• Sepulchral Prods – Entrevue avec Martin...

    Posted by Louis Olivier Brassard Gelinas on July 9th, 2014

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    Quinze années et quinze questions : Entrevue avec Martin Marcotte de Sepulchral Prods

    Vendredi et samedi prochain aura lieu le festival «Quinze années sépulcrales» au Théâtre Plaza à Montréal, célébrant le quinzième anniversaire de l’étiquette québécoise dédiée au Black Metal, Sepulchral Productions. Dans ce contexte, je vous présente aujourd’hui une entrevue écrite que j’ai menée avec Martin Marcotte, l’homme derrière cette étiquette. Cette entrevue traite bien sûr de l’histoire de Sepulchral Productions, mais aussi des débuts du courant Black Metal au Québec et du passé de notre protagoniste au sein de groupes pionniers tels que Frozen Shadows et Tenebrae.

    Bonne lecture!

    -Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

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    Louis-Olivier «Winterthrone» –  Avant de plonger dans l’exploration de ton implication en arrière-scène avec l’étiquette Sepulchral Prods que tu as lancée en 1999, j’aimerais reculer plus loin dans le temps pour retracer les origines de ton intérêt pour le courant Black Metal. Tout d’abord, tu as fait ton apparition sur la scène Black Metal au sein de Tenebrae vers 1993 en tant que vocaliste et ensuite avec Frozen Shadows en 1995 en tant que vocaliste à une époque où ce courant était encore extrêmement marginal et très peu connu en Amérique du Nord et donc au Québec. J’aimerais donc que tu retraces pour nous l’historique de ton intérêt envers le Metal en général et plus particulièrement comment tu en es venu à découvrir le courant Black Metal et à en devenir un disciple pratiquant?

    Martin MarcotteMon intérêt pour le métal remonte à mes dix ans, lorsque j’ai entendu «Number of the Beast» d’Iron Maiden. Une véritable révélation. Avant, je n’étais pas particulièrement intéressé par la musique parce que ce que j’avais entendu ne me rejoignait pas, mais tout a changé à partir de ce jour!

    Pour ce qui est du Black, j’ai en fait découvert le courant avant l’explosion norvégienne en fait. Je me souviens avoir échangé un vinyl de «Reign in Blood» de Slayer contre le premier de Bathory lorsque j’avais 14 ou 15 ans, et c’est là que tout a commencé. Je n’avais jamais trop accroché sur Venom, que je trouve très surévalué même à ce jour, je sentais le manque de sérieux dans leur démarche, la caricature. Bathory, c’était complètement autre chose, ça suintait le mal.

    Bien entendu, à cette époque, le Black Metal, c’était quelque-chose de rare vu le peu de groupes qui jouaient ce genre de musique, c’était surtout le Thrash, et ensuite les débuts du Death Metal, qui occupaient le haut du pavé. Tout s’est ensuite accéléré en Scandinavie, comme tout le monde le sait désormais. Pour ma part, j’ai fondé mon premier groupe avec des amis en 1991, Necromancy, mais nous n’avons jamais fait autre chose que pratiquer et essayer de monter quelques morceaux sans grand succès. Tenebrae et Frozen Shadows ont suivi par la suite.

     

    LOW –  Toujours dans la même optique, pourrais-tu nous expliquer quel était l’état de la scène Metal marginale à l’époque? Plus précisément, comment le Black Metal a commencé à faire sa place au Québec dans cet univers qui fonctionnait avec l’échange de cassettes bien avant l’arrivée d’internet et quels étaient les lieux où les premiers rituels Black Metal eurent lieu dans la Belle Province? Quel était l’accueil réservé aux toutes premières formations du genre?

    MM : Marginal, c’est le mot pour décrire la «scène» black de l’époque. Il n’y avait qu’une poigné de personnes ici qui connaissaient ce genre, ceux qui faisaient du «tape-trade» ou qui achetaient des fanzines!

