Dans la fosse aux promos

Afin de vous permettre de voir rapidement les derniers trucs que nous recevons et peut-être vous faire découvrir de nouveaux groupes, je vous présente «Dans la fosse aux promos» qui regroupera quelques vidéos et albums choisis parmi toutes les promotions qui aboutissent et s’entassent dans notre boîte de courriel. Vous pouvez consulter toutes les parutions précédentes de ma chronique en cliquant ce lien. – Lex

 

À la mitrailllette

 

Les vétérans britanniques de crust HELLBASTARD ont sorti la vidéo pour «We are the Coven»  avec des apparitions de A Droid et The Baron (ex-Amebix) et Andy Sneap. Le nouvel album «Feral» paraîtra en juillet via Patac Records.

 

Le groupe français RISE dit faire du post metal alors je m’attendais à avoir un truc un peu core et screamo et peut-être noise. C’est ce que j’ai eu mais aussi beaucoup plus grâce à la présence du piano. Regardez la très belle vidéo animée pour la pièce «About duality» tirée de son premier album complet «Resilience» à paraître bientôt. Je suis curieux d’entendre le reste…

 

Le groupe polonais EMBRIONAL dit faire du sulfur, possession, tar, death metal et annihilation et pour donner une idée de ce que c’est, voici «Madman’s curse», tirée de leur deuxième album «The devil inside» paru via Godz ov War/Third Eye Temple.

 

Quand j’ai vu blackened post-hardcore, vous pouvez être sûr que là ma cellule curieuse a encore une fois été sollicitée alors je vous envoie la pièce «You Will Follow Me Down» tirée du premier EP «Betrayed From Birth» du groupe italien LAMBS qui sortira le 1er septembre via Drown Within Records.

 

Voici un autre groupe italien (qui est le projet solo de Gabriele Gramaglia), THE CLEARING PATH qui dit faire du blackened hardcore influencé par le style de Converge, Tragedy et His Hero Is Gone. On se fait une idée avec «Sacred mountain» tirée de «Watershed Between Earth And Firmament» paru de façon indépendante le 11 juillet.

 

Maintenant le black metal du groupe autrichien GROTESKH et la vidéo en spectacle pour la pièce «Illumination» tirée de «Code:End» paru sur Cursed Records.

 

C’est maintenant le temps de vous parler de groupes de chez nous, le Québec. Je commence avec le black metal du groupe de Québec, DÉLÉTÈRE et la pièce «Credo II» tirée de «Les heures de la peste» paru via Sepulchral Prods il y a quelques semaines et dont voici le lien pour la revue de l’album par Winterthrone si vous êtes intéressés à les découvrir un peu plus.

 

Et comme j’aime vous présenter des musiciens à l’oeuvre, voici Vinsang Joly, batteur du groupe montréalais de techdeath ABOUT:BLANK avec la vidéo drum playthrough pour la pièce «Innuendo».

 

On reste dans la région de Montréal avec FAITHFUL SYNTHESIS qui ont fait paraître cette vidéo playthrough pour la pièce «Tree of life» il y a quelques mois et je vous la repasse au cas où vous l’auriez manquée. L’album «Pendulum» est disponible.

 

On reste dans le modern metal avec la nouvelle vidéo du groupe français DAGOBA pour la pièce «Born Twice» tirée de «Tales of the black dawn» paru le 22 juin via Verycords/Ear Music.

 

Je vous ai déjà parlé de CHILD BITE et je récidive avec «Mongoloid obsession» de leur EP «Strange waste» paru sur Housecore Records parce que j’aime leur vidéo qui rendent hommage aux films de série z, il y a des humains avec des masques de cochons et il y a un cameo de Phil Anselmo.

 

Attention le groupe punk/hardcore sud-californien, OBLITERATIONS donne un cours sur les classes sociales avec la vidéo pour «Scapegoat» tirée de l’album «Poison everything» paru sur Southern Lord à la fin 2014.

 

On reste dans le hardcore avec les New Yorkais WISDOM IN CHAINS et «When we were young» la 1ère vidéo tirée de leur nouvel album «The God rythm» paru il y a quelques semaines via Fast Break! Records.

 

On finit avec de quoi de totalement différent. Je vous laisse découvrir JAKOB GRUNERT et la pièce «RomanoMetalKutte».

Romano – Metalkutte from Jakob Grunert on Vimeo.

L’épique flambée du phœnix…

Le tout dernier concert métal du Bar-Coop L’Agitée: Seth, HolloW, Délétère et Ordoxe, une présentation de Sepulchral Productions, le vendredi 3 juillet 2015.

