• Rituels païens, houblon et joyeuses hostilités

    Posted by Louis Olivier Brassard Gelinas on September 17th, 2015

    Arkona, Heidevolk, Helsótt et The Dread Crew of Oddwood à la Salle Multi de Québec le Jeudi 10 septembre 2015. Organisé par District 7, une présentation de Envol et Macadam et Tremblay.

     

    10 septembre 2015 - Arkona et cie - Quebec - Affiche

     

    Depuis le premier passage d’Arkona en terre d’Amérique qui avait emmené la troupe à la défunte Agitée à Québec le 16 novembre 2011 pour un spectacle à l’atmosphère endiablée, Maria (Masha Scream) et ses sbires étaient forts attendus dans la Vieille Capitale. Ce sentiment d’attente fut amplifié par un second passage prévu en 2013, mais annulé à cause d’un problème de visa de travail. Or, jeudi dernier, la tournée nord-américaine d’Arkona était bien entamée et les fanatiques de la bande russophone s’armaient de pied en cap pour assister à une prestation rituelle épique.

    Arrivés dans la Salle Multi peu avant 20h, ma guerrière païenne et moi eûmes le temps d’admirer la marchandise proposée par les différents groupes avant que les lumières de la salle ne soient tamisées pour faire place aux Californiens de The Dread Crew of Oddwood. La troupe affublée de costumes de pirates du 17e siècle menée par le «capitaine» Wolfbeard O’Brady évolue dans un style obscur qu’elle qualifie elle-même de Heavy Mahogany. Ma première réaction à leur musique absolument dépourvue des éléments traditionnels du Metal à l’exception de la batterie en fut d’abord une de surprise, parce que je m’attendais à quelque chose de plus Folk Metal, mais la musique de la troupe se révéla entièrement constituée d’instruments traditionnels du folklore et d’aucune trace d’électrification propre au Metal. Mandolines, orgue de barbarie et contrebasse menèrent donc le bal avec aplomb et des thématiques lyriques fantaisistes furent développées dans une atmosphère déjantée qui sembla cependant diviser la foule déjà nombreuse entre ceux qui se demandaient à quoi tout cela rimait et ceux qui semblaient amusés par le tout. Ma seule réserve réelle provint d’une sonorisation déficiente de la batterie pendant leur prestation ou encore d’une sur amplification des instruments à cordes qui enterrait la batterie et rendait les avalanches de notes composant les chansons du groupe parfois dures à suivre. En somme, ce fut une ouverture de soirée divertissante et festive qui fut un peu ternie par une sonorisation cahoteuse à mon avis.

    Après un entracte plutôt court, Helsótt fit son entrée sur la scène de la Salle Multi pour sa première performance dans la Vieille Capitale. La troupe de Métal païen provient de Californie et a deux albums à son actif. Les membres sont : Eric Dow (voix gutturales), Mark Dow (guitare, chœurs), Mikey Muller (basse), Cooper Dustman (batterie), David Walston (guitare de tête) et Bri Steiner (voix soprano et flûte). Musicalement parlant, la troupe nous livra sans surprise un Death/Thrash mélodique teinté d’éléments folkloriques et païens. Les musiciens donnèrent donc une performance juste et énergique malgré le côté générique du son du groupe qui reste bien confortablement ancré dans les standards les plus communs du genre. Je restai donc circonspect devant si peu d’originalité, mais l’élément le plus dérangeant de leur prestation fut le manque de justesse vocale de leur chanteuse, surtout évident à partir du milieu de leur prestation. À sa décharge, elle ne fait partie du groupe que depuis juin et il est possible qu’elle ne s’entendît pas bien, cependant ses fausses notes incessantes à partir du milieu de leur prestation combinée à la répétitivité de certains motifs vocaux (des «ouououououou» dans presque toutes les pièces) me firent perdre patience avec le groupe. De plus, ses mouvements de scène digne d’un spectacle de «Disney on ice», faisant la vague des bras au rythme de la musique, tout comme sa tenue gothique à la Evanescence, décrédibilisèrent l’unité visuelle du groupe autrement pas mal plus intransigeante. En somme, pour moi ce fut le pire moment de toute la soirée et je ne pus m’empêcher de penser que bien des groupes locaux évoluant dans la même catégorie auraient pu faire beaucoup mieux.

    C’était maintenant aux Néerlandais de Heidevolk de prendre place sur scène. Avec le départ récent de Reamon Bomenbreker (guitare) et de Mark Splintervuyscht (chant), la formation se présentait à Québec comme suit : Joost den Vellenknotscher (batterie), Rowan Roodbaert (basse), Kevin Vruchtbaert (guitare), Lars NachtBraecker (chant) et les remplaçants Jacco de Wijs (chant) et Kevin Storm (guitare). Avec leur Folk Métal païen empreint de lourdeur et d’arrangements vocaux raffinés et superbes, la troupe suscita les ardeurs de la fosse aussitôt leur prestation entamée. Le groupe continua de plus belle avec une prestation précise, puissante et variée qui alla piger dans les cinq albums de la formation réputée, ce qui donna lieu à des réactions enflammées du public et une ambiance survoltée. Peu familier avec la discographie du groupe et les connaissant plutôt de réputation, je fus enchanté par leur musique mélangeant plusieurs variantes de Métal à des influences païennes et folkloriques dans un tout cohérent et extrêmement efficace. Ce fut donc ma découverte de la soirée.

    Le temps était maintenant venu d’accueillir la tête d’affiche de la soirée et on put aussitôt constater la fébrilité des spectateurs qui se dirigèrent rapidement à l’avant de la scène pour prendre Arkona en pleine gueule. Sans crier gare, l’introduction orchestrale retentit dans la salle et le groupe entama sa performance avec l’épique «Yav» de son dernier album du même nom. Choix audacieux puisque la pièce dure plus de treize minutes, mais choix judicieux, car elle fut livrée avec une énergie peu commune de la part de Masha, chanteuse et compositrice de la troupe. Cette énergie endiablée fut d’ailleurs la règle de sa part, tout au long d’un set composé des meilleures pièces du quintette. En effet, celle-ci donna une leçon à bien des «frontmen et frontwomen» en ne cessant de brasser la tête et de courir d’un bout à l’autre de la scène tout au long de la prestation. De plus, autant ses hurlements gutturaux caractéristiques que ses voix claires puissantes furent exécutés avec une justesse et un aplomb pratiquement surhumain. Les musiciens Sergei «Lazar» (guitare), Andrey Ischenko (batterie), nouveau venu depuis 2014 et Vladimir «Volk» (flûtes et cornemuse) ne furent aucunement en reste avec une performance d’une précision sans faille. La fosse circulaire donna lieu à des hostilités épiques tout au long de la prestation d’Arkona et fut d’une intensité qu’on voit rarement de nos jours, même dans des concerts de musique beaucoup plus extrême. Ce fut donc une prestation hautement appréciée pour Arkona.

    En conclusion, hormis ma déception face à la prestation bancale de Helsótt, je fus pleinement satisfait par cette soirée consacrée au Métal teinté de Folklore et de Paganisme. Heidevolk aura été une superbe découverte pour moi, alors que les membres de Arkona auront à nouveau prouvé pourquoi ils méritent la couronne du Folk Métal Païen. The Dread Crew of Oddwood aura été un très bon divertissement en ouverture de soirée malgré une sonorisation déficiente des percussions. En terminant, j’aimerais remercier Karl-Emmanuel Picard de District 7 pour l’accès à la salle.

    -Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

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