Décapiteuse Marryah Noch

LA DÉCAPITEUSE

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 Trials - This ruined world

TRIALS
«This Ruined World»
Independant/DIY
Date de sortie: 24 Juillet 2015

 J’ai de la misère avec le métal qui se qualifie lui-même de «complexe». De un, la complexité est un univers très subjectif. On a tous notre définition de c’est quoi un album «fucké». Je commence à trouver qu’avec la trollée de bands qui se ramassent sur le bandwagon du «Stare at the Wall Metal» (qualificatif sarcastiquement affectueux que j’utilise pour décrire les albums ambiants qui tentent de mélanger quarante-cinq types de styles juste pour prouver que les membres ont une santé spirituelle supposément plus élevée que la mienne), l’aspect ”fucké” est dramatiquement diminué par l’aspect trop familier de ce genre d’approche. Je ne dis pas que je n’aime pas ce qui est peu conventionnel ou ce qui défie les standards de la composition trop passivement agressive. Loin de moi est l’intention de prétendre que ça ne me séduit jamais, étant moi-même un être capricieux et difficile à prédire ou comprendre, à ce même titre.

Le groupe de Chicago TRIALS reste DIY dans le seul et unique but d’avoir un son qui refuse décidément d’être libellé, compartimenté ou contrôlé par les réactions du système digestif d’un Suit and Tie de gros label blasé et si fièrement pogné for the sake of big money, Le problème est qu’ironiquement ils devraient avoir un peu plus de contrôle. Ça sonne bizarre venant de moi, j’acquiesce vivement à cette remarque que j’entends déjà à mesure que j’écris. Quand je dis contrôle, mon regard est posé plus spécifiquement sur la triste réalité que le «métal complexe», ou «post metal», se doit de reconnaître l’importance de la marge entre l’émotivité si débordante qu’aucune attention n’est vraiment apportée à la qualité des compositions, et la concentration requise pour l’élaboration d’un pattern musical qui peut être profitable dans un tel état d’adrénaline et de rage mentale.

En d’autres mots, prend un guitariste qui se claque une dépression nerveuse et a envie de tuer tout le monde; s’il profite de sa colère pour rajouter à son intention d’écrire une osti de toune qui va tous les anéantir parce que c’est l’affaire la plus hot qu’il a écrite de sa vie, il risque de ne pas rusher avec la structure de l’élaboration de ses riffs, et il risque même d’écrire toutes les drum parts sur son kit électronique, tout ça en direct de sa cellule de prison à côté de son X-Box.

Prend le même gars qui succombe à ses émotions et, au lieu de les accepter, se met à se défouler d’une manière mal dosée en espérant promptement passer à autre chose- il risque de se ramasser à écrire «This Ruined World».

Ce que j’entends ici est un drastique manque de focus et un besoin beaucoup trop imminent d’être aussi agressif que possible. Le résultat empêche chacune des pièces de se développer d’une façon organique et vertement déterminée à ne pas se laisser décontenancer. J’entends certaines influences thrash, post-rock, noise, et 80s goth, un peu trop précipitées et mal dosées dans un effort bien trop conscient d’être abstrait dans l’effort de démontrer une émotion accrue et dangereusement instable Celle-ci selon moi serait bien mieux libérée à travers des riffs tight et oldschool qu’à travers des leads dissonants qui sonnent à peine travaillés et qui sont squeezés entre des patterns de drums qui pourraient rester plus constants et nous emmener vers de véritables hooks. Quand ils y réussissent et qu’un véritable focus est mis sur l’agencement de ces leads un peu contradictoires dans la nature de leurs color tones et que le drumming est aussi frantic dans le réel «punch» de sa delivery, on voit que ce band a une identité capotée qui a le potentiel de vraiment être hot et innovatrice.

Avec un peu de recul face à leurs propres compositions, et un «outlook» à tête plus reposée, cet album exprimerait beaucoup plus de substance bien pré-méditée et tranchante qu’en se laissant aller dans un «fit» mal proportionné par rapport à l’impact qu’il souhaite emmener. L’intention est nette ici, juste mal exécutée.

VERDICT: 1/10

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 Zandelle - Perseverance

ZANDELLE
«Perseverance»
Pure Steel Records
Date de sortie: 24 Juillet 2015

ZANDELLE est un groupe de speed métal américain de vingt ans d’âge que le crew de Pure Steel Records compare à HELLOWEEN. Ce genre de ”name-dropping” est risqué et peut être qualifié de carrément misleading, vu que la référence en question est un band qui refuse tout simplement d’écrire la même affaire chaque fois qu’il rentre dans le studio pour composer ou quand il s’entasse dans leur tour van pour souffler entre deux shows. Donc, l’implication du statement en lui-même promet une originalité surprenante, et même supposément frustrante (en tout cas les fans du band aiment pas le dernier album vu qu’il se penche plus sur l’aspect rock que power, ce qui veut apparemment dire, selon eux, qu’il perd son «thunder»; je trouve que c’est pas mal le contraire).

J’veux rien savoir d’un groupe qui refuse stoïquement de changer de son par peur de perdre sa propre identité. Il me semble que c’est normal que ta musique varie en même temps que ta vie et ton expérience. Avec une seule écoute de «Perseverance», c’est facile de voir que cette théorie est comprise, appliquée, et respectée par ZANDELLE. Cet album est même défini par un goût prononcé pour le risque. Il existe un certain charme dans son exécution imparfaite aussi puisqu’elle est tout de même professionnelle et assez rehearsed pour sonner comme un live show, autant en termes de production que de performance de la part des musiciens.

Le frontman George Tsalikis n’est pas accroché à son auto-tuner, ce qui laisse l’émotion respirer à travers sa delivery, bien qu’avec un peu de retenue; l’effet ici étant tout de même percutant plutôt que navrant. La twin guitar attack de Maglio et Durfy est loin d’essayer de se montrer overflashy ou de s’imposer par dessus le reste de l’instrumentation, étant plutôt airy et accompagnatrice, servant de back-up au reste du band dans une modestie élégante, mais tout de même savante, montrant que les gars sont calés dans leur étude de cas. Leur range est étoffé, cette collection de tounes incluant autant de tracks upbeat et vraiment explosives à la early PRIEST que des ballades qui auraient facilement leur place en plein milieu d’un album concept qui décrirait la tragique histoire d’un personnage tourmenté par ses propres désirs contradictoires. Ces gars-là sont capable d’être brutalement réservés, dramatiquement dévergondés, ou apparemment victimes de violent traumatismes émotifs dans l’intention derrière la delivery des tracks, ce qui fait de l’album une réelle journey qui est plutôt définie par la quête d’identité que le rehash atrocement chorégraphié d’une formule surfaite et plastique.

Ceci dit, la comparaison avec HELLOWEEN n’est pas exagérée, bien que l’efficacité de l’album se verrait augmentée par une prestance un peu plus égocentrique du côté des twin guitars et possiblement par un petit coup de pied dans l’arrière-train de Tsalikis pour qu’il pogne un peu plus les nerfs derrière le micro, définissant un style et une attitude plus faciles à cibler; il a déjà un caractère qui ne semble pas donner sa place, mais qui est un peu trop contenu ici. Rien à redire sur le drumming de Joe Cardillo; il semble structurer la saveur expérimentale de beaucoup des pièces qu’on a ici, ce qui en dit long sur son expérience.

Je m’attends à être pas moins que ravie la prochaine fois.

VERDICT: 5.5/10

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Fallen Angels - World in decay

FALLEN ANGELS
«World in Decay»
Cyberdyne Records
Date de sortie: 4 Août 2015

Je trouve que ces temps-ci, c’est pas évident de trouver un band de thrash qui n’essaie pas de se la jouer mainstream et de sur-moderniser son approche, ou encore qui n’est pas excessivement occupé à se pogner le beigne dans une composition automatique, redondante, et carrément vannante qui va comme suit: couplet qui sonne faux du criss, riffage dissonant et étourdissant qui mène à un bridge laid et vide de réelle émotion, chorus empli de gang shouts qui sont supposés me donner envie de répéter les lyrics mais me donnent plutôt mal aux dents, solo trop rapide pour que j’aie le temps de comprendre que chacun des leads a été écrit par dessus une page de Reader’s Digest dans les toilettes du Ultramar, et drumming qui reste agressivement pareil (un peu comme celui de l’idole de l’heure Lars Ulrich) pendant quarante-cinq minutes béton à part pour l’occasionnel blastbeat qui n’a pas rapport avec le reste de la toune mais qui change son fusil d’épaule pendant quatre secondes pour quand même pas trop sonner comme du METALLICA.

Dans cet ordre d’idées, vous allez comprendre que je suis assez difficile avec les bands qui prétendent avoir le genre de portée couronnée d’un ”je m’en foutisme” aussi efficace que du vieux TESTAMENT ou EXODUS en ne perdant pas la valeur de leur True North (en d’autres mots, leur focus sur l’importance de la composition raisonnablement imprévisible mais tout de même axée sur une discipline suffisamment aiguisée pour présenter des riffs qui sont le fruit d’une intention claire et non pas un besoin de prouver un skill glorieusement absent ou trop juché sur la technicalité plutôt que l’expression d’un besoin brûlant pour l’authenticité des émotions véhiculées).

FALLEN ANGELS est capable d’écrire ce genre de tracks qui sont bien exécutées, passionnées, et écrites avec un réel sens du meaning profond, ce qui est assez évident à travers chacune des notes jouées. La seule chose que je déplore, c’est leur besoin de se la jouer ”safe” avec des patterns qui semble les forcer à changer la structure de chacune des pièces pour la rendre plus ”paint by the numbers”, détruisant l’identité originale et franchement anti-homogène de chaque titre pour les emmener dans un pattern «been there done that» assez facile à reconnaître après environ vingt minutes, ce qui casse le punch (dans ce cas-ci, un whirlwind of solos qui change le pacing de la toune au complet pour encadrer ladite tornade de leads ultra-tech qui ne fittent pas avec le reste de la portée de la compo en question – obligatory en plein millieu de chacune d’entre elles). J’aimerais voir ces gars-là prendre le risque de rester sur leur lancée, peu importe s’ils écrivent une track qu’ils pensent juste semi-efficace ou complètement explosive et orgasmique; l’évolution impulsive de leurs compos marcherait à merveille puisqu’ils sont de bons musiciens qui ont les racines autant définies par le Bay Area thrash que le technical DM à la DEATH. Ils sont studieux et connaissent leurs instruments sans se swinger les balls dans nos faces. Dommage qu’ils suivent leurs cues un peu trop religieusement car c’est visiblement loin d’être une nécessité selon mes observations vivement intriguées.

VERDICT: 6/10

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 Powerwolf - Blessed n Obsessed

POWERWOLF
«Blessed & Possessed»
Napalm Records
Date de sortie: 17 Juillet 2015

Après six albums, je reste sur mon cynisme prudent et même un peu appréhensif face à POWERWOLF. Avant que vous me pétiez une syncope, je l’avoue; ils sont de bons musiciens. Ils savent jouer du métal théâtral, studieusement néoclassique et assez prenant pour voler ce qui me reste d’attention après une journée chiante ou plaisante (ça change rien à mon humeur mais ça ne me laisse jamais perdue dans mes pensées). Ils réussissent cet exploit de taille face à un cerveau hyper-occupé qui se contre-fout de tout ce qu’il entend quand ça semble sortir du micro-ondes après avoir été réchauffé quarante-cinq fois vu que typiquement, ça veut dire que c’est loin d’être encore du bon.

Je ne dirais pas que «Blessed & Possessed» c’est du brûlé ou du recyclé, reste que ça continue à me purger steady. Un band un peu trop réconforté par sa propre gimmick, ça a tendance à écrire des albums qui sont le fun et utiles comme trame sonore pour une Uber Beer Session qui tough la run jusqu’à six heures du matin; mais peu efficaces quand on se ramasse sur une quête de sens face à nos propres noirs désirs d’auto-destruction (ou pognés dans le traffic avec un besoin de défoulement qui nous emmène de l’avant au moins mentalement jusqu’au point qu’on s’en fout solide qu’on s’est trompés de sortie pour la dixième fois).

Ce que j’essaie de dire avec cet humour blasé et sur-compliqué, c’est que y’a aucune des compositions de POWERWOLF qui réussit à susciter une seule réelle émotion humaine en moi. Bien que le musicianship se claquerait des médailles olympiques, et l’adrénaline suscitée par les influences MALMSTEEN, IRON MAIDEN, et même DIO sont hard at work dans l’élaboration de pièces catchy et puissantes en termes de sensations fortes, celles-ci sont toutes physiques, et aucunement mentales. La répétition de la même pièce de théâtre soixante mille fois d’affilée me laisse sur ma faim, autant que cet album qui est bon, mais plus ou moins attachant dans sa prédictabilité tellement agressive que je me demande si ces gars-là vont s’écoeurer de rester dans leur comfort zone. J’aimerais les voir se dissocier de leur ligne directrice pour écrire des tracks qui se contre-câlissent d’être militantes et se ramassent plus dans une zone d’introspection et de réelle darkness tout à fait dépourvue de ses trente couches de vernis usuelles. Un band avec une identité non-costumée, qui n’essaie pas d’impressionner mais qui finit par réellement avoir envie de sauter une coche créative. J’attends encore que ça leur arrive.

VERDICT: 8/10

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 Defect Defender - Ageing accelerator

DEFECT DESIGNER
«Ageing Accelerator»
Sleaszy Rider Records
Date de sortie: 13 Juillet 2015

Faut que je l’avoue, voir deux membres de SEPTICFLESH, un de CRYPTOPSY (ouep, Flo Mounier) et un de TROLLFEST dans le même line up d’enregistrement, ça m’a fait flipper avant même que je pèse sur «play». Drette en partant je me suis dit que j’allais accepter aucune possibilité de manque d’originalité complètement pétée. Je suis loin d’être déçue ou forcée de revenir sur ce mantra entêté et presque envoûté.

«Ageing Accelerator», c’est une des rares exceptions définies dans le proverbial haystack de bands expérimentaux qui se lâchent lousses dans la fusion de styles et sous-styles de métal qui semblent pas fitter ensemble et réussissent à saisir nos âmes et les dépecer lentement et en toute beauté sans qu’on veule se débattre rien qu’un peu. En ce sens, on a droit ici à un mélange de black, deathgrind, oldschool punk, jazz, et nu-metal à la SLIPKNOT dans le temps que c’était bon (je dis ça avec un amour infini pour Corey Taylor).

Attachez vos fucking tuques, car j’arrive à peine à être certaine de ma liste quand je pense à la weapon de taille qu’on a ici. Ça s’appelle un cas de «duck and cover sinon tu crèves, friend».

Ça prend du génie presque surnaturel pour être capable de créer des hooks monstre qui t’avalent pour te recracher en pièces détachées avec une efficacité qui ne manque pas de style à travers sa monstruosité abstraite et difficile à comprendre complètement sans la sécurité d’un blâme ferme porté sur les substances hallucinogènes. Je viens de résumer l’expérience qui t’attends si t’es brave. Cet album toppera les charts de l’année parce qu’il crée une toute nouvelle trail fraîche et glissante pour les bands qui vont essayer de l’emprunter après s’être claqués cet album tout simplement inimitable.

Ceci dit, les compos ne sont pas ”fourrantes”. L’intensité de chacune d’entre elles est supportée par une intention claire en termes d’ambiance qui se veut assez évidemment glauque, inquiétante, et schizophrénique. Les riffs sont tantôt mélodiques, parfois plutôt techniques, mais jamais strippés de leur presque buzzante efficacité quand on parle du backbone groove qui les unifie. Le drumming est du Copyright Flo. Ce gars-là est une machine. Y’en existe pas deux comme lui et c’est parce qu’il est diversifié à travers une identité qui est instantanément reconnaissable et stubborn, mais qui a jamais peur de se mettre la tête dans l’eau plus longtemps à chaque maudite fois qu’il est sur un album à travers un projet ou l’autre. DEFECT DESIGNER, c’est le trip le plus notable qu’il fait en termes de risque complètement désarçonnant et mémorable. Vous êtes juste pas prêts.

Marier le meilleur du oldschool avec le newschool en redéfinissant les trends et en crachant dans la face des «stare at the wall» complextro whores of the modern day, c’est ce que DEFECT DESIGNER réussit à accomplir sur cet album et probablement même sur leurs lendemains de brosse. Vous êtes mieux de vous tasser du chemin parce que leur set-up prend de la place.

VERDICT: 8/10