by Dave Rouleau | Fév 1, 2014 | Critiques, Critiques de Shows

J’étais censé faire une escapade à Laval, au Dallas Bar, pour voir le spectacle hommage à Limp Bizkit et Eminem, par Pimp Bizkit et Slim Charlie mais au tout dernier moment, les plans ont changé. L’ami qui était censé m’accompagné a été malade toute la nuit et n’était plus en état de sortir de chez lui et encore moins d’aller voir un spectacle. Étant surtout motivé à aller voir ce spectacle avec l’ami en question, je me suis repositionné vers un autre spectacle qui m’apparaissait plus alléchant par son côté underground. Par ailleurs, deux autres personnes ont décidé de m’accompagner lorsque je leurs ai fait cette proposition en ce vendredi soir à la dernière minute. Head Case, The Resistance et Deviant 21 étaient à l’affiche dans Hochelaga-Maisonneuve.
Nous étions déjà à l’affût (merci Mitch) que nous nous trouvions dans un endroit privé. En effet, Mumu, l’organisatrice de la soirée, nous a gentiment expliqué le concept de l’endroit. C’est une salle auto-gérée par des personnes qui la fréquentent et ils y organisent toutes sortes de choses : des conférences, des spectacles, des repas collectifs, etc. Le but étant de sensibiliser les gens et de les informer sur différents éléments de la contre-culture occidentale. Au premier entracte, nous avons d’ailleurs eu droit à un exposé relatant la situation de deux camarades qui sont actuellement en prison au Mexique pour des motifs disons d’activisme politique.
Je dois mentionner d’entrée de jeu que le show de ce soir est fort différent de la plupart de ceux auxquels je suis habitué. Les deux premiers groupes ne font pas du metal mais plutôt du punk rock. J’aime bien le punk rock pour son côté trash et plusieurs bands de punk rock ont un pendant mélodique qui rappelle certains riffs et certains solos plus typiquement metal. Seul Deviant 21 était clairement metallique dans sa présentation (lumière verte qui fait penser au cover de l’album Hatebreeder de COB) et dans sa sonorité.
Étant arrivé un peu trop à l’avance, nous avons décidé d’aller siroter une bière ou deux en jouant au billard « Chez Françoise », véritable institution du quartier à ce qu’il paraît. À cette heure, c’était plutôt tranquille et il n’y avait que nous, la barmaid, le DJ et un client aux machines à sous. Nous avons discuté de toutes sortes de choses, dont le fait que nous allions probablement nous sentir comme dans un bon vieux party de sous-sol durant le spectacle de tout à l’heure compte tenu de la petitesse de la salle ainsi que du concept.
Le temps passe et il est maintenant temps d’aller prendre place dans cet antre égalitariste. Plusieurs personnes sont arrivées depuis et il ne reste qu’une ou deux places assises. Nous en profitons pour nous établir à cet endroit, question d’avoir un œil sur nos trucs et surtout le matériel numérique qui servira à tourner les images de ce soir. Encore une fois, malheureusement, le son n’a pas été excellent sur la vidéo. Je suis encore à la phase de testing et j’ai omis de vérifier si un micro externe en mono allait donner un meilleur son que le micro intégré en stéréo. Pour l’instant, je dirais que c’est à peu près équivalent, en fait c’est pire avec le micro externe en mono puisque le son ne sort que par UN haut-parleur; je m’en suis rendu compte seulement au moment du montage (j’ai finalement trouvé un moyen d’arranger le tout pour le produit final).
L’attente ne s’est pas faite trop longue et le show commence aux environs de 21h40. Head Case nous balance un punk rock rapide et agressif. Un élément intéressant de leur musique est la chanteuse qui s’époumone en criant d’une voix pas trop stridente des paroles qui ne sont certainement pas en train de faire les louanges du Système. Elle est parfois accompagnée par des backvocals bien exécutés. Quelques problèmes de sons ici et là, rien de majeur, quelques petites erreurs techniques aussi, mais encore une fois rien de majeur. Ils ont offert une performance très respectable pour un band d’ouverture et ils ont bien réchauffé la salle. Le public était plutôt tranquille, mais c’est souvent le cas avec les openers.