    J’ai souvent raconté à mes proches une histoire qui décrit bien à quel point personne ici ne connaissait le Black: au spectacle de Deicide pour “Legion“, à Montréal, la personne en charge de la musique a fait passer, entre des morceaux de groupes Death, “Kathaarian Life Code” de Darkthrone. Personne dans la salle ne comprenait ce qui se passait! Voyant que je savais manifestement ce qui était en train de jouer de par ma réaction, des gens sont venus me demander ce que c’était, et quand j’ai répondu Darkthrone, des gens ayant entendu leur premier m’ont dit «ben voyons, c’est pas Darkthrone! Du Black Metal? C’est quoi ça?»

    Les premiers spectacles de Tenebrae, c’était la même chose. À part les rares personnes qui connaissaient le Black, les gens ne savaient pas comment réagir. Le dernier spectacle que j’ai fait avec le groupe, nous ouvrions pour Cryptopsy et nous avions fait une entrée en toge noire flanqués de deux disciples qui portaient des torches, avec bien entendu des clous, des ceintures de balles et du corpsepaint. Les gens n’avaient jamais vu ça et ne semblaient pas trop comprendre ce qui se passait sur scène!

     

    LOWPourrais-tu nous relater le contexte de ton passage de Tenebrae à Frozen Shadows ainsi que le début de cette formation qui allait vite devenir légendaire au sein du Black Metal québécois? Quelles étaient les impulsions et influences à l’origine de la musique de Frozen Shadows?

    MM : En y repensant, fonder Tenebrae avec les autres membres qui en faisaient partie a probablement été une erreur. Pas nécessairement d’un point de vue musical, je suis fier de ce que nous avons accompli sur le démo «Serenades of the Damned» en 1994, mais plutôt d’un point de vue idéologique. Dans mon empressement à fonder mon groupe de Black, je me suis entouré du peu de musiciens qui étaient ouverts à jouer de ce genre de musique, même si ceux-ci ne saisissaient pas du tout l’état d’esprit lié à cette musique.

    J’étais le seul qui vivait pleinement ce style de vie, pour utiliser une image devenue complètement clichée aujourd’hui, et ça créé beaucoup de frictions au sein du groupe. Je voulais lancer des lames de rasoir dans la foule en spectacle, les autres trouvaient ça trop extrême. Je soutenais les actions des groupes norvégiens, eux ne trouvaient pas ça cool. Je voulais que le groupe devienne plus radical, eux étaient bandés sur le premier album de Cradle of Filth. Album qu’ils ont d’ailleurs fort maladroitement essayé d’imiter après que j’ai quitté le groupe! Bref, ça ne fonctionnait plus entre moi et les autres membres du groupe, donc quand j’ai rencontré les membres avec qui j’ai fondé Frozen Shadows et que j’ai vu qu’eux aussi étaient sérieux dans leur approche du Black, j’ai quitté le navire.

    Frozen Shadows, c’était la haine, la violence et la noirceur à l’état pur, et ça me convenait beaucoup mieux. Il n’y avait qu’un but avec le groupe: repousser les limites. Nous voulions faire la fusion entre ce qui se faisait de plus sombre dans le Black, les groupes comme Emperor qui lorgnaient sur le côté symphonique, et ce qui s’y faisait de plus brutal.

     

    LOWFrozen Shadows est rapidement passé en studio pour enregistrer sa première démo intitulée «Empires de Glace» en 1996, une époque pas si lointaine où les moyens d’enregistrements étaient plus difficilement accessibles qu’aujourd’hui. Peux-tu nous relater comment se déroula l’enregistrement de ce premier opus, ainsi que l’évolution qu’il y a probablement eu entre l’enregistrement de celui-ci, votre premier album «Dans les Bras des Immortels » (1999) et «Hantises» (2004)?

    MMEffectivement, les moyens d’enregistrements à l’époque n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui! Pour «Empires de Glace», c’est beaucoup plus dans une cave humide d’un immeuble à moitié désaffecté que dans un studio que ça s’est passé. Un vieux 8 pistes, une journée et demie et c’était réglé. Tout était fait «DIY», jusqu’aux livrets de cassettes que nous collions et plions nous-même avant de les envoyer!

