• Perplexité et chaos à l’Impérial…

    Posted by Louis Olivier Brassard Gelinas on October 31st, 2014

    Arch Enemy-12

     

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    Arch Enemy, un des groupes les plus populaires issus de la vague du Gothenburg Metal des années 1990, lancée par In Flames, Dark Tranquillity et At The Gate; et Kreator, selon moi le groupe de Thrash Metal allemand le plus illustre du trio des années 1980 complété par Sodom et Destruction. Comment résister à une affiche combinant ces deux titans du Metal, même si les deux derniers efforts de Arch Enemy m’ont laissé plutôt froid, que le départ d’Angela Gossow de la formation, remplacée par la Québécoise Alissa White-Gluz (ex-The Agonist), soulève des interrogations chez moi et que mon esprit de vieux métalleux se demande comment Kreator peut se retrouver en support direct à un groupe beaucoup moins légendaire que lui? De plus, les deux têtes d’affiche seraient accompagnées par un nouveau phénomène polarisateur dans l’univers des poilus, soit le groupe Huntress avec sa chanteuse sulfureuse. Le tout serait enfin précédé par une prestation d’un groupe américain de Death/Black Metal mélodique et symphonique dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, soit Starkill. Ma curiosité surpassant grandement ma suspicion, ma beauté d’acier et moi prîmes la route du fameux théâtre impérial pour assister à cette orgiaque représentation.

    Le spectacle devant débuter vers les 19 h, nous arrivâmes relativement tôt sur les lieux du crime pour constater qu’un attroupement assez important de badauds faisait encore la file pour entrer dans la salle même si la porte était ouverte depuis plusieurs minutes déjà, ce qui était un signe révélateur d’une assistance qui serait nombreuse. Après avoir bénéficié de l’accès à la salle, gracieuseté de District 7 Production, nous nous dirigeâmes aux puits de ravitaillement pour nous y procurer du délicieux houblon avant de nous orienter vers le parterre déjà bien garni. Bientôt, les lumières s’éteignirent et Starkill entra en scène.

    Starkill est un groupe de Chicago en Illinois fondé en 2008 sous le nom Ballistika qu’il conserva jusqu’en 2010 avant d’opter pour le nom Massakren sous lequel ils sortirent un premier long-jeu, jusqu’en décembre 2012, date à laquelle les membres du groupe adoptèrent leur nom actuel. Musicalement parlant, le groupe pratique un hybride sonore qui pourrait être le résultat d’un croisement entre Children of Bodom, Dimmu Borgir et Ensiferum. Nous sommes donc en présence d’un Death mélodique auquel se greffent des influences de Black Metal symphonique et un subtil côté folk souligné notamment par des séquences de clavier aux accents païens. Sur scène, le tout fut interprété avec un talent certain et un professionnalisme de très bon calibre, quoique les chants clairs de Parker Jameson (guitariste soliste, chant, claviers (sur album)) et Tony Keathley (guitare rythmique, chœurs) semblent parfois superflus et manquaient parfois la note alors que les voix gutturales, elles, étaient excellentes. Les problèmes de sons furent aussi de la partie avec des guitares inaudibles pendant la première pièce et une batterie beaucoup trop en avant dans le mixage. Le groupe ne se souligna pas non plus par son originalité, non seulement en étant musicalement très fidèle à ses influences, mais aussi du côté visuel. En effet, Parker Jameson apparut comme un véritable clone d’Alexi Laiho, reproduisant son style vestimentaire, son vernis à ongles noir et jouant même avec la même guitare que celui-ci, ce que je trouvai personnellement un peu ridicule. Qu’à cela ne tienne, même si le groupe ne se démarqua pas par des particularités stylistiques, leur talent musical suffit à soulever l’appréciation de la foule en à peine vingt minutes de prestation, ce qui leur promet un bel avenir sur la scène internationale.