 

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Il y a de ces institutions qui marquent de façon indélébile la scène musicale souterraine d’une ville et il y a de ces évènements qui n’arrivent qu’une seule fois dans une vie. Le Bar-Coop L’Agitée, fondé dans l’ancienne Taverne Dorchester en 2006 aura été le lieu de production et de reproduction par excellence des musiques et des arts dits alternatifs dans la vieille capitale pendant 9 ans et aura accueilli une pléthore d’artistes locaux et internationaux pendant sa trop courte vie. Cependant, le lundi 6 juillet 2015, le conseil d’administration de cette coopérative tenait son assemblée générale de dissolution. Or, l’Agitée ne pouvait pas tirer sa révérence sans briller une dernière fois, tel le phœnix mythique, de tous ses feux. C’est pourquoi lorsque le passage à Québec de la tournée des vétérans français du Black Metal de Seth, organisée par Sepulchral Productions, se retrouva sans salle suite à la fermeture de la Salle Unisson, l’adorable Julie Bernier proposa immédiatement d’accueillir cette visite rare comme chant du cygne de l’institution de la rue Dorchester. Pour faire les choses en grand, un BBQ sur la terrasse de l’endroit avec le DJ métal Sébastien Héon aurait lieu avant le concert et un déjeuner-dîner ultime des survivants se tiendrait l’après-midi suivant. La table était donc mise pour une fin incroyablement épique pour l’Agitée, après un spectacle à l’affiche prévoyant, outre ladite pionnière tête d’affiche, les vedettes montréalaises de HolloW, les brutes sanguinaires locales de Délétère et les barbares trifluviens de Ordoxe.

Après un réchauffement de foie sur la terrasse en compagnie, entre autres, des gars de Seth, de leurs amis français expatriés de la nouvelle formation Dépérir, des gars de Délétère et de l’accueillante Julie Bernier, votre scribe et sa succube métalloïde se dirigèrent à l’intérieur dès les premières notes de la prestation de Ordoxe. Le quintette de Black Metal mélodique infusé d’influences Thrash et Death de la Mauricie est récemment retourné à l’état de quatuor avec le départ inopiné de son batteur. Le chanteur, précédemment batteur, Steve de Cotret a donc repris les rênes des fûts et cymbales tout en poursuivant son rôle de chanteur, alors que le reste de la formation demeure inchangé: Jean-François Jalbert (guitares, choeurs), Samuel Landry (guitares) et JD Bergeron (basse). Bien loin de perdre ainsi de son impact, le groupe qui nous présentait cette année l’album «May Death be my Shepherd», nous livra une prestation enlevante et puissante. Steve De Cotret nous donna la pleine mesure de ses talents avec une prestation aussi impeccable sur la batterie qu’en matière vocale, relevant ainsi ce qu’on pourrait appeler un «défi Absu». Déjà un public bien garni et bien réchauffé marqua son approbation avec une fosse embryonnaire et des hochements de tête approbateurs. De plus, le son, œuvre de François C. Fortin, était d’une qualité irréprochable. La soirée commençait donc de très belle façon.

 

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Après quelques minutes de pause houblonnée sur la terrasse, c’était maintenant au tour des maniaques de Délétère de venir nous offrir leurs hymnes martiaux et moyenâgeux dans la pure tradition du Métal noir québécois. Originaire de Québec et composée en spectacle des très expérimentés Thorleif (voix), Atheos (basse), Anhidar (guitare, choeurs), G. (guitares) et Kaedes (batterie), la troupe a déjà fait une excellente impression sur les amateurs de noirceur musicale de Québec avec la parution de deux excellentes démos et de leur premier album complet «Les heures de la peste» (2015) (dont vous pouvez consulter ma critique ici) et ce ne fut donc pas une grande surprise pour moi de voir la salle se remplir et se compacter dès le début de leur prestation. Leur performance caractérisée par des mélodies de guitares saturées et superbement crasseuses surplombées d’ambiances créées par des bandes de claviers fut un formidable déchaînement d’énergie d’une violence inouïe, soutenue par la batterie précise et variée de Kaedes. Thorleif mena l’assaut avec le charisme d’un fauve déchaîné pendant que ses musiciens se déchaînaient avec une vigueur surnaturelle sur leurs instruments. Malgré la saleté voulue du son de Délétère, la sonorisation experte de François C. Fortin permit une très bonne définition de l’attaque sonore du quintette qui ne laissa personne indifférent. Le feu était donc bien pris dans l’Agitée!