    Nous étions (et sommes toujours) très satisfaits de «Empires de Glace», par contre nous trouvions que le résultat final n’était pas aussi extrême que ce que nous voulions faire, et c’est dans cette optique que nous avons composé «Dans les Bras des Immortels», ou tout était encore plus rapide et malsain. Pour l’enregistrement, nous avons cette fois été dans un studio qui en méritait pas mal plus l’appellation, et nous avons beaucoup plus peaufiné l’enregistrement et le mixage de l’album. C’est d’ailleurs au même endroit que nous avons enregistré «Hantises», mais les grandes avancées dans les techniques d’enregistrement ainsi que le fait que le propriétaire avait acheté de l’équipement plus poussé entre les deux sessions durant ces cinq années ont fait en sorte que le résultat était beaucoup plus «pro» sur “Hantises“.

     

    LOWLa fondation de Sepulchral Prods coïncide avec l’année de la sortie du premier album complet de Frozen Shadows. Est-ce que l’impulsion principale de la création de l’étiquette était justement la distribution et la promotion de la musique de Frozen Shadows ou est-ce qu’il y avait déjà l’idée de quelque chose de plus large, d’une étiquette qui pourrait faire avancer le courant Black Metal au Québec? Peux-tu nous relater l’historique des débuts du label et comment a t’il pris son envol au tout début?

    MMAu tout départ, Sepulchral Productions se voulait surtout un véhicule pour Frozen Shadows, et aussi une «distro» en bonne et due forme. J’avais déjà en fait une distro auprès de gens que je connaissais grâce aux échanges que je faisais pour le démo du groupe, mais lorsque j’ai décidé de m’occuper de la production de «Dans les Bras des Immortels», j’ai voulu rendre la bête plus concrète, la baptiser en quelque-sorte. C’est donc en juillet 1999 que Sepulchral Productions est née.

    À la base, je n’avais pas nécessairement la vision de soutenir le Black québécois, en fait je trouvais le peu de scène qu’il y avait ici merdique à l’époque et je ne me gênais pas pour le dire ouvertement! L’étiquette était surtout tournée vers l’étranger à l’époque, c’était strictement un moyen de distribution de Frozen Shadows vers l’extérieur. J’avais déjà établi les bases d’un réseau de distribution avec la diffusion de “Empires de Glace“, donc je n’ai fait que poursuivre le travail quand Sepulchral Productions a vu le jour. Comme le premier album de Frozen Shadows a en général été très bien accueilli, j’ai pu rapidement me faire d’autres contacts chez des étiquettes plus grosses, donc tout s’est assez bien déroulé en fait.

     

    LOWÀ ma connaissance, après la parution du premier album complet de Frozen Shadows et la parution d’une compilation intitulée «Waging The War» en 2001, si je me rappelle bien, l’étiquette a été mise en dormance pendant une période relativement longue lorsque Frozen Shadows préparait son second album intitulé «Hantises» qui avait finalement été sorti sur l’étiquette française Holy Records, si je ne m’abuse. Est-il possible de savoir pour quelles raisons cet album n’avait pas été pris en main par Sepulchral à l’époque?

    MMExact, normalement, «Waging the War» se voulait le prélude à d’autres sorties en 2001 et 2002 mais, pour diverses raisons, ces sorties ne se sont pas concrétisées. Ensuite, c’est surtout pour une raison de temps que j’ai suspendu les activités de l’étiquette. Pas vraiment suspendu en fait, je continuais à assurer la distribution de «Dans les Bras des Immortels» et de «Waging the War», mais j’avais décidé de ne rien ajouter d’autre à mon carnet de charges. Travail, préparation de l’album «Hantises», études universitaires, je n’avais tout simplement pas le temps de faire plus pour Sepulchral Productions. C’est un peu pour cette raison aussi que nous avions décidé de signer sur Holy Records: je savais que je ne pourrais pas, à ce moment précis, prendre en charge la diffusion et la promotion d’un nouvel album.

