Enemy – ou plutôt à ce qu’Arch Enemy était jadis – que celle d’Angela, le reste du groupe à aussi sa part de responsabilité. En effet, depuis «Khaos Legions (2011)» le groupe semble s’être ramolli, commercialisé et être tombé dans la redite musicale. Cela nous a été confirmé par le manque de violence d’une sélection axée sur les deux derniers efforts du groupe. Kreator aurait donc dû être la tête d’affiche de ce spectacle, n’en déplaise aux critères de popularité et de commercialisation musicale. Enfin, les deux premières parties de la soirée, Huntress et Starkill, auront profité de l’occasion pour nous démontrer un talent prometteur, malgré de légères lacunes corrigibles.

 

Louis-Olivier « Winterthrone» B. Gélinas