 

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Un bref retour à la brosse proverbiale en cours sur la terrasse et c’était maintenant au tour de HolloW, quatuor de Montréal, de venir nous asséner son Death/Black mélodique et symphonique qui va chercher des influences jusque dans certains aspects de Power Metal. Petite précision d’entrée de jeu, comme je l’ai déjà signalé dans mes revues des deux concerts précédents du groupe à Québec, je ne suis pas nécessairement le meilleur public pour leur genre musical, car je préfère mon Black Metal et mon Death Metal moins polis et moins esthétiques, quoique je sois en mesure d’apprécier leur immense talent de musiciens, même de virtuoses. Il semble que je ne sois pas le seul à penser comme cela à Québec, ville caractérisée par une certaine orthodoxie Black Metal, puisqu’une grande partie des spectateurs présents pour les deux formations précédentes désertèrent malheureusement la salle pour aller festoyer sur la terrasse. Toutefois, la bande, auteure de l’album au succès critique évident «Mordrake» (2014) est d’un professionnalisme sans faille et livra une prestation à l’énergie palpable qui sembla faire le bonheur de ses amateurs présents avec une fosse petite mais infatigable. Leur performance fut aussi musicalement sans faille et les solos de guitare de CaDaver livrés de façon impressionnante. Le chanteur Mott démontra aussi son talent de «showman» et son charisme. Le groupe parvint donc à conserver le niveau d’intensité de la soirée malgré un préjugé défavorable d’une bonne part des métalleux présents et de votre critique, ce qui est tout à leur honneur. Cependant, je crois que le groupe aura pu être plus avantagé sur un alignement moins uniformément Black Metal de la vieille école et plus symphonique/mélodique.

 

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L’ambiance était maintenant survoltée et très alcoolisée sur la terrasse et pour cause, après une dernière pause c’était maintenant au tour des pionniers hexagonaux de Seth de venir nous servir une leçon de Black Metal. Ceux qui ont suivi l’évolution internationale du Black Metal depuis les années 1990 sont bien au courant de l’importance de la scène française et par le fait même du rôle de pionnier de ce genre en France joué par Seth à partir de 1995 (vous pouvez consulter l’entrevue-fleuve que j’ai menée avec Heimoth (guitares), leader de la formation ici). Non seulement la formation fut la première à livrer un album Black Metal entièrement francophone avec l’excellent «Les blessures de l’âme» (1998), mais celle-ci évolua sans cesse en intégrant des influences diverses à sa musique, ne livrant jamais la même recette dans sa discographie de cinq albums complets. Le groupe venait donc, pour sa toute première visite à Québec, nous présenter son dernier album «The Howling Spirit» (2013) qui présente un aspect plus dissonant et expérimental de la formation âgée de vingt ans. Aussitôt la première pièce de leur performance entamée, la salle se remplit soudainement à pleine capacité et la folie se déchaîna dans la fosse. Sur scène, autant les pièces de leur plus récent effort que les succès du passé, comme la magique «…À la mémoire de nos frères», du premier album, furent interprétées avec conviction, précision sans faille et puissance énergique. Les spectateurs étaient en état d’extase musicale, alors que Heimoth, Cyriex (guitares), Saint-Vincent (chant-session), Eguil Voisin (basse) et Julien Helwin (batterie-session) détruisaient tout à leurs postes respectifs. Le chanteur se lança même dans un plongeon de scène spectaculaire vers la fin de leur prestation. La foule acclama le groupe en scandant «On veut un autre Set(h)!», le groupe n’eut donc pas le choix de nous livrer un ultime rappel. Ce fut donc une prestation superbe et mémorable pour terminer l’aventure de l’Agitée.

Toutefois, la soirée n’était pas finie et les spectateurs et membres des groupes furent rapidement invités par le personnel de l’Agitée à continuer la fête qui se poursuivit jusqu’au matin et fut plus intense que tout ce que vous pouvez imaginer. Ce fut, en somme une finale épique pour une institution épique. Toutefois, j’avais tendance à croire que le phœnix renaîtrait de ses cendres! Et la nouvelle est tombée. la place rouvrira bientôt sous le nom de l’Anti. Restez à l’affût…

Pour conclure j’aimerais remercier chaleureusement Julie Bernier pour son travail exceptionnel et sa dévotion à faire de la dernière année de l’Agitée, une année tout simplement mémorable avec les Tavernes Métal et concerts explosifs. J’aimerais aussi remercier tout le personnel présent et passé de cette institution formidable qui aura été mon repère obligatoire de fin de semaine des dernières années, mon chalet en quelque sorte: Anna, Zak, Antoine Pellerin, Marylou, Alexandre et tous les autres. Merci aussi à Stéphane Demers de Ondes Chocs pour la photographie et voici le lien pour voir toutes ses photos de la soirée. Enfin, le dernier, mais non le moindre, j’aimerais remercier Martin Marcotte de Sepulchral Productions pour l’accès gratuit à cette soirée de débauche et l’opportunité offerte d’interviewer Heimoth de Seth!