     

    LOWAprès l’hiatus précédemment évoqué, les choses se sont précipitées pour Sepulchral Prods à partir de 2006 avec la sortie de «Métal Noir Québécois», premier album de Forteresse, bientôt suivi par une myriade de projets Black Metal québécois. Sur le site internet de Sepulchral Prods il est mentionné que la scène québécoise commençait enfin à produire des groupes Black Metal intéressants. Comment expliquer un tel bourgeonnement soudain pour Sepulchral Prods et la scène Black Metal québécoise plus de 10 ans après la vague déferlante du Black Metal scandinave? Si on revient à mes questions du début, quels changements sont intervenus dans la scène entre tes premiers faits d’armes comme jeune musicien Black Metal dans les années 1990 et le milieu des années 2000 pour permettre une telle éclosion?

    MMC’est une très bonne question! Si tu m’avais dit, quand nous avons envoyé promener la scène Black du Québec sur notre premier démo, qu’une dizaine d’années plus tard, elle exploserait et qu’elle deviendrait reconnue à travers la planète, j’aurais probablement éclaté de rire!

    En fait, je crois que la scène québécoise a commencé à évoluer dans le bon sens lorsqu’elle a commencé à prendre conscience de son caractère québécois justement. Quand j’ai quitté Tenebrae, il était clair dans ma tête que Frozen Shadows, même si le groupe n’a jamais chanté uniquement en français, allait célébrer le fait français en Amérique à sa façon. Titres de démo et d’albums en français, chansons en français, message sans équivoque sur notre premier album quant à notre allégeance au Québec, notre message détonait avec celui des autres groupes d’Amérique du Nord, et c’est à ce moment que les gens de l’extérieur ont graduellement pris conscience que la scène d’ici était différente de celle du Canada. Ensuite, au tournant des années 2000, des groupes comme Akitsa et un peu plus tard Nordmen et Brume d’Automne ont commencé à chanter exclusivement en français, et je crois qu’ils ont influencé à leur manière une autre vague de groupes comme Monarque, Sombres Forêts et Forteresse qui en étaient à leurs débuts…

     

    LOWAssez rapidement, la collaboration avec des artistes considérés du « Métal Noir Québécois » comme Forteresse, Monarque, Gris et Sombres Forêts s’est révélée fructueuse comme en témoigne le nombre et la qualité des sorties effectuées à partir de 2006. Bientôt, Sepulchral s’est retrouvé à signer des groupes de l’étranger tels que Borgne, de la Suisse qui sont récemment passés en tournée au Québec et The Stone, de Serbie. Comment cette expansion internationale est-elle arrivée et quelles possibilités cela a-t-il ouvertes pour l’avenir? Est-ce un filon que Sepulchral Prods désire continuer à explorer à l’avenir où tout simplement le fruit de coïncidences heureuses?

    MMBien entendu, il est naturel pour moi et Sepulchral Productions de collaborer avec des groupes québécois en priorité, par contre je n’ai jamais fermé la porte aux groupes de l’extérieur. Pour ce qui est de Borgne, ils viennent combler en moi un besoin auquel la scène québécoise actuelle, malgré toute l’affection que je lui porte, ne peut pas répondre: celui de la violence et de la claustrophobie extrême. C’est bien connu, la scène d’ici se démarque surtout par sa mélancolie ou son caractère épique, les groupes qui «t’arrachent la face», pour utiliser une expression bien de chez nous, sont loin d’être légion ici. Je voulais un groupe plus primal, plus visqueux, et j’ai trouvé en Suisse. Même si le groupe a légèrement poli son approche sur ses deux derniers albums, il reste suffocant au possible et en spectacle, il génère un mur de son d’une intensité que j’ai rarement entendue. The Stone, c’est le groupe qui m’a contacté en fait pour des ressorties, et ayant suivi le groupe depuis ses débuts, il m’a fait plaisir de collaborer avec eux. Pour ce qui est de l’avenir, ça dépendra des occasions qui se présentent!