    Après un très court entracte, c’était au tour de Huntress de s’amener devant une salle maintenant bien réchauffée et très bien garnie en public. La troupe de Jill Janus (chant) était très attendue dans mon cas, en raison de la controverse critique soulevée par ce groupe américain qui combine Heavy Metal, imagerie occulte et  la voix unique de la principale intéressée. Effectivement, Huntress soulève apparemment autant de réactions positives que de réactions négatives dans l’univers Metal, notamment en raison du sex-appeal racoleur de sa chanteuse et de sa voix particulière, à la fois opératique et criarde qui ressemble, sous toute réserve, à une version féminine de King Diamond. J’étais donc impatient de les voir sur scène pour la première fois. Sous nos yeux, la chanteuse se lança dans une prestation endiablée rythmée par les mélodies accrocheuses de ses musiciens. La livraison de ses cris au timbre aigu et exubérant ainsi que de ses voix claires fut très efficace en termes de performance musicale, quoique ses choix d’approche vocale donnent parfois à penser qu’ils sont purement aléatoires. Cela fit que j’avais parfois l’impression que le type de voix choisi n’était pas le plus approprié par rapport à la musique du groupe. Quoi qu’il en soit, sa présence scénique fut quant à elle énergique, communicative et extrêmement charismatique, bien qu’elle fit appel à de nombreux clichés métalliques, tels qu’un ventilateur caché sous le marchepied qui lui sert à se hisser au-dessus de la foule pour donner l’impression d’une chevelure soufflée par le vent et des interventions d’usage entre les pièces semblant un peu génériques. La performance du reste du groupe fut quant à elle de bon calibre, malgré quelques imprécisions. Toutefois, en ce qui concerne la présence scénique, les musiciens passaient clairement en second par rapport à Jill Janus, se contentant d’un minimum d’interaction avec la foule. En somme, ce fut une bonne prestation, mais j’aurais aimé une plus grande synergie de groupe plutôt qu’un «one-woman show».

    Pendant la pause suivant la prestation de Huntress, le parterre se bonda en prévision de la performance des légendes germaniques du Thrash Metal et je pus constater que l’Impérial était maintenant quasiment comble. L’introduction retentit dans les haut-parleurs, l’obscurité se fit et Kreator entra en scène avec l’excellente «Violent Revolution » tirée de l’album éponyme paru en 2001. Avec son agressivité habituelle et sa brutalité charismatique proverbiale, le quatuor déclencha aussitôt délire et chaos dans l’assistance. Comme à son habitude, le groupe livra ses pièces avec précision et une énergie viscérale toujours aussi impressionnante, même après les avoir vus à plusieurs reprises. Leur retour à Québec après deux ans d’absence fut même célébré par les acclamations de la foule qui semblèrent aller droit au cœur du meneur de la formation, Mille Petrozza (guitare, chant) dont les interventions semblent toujours sortir directement du plus profond de ses tripes. Le parterre se transforma en une véritable zone de guerre grâce aux hymnes à la haine et à l’anarchie que la formation livrait avec précision et énergie. La légendaire «Endless Pain» tirée de l’album du même nom – premier effort complet du groupe paru en 1985 – fut même le théâtre d’un magnifique mur de la mort, provoqué par la furie du leader de Kreator. Seule ombre au tableau, la sélection de pièces un peu trop axée sur les efforts récents des apocalyptiques cavaliers Teutons nous permit néanmoins de constater que le groupe a produit certaines de ses meilleures pièces depuis 2001, même si les fanatiques de la belle époque des années 1980, tels que moi, n’ont eu que trois vieux classiques à se mettre sous la dent : «Extreme Agression», «Endless Pain» et «Pleasure to Kill». Malgré ce désagrément mineur, leur prestation souleva littéralement la foule qui hurlait, s’entrechoquait et faisait trembler le vieux théâtre. En somme, ce fut une véritable tuerie.

     

    Setlist de Kreator :

    «Violent Revolution»

     «Civilization Collapse»

     «Extreme Aggression»

     «Phobia»

    «Enemy of God»

    «Voices of the Dead»

    «Endless Pain»

    «Victory Will Come»

    «Phantom Antichrist»

    «Impossible Brutality»

    «Hordes of Chaos (A Necrologue for the Elite)»

    «Pleasure to Kill»