Louis-Olivier «Winterthrone»

 

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L’expérience ne peut être une coïncidence

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Ça allait faire probablement proche un an et demi que j’avais pas mis les pieds au Bar Le Magog avant ce mercredi. La soirée orageuse s’annonçait torride. Mon mood était, pour ainsi dire, aussi crissement ordinaire que la météo qui faisait pas mal dur depuis plusieurs jours. J’étais due pour un sapré bon show.

Depuis ma dernière visite sur place, de nouveaux propriétaires se sont installés et ont légèrement modifié l’arsenal de boissons offertes au bar, ce qui m’a définitivement ravi en partant. Un bon pichet de bière style Blue Moon à la main, je me suis pointée à l’entrée pour jaser avec un Jass (Waarpiig Extravaganza) toujours aussi souriant et empreint d’énergie- chose qui ne semble pas s’apprêter à changer. Ce mec-là fait belle figure dans le réseau de booking Sherbrookois et ramène des shows notables dans le circuit de bars de la ville, ce pourquoi je le salue de vive voix.

Dès mon arrivée, le côté «stage» était déjà empli d’une foule quand même assez notable, ce qui m’a surprise, non pas parce que le lineup me semblait mauvais (bien au contraire), mais plutôt car il demeure assez factuel que Sherbrooke ne dénombre pas nécessairement beaucoup de connaisseurs de black metal. Bien que plusieurs bienheureux buveurs se soient entassés près du stage plus par curiosité que dans l’intention de s’éduquer réellement sur la nature de ce légendaire sous-genre qui a influencé plusieurs continents à exploiter le côté plus sombre de leur spiritualité, cela demeure un peu mythologique pour certains «nouveaux initiés» de la scène qui semblent suivre les foules. Plusieurs spectateurs de cette catégorie étaient faciles à «spotter». Ça me rend tout de même enjouée de savoir que les préjugés semblent remplacés par un intérêt pour la nouveauté, ce qui emmène une nouvelle clientèle au bar, et de l’argent de «tickets» de plus dans les poches de ces groupes (et promoteurs) qui se démènent à la sueur de leurs fronts pour nous emmener des shows vraiment bien montés et extrêmement mémorables.

Je dis ça, et je ne suis pas facile à impressionner.

La première formation à s’emparer de la petite scène (les Sherbrookois ARKOS) s’est un peu tirée dans le pied à bout portant en investissant assez peu d’attention sur leur setup pendant le soundcheck, ce qui est assez tragiquement dommage pour bon nombre de raisons, l’une d’entre elles étant que leur approche est extrêmement définie par l’importance des leads mélodiques et élaborés d’un point de vue technique. La basse et le drum les enterraient tout le long du set, ce qui ne m’a pas rendu la tâche de la critique constructive et attentive nécessairement aisée ou même possible. J’en profite pour faire remarquer aux groupes que ce genre de passe-droit risque de ne pas les aider à long-terme (ceci semble faire de moi la Miss Captain Obvious de l’heure, mais sans vouloir être vexante, je souligne que ceci n’est pas une joke- ajustez votre set-up de façon à ce que le set se distingue et affiche vraiment ce que vous êtes, car ça ne pardonne pas). Ce que j’ai pu absorber de ce que j’ai clairement entendu et déchiffré de leur approche malgré ce problème est qu’ils ont un goût marqué pour l’expérimentation. Leurs influences sont définitivement Scandinaves et Françaises en termes de compartimentation d’idées un peu contradictoires dans chacune des pièces présentées, ce qui leur donne un flair qui se démarque avec de belles subtilités parfois, et qui semble essayer un peu trop fort d’aller speeder dans des zones  »black or white » dans d’autres cas (ce qui pouvait être balancé par des leads machiavéliquement bien travaillés mais semblait un peu strippé de ce genre de back-up vu la sono assourdissante et mal balancée qui laissait fortement à désirer). Dans cet ordre d’idées, la setlist était un équilibre entre le black introspectif et le post-black dissonnant et dévergondé qui passe pas par quatre chemins pour extérioriser son véhément besoin de défoulement chaotique. Ça aurait pu être plutôt satisfaisant (sans plus, pour mes oreilles qui tâchent d’être tout de même fairplay) si j’avais pu absorber le tout dans son incarnation optimale, et ce set n’a tout simplement pas offert ce genre de tremplin au groupe vu ce hic technique dont l’énormité ne pouvait être niée.

