• Les “Elles” du métal

    Posted by Stéphan Levesque on July 12th, 2014

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    Riseback

    Riseback

    Noisehead Records

    2013

     

    Pour nous, Occidentaux, c’est toujours intéressant de constater qu’il se fait du rock, du metal, ailleurs qu’en Amérique et en Europe. Pourtant, il s’en fait partout mais ces groupes arrivent rarement à nos oreilles pour différentes raisons (choix radiophoniques, distributions, plateformes de recherches adaptées à notre zone géographique, etc.). C’est avec une certaine curiosité qu’entre dans mon lecteur le premier album de Riseback, un groupe… turc.

    Il serait facile d’avoir des idées préconçues et de croire qu’on nous offrira des sonorités à saveur moyen-orientale (même si, après tout, la Turquie est au carrefour de l’Europe et de l’Asie…). Ceux qui aborderont le premier pas de ce jeune groupe dans cet état d’esprit seront rapidement rappelés à l’ordre dès les premières notes de “Game Powered“, pièce musclée dans une veine typiquement rock à laquelle nous sommes habitués. D’entrée de jeu, on peut percevoir l’habileté de Riseback à offrir des mélodies bien ficelées. Nous faisons rapidement connaissance avec la chanteuse Riella Eskenazi, dont la voix est taillée sur mesure pour la musique du groupe; une voix franche et expressive, livrée avec vigueur.

    Ce que Riseback nous offre, en fait, c’est un métal alternatif basé essentiellement sur une interprétation énergique. Cette énergie dégagée par les musiciens constitue d’ailleurs la plus grande force de ce disque. Les bons solos ne manquent pas et les amateurs de guitare seront ici ravis. Si il n’est pas un «guitar hero», Ali Safa Uzun est extrêmement efficace sur son instrument. La section rythmique suit dans cette voie et même si les pièces ne sont pas toujours très élaborées, le niveau de jeu des musiciens se situe bien au-delà de plusieurs groupes de rock plus connus. Les mélodies sont aussi relevées par l’ajout de claviers qui, s’ils se font plutôt discrets, se feraient cruellement désirer s’ils étaient absents. Si ces derniers ne sont jamais au centre des mélodies, ils contribuent à relever la densité sonore de l’ensemble.

    On notera également un intéressant travail d’écriture. Malgré le fait que seulement deux des neufs chansons dépassent la barre des quatre minutes, on saura reconnaître que Riseback a su insuffler à ses compositions une dose suffisante de variations pour éviter de tomber dans la monotonie, bien que personnellement j’aurais souhaité me frotter à des pièces plus longues. Il reste toutefois que le développement de longues pièces ne se marierait pas très bien au style du groupe, qui mise surtout sur l’instantanéité qu’aura l’auditeur à capter les mélodies.

    Parmi les pièces qui attireront davantage notre attention, nous pouvons mentionner “The Criminal“, avec son introduction lourde et un intéressant solo central; “Fake Numb Face“, quant à elle, est une pièce rapide et pesante qui synthétise bien les forces du groupe; “Make You Real” s’avère sans aucun doute la chanson la plus attrayante à la première écoute, avec sa mélodie accrocheuse contenant tous les attributs d’un hit, tandis que “Try to Say“, ballade placée judicieusement en milieu d’album, offre un beau contraste et nous permet de respirer un peu avant d’attaquer la portion finale du disque.

    Si Riseback ne réinvente pas la roue, force est d’admettre que ce premier essai se révèle être des plus intéressants et saura trouver une niche chez les mélomanes qui privilégient l’énergie au profit de la construction ambitieuse. Bref, à défaut d’être aventureux, ce premier album nous permet de faire connaissance avec un groupe possédant de bons outils et qui semble déjà en mesure de bien exploiter ses forces. Reste maintenant à voir si le quatuor saura pousser plus loin, en osant davantage sortir des sentiers battus (par exemple, quelques compositions plus longues seraient la bienvenue). Finalement, disons-le, ce sont des débuts prometteurs.