    La question était maintenant de savoir comment Arch Enemy allait pouvoir surpasser et justifier sa position de tête d’affiche après une prestation aussi puissante des vieux routiers que sont les membres de Kreator. Après l’obligatoire introduction séquencée, le groupe entra en force avec la classique «Enemy Within» et ses roulements de caisse claire. Aussitôt, on put constater une reproduction fidèle par Alissa, des voix jadis interprétées par Angela. La chanteuse semblait aussi très en forme et bougeait beaucoup plus que lors des spectacles avec The Agonist où j’avais pu la voir par le passé. Cependant, les comparaisons étant inévitables, je ne pus m’empêcher de remarquer la même faiblesse que j’avais constaté à l’écoute du dernier album de la formation, «War Eternal (2014)», soit un certain manque d’agressivité authentique dans la performance vocale de la Québécoise. Soyons clairs, Alissa maîtrise parfaitement la technique vocale gutturale et les hurlements râpeux requis pour chanter du Arch Enemy, cependant sa livraison semble plastique et moins authentique que celle d’Angela qui semblait y mettre toutes ses tripes à chaque fois. Pour en rajouter au chapitre de l’authenticité, bien que sa prestation fût énergique et très professionnelle, ses mouvements et interventions entre les pièces semblaient un peu «surchorégraphiés » ou convenus, comparativement à la folie à peine retenue à laquelle nous avait habitués Angela. Cela contribua à rendre sa présence scénique un peu robotique, voir froide, et son interaction avec la foule souffrit quelque peu de trop nombreux clichés pops, comme d’agiter le drapeau québécois dans le but évident de conquérir la foule facilement et de demander à la foule de sauter sur place en même temps (somme-nous dans un concert de Simple Plan où dans un massacre métallique?). De plus, au risque de tomber dans la superficialité, ses vêtements de couleur pâles comportant aussi des paillettes et des accessoires brillants rompent l’unité visuelle du groupe à laquelle Angela nous avait habitués. Ce sont des détails, vous me direz, mais l’addition de ceux-ci finit par me laisser circonspect. Musicalement, le groupe mené par l’illustre suédois Michael Amott (guitare) livra ses pièces avec la précision et l’énergie avec laquelle ils l’ont toujours fait. Toutefois, leur sélection comprit beaucoup trop de pièces moins agressives, de temps morts (comme un «solo» de tripatouillage de guitare autour de l’instrumentale «Snow Bound», complètement inutile et ennuyant pendant le rappel) et de matériel des deux derniers albums qui sont leurs plus faibles, ce qui créa une visible et audible baisse d’énergie dans la foule comparativement à la folie manifestée durant le passage de Kreator. Les ayant vus sur scène à quatre reprises depuis 2003, je fus donc énormément déçu et perplexe devant Arch Enemy qui semble être devenu une marque de commerce sur le pilote automatique, manquant gravement d’agressivité authentique.

     

    Setlist de Arch Enemy :

    «Enemy Within»

    «War Eternal»

    «Ravenous»

    «Revolution Begins»

    «My Apocalypse»

    «You Will Know My Name»

    «Bloodstained Cross»

    «Under Black Flags We March»

    «As the Pages Burn»

    «Dead Eyes See No Future»

    «No Gods, No Masters»

    «Dead Bury Their Dead»

    «We Will Rise»

    Rappel:

    «Yesterday Is Dead and Gone»

     «Blood on Your Hands»

    «Snow Bound»

    «Nemesis»

    «Fields of Desolation»

    En conclusion, comme je le prévoyais avant le spectacle, Kreator aura totalement volé la vedette à Arch Enemy et ce, en ayant beaucoup moins de temps de jeu que ceux-ci. L’expérience, l’authenticité et la brutalité auront inévitablement primé sur un groupe qui semble avoir quelque peu perdu son âme métallique au profit d’une approche de plus en plus générique et «mainstream » autant sur album que sur scène. Bien que le changement de chanteuse y soit un peu pour quelque chose, car la personnalité d’Alissa me paraît beaucoup moins adaptée à Arch Enemy – ou plutôt à ce qu’Arch Enemy était jadis – que celle d’Angela, le reste du groupe à aussi sa part de responsabilité. En effet, depuis «Khaos Legions (2011)» le groupe semble s’être ramolli, commercialisé et être tombé dans la redite musicale. Cela nous a été confirmé par le manque de violence d’une sélection axée sur les deux derniers efforts du groupe. Kreator aurait donc dû être la tête d’affiche de ce spectacle, n’en déplaise aux critères de popularité et de commercialisation musicale. Enfin, les deux premières parties de la soirée, Huntress et Starkill, auront profité de l’occasion pour nous démontrer un talent prometteur, malgré de légères lacunes corrigibles.

     

    Louis-Olivier « Winterthrone» B. Gélinas

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