Dans le cas de BLACKSCORN, j’ai aucune plainte en rapport avec le setup en tant que tel. Je dois aussi avouer que j’étais absolument clouée sur place par la force brute de leur delivery. Ces gars-là sont en feu et ont un besoin absolument palpable et même imposant de se pitcher dans leur art tête première en se foutant complètement d’à quel point ils peuvent virer une gig room à l’envers. Je dis ça avec optimisme et admiration. Ils ont le flair pour la présentation théâtrale, oldschool, et organique, en plus de se pointer avec un son définitivement black, mais aussi marqué par la présence d’influences provenant d’autres sous-styles qui ne sont pas forcément toujours alliés avec les racines scandinaves ou françaises des premières incarnations du genre, mais qui sont tout de même des segway qui valent la peine d’être exploités pour tout musicien qui a des goûts éclectiques- y’avait une certaine spirit thrash, avec un aspect relâché plus punk, et même NWOBHM jusqu’à un certain degré. Tout cela était peut être subtil en surface, mais pour une nitpicky capricieuse comme yours truly, ça ressortait et ça m’a propulsée dans un état de focus absolu dont j’avais réellement besoin en rentrant. J’appelle ça de la bonne job.

HOLLOW déplacent toujours de l’air. Ils sont présentement en tournée avec SETH à travers ce que je pensais être seulement le Québec jusqu’à temps que je commence à spotter des dates en Nouvelle-Zélande. J’avais pas mal hâte que les gars aient de la visibilité jusqu’à ce point parce que je savais, dès la première fois que je les ai vus il y a un sapré bail, qu’ils sont tout simplement et assurément un phénomène avec un avenir déjà établi par leur professionnalisme qui ne manque jamais. Je dis ça en termes de présentation, prestance, composition, promotion, et attitude. C’est mauditement rare que tous ces points sont couverts simultanément. C’est la deuxième fois que je les vois et je n’ai rien à redire. Bob Skelton s’est affairé avec son spray paint pour créer des maquillages toujours aussi décadents qui assurent un visuel mémorable, bien que les gars du band ne donnent déjà pas leur place en termes de charisme et magnétisme puissant. Ils ont assimilé l’art de la performance tels des acteurs sur un plateau de tournage ou sur les planches à jouer du Shakespeare. Peut être que certains pensent que c’est un détail, moi je dis «the devil is in the details» après en avoir vu pas mal d’autres (sans vouloir prétendre que je suis une All Knowing Guru). En regardant ce set, mes yeux étaient tels une «panning video camera». Chaque membre du groupe apporte sa «vibe» au stage et c’est facile de voir qu’ils tripent tous. L’album «Mandrake» est complexe, abstrait, et complètement désarçonnant en termes de hooks mémorables et réellement créatifs. Ceci était audible pendant le show, et joué d’une manière tellement flawless que c’est pas une exagération de dire que ces gars-là ce sont des machines de guerre. La setlist était agencée d’une manière telle qu’ils ont eu une chance de showcaser plusieurs aspects un peu contrastes de leur songwriting en osant intégrer une ballade en plein milieu de deux tracks death black qui n’ont pas manqué de créer des pits petits mais assez relâchés et percutants. Ce que je pouvais sentir dans la crowd autour de moi était une appréciation nette pour ce set, presqu’un point culminant qui était attendu avec une anticipation tel un «craving» littéralement physique qui avait besoin d’être satisfait par ce genre de show qui a le don de changer le mindset de n’importe quel metalhead qui passe le pas de la porte. Satisfaire des besoins réels dans l’esprit et le coeur d’un fan de musique, c’est ça être une entité qui va créer une legacy. Sur ce, je lève mon chapeau à ce groupe pour leur dévouement à cette cause qui est absolument unwavering et dangereusement (je dis ça avec un énorme sourire au visage) passionné.