     

     

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    Eidon

    Crystalight

    Autoproduction

    2012

     

    C’est de Tours, en France, que nous arrive Eidon, groupe formé en 2009. Après un peu moins de trois ans de préparation, le groupe a adopté la voie de l’autoproduction afin de nous offrir son premier album, nommé “Crystalight“. Paré d’une pochette absolument superbe, qui cadre parfaitement bien avec l’esprit du métal symphonique, il ne reste plus qu’à vérifier si le contenu est aussi enthousiasmant que le contenant…

    La jolie introduction ambiante à saveur classique nous annonce rapidement que c’est du métal symphonique pur jus que l’on nous servira. En effet, tous les attributs du style s’y retrouvent, à commencer par une domination des claviers. Si la palette sonore choisie par la claviériste Cécile Vollet ne se démarque pas particulièrement par son originalité, il faut bien constater que l’exécution est irréprochable. Ni plus ni moins, l’ombre de Nightwish plane sur le son Eidon, bien qu’au final, le mixage donne davantage de place aux guitares que chez les Finlandais. La batterie se retrouve également placée devant, parfois un peu trop.

    Sur le plan des compositions, les Français nous offrent des mélodies bien troussées dans un format court somme toute assez standard, les plaçant sur cet aspect dans l’orbite d’un groupe comme Visions of Atlantis, misant davantage sur la richesse sonore que sur l’émotion pour nous distraire. Résultat: nous pouvons être épatés par la dextérité des musiciens, mais l’on peut sur le même souffle dénoncer le fait que bien peu de frissons vont nous parcourir pendant l’écoute. En effet, “Crystalight” est un bien joli exercice de style mais si l’on considère la qualité des musiciens en place, on se permet d’espérer quelques envolées lyriques plus développées.

    Si l’on peut regretter un brin cette émotion manquante, il y a au moins une exception à la règle avec la très jolie “Night’s Outline” qui, malgré son titre anglais, nous est interprétée en français, fait très rare dans cette branche de métal. D’ailleurs, pourquoi ne pas récidiver en ce sens sur les albums suivants? Cette pièce est une ballade, mais il ne fait nul doute que la langue de Molière trouverait bien sa place sur des compositions plus énergiques. Au fond, pourquoi pas?

    Au-delà de la solide prestation des musiciens, la chanteuse Gabrielle Morché s’est révélée une belle trouvaille à mes oreilles. La dame offre un chant très juste et surtout très nuancé, comme elle le démontre avec brio sur “Skyline“, certainement le morceau plus intéressant de l’album, avec sa belle richesse instrumentale et une ligne vocale très théâtrale, aspect que l’on souhaite voir exploité davantage dans le futur. On peut dire la même chose au sujet de “Panic“, titre où le chant est très coloré et se marie bien à une interprétation musicale énergique dominée par le piano qui vit ici de belles heures.

    Dans la même lignée, “Cender” est truffée de très bons moments instrumentaux et nous démontre que lorsqu’Eidon se donne la peine de développer davantage sa musique, il peut donner la pleine mesure de son potentiel. C’est toutefois le guitariste Thibaut Lemoine qui est la véritable vedette de l’ensemble. Si les claviers flottent constamment au-dessus des compositions et créent une belle ambiance, les meilleures séquences de jeu viennent toutefois de l’homme à la six-cordes, qui multiplie les démonstrations de bravoure grâce à un jeu très vivant et une multitude de solos épatants.

    Au final, Eidon ne manque pas d’atouts: les musiciens sont performants, la chanteuse possède une voix des plus agréable, le son est riche. Ce qui manque pour faire passer “Crystalight” de «bon album» à «excellent album», c’est la maturité et cette qualité ne vient qu’avec le temps. Dès l’instant où Eidon saura mieux développer ses compositions et colorer davantage son propos, le groupe franchira cette étape et pourra laisser sa trace. Le potentiel et le talent sont là, on ne peut qu’attendre la suite des choses avec grand intérêt.

     

     

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