• Petite aventure d’un Québécois en Silésie

    Posted by Stéphan Levesque on November 27th, 2014

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    Découvrir un groupe de musique et l’apprécier, c’est une chose. Pouvoir ensuite profiter d’un voyage pour aller rencontrer le dit groupe, c’en est une autre. Décidément, il y a dans la vie des moments qui marquent autant un être humain qu’un fan de musique. Le 31 octobre dernier, je me suis rendu à Katowice dans la voïvodie polonaise de Silésie (une voïvodie est l’équivalent d’une province ici au Canada), afin de rencontrer les membres du groupe Hegemony, jeune formation qui allie progressif et metal. Une expérience pareille, ça se partage.

    Et pourquoi je me suis retrouvé là? C’est la passion de la musique et mon désir de partager la musique d’une formation encore méconnue qui a créé cette suite d’événements. Bref, après d’innombrables partages de leurs chansons sur différents groupes Facebook, la communication s’est établie et c’est en mai, alors que j’étais en pleine préparation de voyage pour octobre (j’aime bien m’organiser d’avance!) que l’invitation est venue de la part du guitariste Wojciech Muchowicz: «Si tu passes par la Pologne pendant ton voyage, viens nous voir et on te recevra dignement», avait à peu près lancé le leader du groupe lors d’un échange de messages. L’occasion était trop belle. Après m’être assuré que cette invitation était bel et bien sérieuse, il ne restait qu’à fixer le bon moment.

     

     

    C’est donc le matin de l’Halloween que je me suis pointé à Katowice, afin de passer une journée qui allait faire le pont entre mes visites de Cracovie et de Varsovie. Bien sûr, même si j’avais déjà communiqué avec les membres du groupe, j’étais tout de même plutôt nerveux: quel genre de journée m’attendait? Le courant allait-il passer entre nous? Moi qui suis gêné de nature, vais-je bloquer, particulièrement en rencontrant la chanteuse Valyen Songbird, qui est l’une de mes favorites? Constatation rapide lorsque je suis d’abord rejoint par Wojciech: j’allais décidément faire la rencontre de gens visiblement aussi excités que moi à l’idée de vivre cette journée. La glace s’est cassée rapidement, et c’est avec joie que quelques minutes plus tard, la fantastique cantatrice apparaît dans mon champ de vision. Immédiatement c’est l’accolade, et la gêne tombe; la journée de rêve est bel et bien commencée.

    Question de faire mieux connaissance, une tournée de la ville s’impose. Une belle occasion de discuter tout en découvrant les lieux clés de cette cité d’un peu plus de 300 000 habitants. Le premier édifice d’intérêt que l’on croise sur notre chemin est le Théâtre National Silésien. Construit au début du siècle dernier, l’endroit représente un point important pour les fans de rock progressif, plusieurs DVD ayant été filmés à cet endroit. Dans le rayon des salles de spectacles, je découvre aussi avec amusement le Spodek, le grand amphithéâtre de l’endroit, qui peut recevoir 11 000 spectateurs. Je lâche immédiatement à la blague que l’édifice ressemble à une immense soucoupe volante, on me répond en souriant que «spodek» signifie «soucoupe» en français…

     

     

    Avant de poursuivre la tournée, une petite bouffe s’impose et je me laisse entraîner dans un petit restaurant servant des mets silésiens. Je spécifie «silésiens» car comme le Québec est particulier à l’intérieur du Canada, la Silésie présente aussi ses propres spécificités, entre autres ses spécialités culinaires et surtout son propre dialecte, qui s’apparente bien sûr beaucoup à la langue polonaise, tout en empruntant des éléments à la langue tchèque. En fait, «restaurant» n’est pas le terme approprié, le type d’endroit où nous avons dégusté notre repas est plutôt un «bar mleczny», que l’on pourra littéralement traduire comme étant un «bar à lait». Ayant été à la base des endroits où étaient servis des menus où les produits laitiers occupaient une place prédominante, le temps a fait place à des menus plus généraux, mais typiquement axés sur la bouffe polonaise.

    À mon grand plaisir, c’est pour un prix plus que raisonnable (moins de 10$) que je me retrouve avec un repas silésien complet. Sur la table d’abord, une soupe nommée «żurek», faite à base de farine de seigle, agrémentée de légumes en cubes, de lardons et d’ail. Pour suivre ce véritable festival gustatif, je termine avec un repas principal formé de «kapusta zasmażana», un chou vinaigré qui s’apparente à la choucroute, mais qui est apprêté différemment, qui accompagne la consistante côtelette de sol pané. Pour boire, une «kompot», dont la traduction est ici fort simple: une compote de fruits séchés que l’on a fait infuser dans de l’eau chaude à la manière d’un thé. Moi qui suis plutôt curieux de découvrir des mets locaux, j’ai été franchement rassasié et impressionné.