C’était la première fois que je voyais SETH, mais j’avais une bonne idée à quoi m’attendre après avoir lu l’entrevue écrite par notre Black Metal Expert maison Louis-Olivier Brassard-Gélinas. Leur son est extrêmement bien tissé et composé de toutes les incarnations du black metal scandinave que j’ai entendues sur les nombreux labels qui me gardent en vie avec leurs Lessons of Carnage qui me démontrent les nombreux visages de l’exécution du BM moderne et d’autrefois (i.e. post black aux teintes shoegaze, death-black, technical black, viking black, même progressive black?). Y’a pas à dire, ce set n’était pas homogène et ceci est un compliment, coming from a freak like me. Leurs pièces les plus fracassantes et traditionnelles sont aussi efficaces que leurs expérimentations introspectives qui n’ont pas peur d’être glissantes dans leur ambition débordante. C’est correct d’avoir quelques zoneouts quand les riffs deviennent un peu plus abstraits car c’est le but de ces points culminant des compositions- créer des up and downs tels un gigantesque rollercoaster- en gros, ils savent doser les sensations fortes, tels des dealers de la mort. Ceci ne s’apprend pas en dedans d’une semaine (petit mot aux enthousiastes dans leur garage). Ça prend une tête dure et un courage qui s’accumule avec les années. En termes de prestance- j’avais l’impression de regarder un vidéoclip. Peut être même que c’était un peu trop adroit et contenu pour un set de black et que les gars pourraient lâcher un peu plus leur fou en prenant davantage d’espace sur le stage. Aussi, je dois dire que le  »echo filter » sur la voix du frontman n’était pas nécessaire- quand ton vocal est déjà capable d’arracher la tête de qui bon lui semble, pas besoin d’auto-censure.

Si je récapitule, cette veillée fut révélatrice, et fascinante pour une consommatrice d’oldschool fûtée. Je suis loin d’être déçue, et je félicite Sepulchral Productions qui sont à l’origine de cette tournée ainsi que Killing-It Productions et Waarpiig Extravaganza de même que tous les autres organisateurs de ce genre de show qui devrait se faire plus fréquent à Sherbrooke question de rallier les troupes et les rafraîchir avec le genre de métal qui les fait ressortir l’esprit plus clair et mieux guidé. Un gros merci pour la passe VIP et l’opportunité pour Ondes Chocs!

Noch

Critique d’album: Délétère – «Les heures de la peste»

Délétère - Les heures de la Peste

 

Délétère
«Les heures de la peste»
Sepulchral Productions
2015

Liste des pièces :
«I. Portepeste»
«II. Credo II»
«III. Exitiabilis venatus»
«IV. Aux thaumaturges égarés, une étoile nécrosée»
«V. Une charogne couronnée de fumier»
«VI. Le lait de l’essaim»
«VII. Architectes de la peste»
«VIII. Une garce vénale en majesté»

 

*English version follows
Après deux démos couronnées de succès («Inopia et Morbo» (2012) et «Sacrificium Necrothytum» (2013) publiées sur cassette et maintenant disponibles sur un cd: «De Ritibus Morbiferis – Demo Compendium» (2015)), Délétère récidivait au mois d’avril de cette année avec son premier album pleine longueur. Composé des expérimentés et talentueux Thorleif (Valknacht, Aurore, Ex-Angstorm, Ex-Utlagr) (Voix, batterie, claviers) et Atheos (Monarque (live), Forteresse (live), Eos (live), ex-Angstorm, Ex-Pestroyer) (guitares, basse), la formation créée à Québec en 2009 avait donc la lourde tâche de venir ajouter un cran de plus à un héritage de Métal noir déjà impressionnant. Laissez-moi vous préciser d’entrée de jeu que c’est un défi que Délétère releva avec brio!

Tout d’abord, l’album «Les heures de la peste» poursuit la tradition de Métal noir aux atmosphères et aux paroles moyenâgeuses établie sur les deux premiers efforts de la troupe, mais avec une autoproduction nettement plus peaufinée quoique toujours bien malsaine et crasseuse, comme les standards du genre le veulent et l’exigent. Le résultat est près de cinquante minutes de compositions puissantes, malsaines tout en restant mélodiques ­ rappelant en cela l’œuvre des Finlandais de Sargeist, Horna et aussi des aspects des Légions noires françaises ­exécutées avec autorité. L’homogénéité est aussi au rendez-vous avec une constance d’assaut et de qualité toute à l’honneur du duo.

Les motifs de guitare sont mémorables et suffisamment variés et agressifs pour conserver l’intérêt de l’auditeur tout au long de l’album tout en ne dérogeant pas au genre choisi, ni aux standards de qualité déjà établis au début de l’album. Bien que la majorité de l’album soit constituée de pièces rapides, Délétère peut aussi nous surprendre avec une pièce plus lente et rampante comme «Aux thaumaturges égarés, une étoile nécrosée», tout aussi réussie que le reste de l’album. Les claviers parcimonieux et bien utilisés de Thorleif viennent garnir le tout d’atmosphères inquiétantes et cauchemardesques qui complètent le tout à merveille.