     

    LOWAvec de nombreuses sorties extrêmement intéressantes et des groupes de qualité enviable, la scène Black Metal québécoise commence tranquillement à faire sa niche à l’international. Forteresse et Sombres Forêts ont d’ailleurs pu l’an passé réaliser un rêve de bien des artistes musicaux de chez nous, soit faire une tournée en Europe. Quel a été le travail à réaliser pour qu’un tel évènement soit possible? Quelle a été la réaction des fanatiques européens aux rituels de ces fleurons de notre scène? Y’a-t-il des projets du même acabit dont tu peux nous parler pour d’autres groupes québécois de ton étiquette?

    MMEn fait, la première excursion du genre revient à Monarque, en 2011. Organiser une tournée, c’est évidemment beaucoup de travail, mais au final les trois expériences ont été hautement satisfaisantes. Les deux premières tournées (celle de Monarque et Forteresse) se sont articulées autour du festival “Under the Black Sun” en Allemagne, qui tenait absolument à avoir les groupes sur leur affiche, il fallait donc trouver d’autres dates autour du festival (6 dates au final pour Monarque et 9 pour Forteresse). Pour ce qui est de Sombres Forêts l’an dernier, le tout a pris la forme d’une tournée estivale de 14 dates dans 7 pays (France, Suisse, République Tchèque, Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas).

    Les gens d’ici qui ne sont jamais allés en Europe seraient étonnés de voir à quel point les gens de là-bas sont fervents des groupes Black québécois. Des gens se déplaçaient même d’autres pays pour voir des spectacles, comme un groupe de Russes qui sont venus de Moscou pour voir Sombres Forêts en Allemagne l’an dernier! Les groupes ont fait un tabac lors des spectacles, les gens ont acheté beaucoup de marchandise, on me posait des questions sur des groupes signés sur Sepulchral Productions mais aussi sur des groupes comme Akitsa, Chasse-Galerie et Csejthe qui ne sont pas sur l’étiquette. Bref, les fans savaient ce qui se passait ici et étaient vraiment mordus des groupes. Je me souviens d’un Allemand qui m’a dit l’an dernier, dans un anglais très approximatif: «Three years. Three years you come with bands from Québec. Three years it’s the best fucking show of the year!»

     

    LOW - Depuis 2011, “La Messe Des Morts“, organisée annuellement au mois de novembre par Sepulchral Prods, s’est illustrée comme le seul festival d’envergure internationale consacré entièrement au Black Metal en Amérique du Nord. Plusieurs artistes légendaires qu’on ne pensait jamais voir sur scène au Québec se sont déplacés à Montréal, bien souvent pour un seul spectacle, ce qui implique des coûts et une logistique qui est sûrement extrêmement lourde. Par exemple, l’an passé, l’édition III regroupait des artistes internationaux tels que Taake, Tsjuder, Horna, Sargeist, Baptism, Throne of Katarsis, Belenos, Ptahil et Demonic Christ aux côtés de groupes locaux sur trois jours aux Katacombes et au Théâtre Plaza. Comment la réalisation et la répétition d’un tel rêve de fanatique a t’elle pu être possible? Que peut-on espérer pour l’édition IV? Est-ce que tu peux nous révéler des primeurs?

    MMÇa faisait quelques temps déjà que je caressais le projet d’organiser un festival dédié au Black Metal, et c’est en assistant au “Under the Black Sun” avec Monarque que j’ai finalement décidé de me lancer. Aussitôt revenu au pays, j’ai commencé à travailler sur la première édition, qui mettait en vedette Absu, Inquisition, Angantyr, Glorior Belli et la crème des groupes québécois, et comme la réponse a été excellente, j’ai décidé d’en faire une tradition annuelle. Bien entendu, organiser un festival du genre ici implique beaucoup de travail et d’organisation, et est aussi très coûteux, surtout à cause du coût des billets d’avion qu’il faut défrayer pour les groupes étrangers, mais en même temps, pour nous, le festival vaut bien tous ces sacrifices! C’est encore un peu tôt pour moi de parler de “Messe des Morts IV” pour la simple et bonne raison que nous commençons à peine à travailler dessus, ayant auparavant consacré nos énergies au festival “Quinze années sépulcrales“, qui célèbre les quinze ans de Sepulchral Productions

     

    LOWLe vendredi 11 et samedi 12 juillet prochain, aura lieu le festival “Quinze années sépulcrales” avec Antaeus (spectacle exclusif en Amérique du Nord), Fen (spectacle exclusif en Amérique du Nord), Sombres Forêts, Forteresse (spectacle spécial au cours duquel ils interprèteront «Métal Noir Québécois» en entier), Chasse-Galerie, Délétère, Existe, Beast Within et Crépuscule. Ce festival a toutes les apparences d’une petite “Messe Des Morts“, est-ce que le travail réalisé pour sa réalisation s’apparente en complexité et en logistique à celui réalisé pour ladite Messe?

    MMQuinze années sépulcrales” se veut plus axé sur les groupes que nous avons produits au fil des années, et pour cette raison, le festival est moins complexe que la “Messe des Morts” d’un point de vue logistique. Étant donné qu’il n’y a que deux groupes de l’extérieur, il y a moins de transport à assurer, en plus, avec un peu moins de groupes au total à l’affiche, la tâche sera un peu plus facile pour tout le monde. Je pourrai certainement passer plus de temps avec les groupes et à regarder le spectacle, ce qui est un peu le but vu que c’est pour moi l’occasion de célébrer cet anniversaire! N’empêche que je crois avoir réussi à rassembler une affiche très attrayante pour l’occasion, et d’ailleurs pas mal de gens ont prévu faire le voyage des États-Unis pour assister au festival…

     

    LOWAvec une telle célébration en vue et un aussi beau parcours pour Sepulchral Prods, quels sont les projets d’avenir pour l’étiquette? De plus, quels sont les réalisations passées dont tu es le plus fier, les évènements les plus marquants pour l’étiquette que tu as créée?

    MMPour le moment, je me concentre sur les prochaines sorties à venir de Délétère (ressortie des démos sur CD et premier album), ainsi que les versions LP des derniers Gris et Sombres Forêts. D’autres projets de LP également que j’espère annoncer sous peu, avec le split 7 pouces Forteresse/Chasse-Galerie/Monarque/Csejthe et le premier 7 pouces de Beast Within, 2014 sera sans contredit l’année la plus axée sur le vinyle de Sepulchral Productions à ce jour!

    Pour ce qui est des réalisations passées, j’ai bien entendu un faible pour «Dans les Bras des Immortels», bien entendu en tant que membre de Frozen Shadows, mais aussi parce qu’il représente la naissance de l’étiquette, ainsi que les premiers de Forteresse, Gris et Sombres Forêts, qui ont remis Sepulchral Productions à l’avant-scène. En fait, je suis très fier de tout ce que nous avons sorti à ce jour, ça toujours été primordial pour moi de ne sortir que des trucs qui me rejoignent vraiment musicalement.

     

    LOWNous tombons maintenant dans des questions d’ordre plus général que j’aimerais te poser sur quelques aspects plus sensibles du Black Metal. Tout d’abord, pour des raisons bien connues et qu’on le veuille ou non, depuis les premiers balbutiements le spectre des idéologies d’extrême droite plane sur le courant Black Metal. Certains artistes de ton étiquette comme Forteresse ont d’ailleurs fait les frais d’accusations totalement injustes et parfois carrément ridicules à cet effet par des gens qui confondent patriotisme, traditionalisme et fascisme ou encore pour qui une police de caractère gothique indique automatiquement une affiliation politique. J’aimerais donc que tu nous exprimes ta vision sur les liens «dangereux» entre extrêmes droites et Black Metal : est-ce que musique et politique devraient être liées? Faut-il dire aux artistes quoi penser et quelle idéologie véhiculer? Doit-on se défendre bec et ongles contre des accusations injustes ou simplement s’en foutre?

    MMBien que je sois en général plus de la vieille école en ce qui concerne ce que le Black Metal devrait véhiculer (le satanisme, l’occulte, etc.), et que je préfère en second lieu les thèmes associés à un nationalisme romantique/classique à une approche plus politisée, je suis aussi de ceux qui croient que le «politically-correct» n’a pas sa place au sein du Black Metal. Pas plus que les artistes (peu importe leur style musical en fait) ne devraient se faire dire quoi faire, dire ou penser.

    Je trouve aussi cette chasse aux sorcières hautement hypocrite. Donc, c’est cool de brûler des églises, d’assassiner des musiciens d’autres groupes, de détester l’humanité et de prôner le satanisme et la destruction du christianisme, mais c’est méchant de faire les cons dans le bois avec un certain drapeau (on s’entend que bien des groupes font uniquement ça pour choquer, comme ces Sex Pistols adorés de tous ces punks par exemple, ils aimaient bien ça eux les croix gammées…) et de prôner la destruction de l’islamisme ou du judaïsme?

    Bien entendu, certains bien-pensants aiment bien les raccourcis faciles, et des groupes comme Forteresse en ont entre autres malheureusement fait les frais. Nationalisme = national-socialisme, bien entendu! Pour eux, aimer son pays veut nécessairement dire que tu es un facho. Surtout que le mouvement indépendantiste au Québec est tellement à droite… Maintenant, à savoir s’il faut se défendre ou pas, je ne crois pas que ça change grand-chose au final, des organisations comme les antifas voient des nazis partout, et n’hésitent pas à faire des liens extrêmement douteux pour prouver leur point. Sur le premier album de Frozen Shadows, nous avions déclaré que nous étions un groupe purement québécois et bien entendu, il s’en est trouvé pour dire que le «purement» faisait référence à la race! Ou encore cette discussion musclée sur Forteresse avec quelqu’un de l’ARA qui m’avait lancé, à court d’argument: «Tsé, quand on a des chansons qui s’appellent “Déluge Blanc”, c’est assez évident de quel bord on penche». Inutile d’essayer de raisonner avec des demeurés comme ça…

     

    LOWLe Black Metal est souvent et avec raison, considéré comme une mouvance qui dépasse le simple courant musical pour représenter ce qu’on pourrait qualifier de philosophie ou même de façon plus poussée, de religion qui comporte ses propres codes vestimentaires, comportementaux, musicaux et philosophiques. L’appartenance ainsi créée est très forte et louable, mais peut sans doute parfois donner des airs de fermeture d’esprit, d’élitisme et de stagnation à la scène pour les non-initiés. De plus, cela semble parfois avoir un effet d’isolation voulue, ou non, de la scène Black Metal par rapport à l’infrastructure médiatique consacrée au métal de façon plus généraliste. Selon toi, est-ce que la scène a avantage à rester jalousement fidèle à ses codes établis? Est-ce qu’il y a moyen d’évoluer au sein du Black Metal tout en restant respectueux de l’esthétique développée aux débuts du courant? Est-ce que le Black Metal devrait rester exclusivement réservé aux médias et étiquettes spécialistes du courant ou a-t-il sa place dans les médias et étiquettes consacrés au Metal en général?

    MM : Ayant connu la période pré-internet où les groupes étaient beaucoup plus obscurs et moins accessibles, c’est certain que je regarde cette époque avec une certaine nostalgie, mais il faut aussi vivre avec son temps comme le veut l’expression. Impossible de revenir en arrière, donc aussi bien se servir des outils disponibles. Ceci dit, je crois que, de par son essence même, le Black Metal sera toujours un peu à l’écart de la scène Metal dans le sens large du mot. Pour ce qui est de l’évolution, je suis partisan de la vieille école en général : il y a de la place pour l’expérimentation dans le Black selon moi, mais jusqu’à un certain point, passé lequel on sort des sphères du genre…

     

    LOWEn terminant, je te remercie chaleureusement d’avoir accepté cette entrevue avec Ondes Chocs! Félicitations pour ces quinze années sépulcrales auréolées de succès et je te souhaite encore plus de belles réalisations dans l’avenir! Y aurait-il quelque chose que tu aimerais rajouter pour les lecteurs d’Ondes Chocs.com?

    MMMerci pour le soutien!

     

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