The Resistance monte sur scène (il n’y a pas de scène en tant que telle mais ils commencent leur set…) suite au discours de support aux camarades à l’étranger. Tel qu’on aurait pu s’y attendre, le niveau musical s’est élevé d’un cran et cela est palpable particulièrement à la batterie. Des beats typiquement punk très rapides et c’était apprécié pour ma part. The Resistance nous a servi plusieurs pièces bien construites avec une complexité intéressante au niveau de la composition. Bien qu’il s’agisse de musique punk et que cette dernière puisse être assez simple à la base, on sentait le travail des musiciens derrière les morceaux. Des backvocals sont encore une fois venus enrichir l’ensemble de la prestation. Lors de l’intro d’une de leur chanson, les membres du groupe scandent « We are resistance, we are resistance, we are resistance, waaahh! » et c’était agréable de décerner les paroles à ce moment, ce qui était passablement laborieux pour le reste de la performance mais cela ne leur enlève rien. Ce n’est pas comme si je n’y étais pas habitué… Il est à noter que la foule n’était pas particulièrement plus active que lors du premier band.
À l’entracte, j’en profite pour aller faire un tour à l’extérieur, question de respirer un peu d’air frais. Il y avait énormément de monde pour un si petit endroit, si bien qu’en sortant, j’ai dû franchir un amas de personnes qui jasaient dans l’entrée pour me retrouver devant une autre bonne quinzaine de personnes qui fumaient et discutaient dehors.
Dernier band tant attendu par l’ensemble du public (vous comprendrez pourquoi bientôt…) qui se prépare : Deviant 21. J’étais principalement venu pour eux, compte tenu que c’était le seul groupe dont j’avais entendu un extrait avant la soirée. D’ailleurs, avant d’arriver, je n’étais pas au courant que c’était une soirée à saveur plutôt punk rock. Je n’ai pas été déçu! La lumière tamisée verdâtre de Deviant 21 vient faire basculer l’ambiance dans la pièce et dans la foule en un tournemain. C’est impressionnant à quel point un seul petit détail peut faire toute la différence… Et ils s’élancent de façon brutale. Je m’attendais à ce que ça brasse, mais peut-être pas à ce point-là! Le moshpit était particulièrement intense, ce qui est notamment dû à l’exiguïté de la salle. L’endroit que nous avions choisis était parfait pour voir l’action. Tellement parfait que j’ai été dans l’obligation de cesser de filmer après trois pièces parce que ça devenait trop dangereux pour le matériel. J’avais une main qui tenait la caméra et l’autre qui me protégeait des gens qui revolaient de tous bords tous côtés. Choix stratégique puisque non seulement les gens revolaient, mais la bière, les canettes et je ne sais quoi d’autre à un certain moment. C’était trash à souhait! Je m’excuse au passage pour la qualité de certaines images, notamment une petite partie de mur… ça vous donne une idée assez claire de comment c’était intense. Malgré tout, la prestation musicale m’est apparue impeccable et très impressionnante de la part des musiciens de Deviant 21. Il nous faut un temps d’adaptation assez court pour apprécier la voix aiguë du bassiste qui se fait complémenter agréablement par les growls gutturaux et profonds du guitariste. Des riffs extrêmement lourds, quelques solos ici et là, un drum plus qu’intense, c’était parfait pour clôturer cette soirée. Je remercie au passage un bon samaritain qui, voyant ma petite stature et mon matériel électronique, est venu se placer juste à côté de moi pour « gérer le trafic ». Très apprécié mec!
En terminant, puisqu’il était encore tôt, nous avons décidé de retourner au bar-billard pour voir ce qui en était. Surprise! Je ne m’attendais pas à me retrouver dans un endroit bondé de personnes en pleines festivités, dansant et buvant allègrement. Nous nous sommes malgré tout trouvé un petit coin un peu plus tranquille, à proximité de la porte d’entrée. Deux bières plus tard et nous étions mûrs pour lever les pattes.