Du côté des voix, les hurlements râpeux de registre moyen de Thorleif dominent la musique avec violence et un côté malsain très intéressant. Toutefois, la formation a aussi recours à des chœurs clairs et hurlés d’où percent parfois des cris hauts perchés délicieusement troublants. En ce qui concerne les paroles, Thorleif s’illustre encore une fois avec une superbe sombre poésie, combinant vieux français et latin, suscitant en l’auditeur des images infernales issues des ténèbres du Moyen-âge.

Il s’agit en somme d’une œuvre majeure pour le Métal noir québécois qui ira se ranger au panthéon du genre aux côtés de Monarque, Forteresse, Chasse-Galerie, Csjethe, Hiverna…etc. J’encourage tous les amateurs de Black Metal en général à jeter une oreille attentive à cet excellent album qui ne connaît pas de véritable faiblesse. En terminant, pour les lecteurs de Québec, je vous invite cordialement à venir voir Délétère se produire sous forme de quintette complété par Anhidar (guitares), G. (guitares) et Kaedes (batterie) le vendredi 3 juillet au Bar-Coop l’Agitée en compagnie de Seth, HolloW et Ordoxe. Ce sera d’ailleurs le tout dernier concert métal en ces lieux.

9,5/10: Un incontournable du genre.

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

After two successful demos («Inopia et Morbo» (2012) and «Sacrificium Necrothytum» (2013) released on tape and now reunited on the CD, «De Ritibus Morbiferis – Demo Compendium» (2015)) Délétère was back in April this year with its first full-length album. Formed in Quebec city in 2009 by experienced and talented Thorleif ((Valknacht, Aurore, Ex-Angstorm, Ex-Utlagr) (Vox, drum, keyboards) and Atheos (Monarque (live), Forteresse (live), Eos (live), ex-Angstorm, Ex-Pestroyer) (guitars, bass), the band therefore had the difficult task of carving their own notch to an already more than impressive legacy of Métal Noir. Let me tell you from the outset that this is a challenge that Délétère fulfills brilliantly!

First, the album «Les heures de la peste» continues the tradition of the Métal Noir atmospheres and medieval lyrical themes established by the first two efforts of the band, but with a much more refined self-production although always unhealthy and filthy as the standards of the style want and require. The result is almost fifty minutes of powerful compositions, unhealthy while remaining melodic, recalling the work of the Finnish Sargeist, Horna and also aspects of Les Légions noires françaises, executed here with authority. Homogeneity is also at the rendezvous with a consistency in assault and quality, all in honor of the duo.

Guitar patterns are memorable and sufficiently varied and aggressive to keep the interest of the listener throughout the album while not derogating from the chosen style, nor the quality standards already established at the beginning of the album. Although the majority of the album is made ​​up of fast songs, Délétère may also surprise us with a slower, creepy song like «Aux thaumaturges égarés, une étoile nécrosée», just as successful as the rest of the album. The parsimonious and well used keyboards by Thorleif brings forth disturbing and nightmarish atmospheres that complete the package perfectly.

As for vocals, the mid-range raspy screams of Thorleif dominate the music with a great violence and unhealthy side. However, the band also uses clear vocals and screams from where sometimes high pitch screams rise and slice in a deliciously disturbing way. As for the lyrics, Thorleif shines again with a superb dark poetry, combining old French and Latin, instilling in the listener hellish images from the darkness of the Middle Ages.

This is in fact a major work for the Métal Noir Québécois that will rank in the pantheon of the genre alongside Monarque, Forteresse, Chasse-Galerie, Csjethe, Hiverna… etc. I encourage all Black Metal fans in general to give a good listening to this excellent album which offers no real weakness.

Finally, for Quebec City readers, I cordially invite you to come see Délétère occur as a quintet completed by Anhidar (guitars ) , G. ( guitars) and Kaedes (drums), Friday, July 3rd at Bar-Coop L’AgitéE sharing the line up with Seth, HolloW and Ordoxe . That will be the last metal concert at this venue.

9,5/10: A must-have album

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

 

Quadruple crucifixion au royaume de la noirceur… suite et fin

Samael – Ceremony of Opposites à Québec avec Beast Within, Haeres et Délétère le dimanche 5 avril 2015 au Bar-Coop l’Agitée, une présentation de Sepulchral Productions.