     

     

    Afin d’écouler l’après-midi et de bien digérer le tout à la suite du petit café bu à la superbe Académie de Musique où la chanteuse Valyen perfectionne son chant, le groupe avait prévu une visite qui pouvait paraître inusitée à la base, mais qui en fait s’inscrivait dans une pure logique d’apprentissage silésien: la visite d’une mine de charbon. En effet, l’économie de la région tourne en très grande partie sur l’exploitation minière, qui permet entre autres l’approvisionnement électrique du pays, la Pologne n’ayant pas la chance qu’a le Québec de pouvoir compter sur de larges ressources hydro-électriques.

    On se dirige donc du côté de Zabrze, à environ 20 kilomètres de Katowice, là où est située la mine Guido, lieu où est extrait le charbon depuis 1855. Nous sommes rejoints entre temps par le batteur Maciek Borecki, lui aussi impatient de connaître ce fan/visiteur venu de très loin. Après avoir pris le temps de faire connaissance, nous nous enfonçons 320 mètres sous la terre pour une visite on ne peut plus intéressante de plus de deux heures de ces installations. Grâce au guide divertissant qui parlait un anglais impeccable – très sympathique, il s’est risqué à quelques mots de français –, mes hôtes et moi avons pu en apprendre davantage sur l’histoire et l’économie de la région, ainsi que sur la sécurité et les normes qui régissent les opérations d’un tel endroit. À quel point étions-nous loin sous terre: dites-vous justement que la Tour Eiffel mesure 324 mètres; nous avons donc «escaladé» la célèbre tour, mais par en bas…

     

     

    Aussi palpitant qu’ont pu s’avérer toutes ces activités faites depuis le début de la journée, le moment que le visiteur québécois attendait avec le plus d’impatience était évidemment le «spectacle». Étant justement à Zabrze, le local de répétition d’Hegemony ne se trouve donc pas très loin de la mine et c’est avec un mélange d’excitation et de nervosité que l’on se rend de ce côté. En effet, la répétition de la soirée n’en est pas une ordinaire pour le groupe: un fan qui réside à plus de 6200 kilomètres est sur les lieux. De mon côté, ma passion pour la musique de cette jeune formation étant bien présente depuis plus d’un an, j’allais enfin entendre en direct ces notes et ces mélodies et surtout, cette voix qui a le don de me chavirer.

    Ayant raté la visite en raison de sa journée de travail, le bassiste Arthur Muscovite arrive au local et fait, tout sourire, à son tour connaissance avec l’invité spécial. Il ne me reste plus qu’à m’asseoir et à ouvrir grand les oreilles! Ce qui suit s’est avéré à la hauteur de mes attentes, pour mon plus grand plaisir. Au programme, j’ai pu entendre les chansons régulières déjà parues (dont les liens vous sont offerts ici) ainsi que des pièces qui se retrouveront éventuellement sur le premier album du groupe, que l’on souhaite voir paraître en 2015. En plus de pouvoir apprécier en direct ces chansons que je connais déjà par coeur, j’ai aussi pu prêter l’oreille à des mélodies et arrangements que personne d’autre n’a entendu pour l’instant. Voilà un grand honneur! Ajoutez à ceci le plaisir d’entendre et de voir à quelques pieds de moi celle qui pousse ces notes qui me font frissonner, et vous pourrez comprendre que je savais que j’étais en train de vivre un moment résolument spécial.

     

     

    C’est le coeur gros que je dois ensuite me séparer de mes hôtes, eux qui m’ont avoué avoir aussi vécu une journée hors de l’ordinaire. Le Québec et la Silésie, c’est loin, mais cette journée fait la preuve que la technologie moderne peut parfois mener à de petits miracles. Aurais-je pu, à l’époque pré-Internet, penser nouer des liens avec des musiciens qui résident à plusieurs heures d’avion de la maison? Peu importent nos goûts et nos horizons musicaux, est-ce que l’on peut s’attendre en tant que fan de pouvoir vivre une telle journée? Si l’on m’avait dit il y a un an qu’un groupe polonais m’inviterait à les visiter, je n’aurais bien sûr jamais accepter d’y croire! Pourtant, cet événement fait partie de ma petite histoire de vie, que je tenais à partager avec vous. D’ailleurs, si vous voulez jeter un petit œil sur quelques photos prises lors de cette journée spéciale, le groupe y a consacré un petit album sur sa page Facebook, à cet endroit.

    Je ne peux terminer ce texte qu’en prenant le temps de remercier chaleureusement Hegemony pour l’accueil formidable qui m’a été réservé. Le touriste que j’étais a été traité comme un roi et ce 31 octobre laissera des liens d’amitié durable, il n’y a aucun doute. Bien sûr, lecteurs, je ne peux que vous inviter en retour à découvrir ce groupe qui produit une musique qui pourrait vous surprendre, avec son mélange d’influences et cette voix haute et puissante qu’on est peu habitué à entendre dans un contexte de musique rock. De plus, si vous adoptez la musique du groupe, dites-vous qu’en même temps vous supportez des personnes sympathiques et généreuses : voici un extra qui n’est pas négligeable.

    Merci, mes amis! Dziękuję, moi przyjaciele!

    Stéphan

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