Remerciements à Mumu, aux bands qui ont participé à cette soirée et au bon samaritain qui m’a protégé pendant une bonne partie du show de Deviant 21. Cheers! Le vidéo sera prêt prochainement.
Dr Light
by Dave Rouleau | Jan 30, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Dark Forest
« The awakening »
Cruz del Sur Music
2013
Je dois dire d’entrée que l’album dans sa globalité est fort intéressant. J’ai plutôt été agréablement surpris par l’aspect mélodique des différentes compositions. De plus le récit est constant et progressif, ne faisant pas particulièrement preuve d’originalité mais il se distingue surtout au niveau de son efficacité, partant du thème classique de la quête existentielle.
La première pièce, The Awakening, donne le ton. Précédée d’une introduction qui rappelle à la fois celle de Mc Solaar sur son album Cinquième As (à cause du son de signal radio) adjointe d’un extrait du poème Masque of Anarchy. Écrit en 1819 par Percy Bysshe Shelley, ce poème est une des premières déclarations contemporaines en faveur de la résistance non-violente (Henry David Thoreau et Mahatma Gandhi ont repris ce message par la suite) qui a fait suite au massacre commis par le gouvernement britannique sur son propre peuple, qui manifestait pour faire changer la façon de fonctionner du parlement en matière de représentativité. À cette époque, peu après les guerres Napoléoniennes, le peuple était particulièrement pauvre et affamé. Voici l’extrait sur lequel débute l’album:
Rise like Lions after slumber
In unvanquishable number,
Shake your chains to earth like dew
Which in sleep had fallen on you-
Ye are many — they are few
S’enchaîne ensuite un charmant morceau mélodique qui me rappelle un certain Dio, agrémenté d’une touche de modernité. Le morceau porte bien son nom, The Awakening, compte tenu que l’essentiel du propos semble faire écho au poème de Shelley. C’est l’éveil spirituel qui est mis de l’avant avec le constat que chacun est semblable, nous faisons partie d’un tout, alors nulle raison de s’entredétruire.
La deuxième pièce, Sacred Signs, poursuit dans la même veine. Avec un rythme un tantinet plus rapide conséquent à l’intégration de la pédale double, les mélodies sont encore aussi sublimes, les guitares se mariant parfaitement à la voix du chanteur. Je ne pourrais dire à quelle voix cela me fait penser… peut-être 3 Inches of Blood avec un peu moins d’agressivité et plus de mélodie. Ce morceau est dédié à ces moments particuliers dans la vie qui nous marquent pour l’éternité et qui colorent de façon définitive le reste de notre voyage sur Terre. Des moments que Carl Jung, psychologue analytique contemporain de Freud, a dénommé « synchronicité ». Des moments où une émotion, une pensée et un événement particulier semble parfaitement en phase, d’où le sentiment que ce moment est « sacré ».
Comme on pouvait s’y attendre, la troisième chanson de l’album, Penda’s Fen, s’en va exactement dans la même direction que les deux précédentes avec un soupçon de virtuosité supplémentaire. La composition mélodique est complexe et complète. Des solos entrecoupés de riffs et de roulements bien placés, le tout agrémenté d’une voix claire et limpide. Je dois mentionner qu’il est plutôt rare en matière de metal de pouvoir déceler la plupart des paroles, surtout lorsque l’album est dans notre langue seconde. Mais avec Dark Forest, c’est effectivement le cas. C’est la raison pour laquelle je peux dire qu’encore une fois, on est dans le thème de la spiritualité et de la quête de sens. Des passages comme « l hear the calling, something deep inside », « my mind is worthy to call myself a son, ou encore « to leave all the past behind and walk up to make a step » nous montrent sans équivoque le fond existentiel sur lequel s’appuie les trois premiers morceaux de cet opus.
Mais la lune de miel spirituelle ne saurait durer éternellement et l’adversité était prévisible. Elle apparaît immédiatement au début de la quatrième pièce intitulée Turning of the Tides qui commence particulièrement agressivement, manifestement en contraste avec les trois précédentes. « The skys are falling down on us » représente parfaitement l’esprit de ce morceau et de la progression de l’album. La vie est ainsi faite qu’après un moment relatif de gloire intérieure, la chute arrive inévitablement comme pour tester notre foi en la vie et en l’amour. C’est la noirceur, l’incertitude, l’espoir du changement. Dans ce morceau, on sent un peu mieux la présence de la basse qui, pendant le riff agressif du début, se fait entendre bien pincée, bien corsée avec ce passage contrasté empreint de distorsion lourde. Ce passage revient à deux reprises, une fois au milieu et une fois à la fin. La chanson se termine sur les paroles suivantes qui reviennent en boucle « Dream of the past, remembering who we are, dream of the time, when the sun will shine ».
Après la chute, c’est le moment de se relever dans ce cinquième morceau qui a pour titre: Rise Like Lions (notez le clin d’oeil à l’extrait du poème de Shelley encore une fois…). Poursuivant sur un rythme porteur d’un peu plus d’agressivité, on sent parfaitement la progression logique morceaux après morceaux. « Rise like lions, no, my fear we will not obey » illustre le leitmotiv de ce morceau qui se veut une tape dans le dos pour se relever de la précédente chute.
La sixième chanson aborde le thème de la mort et de l’immortalité. Le dernier souffle et l’espoir ou la conviction que quelque chose perdure à ce moment crucial. Immortal Remains ralentit le rythme et ramène l’aspect plus lent et mélodique propre à la première pièce de l’album. Ce morceau est cependant plus épique que le premier en ce sens qu’on y sent une certaine maturité, ce n’est plus simplement l’éveil, nous en sommes plutôt rendu à la transcendance. Transcendance dans la vie, transcendance de la mort et de nos limites en tâchant d’atteindre des sommets toujours plus élevés. Les aigus qui caractérisent les différents riffs et solos apportent cette petite touche de « hauteur » à ce sixième morceau.
L’ascension se poursuit avec Secret Commonwealth, septième pièce de The Awakening. S’inspirant du thème du Commonwealth (tout pays qui était une colonie britannique à l’époque impérialiste, comme le Canada par exemple), Dark Forest met l’emphase sur le sentiment de communauté secrète qui se dégage d’une personne qui s’est trouvée. Le sentiment particulier qui unit en quelques sortes les personnes qui ont fait des démarches personnelles et existentielles pour savoir qui elles sont réellement, en ayant très bien compris à un certain point que cette quête ne se termine jamais. Il y a cependant un moment particulier où un gap est franchi, et c’est à ce moment que ce sentiment de communauté se fait sentir avec les autres personnes qui l’ont vécu. Ne dit-on par ailleurs « qu’il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » comme pour signifier que cette communauté devrait en quelque sorte être accessible à tous mais qu’au final, elle reste secrète car la plupart des gens sont trop occupés à « réussir dans la vie » plus qu’à « réussir leur vie »?
Avant dernier morceau de l’album: The Last Season. Débutant avec des « triolets galopants », ce morceau nous amène dans un univers musical qui se confirme définitivement l’influence de Iron Maiden, tout en contrepoint comme la plupart des autres morceaux notamment. La nostalgie transpire dans cette pièce qui est une ode à un passé lointain, une époque à laquelle « on profitait encore pleinement de toutes les saisons » et était en contact bien plus intime avec la nature. Les paroles du refrain vont en ce sens: « Long ago, we live for every season, long ago we truly knew this pleasant land ».
Sons of England est le dixième et dernier morceau de The Awakening. L’album se termine sur une pièce en bonne cohérence avec les autres sur le plan musical. Aucun dépaysement, c’est plutôt une constance mélodique qui persiste jusqu’à la toute fin de l’album qui se termine au son de chants d’oiseaux et de cloches d’églises synthétisées pour qu’elles gardent un rythme constant, un peu artificiel cependant. Relativement au propos tenu dans cette finale, je m’avoue vaincu et incapable d’en saisir l’essence. En conclusion, je tire ma révérence à Dark Forest et je dis: bon travail!
Dr Light