 

05-05-15 Samael Quebec

 

Après une trop courte nuit de sommeil suivant un excès de houblon et après avoir remercié notre hôte de la fin de semaine à Montréal où nous venions à peine d’assister à la Messe des Morts IV (dont vous pouvez lire mon compte-rendu ici), nous reprîmes la 40 en direction de Québec. Peu avant 20h, nous fîmes notre entrée dans l’Agitée pour constater que l’endroit était déjà presque plein de métalleux sur le pied d’alerte.

Quelques minutes après, Délétère entamait les hostilités devant un parterre bien rempli et attentif. Tout aussi efficace et précise que lors de la Genèse de la Messe des Morts, la prestation fut encore une fois marquée par la présence scénique imposante de Thorleif et ses hurlements bestiaux. La troupe fut égale à elle-même malgré une foule moins énergique et plus stoïque qu’à Montréal et ce fut tout à leur honneur, car les commentaires des spectateurs furent très approbateurs après la performance. En somme, ce fut un lancement d’album tout aussi réussi à Québec qu’à Montréal.

Le groupe suivant était Haeres, troupe de Black Metal mélodique de Québec qui a subi deux changements d’alignement majeurs dans la dernière année avec les départs successifs de Goathier (batterie) et de Sryzir (Basse, chœurs) qui ont été remplacés par Sa Putrescence (batterie) et Prothos (Acédia) (basse). Le quintette mené par le charismatique chanteur Ghorn nous livra une performance époustouflante, certainement la meilleure que j’ai vue de leur part, constituée principalement de pièces de leur dernier album «Trom» (2014), mais aussi de pièces du premier opus «Héritiers du sang noir» (2011) et d’une toute nouvelle composition. On eut même droit à un invité de marque en la personne de Blanc Feu (Chasse-Galerie) qui vint chanter ses parties de chant sur «Psychose à tête noire» du dernier opus d’Haeres. Comme si tout cela n’était pas assez, le groupe nous avait aussi préparé deux reprises dont il ne put malheureusement qu’interpréter qu’une seule d’entre elles en raison de retards dans le déroulement de la soirée. Haeres nous offrit donc une superbe interprétation de «Where Dead Angels Lie» de Dissection, qui termina le tout de manière superbe.

C’était maintenant au tour de Beast Within de venir terminer sa petite tournée avec Samael devant ses fanatiques de Québec. Avec exactement la même sélection qu’à Montréal, le groupe sembla beaucoup plus à son aise sur une petite scène intime avec une foule déchaînée et nombreuse à portée de main et cela transparut dans l’énergie débordante qu’il mit en œuvre. À ce titre, la performance d’Éric Syre (chant) fut notamment beaucoup plus mouvementée qu’à Montréal, et ce, malgré les problèmes de voix dont il fit part à la foule, mais qui demeurèrent inaudibles à mon oreille. De plus, le groupe bénéficia d’un son explosif de la part de François C. Fortin à la régie. Enfin, leur prestation fut nettement plus précise qu’à Montréal, probablement en raison d’un son de scène mieux calibré. Le groupe nous donna donc une sérieuse leçon de Métal sombre de la vieille école et termina sa tournée sur une note très positive devant un public conquis.

Quelques minutes de pause et c’était maintenant à Samael de venir couronner le tout. J’étais fort enthousiaste à l’idée de voir ce que donnerait la prestation des légendes helvètes sur une scène beaucoup plus modeste que celle du Théâtre Plaza et je ne fus aucunement déçu. Effectivement, le groupe nous livra exactement la même sélection composée de l’album «Ceremony of Opposites» (1994) en intégralité, de pièces de l’album «Passage» (1996), de «Of War» de «Lux Mundi» (2011) et de la pièce titre du EP «Rebellion» (1995) avec la même ferveur et la même énergie que la veille à Montréal. Le début de la performance fut toutefois un peu cahoteux en raison de problèmes de son, puis avec la boîte à rythmes employée par Xy qui s’arrêta inopinément au début d’une pièce. Hautement professionnel, le groupe n’en fit pas de cas et se reprit pour continuer son œuvre de destruction musicale qui souleva les passions d’une foule compacte et très agitée. Le tout s’acheva sous les acclamations des nombreux spectateurs, dont plusieurs restèrent pour une belle beuverie d’après spectacle.

En conclusion, comment qualifier cette fin de semaine de Pâques autrement que comme une fin de semaine de fous consacrée pleinement et sans répit aux arts noirs? Je désire dédier mes remerciements les plus sincères et mes salutations diaboliques à Martin Marcotte de Sepulchral Productions pour l’organisation de la Messe des Morts et pour l’accès au spectacle de Samael à Québec. Rendez-vous dès novembre pour la Messe des Morts V!

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas