Discussions Métal – 3e Édition

 

Voici la 2e édition de “Discussions Métal“, une table ronde d’intervenants de la scène métal du Québec qui répondent par écrit à deux questions que j’ai préparé.  Les questions et leurs réponses sont présentées ci-dessous dans l’ordre et on vous invite ensuite à débattre des réponses dans la section commentaire ci-dessous. La première édition de cette table ronde est disponible ici.

Je dois avouer qu’en ouvrant les réponses des participants, j’ai beaucoup aimé le “T’es as les questions toé crisse” de Steve Dallaire, ça a fait ma journée, mais c’était aussi AVANT de lire les réponses de notre panel!  J’aimerais d’ailleurs le remercier ce “Board of Devils” d’avoir prit le temps de répondre à mes questions, et ce dans un laps de temps très court… YOU RULE!!!!

 

THE BOARD OF DEVILS

 

Yanick TremblayBangBangBlog/MusikUniverse

Steve DallaireBoulevard Brutal

Matt ButcherAlcoholator

 

Question #1: Une nouvelle tendance se dessine dans l’industrie de la musique: les bands sollicitent leurs fans AVANT l’enregistrement d’un album pour pouvoir amasser de l’argent nécessaire à ce processus. Vous en pensez quoi?

 

Steve Dallaire: La première fois que j’ai vu un tel phénomène, c’était le groupe Marillion avec l’album “Anoraknophobia” en 2001. 12 500 fans avaient répondu à l’appel et leurs noms étaient inscrits à l’intérieur de la pochette de l’édition limitée. Je trouvais ça cool, mais même en fan fini du groupe que je suis, j’ai laissé faire. La raison? Je fais de la musique moi-même depuis des années et je n’ai jamais quêter à personne pour en faire. Je trouve ça presque insultant. Si demain matin ça me tente d’ouvrir un dépanneur au coin de ma rue, est-ce que je vais me mettre à écoeurer mes chums pour qu’ils me donnent du cash pour m’établir? Non. Ils vont tous m’envoyer chier. Un groupe est comme une entreprise, tu fais de la business ou t’en fais pas. Si t’as pas de cash, reste chez-vous. Tu veux du financement, imprime-toi des t-shirts, des bobettes avec ton nom de band dessus pis fais des shows, crisse. Investis les profits dans ton groupe au lieu de t’acheter de la bière. Là on est rendu avec AC/DC qui veut 10 000$ pour réparer la statue de Bon Scott et Sepultura qui veut de l’argent pour sortir son documentaire… Ridicule.

 

Yanick Tremblay: Un téléthon mais sans véritable cause comme la guérison d’une maladie incurable ou creuser un puits en Éthiopie, c’est ça? Écoute, l’effort est louable mais il ne faut pas se leurrer : De nombreuses personnes doivent donner un 10$ en espérant avoir leur nom dans la liste de remerciements, c’est certain. Mais quand on y repense, en tant que fanatique de musique, le processus peut plaire, mais sommes nous en présence de l’état de compte du groupe? Savons-nous vraiment comment chaque dollar sera investi? Cette question demeure un brin éternelle, le sujet est encore tellement nouveau. Il est certain qu’à un moment donné, un scandale en relation avec ce type de sollicitation éclatera au grand jour, éclaboussant tel ou tel groupe. Je préfère de loin, les efforts des groupes qui y vont de sueur et de sang avec les moyens qui sont à leurs dispositions pour parvenir à leur objectif, un peu à l’image du nouveau EP de Fuck the Facts « Amer » qui est lancé à même les poches du groupe.

Est-ce un moyen de regrouper les dollars perdus face au téléchargement illégal? Je ne crois pas. Est-ce un moyen d’impliquer l’amateur dans le processus? Oui, probablement. C’est au même niveau que le système de votation des téléréalités : Tu participes si tu en as le goût. Sinon, tu passes ton tour et tu changes de fréquence!

 

Matt Butcher: Je ne suis pas vraiment pour cette tendance… Ça fait plusieurs années que ce systeme existe, la première fois que j’en avais entendu parler c’étais avec un vieux groupe thrash des années 80 dont j’oublie le nom, il me semble que c’étais Whiplash. Ils demandaient un gros montant pour enregistrer leur album et j’avais percu ça un peu comme un cri de désespoir. Le concept de base est une bonne idée, mais je trouve que le fait d’utiliser ça pour un album projette une image un peu négative, et c’est quelque chose que personnellement je n’utiliserais jamais pour financer un album. Par contre, une chose que j’avais trouvé intéressante, le groupe Lich King du Massachusetts avaient fait une campagne semblable il y a quelques années pour s’acheter une van de tournée et aller jouer pour tout leur fans qui leur demandaient de tourner incessamment. Pour une cause comme celle-là, je trouve ça plus légitime comme concept. Donc il y a du bon et du mauvais à mes yeux, mais pour ceux à qui ça profite tant mieux pour vous!

 

 

Question #2: Si vous étiez un promoteur de shows métal au Québec, que feriez-vous de différent de ce qui fait présentement pour assurer le bon fonctionnement de votre ou vos évènements? (promo, activités, bands, salle, argent, etc).

 

Steve Dallaire: J’ai organisé quelques concerts et il n’y a pas de solutions miracles. Il faut que tu travailles avec plein de gens et ce n’est pas toujours évident de satisfaire tout le monde. Personnellement, et là je parle en région, mets un band local sur l’affiche. Ça peut paraître anodin comme geste mais ça demeure essentiel. Ce band local va te faire de la promo gratuitement car il veut avoir le plus de gens possible pour voir leur prestation avec un groupe important. Tu vas ramasser plein de monde qui ne serait probablement pas venu sinon, genre Matante Jocelyne pis ton cousin louche qui passe des heures derrière les portes battantes au club vidéo. On s’en fout, ils vont payer leurs billets comme tous les autres. En tant que promoteur, ça démontre aussi que tu te soucies de la scène locale. Street cred motherfuker. Règle très importante, ne pas prendre les fans de métal pour des épais. Certains dépensent une semaine de paie pour voir ton show, alors traite-les avec respect. Ça prend de la passion pour devenir un promoteur de shows métal, pas juste l’ambition de faire une cenne. Intéragis le plus possible avec les gens sur les réseaux sociaux. Implique les bands dans ton événement, organise des concours, etc… Pis quand les gens te posent des questions sur Facebook ou Twitter, prends le temps de répondre baptême, ça prend trente secondes. Street cred motherfuker. Crée des partenariats avec des sites comme Boulevard Brutal et Ondes Chocs, c’est de la belle promo pas chère et tu rejoins directement ton public cible. Finalement, et là je parle encore pour les régions, les médias se fendent le cul pour trouver de quoi à parler, alors contacte-les et parle de ton événement, tu vas te retrouver dans toutes les stations de radios et journaux locaux. Encore une fois de la promo peu dispendieuse. Mais si il y a un mot important dans tout ce que je viens d’écrire, c’est passion. Pis street cred motherfuker aussi. Mais ça c’est trois mots. Je suis fourré osti.

 

Yanick Tremblay: Si j’étais promoteur de métal émergeant au Québec, j’imagine que cela veut dire en région car le marché montréalais et celui de Québec est déjà bien établi. Le but est d’attirer les gens à tes concerts, il est évident qu’à la base, j’essaie de me trouver des salles de type « tous les âges » pour pouvoir maximiser le nombre d’entrées, ce qui est un arme à double tranchant étant donné qu’en général, les gens en haut de 18 ans aiment bien siroter une bonne bière.

Mais pour ce qui est des nananes qui permettent d’attirer les foules, j’irais avec un système plutôt simple dans un sens. J’offrirais un système due diffusion en direct vidéo qui retransmettrait les images du concert en direct sur le web, question de mettre l’eau à la bouche aux gens à la maison. Ces derniers risquent peut-être de se décider à la dernière seconde pour participer à l’évènement ou peut-être lors du prochain évènement. Avec le prix du billet, j’inclus un téléchargement de l’album de l’artiste en tête d’affiche et/ou de tous les groupes.

Ce n’est pas mon domaine d’expertise, mais cela me semble faisable avec un certain investissement!

 

Matt Butcher:  Je crois que la scène Montréalaise en ce moment est généralement en santé. Nous avons droit à beaucoup de bons shows et à une bonne ouverture de style. Je ne sais pas vraiment ce que je changerais, sinon au niveau de la rémunération des groupes. Pour ceux qui ne savent pas, jouer de la musique c’est pas seulement arriver le soir du show et jouer une demi-heure. Jouer de la musique, c’est des années de pratique, des milliers de dollars d’investissement, autant sur les instruments que sur la location d’un local de pratique et du transport.  Aussi, la plupart des membres de groupe locaux ont des emplois à temps plein, donc généralement aller faire des shows implique prendre un congé, donc plus de perte d’argent. À la fin de la soirée avec combien d’argent est-ce que le membre d’un groupe heavy metal moyen reçoit? Généralement 0$ et il a probablement dépensé le reste de sa minable paye de la semaine précédente en bière, en pizza et en poutine au courrant de la soirée.

Le problème se trouve à la base, les fans n’ont pas beaucoup d’argent non plus et sont habitués à payer 10$ ou moin pour voir des groupes locaux. Du côté des promoteurs, c’est difficile de payer tous les groupes convenablement quand le profit total d’une soirée s’additionne autour de 500$ AVANT d’avoir payé les groupes. Ça laisse une paye mince pour tout le monde et un goût amer dans la bouche que seule la passion démesurée que nous avons pour ce que l’on fait peut rincer.

Pourquoi est-ce qu’un fan d’Iron Maiden est prêt à payer 25$ pour un hommage à son groupe favori, mais cette même personne, qui adore Reanimator n’est pas prêt à payer 15 ou 20 dollar pour les voir sur un show local avec trois excellents bands supplémentaires qui écrivent leur matériel original et qui méritent 100 fois plus l’appui et l’argent des gens qu’une simple simulation nostalgique d’un groupe encore actif?

Discussions Métal – 2e Edition

 

Voici la 2e édition de “Discussions Métal“, une table ronde d’intervenants de la scène métal du Québec qui répondent par écrit à deux questions que j’ai préparé.  Ensuite, on vous invite à débattre des réponses dans la section commentaire ci-dessous. La première édition de cette table ronde est disponible ici.

Les intervenants cette fois-ci:

Geneviève Landry – Radio X2

Sébastien Houde – Boulevard Brutal

Steve Burns – Mythosis

Dave Rouleau – Ondes Chocs

 

Voici les deux questions pour cette édition:

 

Question 1:

– En ce qui concerne la scène métal, quel est votre opinion sur l’avenir du EP ou LP?  Est-ce que un ou l’autre va ou devrait disparaître et pourquoi?

 

Question 2:

– Est-ce qu’il y a trop de shows ou festivals métal au Québec? Bien que c’est bon pour les bands, est-ce que les fans sont capables de suivre sur le côté financier et/ou temps disponible?

 

 

Geneviève Landry

 

Réponse 1:  Je crie que le LP va disparaître ou être de moins en moins populaire. Si j’avais un band, j’aimerais mieux sortir un EP au 4 mois avec toujours plus de nouveau matériel, qui représente l’évolution du band en temps presque réel que d’attendre longtemps avant de sortir un LP, vu que ca prend au moins 10 tounes la dessus genre. Tu sors des EPs de 3- 4 tounes, régulièrement, pis tes fans ont toujours de quoi a se mettre sous la dent. Qui sait, ça peut même devenir de collection ces trucs là.

 

Réponse 2:  Y’a un boom dans la ville de Québec en ce moment pour des shows de tous les styles. Perso, je trouve qu’il y a beaucoup de bands de la scène locale qui sont surexposés du a tous les shows disponible ou ça prend une première partie qui coûtera pas trop cher… Je m’écarte, revenons à nos moutons. Avec des shows accessibles à 5, 10, 20$, le monde ne veulent plus payer plus cher pour des plus gros shows. On a vu la preuve avec l’annulation du show de Fear Factory cet été. Et aussi, en ce moment avec Hellyeah qui s’en vient en ville, y’a un grosse machine de promo en arrière pour que les gens déboursent plus de 30 $ pour un show. Ici, je dirais trop c’est comme pas assez. Les gens ont des choix déchirants a faire avec l’offre et oui, le budget l’emporte souvent. Je le vois avec mon métier. Y’aura jamais trop de shows pour ma part, mais, c’est pas tout le monde qui passent leur vie dans des shows comme moi!

 

Sébastien Houde

 

Réponse 1:  Le LP ne disparaitra pas mais je pense que le format EP est avantageux pour plusieurs raisons. Surtout qu’il faut admettre qu’un format longue durée n’est pas nécessairement gage de qualité. Dans bien des cas, nous pourrions enlever 3, 4 et même 5 tounes à un album sans trop souffrir. De plus, nous consommons l’information à une vitesse effarante aujourd’hui. Souvent à petites doses. Le EP est stratégique dans le sens où le groupe peut revenir dans l’actualité plus souvent avec une nouvelle création et surtout, garder l’intérêt des fans pour la sortie du prochain enregistrement. Je pense à DOWN par exemple. Ils viennent de sortir Down IV Part 1 – The Purple EP et déjà, nous savons que plusieurs autres suivront. C’est très intéressant! Cependant, il serait faux de dire que le format EP serait bénéfique pour tous. Il existe encore des groupes capables de faire vivre une expérience à l’auditeur avec un LP.

 

Réponse 2:  Je me rappelle d’un débat similaire avec les humoristes. Plusieurs personnes se demandaient s’il y en avait trop au Québec. Un faux débat évidemment. Je pense que l’offre multiple est la preuve que la scène est florissante et diversifiée. Les fans doivent faire des choix, c’est certain. Les promoteurs et les groupes doivent s’assurer de faire une bonne promotion et de livrer un spectacle de qualité. C’est parfois décevant de voir le nombre de personnes dans certaines soirée mais c’est une réalité qui existe depuis toujours je crois. Si tu veux produire un petit show un mardi soir et qu’il y en avait un gros le samedi précédent et un autre le vendredi suivant, ça se peut qu’il y ait seulement 25 personnes dans la salle. Ce n’est pas sorcier comme équation. Pour ce qui est du côté financier, c’est sûr que les gens grattent leurs cennes mais en même temps, il n’achètent plus d’albums non plus! Donc si c’est leur principale raison, alors ça va mal en crisse! Il faut alors se poser la question suivante : combien de spectacles ou festivals propose un contenu pertinent?

 

Steve Burns

 

Réponse 1:  La raison du gain de popularité du ”EP” est bien simple.

Du coté de l’artiste: Le temps de composition et de préparation est moindre. (Dans certain cas ou le groupe produit le tout…. le cout est aussi moins élevé).

Du coté du Label: (Ou dans certain cas, encore l’artiste): Coût du studio moins élevé, plus de produits dérivés à vendre ainsi que des chansons à vendre sans attendre un LP (Mettons au 3 ans) et le band est plus souvent en tournée.

Du Coté du Public: avoir quelques chose à se mettre sous la dent de notre artiste favori!!!!

D’un autre coté le ”LP” n’est pas prêt de disparaître, car selon moi c’est une plus grande source de revenu que le ‘EP’.  Nous vivons dans une ère ”Fast Food” et c’est aussi valide pour la musique. Les fans veulent tout, tout de suite.

 

Réponse 2:  Est-ce qu’il y a trop de shows ou festivals métal au Québec? Bien que c’est bon pour les bands, est-ce que les fans sont capables de suivre sur le côté financier et/ou temps disponible?

Selon moi, le problème vient malheureusement et directement des groupes. Beaucoup de groupes sont maintenant prêts à, disons-le sans retenue, se prostituer pour faire des shows (Pay To Play). Quand un groupe est prêt a faire des shows gratuits, le groupe peut se produire aussi souvent que 5 fois dans une période de 2 Mois dans un rayon de 75km. De plus si un promoteur de spectacles peut faire des shows sans payer un seul sous a ses groupes, c’est sûr qu’il va en faire plusieurs.

C’est une triste vérité que beaucoup de groupes exerçent. Ce qui en vient au point que, oui, il y a beaucoup trop de shows et trop souvent avec les mêmes groupes.

 

Dave Rouleau

 

Réponse 1:  Je ne crois pas qu’un des deux formats (LP ou EP) va disparaître, mais je prône depuis longtemps que les bands métal (en particulier…) prennent de plus en plus la voie des EPs.  Ça aide à garder les fans aux aguets avec du nouveau matériel plus fréquent, car les coûts seraient moindre pour la production et aussi moins cher pour le fan qui pourrait supporter plus de bands ou plus de matériel de son band préféré.  Bien sûr, certains bands comme Tool et Opeth par exemple, prennent habituellement avantage de la durée d’un LP et de la fidélité de leur fan pour continuer vers des productions plus développés.

C’est plate à dire, mais il y a tellement de bands, styles et manières de se divertir maintenant que tous les bands métal ne pourront plus survivre avec la sortie d’un LP au 2-3 ans.  Les fans vont avoir passer à autre chose.

 

Réponse 2: Je vais être franc, je crois que oui, il y a un peu trop de shows présentés maintenant dans un cours lapse de temps ou bien la journée même.  En tant que maniaque, je me mets dans une situation où je peux suivre le mieux que je peux, mais pour une ‘personne ou un fan normal’, ça devient très difficile de se présenter à plusieurs shows par semaine.  Certains lineups de shows devrait être plus forts pour attirer plus de monde et créer une meilleure compétition entre les bands, rétablir l’équilibre de l’offre et la demande.  Ce qui est fascinant est que notre scène métal, côté qualité de bands offerts, n’a à peu près jamais produit autant de bands, donc on veut évidemment les voir se produire près de chez nous.

Je crois que tous les promoteurs, aussi honnêtes et respectueux soient-ils, essaient d’avoir leur juste part du gâteau, mais la façon de se la procurer est déficiente.